I ' LA FOULE
Le baron de Reichenbach a dtimontré que le mode d'orientation des molécules de tout être organisé détermine dans ces êtres des modes spéciaux de vibration de l'éther qu'il a étudiés sous le nom d'od et qui obéissent à certaines lois dites lois de polarité.
Le corps de Thomme, en particulier, est divisé par un plan médian en deux parties sj'métriques présentant des polarités opposées, analogues à celles de l'aimant.
Quand deux parties du corps présentant la même polarité sont en contact ou très près l'une de l'autre ( en conjonction isonome), il se produit une répulsion réciproque de Yod qui en abandonne la surface. De là une diminution de la vitalité se traduisant chez les sensitifs soit par une insensibilité plus ou moins complète de la peau et la contracture, s'il s'agit d'un membre, soit par la suspension de toute volonté propre, c'està-dire par une très grande suggestibilité, s'il s'agit du cerveau.
Me basant sur ces lois j'écrivais, en 1887, dans une étude sur la suggestibilité à l'état de veille apparente que j'appelais état de crédulité :
« On arrive à des résultats semblables {la production de l'état de crédulité) en se plaçant derrière le sujet de manière à mettre les deux corps en oppositions isonomes. Cette observation contribue à expliquer les hallucinations des foules et les mouvements populaires dont il est si souvent fait mention dans l'histoire. Voilà un grand nombre d'individus qui, tous, sont tournés du
même côté, recevant ainsi, par devant comme par derrière, l'influence des polarités isonomes ; ils écoutent un orateur ou regardent le ciel dans l'attente d'une apparition. Les plus sensibles, les femmes et les enfants, qui ont la tète au niveau des épaules de leurs voisins, sont mis en état de crédulité. Pour ceux-là, toute affirmation de celui qui parle est la vérité même; tout acte conseillé par lui sera suivi d'une exécution automatique. Que l'un quelconque des assistants dise qu'il entend des cris ou qu'il voit apparaître des fantômes, tous les sensitifs verront les fantômes ou entendront les cris...
« Sur mille quatorze personnes de tout âge et de tout sexe, de tout tempérament soumises à l'hypnotisation, en 1880, par M. Liébeault, il ne s'en est trouvé que inngt-sept de réfractaires... Sans doute, il faut tenir compte de ce fait que M. Liébeault opère surtout sur des gens du peuple qui viennent chez lui pour être endormis et qui, convaincus de sa puissance magnétique, offrent une docilité cérébrale plus grande. Mais ce sont là précisément les conditions où se trouvent les foules quand elles sont réunies dans l'attente d'un événement extraordinaire ou sous le coup d'une vive passion, et il ne faut pas oublier que l'état de crédulité est la première phase de l'hypnose '. »
Le \y Lebon a repris et développé cette explication dans son beau livre sur la Psychologie des foules -.
« Nous savons aujourd'hui que par des procédés variés un individu peut être placé dans un état tel, qu'a3'ant perdu toute sa personnalité consciente , il
' Les forces non définies, p. 256. — Paris, 18S7. ■^ Paris, i8q8.
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obéisse à toutes les suggestions de l'opérateur qui la lui a fait perdre et commette les actes les plus contraires à son caractère et à ses habitudes. Or, les observations les plus attentives paraissent prouver que l'individu plongé depuis quelque temps au sein d'une foule agissante se trouve bientôt placé — par suite des effluves qui s'en dégagent ou pour toute autre cause que nous ne connaissons pas — dans un état particulier qui se rapproche beaucoup de l'état de fascination où se trouve l'hypnotisé entre les mains de son hypnotiseur. La vie du cerveau étant paralysée chez le sujet h3-pnotisé, celui-ci devient l'esclave de toutes les activités inconscientes de sa moelle épinière que l'hypnotiseur dirige à son gré. La personnalité consciente est entièrement évanouie, la volonté et le discernement sont perdus. Tous les sentiments et les pensées sont orientés dans le sens déterminé par l'hypnotiseur.
(( Tel est, à peu près aussi, l'état de 1 individu faisant partie d'une foule ps3-chologique. Il n'est plus conscient de ses actes. Chez lui, comme chez l'hypnotisé, en même temps que certaines facultés sont détruites, d'autres peuvent être amenées à un état d'exaltation extrême. Sous l'influence d une suggestion, il se lancera avec une irrésistible impétuosité à l'accomplissement de certains actes. Impétuosité plus irrésistible encore dans les foules que chez le sujet hypnotisé, parce que la suggestion, étant la même pour tous les individus, s'exagère en devenant réciproque. Les individualités qui, dans la foule, posséderaient une personnalité assez forte pour résister à la suggestion, sont en nombre trop faible pour lutter contre le courant
(( Donc, évanouissement de la personnalité consciente, prédominance de la personnalité inconsciente, orienta-
tion, par voie de suggestion et de contagion, des sentiments et des idées dans un même sens, tendance à transformer en actes. les idées suggérées, tels sont les principaux caractères de l'individu en foule. Il n'est plus lui-même, il est devenu un automate que sa volonté ne guide plus.
« Ainsi, par le fait seul qu'il fait partie d'une foule organisée , l'homme descend de plusieurs degrés sur l'échelle de la civilisation. Isolé, c'était peut-être un individu cultivé; en foule, c'est un barbare, c'est-àdire un instinctif. » (pp. 19 et suiv.).
On pourrait presque dire un animal; car, suivant les théories des philosophes de l'Inde, les animaux n'ont pas d'âme personnelle; ï espèce possède une âme collective où chaque individu puise, à sa naissance, et restitue, à sa mort, ce qui est nécessaire pour diriger son corps pendant la vie. Ceux qui , par la fréquentation de l'homme ou autrement, parviennent à acquérir des qualités propres, se forment des fîmes tendant à se dégager du fond commun de l'animalité pour passer dans les races inférieures de l'humanité.