CHANSONNETTE VILLAGEOISE
Je me figure, sans l'avoir essayé, l'effet du rythme entraînant d'une ancienne ronde que j'ai entendue dans les campagnes lorraines lorsque j'allais y faire des levers comme sous-lieutenant à l'École d'application de Metz :
En passant par la Lorraine
Avec mes sabots,
Rencontrai trois capitaines
Avec mes sabots,
Dondaine
Oh ! oh !
Avec mes sabots.
En passant par la Lorraine Rencontrai trois capitaines.
Ils m'ont appelé vilaine.
Je ne suis pas si vilaine , Puisque le lils du roi m'aime.
Il m'a donné pour étrenne Un bouquet de marjolaine :
S'il fleurit, je serai reine, S'il y ment, je perds ma peine.
De même pour la mélancolique complainte qu'on chante encore dans tout le Sud-Est de la France :
La Pernette se lève, trois heures avant le jour; Elle prend sa quenouillette et son joli petit tour. Sa mère lui vient dire : — Ma lillc, qu'avez-vous ? .\vez-vous mal de tête, ou bien le mal d'amour ?
— Je n'ai point mal de tète, mais j'ai le mal d'amour.
— Ne pleurez pas ma fille, nous vous mari-e-rons. Avec le fils d'un prince, ou le fils d'un baron.
— Je ne veux pas d'un prince, ni du fils d'un baron : Je veux mon ami Pierre, qui est dans la prison, etc.
Et si nous sortons de France, que de documents imprévus pour la psychologie des races nous pourrions
trouver dans les ranz des vaches de nos voisins les Suisses , dans les chants des pâtres de Cornouailles, dans les czardas hongroises, les canzonnettcs vénitiennes, les saltarelles napolitaines, les lieds allemands, les cracoviennes polonaises, \qs yoles tyroliennes, les runes finnois, les dunkas russes, les chants arabes, etc.
Avec un sujet comme Lina on peut, disait M. Jules Bois, (( assister, de son fauteuil, à un panorama des nations, à un panorama consistant, non en un défilé de costumes, mais à un défilé de sentiments et d'émotions admirablement rendus par le geste. »
De même qu'un Stradivarius dont un maître aurait joué pendant de nombreuses années, cette jeune femme est devenue un instrument merveilleux dont toutes les fibres vibrent aujourd'hui au moindre coup d'archet. Mais, hélas, sa délicatesse même le rend fragile et, chaque effort un peu violent provoqué par la lutte pour la vie tend à le détraquer.
Combien il est regrettable que notre organisation scientifique ne permette point d'assurer l'existence d'êtres possédant des facultés si rares et sf précieuses, aussi bien pour les philosophes et les physiciens que pour les artistes, quand on voit tant d'argent gaspillé dans nos laboratoires officiels pour des travaux sans intérêt et trop souvent stériles !
CHAI'ITRK III.
f. — Vcrificalion de mes expériences par d'autres observateurs.
Depuis que nos expériences ont été ébruitées dans le monde artistique, M. Saraz a présenté Lina à quelquesuns de ses amis, qui ont pu s'assurer de son extrême sensibilité musicale et de la justesse de nos observations.
Le 21 juin 1899, en présence de MM. Henri Fouquier et Georges Pfeiffer, on a joué l'air suivant qui débute par la Marche du Tannhaùser, de Wagner, et se soude, par une mesure commune, au Père la Victoire, de Qanne.