‹ Les sentiments, la musique et le gesteChapitre 12 sur 69 · LA PROPHÉTIE DE JOAD · texte numérisé non relu

LA PROPHÉTIE DE JOAD

Quelle Jérusalem nouvelle Sort du lond du désert, brillante de clartés. Et porte sur le front une marque immortelle ':

Peuples de la terre, chantez !

Jérusalem renaît plus charmante et plus belle.

D'où lui viennent de tous côtés Ces enfants qu'en son sein elle n'a point portés > Lève, Jérusalem, lève ta tête altière.

Regarde tous ces rois de ta gloire étonnés. Les rois des nations, devant toi prosternés.

De tes pieds baisent la poussière ; Les peuples à Tenvi marchent à ta lumière. Heureux qui, pour Sion, d'une sainte ferveur

Sentira son âme embrasée .'

Cieux, répandez votre rosée, Et que la terre enfante son Sauveur !

R AciN'E. — Alhalic. acte III, scène vu.

Peuples de Ui lerre. chantez !

Jérusalem renaît plus charmanle el plus belle.

Heureux qui. pour Sion, d'une sainte ferveur, Sentira son àtne embrasée !

Seigneur, je n'ai jamais coniemplc qu'avec crainte L'augusie majesté sur votre front empreinte : Jug'ez combien ce front irrité contre moi Dans mon âme troublée a dû jeter d'effroi.

Sur ce liône sacre, qu'environne la loudre, J'ai cru vous voir lout prêi â me réduire en poudre, liclas! sans frissonner, quel cœur audacieux Soutiendrait les éclairs qui partaient de vos yeuxr

[Esllier, acte II . seine vn.)

ma pensée a pris forme, nous avons devant nous un être qui voit réellement Œdipe, en proie à l'égarement, venir dans la colonnade du portique ; elle se comporte non comme 1 auteur du simple récit d'un lait s'effaçant déjà dans le passé, mais comme un témoin terrifié, encore plein de l'effroi de ce qui! vient de voir et qui sait de plus qu Œdipe aveuglé e.st sur ses pas. " Mais continuons :

Il Cl rail loul haaai'd dtiiiandanl une épcc.

« Nous notons un geste de la main qui cherche à tâtons l'épée pendant que l'itil devient fixe.

« Enfin, quand, après avoir arraché les portes, Œdipe arrive à la chambre fatale et que. là. il voit Jocaste

inanimée et le cni p? ^u>pt:^dll

Au long voile traînant qu elle-même a lordu

nous notons encore l'ensemble et la spontanéité du mouvement de tout le corps qui, lancé en avant, s arrête net et recule, bien que les pieds soient cloués au sol par l'efTroi, tandis cjue les yeux ouverts démesurément, la bouche béante et les doigts écartés des deux mains ouvertes dans le même geste, indiquent avec l'épouvante l'égarement de l'esprit.

« Hn examinant l'attitude créée par la chute de ce \ers, on peut constater la vérité de toutes ses parties, depuis la tète jusques aux pieds.

« je ne saurais pousser plus loin ici cette analyse qui, pour un spécialiste, est féconde en enseignements de toutes sortes. Je me b(jrnerai à affirmer que dans les expériences que j ai faites avec M"' Lina, j'ai tou-

124 CIIAPITkK II.

jours constate que, bien qu'elle ignore totalement, soit à l'ôtat de veille, soit à l'état de somnambulisme, les règles admises pour déterminer les gestes, jamais elle ne s'est écartée de ces mêmes règles, ce qui leur donne une confirmation bien inattendue.

« J'ai la certitude que ce genre d'études poursuivi méthodiquement, en ayant soin de ne faire entendre au sujet que des artistes assez pénétrés des sentiments qu'ils expriment pour les lui communiquer et la faire vibrer juste, donnerait des résultats imprévus et inappréciables non seulement pour nos jeunes acteurs privés de toute école de mimique et de gesticulation, mais encore pour les plus habiles qui trouveraient là un modèle transcendant pouvant seul leur montrer jusqu'où l'on peut aller dans l'art si difficile du théâtre en s'appuyant sur l'esthétique et sur la véi'ilé. >i

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CHAPITHH TROISIÈMK

LES SUGCIKSTIONS MUSICALES

Laction de la musique "sur le système nerveux des humains et de certains animaux est bien connue ; mais ce c|u On sait moins c'est qu elle agit à peu près de la même manière sur les uns et sur les autres, ainsi qu'on en peut juger par la lettre suivante publiée dans la Décade philosophique du 20 thermidor an \'I. signée des initiales (t. T. et adressée aux auteurs de la Décade.

u Vous me demandez. (Citoyens, des détails sur le concert donné, le 10 prairial, aux éléphants du Jardin des Plantes; vous voulez savoir quel effet la musique a produit sur des animaux dont l'instinct social et les habitudes sont d'ailleurs très propres à piquer notre curiosité. Nous pensez que l'expérience du plaisir sur des êtres sensibles vaut bien celle de la douleur : je suis de votre avis et. n'en déplaise au savant Haller et à

tous les physiologistes qui ont travaillé comme lui, je crois qui! est plus raisonnable et surtout plus humain d'étudier les ressorts et les fonctions de la vie dans la vie même que de les aller chercher dans la mort ou dans les convulsions d'un animal expirant.

« Quoi qu'il en soit, je rends grâce aux artistes qui, armés, non de scalpels et d'instruments de torture, mais de hautbois, de flûtes et de violons, sont venus exercer le charme de leur art sur deux êtres doués de sentiment. délier leurs facultés naturelles que l'esclavage tient enchaînées, les exciter, les calmer tour à tour, réveiller dans leur esprit forestier l'instinct de la première patrie, et les conduire enfin, par les accents de la joie et de la tendresse, jusqu'aux illusions d'un amour qui, pour se satisfaire pleinement, ne veut pas de témoins

« Cette démonstration vivante, telle qu on n'en voit pas sur les théâtres anatomiques, est due aux talents des cit03'ens Rousseau frères, Adrien l'aîné. Guichard. Chol. Chlart, Devienne, Meitcoffer, F'élix. Delcambre. Frédéric, Lefebvre, Veillart, tous musiciens distingués et attachés, pour la plupart, au Conservatoire de .Musique.

'( L'orchestre était établi hors de la vue des éléphants, dans une galerie qui règne au-dessus des loges et rangé autour d'une trappe que l'on n'a ouverte qu'au moment de l'exécution. Pour donner plus d'espace et de liberté aux mouvements de Hanz et de Marguerite . car c'est ainsi qu'ils se nomment, on leur avait laissé la jouissance des deux loges qui composent leur habitation, de manière qu'ils pouvaient librement aller de l'une à l'autre. Tout étant prêt, et les instruments accordés, un profond silence s'est fait autour d'eux, la trappe s'est

LES SIGGESTIONS .MLSICALES. \ 2tJ

levée sans bruit, tandis que, pour ménager l'elfet de la surprise, le cornac les tenait occupés en leur distribuant quelc|ues iriandises. Le concert a commencé par un trio de |:)elils airs variés pour deux violons el basse, en si majeur, d'un caractère modéré.

« .\ peine les premiers accords se sont lait entendre que Hanz et .Marguerite, prêtant l'oreille, ont ces.sé de manger; bientôt ils ont accouru vers l'endroit d'où partaient les sons. Cette trappe ouverte sur leur tète, ces instruments de forme étrange dont ils n apercevaient que l'extrémité, ces hommes comme suspendus en l'air, celle harmonie invisible qu ils cherchaient à palper avec leur trompe, le silence des spectateurs, l'immobilité de leur cornac, tout d'abord a paru pour eux un sujet de curiosité, d'étonnement et d'inquiétude. Ils tournaient autour de la trappe, dirigeant leur trompe vers l'ouverture et se soulevant de temps à autre sur leurs pieds de derrière; allaient a leur cor^iac, lui demandaient des caresses, revenaient plus inquiets encore, regardaient les assistants et semblaient examiner si on ne leur tendait point de piège, .Mais ces premiers mouvements d'inc|uiélude se sont apaisés quand ils ont vu (|ue tout restait pacifique autour d'eux ; alors, cédant sans aucun mélange de crainte aux sensations de la musique, ils n'ont plus reçu d'autres impulsions que celles qui leur venaient d'elle.

« (le changement d'état a été surtout remarquable à la fin du trio, que les exécutants terminèrent par l'air de danse en si mineur de l'iphigénie en lauride, de (iluck, musique d'un caractère sauvage et (ortement prononcé, qui leur a communiqué toute l'agitation de son rythme. Dans leur allure tantôt précipitée, tantôt ralentie, dans leurs mouvements tanl()t l)rusques, tan-

tôt soutenus, on eut dit qu'ils suivaient les ondulations du chant et de la mesure; souvent ils mordaient les barreaux de leurs loges, les étreignaient avec leurs trompes, les pressaient du poids de leurs corps, comme si l'espace eût manqué a leurs ébats et qu'ils eussent voulu en reculer les bornes. Des cris perçants, des sifflements leur échappaient par intervalle. Est-ce de joie ou de colère? demandait-on au cornac. « Eux pas fâchés >i. répondait-il.

« Cette passion s'est calmée, ou plutôt elle a changé d'objet avec l'air suivant : O ma tendre musette, exécuté en ut mineur sur le basson seul , sans accompagnement.

K La simple et tendre mélodie de cette romance, rendue plus touchante encore par l'accent mélancolique du basson, les a attirés par une sorte d'enchantement. Ils marchaient quelques pas, s'arrêtaient pour écouter, venaient se placer sous l'orchestre, agitaient doucement leur trompe et semblaient aspirer ses émanations amoureuses.

« Il est à remarquer que. pendant toute la durée de cet air, ils n'ont pas poussé un seul cri ; leurs mouvements étaient lents, mesurés et participant de la mollesse du chant,

« .Mais le charme n'opérait pas également sur I un et sur l'autre. Tandis que Hanz se renfermait dans sa prudence et sa circonspection ordinaire . -Marguerite , passionnée, caressante, le flattait de sa longue et flexible main quelle passait et repassait sur son dos, sur .son cou, puis la portait sur elle-même, prenait du doigt ses propres mamelles ; et, comme si ce doigt se fut empreint d'un sentiment plus pressant et plus tendre, à l'instant elle le reportait dans sa bouche, ensuite dans l'oreille

de Hanz qui n'ccoulait pas, ou peut-être ignorait encore ce langage.

" Cette scène muette prit tout a coup un caractère d'emportement et de désordre au.x accents gais et vifs de l'air Ça ira, exécuté en ré par tout l'orchestre, air dont l'effet était singulièrement augmenté par le son perçant de la petite flûte.

<( A leurs transports, à leurs cris d'allégresse, tantôt graves, tantôt aigus, mais toujours variés dans leurs intonations; à leurs sifflements, a leurs allées et venues, on eût dit que le rythme de cet air, qui marche par temps redoublés, les poussait, les talonnait sans relâche et les forçait d'aller comme lui. La femelle redoublait aussi de sollicitations; ses caresses étaient plus démonstratives, ses agaceries plus piquantes; souvent elle s'éloignait rapidement du mâle et, revenant à reculons, elle lui détachait lestement des coups de pied de derrière, pour l'avertir qu'elle était là; mais la pauvre .Alarguerite perdait ses peines. Heureusement pour elle la puissance invisible qui portait le trouble dans ses sens avait aussi le pouvoir de les apaiser.

(( Les instruments ne jouaient plus et elle suivait encore leur impulsion, lorsque, semblable à ces pluies rafraîchissantes qui tempèrent les feux de l'été, la douce harmonie de deux voix humaines est descendue de I orchestre comme d'un nuage pour calmer son délire. .Vu milieu de ses transports les plus vils, on la vue .se modérer soudainement, suspendre par degrés tous ses désirs, enfin s'arrêter immobile et hausser sa trompe par terre. Le repos, dont elle réfléchisseût l'image, était dans un adagio de l'opéra de Dardanus, Mânes plaintifs, chant à deux voix, avec tout son accompagnement. en \/' bcmol.

1 ^2 c:HAl'ITPE III .

<( (>es effets, tout merveilleux qii ils paraissent. nOnt rien qui doivent étonner si Ton réfléchit que les passions des animaux, tout comme les passions humaines, ont dans la nature un caractère rvthmique, absolu , indépendant de toute éducation et de toute habitude. En marquant les mou\ements qui conviennent à ces passions et y joignant les accents qui leur sont propres, la musique les réveille et les excite; elle les change ou les calme à son gré, en combinant la mesure, l'ordre et la succession de ses mouvements. A quoi nous ajouterons que les passions des animaux, ne reconnaissant d autre loi que la nature, sont toujours simples et, par conséquent, plus faciles à émouvoir, à diriger, à régler que celles des hommes, lesquelles, pour la plupart, sont composées et participent plus ou moins les unes des autres. « .Mais rien ne prouve mieux ces relations, ces correspondances intimes du rythme et de la mélodie avec les mouvements et les ^iccents des passions, que linditférence où sont restés nos deux éléphants quand, pour la seconde fois, l'orchestre a joué l'air Ça ira immédiatement après celui de Dardanus avec le seul changement de ré en fa. G'éteiit bien le même chant, mais il n'avait plus sa même expression ; c'était bien la môme harmonie, mais elle avait perdu sa première énergie ; c'était bien la même durée relative de temps, mais ces temps étaient moins frappés et ne marquaient plus le même rythme.

« |e passe rapidement sur les morceaux suivants, teisque l'ouverture du Devin de village, qui les aexcités à la gaité ; la chanson de Henri W . Charmante Gabrielle, qui les a plongés dans une sorte de langueur et d'attendrissement bien exprimés dans leurs regards et dans leur altiUide.

r.ES SlGf-.KSTIONS AUSICALES. I55

" Il en est d'autres aussi qui n'ont rien produit : je ne m'y arrête pas et reviens à la troisième reprise de Ça ira, exécuté en ré comme la première fois, avec addition de plusieurs voix. Il faut avoir été témoin de ses effets pour s'en former une juste idée. La femelle ne se possédait plus; elle allait trottant, saut^mt en cadence et mêlant, au son des xoix et des instruments, des accents semblables à ceux d'une trompette, lesquels n'étaient point discordants avec l'harmonie générale. l'^n approchant du mâle, ses oreilles battaient contre sa tète avec une vitesse extrême, tandis que sa trompe amoureuse le sollicitait par tous les endroits sensibles de son corps. Les coups de pied n'étaient pas non plus épargnés. Souvent, dans son délire, elle tombait à terre sur sa croupe, jetant en l'air les pieds de devant et s'appuyant du dos contre les barreaux de la loge. On l'entendait dans cette posture jeter des cris de désir ; mais, l'instant d après, comme si elle eût été honteu.se d'une action qui avait tant de témoins, elle se relevait et reprenait sa course cadencée

'( Après un court repos, on a essayé de nouveaux airs et de nouveaux instruments. C.ette seconde partie du concert s'est donnée sous les yeux même des éléphants et i\ deux pas de leurs loges.

" Si le mâle n'avait point encore ressenti les ardeurs de la femelle, si aucune sensation d'appétit et de désir ne s était manilestée dans ses mouvements extérieurs, le moment n'était pas loin où il devait sortir de cet état d'indifférence.

« Il n'a d'abord marqué ni peine ni plaisir pour une symphonie de Haydn, en ut luajeur, très brillante. i> appareil de I orchestre et ses éclats retentissants n'attiraienl point son attention : il ne témoignait ni curiosité.

134 CHAPITRE m.

ni surprise ; mais, ce morceau achevé, à peine la clarinette s'est-elle fait entendre dans l'air de la musette de l'ouverture de Nina, qu'il a cherché la voix qui le flattait et s'est arrêté vis-à-vis de l'instrument en étendant vers lui sa trompe. Attentif, immobile, il écoutait. Cependant les feux de l'amour s'insinuaient dans ses veines; trahi par des signes extérieurs et comme étonné lui-même de cette nouvelle sensation, il faisait quelques pas en arrière, et, quand le symptôme diminuait ou qu'il était entièrement passé, il se rapprochait de la musique, écoutait et se retrouvait dans le même état : feux passagers qui ne brillaient un instant que pour disparaître et ne servaient pas même à le guider vers sa compagne.

« La clarinette ayant passé sans interruption à la romance 0 ma tendre musette, en ré mineur, son illusion s'est soutenue ; mais le charme a paru l'abandonner tout à coup, quand, pour la quatrième fois, on a répété l'air Ça ira. Peut-être l'effet de cet air était-il épuisé ; peut-être aussi les organes de ces anmnaux commençaient-ils à se fatiguer d'un trop long exercice. Cela est vraisemblable, puisque ni l'un ni l'autre n'ont donné aucune attention aux accents du cor de chasse par lequel on a terminé le concert. Cet instrument, qu'ils n'avaient pas encore entendu, leur cùl fait probablement plus d'impression si l'on s'en lut servi plus tôt...»

Ces expériences sont d'autant plus intéressantes qu'il y a chez les bêtes comme chez les hommes des natures sensibles à la musique et d'autres qui ne le sont pas. On ne doit donc pas s'étonner que des expériences récentes faites au Jardin zoologique de Londres par M. Gambier-Bolton. et au jardm d'aochmalalion de

Paris par .M. Dorian, n aient donné que des résultats peu concluants'. Mais, d'une façon générale, on peut dire avec Darwin que tous les animaux semblent aptes à percevoir les cadences musicales et le rythme, sinon à éprouvci' une jouissance à leur audition. « (>ela dépend de la nature ph^-siologique commune à leur système nerveu.x " .>' Le même auteur ajoute, dans un autre ouvrage •'. que 'i les principales expressions humaines sont les mêmes dans le monde entier », ce qui semble bien prouver que ces expressions sont dues à des actions réflexes et constantes de l'organisme.

.M. Guenon, vétérinaire au i 5"" chasseurs, a fort bien établi * que tout animal a ses sons favoris. Ainsi, le chien se plait aux sons graves et lents, tandis qu'il manifeste sa souffrance si le rythme s'accélère trop ou si les sons deviennent trop aigus. Quelques-uns d'entre eux ont même une oreille assez juste pour juger comme nous des accords et des dissonances. Un accordeur de Reims, travaillant récemment à la réparation du grand

' Revue parisienne, a" d'avril 1899. — Gi knon, Infhience de ta musique sur les animaux, p. 41.

- Descendance de l'homme. Frad. franc, de .Moulinié, vol. II., p. 359.

Chez les grands singes on trouve déjà à l'état rudimentaire la musique vocale et instrumentale. Savoye raconte que les chimpanzés noirs se réunissent au nombre de vingt à cinquante pour faire une sorte de concert en frappant sur du bois creux et sonore à l'aide de baguettes qu'ils tiennent des pieds et des mains.

L. humme primitif perfectionna 1 instrument en se servant probablement d abord de branches d'arbres creusées ou de cylindres de bambou terminés par un nœud à l'une de leurs extrémités : de là le tambour à un ou deux diaphragmes qu'on trouve chez la plupart des sauvages.

■^ L'expression des émotions chez l'homme et les animaux. Frad. franc, p. 291.

* Influence de la musique sur les animaux et en particulier sur le cheval. 1898.

orgue, ;i observô les faits suivants sur un chien placé près de lui. Aux accords justes, l'animal écoutait plus ou moins attentivement, semblant éprouver du plaisu" et restant mucl. Aux accords laux. il s'agUail et poussait des hurlements de souiirance ; il était maniteste que son tympan rece\ait une impression pénible. Quand l'accordeur employait la roix cc'7e,s/t? dans laquelle existent des dissonances produites par un accord vacillant. les hurlements devenaient si aiiius. si désagréables pour ses propres oreilles, qu il était obligé dy mettre fin en rétablissant le silence.

j ai moi-même connu a Grenoble un chien griffon, qui se mettait à hurler et à gémir des qu'on jouait en mineur.

Casimir (>olomb ' cite un jeune chien de chasse à qui on accordait I accès d'un salon où l'on taisait beaucoup de musique; il s'installait sous le piano à queue et tant que l'instrument restait silencieux lanimal demeurait immobile, couché en rond. 3lais aux premiers sons, il dressait la tête et prêtait une oreille attentive; puis, selon la musique qu'on jouait, il poussait un léger grognement ou des gémissements plaintifs entrecoupés parfois d'aboiements aigus. 11 avait ses auteurs favoris : Mozart ne paraissait guère l'émouvoir; Rossini , pas davantage; mais Beethoven, Schubert et .Mendelssohn le faisaient gémir et crier. Avec Weber les plaintes redoublaient, et il aboyait si fort avec les œuvres de Chopin qu on n'entendait plus les sons du piano. Il fallait alors le chasser, mais il ne s'en allait pas volontiers, ce qui prouve que ses manifestations vocales n'indiquaient pas le déplaisir. On a remarqué que la

' Lj Musi\]iie. p. 39.

LES Sl'GGESTIONS MUSICALES. I 37

musique qui agissait le plus sur lui était celle dont les accords contenaient beaucoup de dissonances.

(-Chateaubriand a écrit sur les charmeurs de serpents un morceau devenu classique :

Il Un jour que nous étions arrêtés dans une grande plaine, un serpent à sonnettes entra dans notre camp. Il 3- avait parmi nous un (Canadien qui jouait de la flûte; il voulut noLis divertir et s'avança contre le serpent avec son arme d une nouvelle espèce. .\. l'approche de son ennemi, le reptile se lorme en spirale, aplatit sa tète, enfle ses joues, contracte ses lèvres, découvre ses dents empoisonnées et sa gueule sanglante ; il brandit sa double langue comme deux flammes, ses 3-eu.x sont deux charbons ardents ; son corps, gonflé de rage, s abaisse et s'élève comme les soufflets dune forge, sa peau dilatée devient terne et écailleuse, et sa queue, dont il sort un bruit sinistre, oscille avec rapidité. .Mors le (.anadien commence à jouer sur sa flûte ; le serpent lait un mouvement de surprise et retire la tète en arrière. -V mesure qu'il est frappé de l'efïet magique, ses yeux perdent leur àpreté, les vibrations de sa queue se ralentissent et le bruit qu'elle fait entendre s'affaiblit et meurt peu à peu. .Moins perpendiculaires sur leurs lignes spirales, les orbes du serpent charmé s'élargissent et viennent tour à tour se poser sur la terre en cercles concentriques. Les nuances d'azur, de vert, de blanc et d or reprennent leur éclat sur sa peau frémissante, et, tournant légèrement la tète, il demeure immobile dans I attitude de l'attention et du plaisir. Dans ce moment, le Canadien marche quelques pas en tirant de sa llûie des sons doux et monotones ; le reptile baisse son cou ruiancé, couvre avec sa tète les herbes fines et se met à

ramper sur les traces du musicien qui l'entraîne, s'arrêtant lorsqu'il s'arrête et recommençant à le suivre quand il commence à s'éloigner. Il fut ainsi conduit hors de notre camp au milieu d'une foule de spectateurs, tant sauvages qu'européens, qui en croyaient à peine leurs 3-eu.\. A cette merveille de la mélodie, il n'y eut qu'une seule voix dans l'assemblée pour quOn laissât le merveilleux serpent s échapper. »

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