‹ Les sentiments, la musique et le gesteChapitre 18 sur 69 · I.KS Sir.GESlIO.NS .MISICALES. I9I · texte numérisé non relu

I.KS Sir.GESlIO.NS .MISICALES. I9I

En résumé, chez Lina, l'intonation nous a toujours semblé déterminer le genre du geste; la parole, quand elle est comprise, précise ce geste et en augmente l'intensité si l'intonation correspond bien au sentiment qu'on a voulu exprimer. Quand on répète, même à plusieurs jours de distance, les mêmes vers, Lina reproduit exactement les mêmes gestes pour les mêmes passages, mais en leur donnant une ampleur correspondant à l'énergie de la déclamation.

M. Ripert déclamant, un jour, devant elle et moi une scène de tragédie, il me sembla que l'intonation, le sens et le geste n'étaient point concordants. Je le priai de continuer la déclamation, mais sans prononcer de paroles, comme l'on fredonne un air au lieu de le chanter, et je notai les gestes. Puis je repris le même passage que je lus d'une voix aussi lente et aussi unie que possible, de telle façon que Lina put facilement saisir le sens et ne fut pas influencée par d'autres causes, je notai alors d'autres gestes: non pas des gestes plus ou moins amples, mais des gestes de caractère différent, j'en conclus que l'intonation de 31. Ripert n'avait pas correspondu exactement au sens et, en recommençant méthodiquement cette expérience avec d'autres déclamateurs, j'acquis la conviction que l'identité du geste dans les deux genres d'essai précités était le véritable critérium de la justesse de 1 intonation.

e. — Les chants populaires.

Nous avons signalé l'influence exercée sur la mimique du sujet par le sens des paroles et par la qualité des sons. Avant d'essayer d'en donner une théorie, je veux dire quelques mots d'une troisième influence dont l'effet m'est apparu de plus en plus net à mesure que mes études se poursuivaient.

Depuis longtemps on a constaté que la danse, comme le chant, et en général les arts, présentent des caractères différents chez les différents peuples.

L,' Encyclopédie de Diderot et d'Alembert dit dans ses notes de l'article Musique : « La musique de chaque nation a une expression analogue au génie de cette nation. Ainsi les airs de danse vraiment français sont gais et légers ; ils inspirent l'envie de danser avec assez de vivacité pour exprimer la joie, mais non pour se mettre sur les dents. Les airs de danse anglais sont rapides; ils ont quelque chose de sérieux et vous mettent en train de danser jusqu à extinction. Les polonais sont graves, majestueux ; on marche avec grâce plutôt qu'on ne danse, etc. ')

Tout récemment, un médecin allemand , le docteur Piderit, auteur d'un livre sur la Mimique et la Physionomie, exprimait la même opinion :

« Les danses populaires des Espagnols se caractérisent par une énergie passionnée, par une tenue orgueilleuse et un noble maintien. En Italie, dans le pays de la tarentelle, elles sont d'une gaieté folle et à temps rapide ; hardies et ardentes chez les Polonais et les

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Hongrois à la vie facile ; innocentes et grossières chez les vigoureux T3-roliens. Mais plus la vie est pénible dans le froid pa^'s du Nord, plus les soucis de l'existence sont accablants, et plus le climat inhospitalier confine les hommes dans leurs demeures étroites, plus leurs mouvements sont lourds, disgracieux. »

D'autre part, comme l'a écrit AI. Lavoix * :

« La chanson populaire peut être considérée comme la forme primitive de la poésie et de la musique, l^tant la plus simple et la plus naturelle, cette forme fut celle à laquelle s'arrêta tout d'abord l'imagination des hommes qui eurent, les premiers, le sentiment des mouvements, des cadences, des retours périodiques qui constituent le fond de tout art hrique. Elle représente, pour la plupart des peuples dépourvus de la culture des races occidentales , le seul aspect connu de l'art musical et poétique...

« Toutes les chansons, même les plus graves, paraissent avoir été, dans le principe, indissolublement unies ;ï la danse. Si, depuis longtemps, les chansons telles que les complaintes ont cessé de remplir cet usage, il a pu sans inconvénient subsister pour des chansons vives et r3'thmées. »

Lorsqu'on cherche la cause de ces phénomènes, on est conduit à supposer qu'il se développe chez les hommes réunis et. par le fait même de cette réunion, un certain nombre de facultés communes : transitoires, quand il s'agit d'une foule ; permanentes, quand il s'agit d'une race.

' (ha»de Encyclofédie V". Chanson populaire.

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