‹ Les sentiments, la musique et le gesteChapitre 20 sur 69 · L.\ RACE · texte numérisé non relu

L.\ RACE

« On peut comparer une race à l'ensemble des cellules qui constituent un être vivant. Ces milliards de cellules ont une durée très courte, alors que la durée de l'être formé par leur union est relativement très longue; elles ont donc à la fois une vie personnelle, la leur, et une vie collective, celle de l'être dont elles composent la substance. Chaque individu d'une race a, lui aussi,

igS CHAPITRE III.

une vie individuelle très courte et une vie collective très longue. Cette dernière est celle de la race dont il est né, qu'il contribue à perpétuer et dont il dépend toujours. »

Cette définition de la race donnée par le docteur Lebon ' nous amène à aborder la question encore si obscure de l'Inconscient à l'aide duquel on essaye aujourd'hui d'expliquer un grand nombre de phénomènes ps3xhologiques , mais dont personne n'a, je crois, déterminé encore la genèse d'une façon précise.

Peut-être les expériences suivantes y aideront -elles.

Quand on agit magnétiquement sur certains sujets on détermine chez eux un phénomène que j'ai appelé y extériorisation de la sensibilité. Ils ne perçoivent plus les actions mécaniques susceptibles de produire des sensations que quand ces actions sont exercées à l'extérieur de leurs corps, comme s'ils projetaient, par tous les points de ce corps et suivant des lois que j'ai formulées*, des eflfluves conducteurs de la sensibilité. La nature de ces effluves est encore indéterminée, mais ils présentent la singulière propriété de se dissoudre dans certaines substances, tout en restant reliés à la partie du corps qui les émet, de telle sorte que si, par exemple, on place, près de la poitrine d'un sujet, un verre d'eau, l'eau se chargera de l'effluve; et, si l'on éloigne ensuite le verre, toute action exercée sur l'eau sera perçue par le sujet à sa poitrine, si le verre n'est pas trop loin.

M. Boirac, recteur de l'Académie de Grenoble, en vérifiant mes affirmations, a découvert un fait nouveau, c'est qu'un opérateur quelconque, non sensitif, peut

' Lois psychologiques de l évolution des peuples. — Paris, iSgS, p. 12. ^ L'extériorisation de la sensibilité . — Chap. 11.

LES SUGGESTIONS .MUSICALES. I gç

charger de ses effluves ' un objet susceptible de les emmagasiner (ce qu'on appelait au moyen âge une mumie), de telle sorte que, si le sujet prend l'objet ainsi chargé entre les mains et qu'on pince l'opérateur, le sujet ressentira le pincement; toujours pourvu que la distance ne soit pas trop grande, car la loi qui régit les pertes de force vive par ra3'onnement est une loi générale.

Cette constatation m'a permis de pousser plus loin l'analyse de cette sorte de phénomènes.

Soit, en effet, O l'opérateur, S le sujet , M o\a. mumie chargée des effluves de l'opérateur, M s la mumie chargée par le sujet, on pourra constater la communication des sensations dans les cinq groupements suivants :

4" S M s O Mo

5'' S M s Mo O

Les deux premiers groupements sont ceux que nous avons déjà décrits.

' Les sujets qui voient les effluves disent que, chez l'homme normal, Tod, le fluide transmetteur de la sensibilité, s'arrête à la surface du corps et n'est projeté au dehors que par les organes des sens ou par les extrémités des membres, spécialement par les doigts d'où ils rayonnent. Les manœuvres magnétiques ont pour effet, chez les sujets, de diminuer le rayonnement des extrémités des membres et de le répartir sur tout le corps ; c'est pour cela qu'ils chargent alors les muniics non seulement au contact, mais encore quand elles sont placées près d eux dune façon quelconque, tandis que les personnes normales ne les chargent qu'au contact ou en projetant sur elles les rayonnements digitaux ou oculaires.

Dans le troisième, l'opérateur louche la mumie du 5ujet et on pince l'opérateur.

Dans le quatrième , l'opérateur touche encore la mumie du sujet et on pince sa propre mumie placée à une certaine distance.

Dans le cinquième, enfin, on joint la mumie du sujet à celle de l'opérateur et on pince l'opérateur. On peut présenter cette expérience d une façon saisissante en faisant charger par le sujet un bouquet de fleurs et par l'opérateur un verre plein d'eau ; un tiers place rapidement le bouquet dans le vase, et il suffit alors de pincer ou de piquer l'opérateur pour que le sujet perçoive la sensation.

Les derniers dispositifs, où la communication entre le sujet et l'objet actionné n'est plus directe, mont permis de faire une remarque importante.

Suivant la sensibilité des sujets que j'emplo3"ais et la distance à laquelle je plaçais les divers éléments de l'opération, tantôt le sujet accusait la douleur, tantôt il disait ne rien sentir; mais alors je constatais souvent, dans la main qui avait chargé le bouquet, une contraction coïncidant e.xactement avec le moment où j'avais pincé, soit l'opérateur, soit sa mumie. Le sujet avait donc reçu un ébranlement suffisant pour déterminer cette contraction et trop faible pour être perçu ; il était resté inconscient.

On doit admettre qu'un phénomène analogue se passe pour les non-sensitifs ; leur organisme est trop grossier pour transmettre jusqu'au cerveau les faibles vibrations qu'ils reçoivent de l'extérieur. Ces vibrations n'en existent pas moins , et elles doivent laisser des traces quelque part dans leur corps.

Les Orientaux, à qui il faut toujours revenir quand

on aborde ces questions nouvelles pour la science occidentale, disent que l'homme est composé de trois parties : le corps charnel, que tout le monde connaît; Y esprit immatériel, que nous ne saurions définir, et une substance intermédiaire plus subtile que celles que nous percevons à l'aide de nos sens ordinaires. Cette substance, destinée à transmettre à l'esprit les sensations du corps et au corps les ordres de l'esprit, a reçu le nom de corps astral ou éthérique.

Le corps astral, grâce à sa nature subtile, est constamment ébranlé par des chocs infinitésimau.x susceptibles, en s'accumulant , de modifier à la longue le groupement de ses éléments constitutifs et, par suite, les manifestations extérieures de l'esprit, manifestations dont il est l'agent.

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On conçoit bien maintenant, ce me semble, que quand, pendant de nombreuses générations, des hommes ont vécu côte à côte, soumis aux mêmes influences de climat et d'hérédité physique, participant aux mêmes événements, leurs corps astraux soient arrivés à acquérir des propriétés communes grâce auxquelles ils sentent et expriment leurs sensations d'une manière spéciale '.

Les êtres chez lesquels ces propriétés apparaîtront davantage seront ceux qui, par la délicatesse de leur organisme, sont les plus aptes à être ébranlés par les vibrations ambiantes ; ce seront les artistes.

i< L'artiste véritable, qu il soit architecte, littérateur ou poète, possède la faculté magique de produire dans

' Le mal du pays n'est-il pas du à ce que le corps astral de l'homme, finissant par vibrer harmoniquement avec les objets qui l'entourent depuis son enfance, souffre quand il est soumis à d'autres vibrations ?

ses synthèses I àme d une époque et d'une race. Très impressionnables, très inconscients, pensant surtout par images et raisonnant fort peu, les artistes sont, à certaines époques, les miroirs fidèles de la société dans laquelle ils vivent ; leurs œuvres, les plus exacts documents que l'on puisse invoquer pour restituer une civilisation. Ils sont trop inconscients pour n'être pas sincères et trop impressionnés par le milieu qui les entoure pour ne pas en traduire fidèlement les sentiments, les besoins et les tendances. De la liberté, ils n en ont pas. et c'est ce qui fait leur force. Us sont enfermés dans un réseau de traditions, d'idées, de croyances, dont l'ensemble constitue l'âme d'une race et d'une époque, l'héritage de sentiments, de pensées et d'inspirations dont l'influence est toute-puissante sur eux , parce qu'elle gouverne les régions obscures de l'inconscient où s'élaborent leurs œuvres^ .»

Un sujet hypnotique est comme l'artiste, et à un bien plus haut degré encore. Amené à l'état cataleptique où toutes ses facultés individuelles sont presque complètement inhibées , où son cerveau est devenu en quelque sorte une page blanche propre à recevoir toute espèce d'écritures, il n'est plus qu'un mécanisme d'une extrême sensibilité entrant en jeu au moindre choc.

Or, les chants populaires ne sont que la mise en musique des sentiments qui se développent dans telle ou telle race , à propos des principales circonstances de la vie : rondes de fiançailles ou de noces, berceuses, chansons de table ou de guerre.

Ces dernières, correspondant aux émotions les plus violentes, donnent naturellement naissance aux expres-

' G. Lebon. — Lois psychologiques de l'évolution des peuples, p. 6i.

LES SrCCiESTIONS .MUSICALES. 203

sions les plus caractéristiques ; elles constituent essentiellement les chants nationaux , tantôt inspirés au moment d'une crise politique exaltant les facultés d'un artiste patriote, tantôt choisis, parmi d'autres chants préexistants, parce qu'ils répondaient le mieux au cacactère d'un peuple.

Dans sa biographie de Monge, Arago nous a laissé un exemple bien net de cette genèse.

« On avait vainement cherché, lors de l'expédition d'Egypte, à étonner les indigènes en faisant défiler sous leurs 3'eux tous les prestiges de la ph3-sique et de la chimie. Monge conseilla d'essayer de la musique. Un orchestre nombreux, composé d'artistes très habiles, se réunit un soir sur la place Esbehiéh, du Caire, et exécuta, en présence des dignitaires du pays et de la foule, tant(3t des morceaux à instrumentation savante, tantôt des mélodies simples, suaves, tantôt enfin des marches militaires, des fanfares éclatantes. Soins inutiles : les Égyptiens , pendant ce magnifique concert, restèrent tout aussi impassibles, tout aussi immobiles que les momies de leurs catacombes. « Ces brutes, s'écria-t-il « en s'adressant aux musiciens, ne sont pas dignes de la « peine que vous vous donnez ; jouez-leur Malbrough, '( c'est tout ce qu'ils méritent. » Malbrough fut joué à grand orchestre, et aussitôt des milliers de figures s'animèrent, un frémissement de plaisir parcourut la foule, et l'on crut que jeunes et vieux allaient se précipiter dans les vides de la place et danser, tant ils se montraient gais et agiles. L'expérience, plusieurs fois renouvelée, donna le même résultat. » Cette préférence s'explique par le fait, aujourd'hui reconnu, que l'air est d'origine arabe et a été rapporté en Europe accompagnant la légende d'un croisé nommé Mombrou.

De tous les chants éclos sous l'influence d'une grande commotion sociale, il n'en est pas de plus beau que la Marseillaise , dont l'audition mettait Monge dans un tel état d'enthousiasme que, quand l'illustre géomètre, à la suite de malheurs domestiques, eut perdu ses facultés intellectuelles, ses amis la firent jouer devant lui, n'imaginant pas de meilleur moyen pour esssayer de les réveiller un peu; mais ce fut en vain. (Arago — Biographie de Monge.)

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