‹ Les sentiments, la musique et le gesteChapitre 16 sur 69 · DANSE ARABE · texte numérisé non relu

DANSE ARABE

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troncs balancés, et pas une émotion n'est visible en leur toute petite personne ; elles montrent, avec je ne sais quelle sérénité puérile, un dédain sincère, semblet-il, — qui siérait à d'augustes danseuses des paradis, sporas ou gandharvis — un parfait désintéressement pour tout ce qui n'est pas le r3-thmc auquel elles obéissent. » ( Les Belles du Monde. )

Une remarque curieuse qui a été faite dans toutes nos expériences, c'est que Lina , quand elle danse, ne voit rien et n'entend que le musicien. Cependant jamais elle ne tente de franchir l'enceinte formée par les spectateurs ou la scène ; bien plus, si on place des obstacles, comme des chaises ou des personnes, sur sa route, elle les évite avec habileté. La seule explication probable est qu'elle sent ces obstacles au moyen de sa sensibilité extériorisée, et c'est peut-être là aussi l'explication d'un phénomène analogue qui se produit chez les chauve-souris et chez certains aveugles.

Le sculpteur Vidal, un de nos meilleurs « animaliers )) était totalement privé de la vue. Il se rendait compte des formes de ses modèles en les tâtant. Quand il était dans son atelier en train de travailler, raconte un de ses biographes, <( on n'aurait pas dit qu'il fût aveugle. Seulement, de temps en temps, quand il voulait juger de l'ensemble, il se reculait et regardait son œuvre avec les deux mains étendues, dont les dix doigts semblaient autant d'yeux. »

DANSE AHABK.

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2° REPRÉSENTATIONS l'ASSK iNNEI.I.ES.

Ici encore nous avons eu soin de prendre les motifs les plus caractérisés et les plus simples en évitant les variations qui rendent le phénomène confus. La musique de Gounod, plus que toute autre, agit sur la sensibilité du sujet; elle provoque une mimique expressive très remarquable, un jeu de physionomie, des attitudes dont la vérité et la beauté n'ont jamais été surpassées ni même égalées sur le théâtre. Cette interprétation s'est maintenue dans des observations faites, à diverses reprises, sur certaines scènes de Faust: le trio final (attitude extatique), le duo « Laisse-moi contempler ton visage » et surtout le passage en ré bémol majeur '( O! nuit d'amour... » (p. 175); et, dans un tout autre ordre de sentiments, la sérénade de Méphistophélés qui a été mimée avec une grâce et une ironie charmantes (pp. 178 et 179'.

Les gestes réflexes sont admirablement appropriés aux formes mélodiques : Vinitium du thème, les courbes fermées ou récurrentes, les contours enve-

" Anges purs, anges radieu.x. u

loppants . paraissent avoir le plus d'action ; ce sont , en effet, les formes mélodiques par excellence.

La musique de Wagner n'a donné jusqu'ici que peu de résultats, à part le thème d amour de la Valkyrie. Le thème célèbre de la Chevauchée n'a éveillé qu'une sensation plutôt désagréable : l'idée vagued'unepoursuite implacable , presque effrajante.

Il en a été de même pour les thèmes sv'mphoniques de Beethoven ; la mimique a été faible, sans significiition. Landaide de la symphonie en la a cependant produit quelques effets : le sujet interrogé pendant son sommeil sur ce qu'il éprouvait a répondu que c'était de la '( musique pensée », expression qui rend bien la nature très intellectuelle et très cérébrale de l'œuvre du maître. Ce caractère avait déjà frappé M"" Mathilde Serao qui, dans '( Cœur souffrant », écrit :

(I Anges purs, anges radieux. »

« Anges purs, anges radieux. »

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<( C'ôtc'iit une de ces pensées profondes que Beethoven développa en une harmonie sobre et magistrale, et dont les ondulations mélancoliques ressemblent aux demiteintes d un tableau, aux courbes d'une statue, aux vagues berçantes d'un beau vers. ><

Un des passages qui portèrent le plus fut ïallegro moderato de cette même symphonie : quand arriva la phrase en la majeur où se trouvent, sous une symphonie largement épandue . des accompagnements en triolets et dans un mouvement modéré . nous pûmes constater immédiatement, en même temps qu'un changement de physionomie produit par l'entrée de la tonalité majeure, une tendance très nette à représenter le nouveau rythme donné par l'accompagnement, tendance qui se fut franchement accusée sous forme de danses si la mélodie, par son allure lente, ne l'avait contre-indiquée.

La musique de Verdi, au contraire, a produit des résultats remarquables, surtout le Miserere du Trouvère, où nous pouvions suivre, dans l'attitude du sujet, toute la série des sentiments exprimés par les paroles qui cependant n'étaient point prononcées. (Les deux figures de la page 177 sont deux instantanés de la même pose pris simultanément , 1 un de face, l'autre de profil.)

11 en a été de même pr)ur l'air du prisonnier dans le Richard Cœur de Lion de (irélrv.

(( O ! Nuit d'amour. »

Vous qui FÂI-TES LENOOH . Ml - E N'StiTefl • 0£Z -VOUS fAS\ tenttn . dez . VM/S pis

0 Ca . the . ri . ne ma i rm'.e N 'entendez *aas 'pàs Ma roix rf mes pis ?

daaaea/t éjt'.jer, /7W m/, e. fn/e ù 6jyi/e ja àmgt ^ aue ^ à^jae ^v éwgt Aht ^h! êh!

l8o CHAPITRE I II.

Lina est extrêmement sensible aux accents larges et simples de la musique religieuse. Rien de plus émouvant que de la voir s'effondrer peu à peu sous le poids de la colère divine à l'audition du Dies irœ (^pp. 182 et 183). .Al. Franck, directeur de la musique des temples israélites à Paris, a bien voulu lui jouer plusieurs hymnes juives et nous avons été alors frappés de la voir presque toujours élever ses bras en tournant la paume des mains à l'extérieur et en les écartant progressivement, geste familier aux initiés de l'Orient qui, disentils, s'isolent ainsi des influences terrestres.

A côté des motifs passionnels, nous pouvons signaler quelques autres motifs tels que : la Dernière pensée de Weber, dont la mélancolie a été rendue avec une grâce exquise ; la Berceuse de Reber, qui a fini par déterminer la pose du sommeil où le sujet s'est en quelque sorte figé ; la Rêverie de Rosellen, où les notes répétées systématiquement ont provoqué une attitude encore plus singulière, car Lina a fini par se coucher sur le tapis comme pour rêver plus à son aise.

Jusqu'ici les sensations musicales semblent appartenir exclusivement au domaine de la sensibilité, émaner d'elle. Quand on demande à Lina endormie quelles sont ses impressions ou qu'on lui suggère de se les rappeler au réveil, elle ne formule que des appréciations vagues : « C'est gai ou triste ; cela donne envie de danser ou de pleurer. » Si on la presse de questions, elle finit quelquefois par dire quelles images visuelles se sont présentées à elle: une procession, un défilé de soldats, des gens qui la poursuivaient, un amoureux qui lui parlait avec passion. Ce sont des réflexes que les sensations auditives ont développés dans un autre

LES SUGGESTIONS MUSICALES. l8l

organe sensitif ; ce sont toujours des manifestations de la sensibilité, et il n'y a pas véritablement de pensée ni d'intervention de la volonté. M. Paul Richer avait déjà observé que, dans les cas d'extase musicale, le masque seul était en mouvement; il n'y avait ni battements du cœur, ni accélération de la respiration.

La musique seule ne détermine pas des faits psychologiques complets où intervient librement la conscience comme moyen d'aperception ou de connaissance , comme moyen de coordonner les sensations et les transformer en idées ou en jugements contradictoires. Ce n'est donc pas le phénomène d'art dans son entité, faisant appel à toutes nos facultés, frappant pour ainsi dire à toutes les portes de l'être; c'est une partie seulement du phénomène.

Ceci nous explique très bien pourquoi certaines images sonores représentatives de faits, purement psychiques ou ayant un but descriptif, pittoresque, donnent des effets presque nuls ou peu significatifs, tandis que d'autres, facilement transformables en rythme de marche, de danse ou en rythmes passionnels, parviennent à provoquer des réflexes puissants et précis, quand bien même ils n'auraient qu'une allure très vulgaire. Les premières demandent en quelque sorte une collaboration intellectuelle, une idéation quelconque ; les secondes se bornent à agir vivement sur les fibres nerveuses et déterminent automatiquement l'obéissance du sujet.

d. — Influence du sens des paroles chantées.

Quand à la musique se joint le chant, dans une langue que comprend le sujet, l'effet est à la fois intellectuel et sensitif, mais la volonté n'intervient pas encore ; c'est ce dernier point qui distingue le phénomène pendant le sommeil du phénomène pendant la veille, et contribue à lui donner le maximun d'intensité, comme nous l'avons déjà expliqué.

Voici (hors texte dépliant) Lina dans quatre photographies instantanées prises par M. P. Nadar, pendant que M™' Nadar lui chantait, de sa voix si douce et si S3-mpathique, l'air de « la Coupe » de Galathée ; les attitudes correspondent aux passages en caractères forts.

GALATHÉE ( Air de La Co»/)e)

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On dirait qu'un rayon sommeille Ivpanoui dans son flot d'or '.

Et ton parfum remplit mon être (7omme l'amour remplit le cCLur.

Ail I ah I verse encore.

Vidons l'amphore '.

Le vin. le vin est un trésor divin.

Les deux planches suivantes (pp i88 et 1891 interprètent d'une façon charmante la chansonnette que !e compositeur lui-même, notre ami Saraz, chantait en s'accompagnant sur le piano.

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