CHAPITRE III
■K DES RELIGIONS ET LA TOLÉRANa
Noua sommes habitués à la Jiherlé des cultes ; l'État moderne, en l'établissant, n'a pas seulement subi una nécessité politique ; il a cru devoir s'incliner devant le droit, devant le plus sacré des droits qu'il reconnaissait k la conscience de chacun de ses memhres. IJ s'est lui-même, chez nous du moins, séparé des di- ' verses confessions religieuses, il a contracté des al- [ liances avec plusieurs d'entre elles ; il n'y en a aucune avec laquelle il soit resté uni, aux. lois de laquelle il ait attaché l'autorité de ses propres lois.
Ce sont des idées, des habitudes toutes contraires qui dominent sans contestation au début du seizième siècle ; il n'y a qu'une religion et cette religion n'est ' pas seulement celle de chacun, elle est celle de l'État; l qui l'attaque attaque l'Etat; c'est le devoir en même; temps que l'intérêt de l'État de défendre une cause. sainte indissolublement liée à la sienne. Nous avons à nous demander si la formaliou de confessions nouvelles au sein du cliristianisme et les événements qui , survinrent à la suite ne portèrent pas une atteinte; plus ou moins profonde â ces idées, à ces habitudes, et jusqu'à quel point les principes anciens gardèrent
Lcuf empire sur les esprits et sur les faits, s'il parut VégHime,s'il parut possible de les appliquer dans toute leur rigueur.
La pensée de la royauté, celle d'un grand nombre. L'unité du plus grand nombre assurément, était que dans un la religion, pays une seule religion devait être admise. En 1562, Catherine de Médicis disait au prince de Condé « qu'il étoit impossible d'entretenir deux religions en France. » * Quand nos rois se sentaient libres, c'était toujours la même idée qu'ils ne manquaient pas d'exprimer. * Le jour vint où ils ne furent même plus libres d'eu exprimer une autre. En décembre 1576, les Élats-généraux demandèrent à Henri III de rétablir l'unité de religion ; Henri répondit favorablement à leur demande et déclara qu'il n'avait jamais eu d'autre désir ; la Reine-mère s'exprima comme son fils, mais elle insista davantage sur le passé, pour faire excuser la politique, très différente, dont on lui attribuait la responsabilité, alléguant les difficultés . inhérentes aux régences, celles qu'y avait encore ajoutées la désunion de ses fils, et preuant tous les e^igagemens qu'on pouvait souhaiter pour l'avenir.
* Casteinau, liv. III, chap. XI, p. 149-
' En 1569, Toscan€,i, III, p. 607. Eq 1587, on ne doutait pas que le Roi ne fût décidé à rétablir l'unité de la religion, mais on pensait ^^e l'état des affaires l'obligeait à gagner du temps, à cacher ses projets et ses griefs (i^., t. IV, p. 667).
56 uvRE I. — cHipmiK m.
Sur celte double réponse les Elats cherchèrent les
moyens d'arriver à leurs fins. '
On le voit, quand la royauté ne montrait pas assez de zèle, c'étaient les États qui lui donnaient l'impulsion ; à défaut d'États généraux, les Étals particuliers. En 1364, cens de Bourgogne « remontrèrent au Roi qu'il étoii impossible de maintenir deux religions en France ; et sur cela supplièrent S. M., par personnes envoyées exprès, qu'il n'y eût point de temples ni exercice de la religion prétendue réformée au pays de Bourgogne pour les huguenots. " '
En i 567, une conférence fut tenne à la Chapelle, près Saint-Denis : « Les protestans ayant demandé avant toutes choses la tolérance de leur religion et la liberté de l'exercer dans tout le royaume, sans aucune distinction de lieux et de personnes, le connétable, tout zélé qu'il étoit pour la paix et la tranquillité publique, déclara hautement que le Roi n'y consentiroit jamais : que les édits faits en faveur des protestans n'étoiont pas pour toujours, et que le dernier surtout, donné à Orléans, n'étoit que pour un temps ; que le dessein du Roi n'étoit pas de tolérer deux religions dans ie royaume, mais plutôt d'employer tous les moyens possibles pour conserver et affermir l'ancienne, et que S. M. aimeroil mieux être en guerre avec ses sujets que de se rendre suspect ou odieux aux princes, ses voisins, pour une telle cause. » '
' Castelnau, iiv. V, ch. V, p. 190.
» De Thou, Uist., ]iv. XLIl, l. V, p. 362. ,
Si Ton tient quelquefois un autre langage, c'est sous l'empire de la nécessité, c'est pour servir un grand intérêt politique. Monluc, évêque de Valence, envoyé en Pologne pour faire donner la couronne au duc d'Anjou, écrit aux seigneurs : '< (Le roi de France) vous présente un prince vraiment catholique de religion et non de faction, et qui est de telle et si grande prudence et expérience que,bien qu'il y ait quelque diversité de religion entre vous, il vous conservera et les uns et les autres en toute sûreté. » * L'élection faite, ies ambassadeurs français jurent, pour le nouveau roi, qu'il « maintiendra la paix entre ceux qui sont de dîfiférentes religions et n'essaiera de les ramener par effusion de sang, ni par cruauté. » ' De retour en France, Monluc dit : « Il y a grande diversité de religion... ; mais, reconnoissant entre eux que la division apporteroit leur entière ruine, ils n'ont jamais voulu courir sus Tan à l'autre. Ils espèrent que, avec la prudence de leur roi, cette grande diversité se pourra quelque jour réunir. » ^ Ainsi Ton ne paraissait plus croire qu'il fût impossible ou défendu d'àvoir plusieurs religions dans un Etat. Il est vrai que, une fois sacré et couronné, le nouveau roi « ne voulut jurer aux Polonois les articles nouveaux qu'ils avoient
* Choisnin, Mémoires, ou Discours ou vrai de tout ce qui s'est fait et passé pour Ventière négociation de Vélection du roi de Pologne (Panthéon Littéraire)^ liv. II, p. 696.
« Id. ib,, p. 729.
» Jd., liv. III, p. 745.
58 UTBB i. — cttAPini ni.
dressés, portaot liberté do cuDscinaire à tous les ha-
bilans duiiit royaume. • '
D fatit dire aussi que les dissidens eus-nièmcs n'ataient pas trop disposés à re^ranler la divcrsilé de religions comme poâsible en fait ou comme légitime on principe. Quand, à Saint-Bris, (^theriQc de Médicis n dit an vicomte de Turenne que résolument le Roi ne vouloit qu'une religiou en France, il lui répondit : — Nous le voulons bieu. Madame, mais que ce soit la nAtre ; autremenl nous nous battrons bien. > On luttait plutftt pour acquérir l'empire à sa croyance que pour assurer la libertés sa conscience.
On peut dire que l'exaltation, de part et d'autre, produit les mêmes effets ; mais que la diversité de religions soit nu mal, c'est ce que reconnaissent lea hommes les moins ardens : ■ Il est nécessaire, écrit: rarcbcvèque Marillac, ' que ce qui se délibère à ce fait de la religion soit ferme et arrêté, car la dissen* sion en l'Eglise ouvre la porto à toutes méchancetés. "Aussi ajoule-t-il : » Il ne faut rien innover en la religion que par grande nécessité, laquelle s'entend quand le commandement de Dieu y est exprès, car lors il faut qu'il soit obéi plutôt que les hommes...' De tel changement en religion vient le doute entre le petit peuple, du doute la vai-iation, de la varialioa l'incertilude de ce qu'il doit croire, de l'incertitude
' P. Gayel, Chr. mou., Introd., p. 6.
' H. ib., p. 28.
* Maniucril, L'.\ubespine, p. 772 et 773.
^^^ ïînalheureuse fin, qui est de croire que la religion ne consiste qu'en opinion, dont s'ensuit après Tathéisme. » L'Hôpital lui-même, disait aux États-géiiéraux en 1561 : « C'est folie d'espérer paix, repos et awiitié entre les personnes qui sont de diverses reli- S^^Txs,,. Nous l'expérimentons aujourd'hui et voyons 9"B deux François et Anglois qui sont d'une même religion ont plus d'affection et d'amitié entre eux que deux citoyens d'une même ville, sujets à un même seigneur, qui seroient de diverses religions ; tellement que la conjonction de religion passe celle qui est à cause du pays. Par contraire, la division de religion est plus grande et lointaine que nulle autre. C'est ce qui sépare le père du fils, le frère du frère^ le Tïiari de la femme : Non veni pacem mittere, sed gladium. C'est ce qui éloigne le sujet de porter obéissaince à son Roi et qui engendre les rébellions.... La division des langues ne fait la séparation des royautnes, mais celle de la religion et des lois, qui d'un royaume en fait deux. De là sort le vieux proverbe : «we/oi, une loi, un roi. » * Cheverny est embarrassé, ^ la fin du siècle, entre la nécessité qui impose la tolérance et les dangers qu'elle lui présente : « En même temps (1593) parurent en divers endroits, tant dedans que dehors le royaume, quelques personnes affectionnées au malheur public ou gagnées par la I^igue, qui publioient, prêchoient, et par discours
* De la Place, liv. IV, p. 85 et 86. — Cf. Le préambule de l'édit de 1585.
bU LIVRE I. — CHAPITRE m.
et par écrit, qu'il étoit impossible de taire compatir ensemble deux religions, aans que cela apportât tût ou tard la ruine, ou au moins la dissipation de l'Etat ; et à cela avoient-iU bien quelque raison, car chacun en craignoit et prévoyoit le
lUolirB qui ' tiortenl ï
&tol^rancc.
L'intérêt religieux et l'intérêt politique se mettaient d'accord pour recommander ou plutôt pour commander l'unité de religion ; la doctrine devait avoir pour conséquence pratique l'intolérance.
L'intolérance prend le plus souvent sa source daas une puissante conviction qui devient facilement du fanatisme. Caatelnau rapporte qu'on brûla des luthériens à partir de 1532 : > A quoi plusieurs juges et magistrats étoient poussés d'un bon zèle, pensant faire sacrifice agréable à Dieu de la mort de telles gens. » ' Les Bourguignons s'honoraient de pouvoir se dire les plus anciens chrétiens de France et leur patriotisme s'ajoutait à leur foi : « C'est pourquoi ils vouloient aussi être les derniers à souffrir dans leur pays cette nouvelle religion, n '^
L'intolérance semblait légitime parce qu'elle était | ancienne ; il n'y avait guère de précédons que pour ' l'autoriser. Vieiileville, exigeant la démolition du '
ï CasLeInau, liv. I, ch. 111, p. 0:i.
* Tavannes, liv. I, p. -135.
théâtre bâti à Dieppe pour les prêches, disait aux huguenots : « Vous ne pouvez ignorer qu'il a été bâti pour prêcher et dogmatiser une nouvelle religion toute contraire à celle de votre Roi, le grand-père duquel et son père même en ont fait brûler une infinité de ceux qui la suivent et y adhèrent, et en est exécuté tous les jours. » * Quintin, à Orléans, rappelait que de tous temps l'hérésie avait été punie en France comme un crime capital. *
Pour ceux qui exerçaient le pouvoir, l'intolérance était une obligation véritable. François I" ayant dit à l'ambassadeur impérial qu'il faisait « faire grosse et continuelle punition en son royaume contre les dévoyés, » Fempereur répondit : c C'est chose à la vérité très louable et convenable à son titre et qualité, et pour, obvier à l'inconvénient qui autrement en pourroit advenir. » ' On avait des devoirs particuliers quand on s'appelait le roi Très-Chrétien. Le cardinal de Lorraine disait : « Quant à leur bailler temples et lieu d'assemblée, ce seroit approuver leur idolâtrie, ce que le Roi ne sauroit faire sans être perpétuellement damné. »* De l'autre côté,en 1571, Jeanne d'Albret déclarait « que les rois, sont tenus, non-seulement d'éta- Mrparmi leurs sujets le fondement et la perfection de
* Mém. sur Vieilleville, liv, VIII, ch. XII.
* De la Place, liv. IV, p. 97.
' Coll. de doc. in. sur VHist. de Fr., Papiers d'Etat du cardinal de Granvelle, publiés sous la direction de M. Ch. Weiss, t. II, p. 266.
* De la Place, liv. III, p. 67*
la doctrine dusalut, » mais h qu'ils doivent encore tan* nîr du milien d'eus le mensonge, Terreur, la superstition et les autres abus. Elle pren^ilt, en conséquence, les mesures les plus sévères pour l'estirpation dos idolâtries, » ' L'exemple de Jeanne d'Albret montre quelle marche suivaient les idées dont l'application , dernière était la persécution ; cette princesse avtût, ; sept aos auparavant, interdit toute espèce de coq-.' trainle en matière religieuse. ' |
Mais les motifs qui poussaient à l'intolérance étaient ' divers. On invoquait l'intérêt de TÉtal aussi bieu que celui de la religion : i- Sembloit, non seulement impiété de la changer (la religion) ou altérer en sorte quel' conque, mais aussi impossible sans la ruine de l'État, ' comme à la vérité ces deux choses sont tellement conjointes et liées ensemble que le changement de l'une . altère l'autre, » ' — « Ceux qui éloient plus polîti-
' M. de Batz-Traoquelléon, Henri IV en Gascogne, p, 37.
3 Casteinau, liv. I, eb. III, p. 93 : — « Mutation eti la rati^oo
amène communément matation d'élal (l'arcbevfque Marillac, Jlfa-,] nuscrit. L'Aubespine, p. 773), » L'orateur du clergé aux États gè< ' néraux d'Orléans, Jean Quiotin, disait: • Il n'est pas permis da ' souffi^^ plus longtemps l'insolence et l'audace des sectaires, qiù , foulent aux pieds l'autorité des auteurs, rejettent la doclriae de* l'Église et se vantent néanmoins d'âtre les seuls qui entendent, embrassent et suivent L'ËTangile. Si oa ne préTient de bonii» heure les suites funestes de ce dérèglement d'esprit, qu'on pourroit appeler révolte, îl est à craindre que la même témérité qui lefc. porte à attaquer la musoa de Dieu ne les poussa à secouer te jougg de l'obéissance due auit magistrats et à se soulever prince (De Thou, llUt., liv. XXVI, L. IV, p. U). »
que S prêchoîent à haute voix qu'il n'y avoit rien de plus dangereux en une république que la nouveauté de religion, nouveaux ministres, nouvelles lois, nouvelles coutumes, nouvelles cérémonies^ nouveaux sacrerments et nouvelle doctrine; toutes lesquelles choses tiroient après elles la ruine des États, avec une effrénée désobéissance envers Dieu et les princes : par quoi il n'y avoit rien si assuré que de suivre l'ancienne religion, l'ancienne doctrine, les anciennes cérémoniBs et les anciennes lois, publiées et gardées depuis les Apôtres. »*
XJn intérêt d'un autre genre se joignait bien, au
n*c>ins dans certains cas, à celui de la religion et à ce-
lui de l'État : « L'on faisoit divers jugemens de l'édit
(i^iii 1559) ; et les plus politiques et zélateurs de la
l'cligion » le regardaient comme utile au catholicisme
^^ au royaume ; « les autres, qui n'avoient soin ni de
ï^lîgion, ni de l'État, ni de la police, estimoient aussi
ledit nécessaire, non pas pour exterminer du tout les
çrotestans, car ils jugeoient que cela pourroit être
cause de les multiplier, mais que ce seroit un moyen
fe s'enrichir par les confiscations des condamnés, et
^ue le Roi se pourroit acquitter de quarante et deux
^ Castelnau, liv. III, ch. VI, p. 137. ■— En 1553, « l'horreur de ces terribles exécutions retomboit sur le cardinal de Tournon ; car, comme il employoit tous ses soins à maintenir la tranquillité du royaume et qu'il croyoit que les disputes de religion pou voient seules l'altérer, il persécutait les religionnaires comme les perturi>ateurs du repos public. » (De Thou, Hist., liv, XH, t. II, p. 383).
64 LIVRE I. CllAPlTHE 111.
mïltioDS de livres qu'il devoit et faire fonds aux. finances, el, oulre ce, conlenler ceus qui dcmandoienl récompense des services qu'ils avoient faits à la couronne, en quoi plusieurs meltoient leur espérance. » ~ On signala surtout l'avidité insatiable de Diane àm Poitiers, ' qu'on avait accusée déjà six ans auparavan dans des occasions semblaLIes. *
Ceux qui conseillent l'intolérance, dans quelqui vue que ce soit, la représenteut comme le seul r« mède efficace contre ce qui est un mal el un grand m a de l'aveu de tous. On croit volontiers au succès de j force. Quand on constate le progrès du protestanlisnci en 1S60, beaucoup pensent" qu'il ne fût pas adveni si la rigueur eût été continuée sur les protestans, lorsqu'ils jeloienl les premiers fondemens de leurs desseins. )f* Un ambassadeur vénitien rappelle, en 1363^ que François \" ordonna de brûler vifs les hérétiques ' « Et plût à Dieu, ajoute-t-il, ' que l'on eût continua jusqu'à ce moment à administrer le même remèdel. Nous n'aurions pas vu tant de maux contagieux se ré^ pandre dans toute la France et la chrétienté ne serait pas dans un état si déplorable. Le remède employé par Frani;ois fut très-bon et très-opportun contre le mai naissant ; mais, comme il n'a pas été appliqué
' Castehiau, liv. 1, cli. 111, p. 93.
» De Thou, Hist., liï. XXII, t. III, p. 357.
» Id., ib., liï. XII, t. II, p. 383.
' Caslelnau, liv I, ch. XI, p. t04.
= Amb. Vén., t. II, p. 49.
avec constance, il n'a pu produire Teffet que les bons ^ïv attendaient ; il n'a pu vaincre le mal ni empêcher qvi'il devînt la source d'un mal plus grand pour le temps à venir. » Dès que Ton se relâche de la rigueur première, en quelques jours seulement le nombre des hérétiques s'accroît; ceux qui étaient à l'étranger affluent en France ; tout ce qu'on peut désirer, c'est qu'il soit permis à chacun de vivre comme il lui plaît, « sans injurier personne, ce qui ne peut durer. » *
L'intolérance dispose de moyens divers pour arri- divc/s*cs^ de ver à ses fins ; il n'en est pas qu'elle dédaigne ou qui l'ii^toi^rancc la fasse reculer. On recourt à la violence, soit qu'il s'agisse de meurtres isolés, soit qu'on se décide à un massacre général : « Je ne désire rien plus, écrit François II à Tavannes, que de les exterminer du tout (les ïiéréiiques) et en couper si bien la racine que par ciaprès il n^en soit nouvelles. » ^ La Saint-Barthélémy prouva qu'on pouvait tenter de mettre à exécution une telle pensée. On pense à l'incendie d'une ville; on di-* sait que Catherine de Médicis avait empêché Henri II "6 faire brûler Meaux, considéré comme un foyer ^'iérésie. ' ^'intolérance populaire n'était pas moins à redouter
J Toscane, t. III, p. 466.
3 ^'Aubespine, p. 342.
^^- Haton, p. 85.
I>ESJ. s, M. 5
66 UVItU I. TEIAPITRE II!.
qne l'intolérance royale. D'après Carioix, ' leconnétablr do Montmorency forme, eu 1363, un projet qui consiste, d'une part, à rompre l'édit de pacili cation et à massacrer les huguenots en France, d'autre part, à opérer nne descente en Angleterre. Vieillevillc, qui y est opposé, rallie à son opinion les maréchaux de Brissiic et do Bourdillon. Mais tout est à ci'aîndre de l'effervescence populaire. Les maréchaux obtiennent du conseil que l'on fasse une patrouille '• cette nuit, en armes, par tonte la ville et lue tous ceux que Voq. trouvera à heure indue, armés, par les rues ; car il savent bien qu'il y a entreprise secrète de massacrai les meilleures maisons de la ville qui sont de la relî-gion. " En peu do nuits, plus de quarante pcrsonuoj sont ainsi tuées par la patrouille, « et quelques-uoÉ des principaux mutins qui avoient animé ledit sieun; connétable à cette méchante entreprise le fuient seniblablcmeul en leurs maisons, et trouvés pendus aus fenêtres, afin d'intimider le peuple, qui changeabientôt, par grande frayeur d'opinion. » En 1567, uu envoyé de Toscane écrit : » Si le Hoi avait laissé faire les catholiques, il y aurait à cette heure un grand massacre. •< ' Il est ii peu près certain que la Saint- Bartliélemy ne se prépara pas, mais il est évident qu'elle s'annonça longtemps avant de s'accomplir.
Si l'extermination en masse est impossible, l'exil en masse ne l'est pas ; en 1585, la Ligue demandait
' Mém. sur Vieillevilk, liv. IX, cli.XXXlV et XXXV. » Toscane, t. JII, p. 535.
^ue le Roi accordât aux huguenots un délai de six ïïiois, après lequel il faudrait qu'ils abjurassent ou qu'ils vendissent leurs biens et sortissent du royaume ; le Rof résistait et voulait réserver aux États généraux 'e droit de prononcer. * Mais lui-même déclarait peu ^e temps après qu'il était résolu à détruire les huguenots, sachant qu'autrement il serait détruit par eux.' ûe sévères ordonnances sont rendues et elles sont sé- ^èrement exécutées.
On n'attend pas que des actes coupables soient accomplis^ que des opinions proscrites soient manifestées ; la mort de François II empêcha seule d'exécuter 1b. résolution qui avait été prise de faire signer à tous les Français une profession de foi catholique : « Et, à î^ute de ce faire, l'on y devoit procéder par saisies, condamnations, exécutions, bannissemens et confiscations.... Tellement que, si le Roi ne fût mort si tôt, Von prévoyoit qu'en peu de temps le mal, n'étant encore qu'à sa naissance, eût été bientôt étouffe ; et ceux de cette opinion nouvelle, étant réduits à l'extrémité, eussent eu plus à faire à combattre les juges ou à demander pardon qu'à faire la guerre en la carapace.»' Le procédé avait été employé dans le passé; il devait l'être dans l'avenir d'une manière moins gêné-
* Toscane, t. IV, p. 582. Dès les États-généraux d'Orléans, Quintin avait demandé que la permission d'habiter le royaume fût refusée aux protestans (De la Place, liv. IV, p. 97).
3 Castelnap, liv. II, ch* XIII, p. 125.
68 LIVHU 1. — CllIAPlTIII': III.
raie. Un t-dil liu 23 juillet 1343 avait autorisé et ordonné de publier un certain nombre d'arliclcs arrêtés par l'Université de Paris pour fixer les points essentiels de la doctrine ortliodo.ïc. Non-seulement Ha fa culte de théologie dé fond de prêcher, lire ou enseigner des propositions contraires et prescrit de « prêcher sincèrement, purement, el aussi déclarer apertemenl au peuple iesdites propositions, » maïs encore elle prescrit « que tous les docteurs et bacheliers confermoroient les susdites propositions par apposition de leur seing manuel, et, pour ce que n'est cliose sûre de nourrir des loups en son troupeau, ni aucuns désobéissans et conlenticvus, adélibéré el conclut de priver entièrement et à jamais de sa compagnie et congrégation tous les docteurs et bacheliers qui refuseront à signer Iesdites propositions. » Le parlement de Paris s'y prit de même pour écarter du palais tous les hérétiques. Le 6 juin 1362, il « arrêta que les présidons, conseillers, gens du ftoi, greffiers, notaires, huissiers, avocats et procureurs de la Cour feraient profession de leur foi en religion, selon la forme de Tédit enregistré le dernier jour de juillet, l'an 1543. i>'
Aux Etats-généranx d'Orléans, le clergé propose une autre manière di3 réduire les huguenots àl'estrémité : « Que tout comrherce de quelconque marchandise (livres ou autres) soit interdit aux hérétiques..,. Certainement telles marchandises et trafics ne sont
' M. R. Delacheiial, Hidairc des avocats au parlement de Pa-
qu'un vrai monopole d'hérésie, et sont les marchands Vrais monopoleurs, vendant en gros et publiquement leurs draps et denrées, débitant latentement leurs héï'ésies damnables... » *
L'intolérance n'était pas propre à un parti ou à une L*intoiéran<
Ciioz les
Confession religieuse ; les dissidens ne parlaient proiestans pius de liberté dès qu'ils arrivaient au pouvoir ou Qu'ils avaient la force ; d'opprimés, ils devenaient bientôt oppresseurs. A l'étranger, les exemples sont nombreux et connus ; ils ne manquent pas en France. Sauf Coligny, par hauteur d'âme, et Henri de Navarre, à la fois par générosité naturelle et par habileté politique, les chefs et les assemblées qui furent à la lèle des protestans employèrent, eux aussi, tous les tûoyens dont ils pouvaient disposer pour détruire une croyance qui n'était plus la leur. Il est vrai que le g'ouvernement de la France ne fut jamais entre leurs mains; ils ne dominèrent que sur des parties limitées du territoire, provinces ou villes ; de leur part, les mesures d'intolérance se confondent souvent avec les faits de guerre. C'est ainsi que Mouvans « se mit à courir le plat pays et à abattre toutes les images des temples, » prenant et faisant fondre « tous les reliquaires et ornemens, » c'est un de ses coreligionnaires qui le raconte.^
« De la Place, liv. IV, p. iOO.
- Régnier de la Planche, p. 291 .
TO
UVRE I. ■— aurrm i
Le prnlesUatîsme engendre des s«f:Le« qui lui Font horreur k lui-mêm<- ; ]<:* mesures qu'on ne nianquA pa» da prendre contre elles sont ^tprouvées de loat Iq monde sans exception. Un maitre d'école anabaptiste est chassé de rassemblée de Rouen el les ministres lui interdisent la cène ; il n'en (roiive pas moins assec de partisans pour exciter de& désordres; il ost ar-| rèlé e( mené au lieatenaut du Roi, Villebon : « Dft<i quoi la cour fut aise au possible, el tous ceux ausaù qui faisoienl profeMsiou de la religion : car on lenrj avoil déjà rejeté toute cette pernicieuse doctrine suri les épaules, ce qiii donnoit une grande couverture! aux calomnies de leurs adversaires, u Le majtre d'<^ cote fut brûlé avec deux de ses cousins. ' |
U n'y a pas d'incoaséquenc<>, an muins doctrînaloi à reprocher aux proteslans; ils réclament pour lat^ droits absolui» de la vérité, toile ({u'ils la conçoivent ::; « Eux nient d'être hérétiques, disent leurs députés ai^ roi de Navarre,' pI requièrent d'être légitimement! ouï» devant qu'être condamnés, étant au surplus enii nemis des anabaptistes, libertius et autres monstres. ,J Et, ainsi que les hérétiques méritent rigoureuse punLi tion et l'opinion de ceux qui les exemptent de la jur9 diction du magistral est à bon droit réprouvée, austq[ faut-il y procéder avec grande, révérence de Dieu 4 discrétion, de peur de condamner vérité pour me
' Régnier àp. la Planclie, p. 296. Cf. Toscane, t. III, p. 1, et 14.
' Régnier île la Planche, p. 334.
soïxge, et pour attirer ceux qui sont en erreur plutôt en i^epentance qu'à la peine. »
Si générale que fût la disposition des esprits à Tin- ^uip^rtentàia tolérance, si accrédité qu'en fût le principe dans les tolérance, divers partis, une disposition, une doctrine contraires nô pouvaient manquer de se produire avec le temps. La. tolérance devait être naturellement sollicitée par côiax qui, n'étant pas en nombre ou en force, n'auraient pa.s su prétendre ou arriver à la domination, mais il fa.ll ait plus encore, il fallait que la cause en fût embrassée, que le principe en fût accepté, même en dehors de l'intérêt personnel que les uns ou les autres avaient à l'invoquer, au nom d'idées et d'intérêts assez élevés pour devenir communs à. tous.
Ce n'est pas à la tolérance quil faut rattacher les
mclamations élevées par les protestans au nom de la
vérité même dont ils se disaient les dépositaires et de
ses droits dont ils se disaient les défenseurs ; quand
les princes protestans d'Allemagne « supplioient » le
roi de France « de prendre peine à ce que l'Église de
Dieu fût repurgée de toute idolâtrie et erreurs qui
étoient survenues en la chrétienté, » en assemblant
« gens idoines, » * ils demandaient réellement au Roi
u embrasger leur religion, non de la laisser s'exercer
paisiblement en gardant la sienne. Nous ne nous ar-
' ^e ia Place, liv. L p. 46 et 17,
LIVIIE I. CHAPITHK III,
rètcrons pas non plus aux vœux formés pour que l< pouvoir civil accordât provisoirement la liborlé au: nouvelles doclrines, en altendant qu'une aulorilé re connue par tous eùl décidé si elles étaient vraies oi fausses, ' la tolérance ne s'y présentait que comnnc un expédient temporaire; si, dans la pensée des uns, elle devait, sous celle forme modeste, devenir un étal définitif, dans celle des autres il ne s'ag;is8aît que d« régler une situation défait entre doux parties au cours d'un procès qui aboutirait au triomphe de l'une d'elles et à la complfele soumission de l'autre.
Le grand argument que l'on donno on faveur de la vraie tolérance, c'est-à-dire de la liberté laissée à une religion de vivre â côté d'une autre, et même à côté d'une autre que l'État regarde comme vraie et adopte comme sienne, c'est que l'intolérance ne fait pas le bien, et, au contraire, fait du mal, surtout dans une nation dont le caractère est Rer. Custelnau, à propos des événements d'Éoosse, en 1560, parle de « la difficulté qu'il y avoit de forcer les consciences des sujets qui étoient en si grand nombre, mèmement les Ëcossois, nation farouche, opiniâtre et belliqueuse, et qui ne se peut pas dompter par force, si l'on ne les extermine du tout...; aussi ne faut-il pas apprivoiser les esprits sauvages à coups de bAtoii, mais en les traitant par douceur et courtoisie. >■ ' En France, on a
' Coiigny à Fontainebleau, Id., liv. III, p. 54 et S. «Liv. II, oh. Vf, p. 113.
commencé par la violence, mais a-t-on eu lieu de s'en féliciter? On « avoit fait une grande faute, disoit à l'assemblée de Fontainebleau Tévêque de Valence, Monluc, * en traitant avec inhumanité des hommes îïinocens que le seul zèle de Ja piété animoit et qui sacrifioient leurs biens et leurs vies à une religion qu'ils croyoient bonne ; les supplices avoient irrité les spectateurs mêmes et leur avoient fait naître l'envie de connoître une doctrine qu'ils voyoient professer au milieu des flammes à des gens de mœurs très pures ; en sorte qu'ils l'avoient souvent eux-mêmes embrassée. » La même année, L'Hôpital disait au parlement
de Paris : « Que jusqu'ici on n'avoit rien fait en employant la violence et la force des armes ; et que, si les rois avoient pris ce parti, ils s'étoient comportés en cela comme les médecins, qui, connoissant une nialadie, souvent n'en savoient pas la cause ; mais <lu'aujourd%ui l'expérience avoit appris que la violence étoit un remède hors de saison et contraire au mal : — Quelles lois, ajouta le chancelier, n'a-t-on pas publiées à ce sujet ? que de punitions et de supplices, dont les magistrats ont été eux-mêmes les victimes? A quoi a servi de s'armer en Allemagne, en Angleterre et en Ecosse ? L'ancienne religion a été ébranlée par les combats et la nouvelle s'est accrue. Les maladies de l'esprit ne doivent pas être gouvernées comme celles du corps. L'usage nous apprend
î DeThou, HùL, liv. XXV, t. III, p. 529.
^^ UTM I. — CBAPITIE m. I
que U force des raisons «t la douce persuasion de La parole «ont les seuU moj'CDS qui gagDcnt le^ cœurs el guérisseat les espriU. Ainsi le Roi ordonne par un Édîtque,i;ii alteadanl qu'on tienno u» concile, lus prélaU aient à édilier lour troupeau par leur préseuce el par une vie exemplaire, el à les nourrir par fa parole de Dieu el la semence d'une pure doctrine. »* La uûcessité de se rendre aux résultais de l'expérience, on pourrait presque dire de rexpérimentation, apparaît plus nette encore dans le iani^age de Catherine de Médicis : « Ouand au fait de la religion, les exemples do ce que nous avons v-u devant nos yeux depuis qneU ques ans nous ont montré et enseigné qu'à guérir ce mal venu de longue main un même remède n^étoil suffisant de le guérir, mais qui\ selon les nouveaux accidens, il falloil aussi changer de médicaniens jusqoes kce qu'on eut découvert celui qui est seul unique pour nous donner entière,guérison. <> Le caut^e n'ayant fait qu'aggraver le mal : <> J'ai été, ajoute la Reine, conseillée par tous les princes du sang et autres princes et soigneurs du conseil du Roi, mon seigneur el mon fils, d'avoir égard à la saison où nous sommes, où quelquefois nous sommes contraints do dissimuler beaucoup de cliosos qu'en autre temps l'on endureroit pas, et pour celle raison suivre la voie dâ douceur en ce fait, afin d'essayer par Ronnètes remontrances, exhortations et prédications de réduire c«ux
' ht., th., ib.. p. 620. Cf. iie la Place, lir. 11, p. 48,
qui se trouveront errer au fait de la foi et de punir sévèrement ceux qui feront scandales ou séditions, afin que la sévérité en Tun et la douceur en Tautre nous puissent préserver des inconvéniens d'où nous ne faisons que sortir, »*
Tout le monde ne reconnaissait pas la nécessité : « Je sais, dit Castelnau, * que plusieurs bien exercés aux affaires d'état diront que, pour sauver un corps, il faut couper les membres inutiles et pourris. » Mais on ne coupe pas les a parties nobles et principales. » — « Et ne faut pas, pour guérir le cerveau incura,ble, couper la tête, arracher le cœur ou le foie et faire mourir tout le corps. Au contraire, il faut s'ac' commoder au patient et à sa maladie, et y apporter divers remèdes, par diète, médecine ot tout ce que Ton pourra, sans avancer sa mort... »
L'intolérance ne profite pas plus à TÉtat qu'à la vraie religion : « Et, quand bien la cause seroit mauvaise d'elle-même, écrivait un protestant dans Je Théophile, ' ainsi qu'aucuns la jugeoient, toutefois, vu qu'une grande partie du royaume en étoit entachée, il seroit plus raisonnable à un chef de supporter ses pauvres membres que, les retranchant les uns après les autres, défaire tout son corps, et vaudroit mieux avoir un corps malade que de n'en avoir point. » En 1562, le prince de Condé dit à Catherine
* A M. de Limoges, 31 janvier 1561. — Lettres, 1. 1, p. 577. 2 Liv. III, ch. III, p. 131 et 132.
. « Régnier de la Planche, p. 301 et 302,
II Si on Me la liberté de conscience, on
de Médicis
précipite le Roi el le royaume le plus ilorissant dans une guerre iiiévitabt« et éternelle. Cette libeflé est an bien sans lequel nous ne croyons pas qu'on puisse vivre. » ' Callierine, toujours préoccupée d'assurer le pouvoir des rois dont elle était la mère et le salut du royaume dont elle avait la garde, avait tour à tour pratiqué l'un et l'autre système; près de mourir, elle disait à Henri III : « Souvenez-vous que, si vous voulez rendre la paix qui est si nécessaire à la France, qu'il faut que vous accordiez la liberté de cnnscicncte à vos sujets, ayant observé que les Allemands eB plusieurs princes souverains de mon temps n'ont jamais pu pacifier avec les armes les troubles qu'ils ont eus en leur pays pour la religion. » '
Ce qui, dans l'intolérance, déplaît à quelques-uns, c'est qu'elle montre la royauté se mêlant de ce qui uc la concerne pas directement et cela pour s'assujétir au clergé. Il n'y a que des avantages, même en réprimant, à ne mettre pas la répression sur le compte de la religion,
Sans doute, l'opinion générale est bien que le devoir du roi Très-Chrétien est de prendre en main la cause de la vraie religion ; on ne songe pas à l'attaquer de front; Vieilleville n'en clicrcbe pas moins eni339, à empêcher Henri II d'aller lui-même au
' LIeThou. ff,V/., liv. XXX, t. IV, [i. 2!0. ' P. Cayel, Chr.nov., liv. I, p. 100.
Parlement faire un discours contre les huguenots, parce qu' « il falloit laisser faire aux prêtres ce qui ^st du devoir et de la charge des prêtres. » * En 1360, ^ Jtoiicn, il fait exécuter des séditieux, mais il défend ^w prévôt « de ne sonner, en façon que ce soit, en la sentence que Ton prononce au supplice au pied de 1 éclielle, qu'on appelle dictum, ce mot de religion, ™^îs seulement qu'ils ont porté les armes contre les orcZcnnances du Roi^ 7i étant soldats, pas seulement sovxclrilles, ^ ni dignes de cette qualité et n'ayant jaïïi^îs fait serment ni service à S. M. en ses guerres, ûi et la couronne de France, mais seulement gens de ville, artisans et mécaniques, lesquels, après s'être eaî\rrés, se sont battus et tués, et, par un débord désespéré, en leur ivrognerie, ont entré aux églises et ravagé en icelles ce qu'ils ont pu prendre et volé. » ï-»^s magistrats admirèrent les ordres donnés par ^ieilleville : « Car, s'ils eussent été exécutés pour avoir poilu les autels, foulé aux pieds les choses sacrées ; et les nôtres pour avoir aussi tué deux ministres et brûlé une infinité de bibles, de nouveauxtestamens françois, avec d'autres de leurs livres censurés, c'eût été pour animer les uns et les autres à en tirer la vengeance, faire des parties et des entreprises pour y parvenir et toujours à recommencer. » ^
* Mém. sur Vieilleville, liv. VII, ch. XXIV. ' « SouDRiLLE : Méchant et misérable soldat, dont on ne fait point de cas. » {Dictionnaire de Furetière, nouv. éd.) 3 Mém, sur VieilleviUe, liv. VIII, ch. XI.
LiviiE 1. — riHAPiTHt: m.
D<! lemps uu lemps ou invoquait bien d'aulrca idées à l'appui de la tolérance. C'est d'abord l'humanilé. Ello inspirail ViciUoviilo, disant à Henri II, on 1559 : 'c Sire, vous mêlerez la trislessL^ avec la joie en laquelle toute la viUo de Paris en général se baigne d'une incrédible allégresse ; car de faire des exécutions de justice si sanguinaires el cruelles parmi dea noces, cela est de fort mauvais présage. Par ainsi, il me semble, sauf votre meilleur avis, Sire, que cette partie se doit remettre à une autre fois, et quand toutes les fêtes seront passées, les étrangers et tout le monde retirés. » ' Vieilleville espérait certainement^ que tout ce qui serait remis ne s'exécuterait jamais,^ Claude d'Espence, chargé par le cardinal de Lorraim de répondre à Théodore de Bèze au colloque de Poissy déclarait " qu'il avoit toujours rugardé avec horreii les supplices qu'on faisoit subir ii des malheureux poura cause de religion, n ' La Saînt-Bartliélemy soule^ une énergique réprobation chez bien des catholiques, au dedans comme au dehors de la France et cette r^probation nuisit à. la cause qu'on avait souillée en prétendant la servir ainsi. Il y eut des moyens qu'il fut dès lors impossible d'employer.
On parle aussi de la charité due spécialeroenl k cens qui n'étaient que dea frferes séparés : « Nous ne devons pas avoir un si grand éloigncmeut pour les pro-
' id., liv. VII, chap. XXIV.
= De Thou, //is(., liv. XXVH, t. IV, p. 94,
^^slans, disait L'Hôpital à Poissy * : ce sont nos frè- ^^s; ils ont été régénérés dans les mêmes eaux, ils ^dorent le même Christ ; il faut les recevoir, les em- ^ casser, les ramener dans la bonne voie par la dou- ^^ur, sans aigreur et sans opiniâtreté. » On faisait Valoir surtout les exemples de la primitive Eglise : ^^ La religion chrétienne, comme la seule vraie religion, a été établie par la patience, par les larmes, par la prière. Les premiers chrétiens aimoient mieux être tués que de tuer. » ^ Les conseillers des rois leur faisaient parfois tenir un semblable langage. Ainsi on recommandait aux évêques d^user de leur autorité ecclésiastique, mais « avec telle modération envers ceux qui seroient soupçonnés ou déférés de sentir mal 4e la foi, disait-on, que les dévoyés du droit chemin soient plutôt réduits par les douces et amiables exhortations que vous leur ferez, que par la sévérité et rigueur des jugemens que vous pourriez exercer contre 6UX. A Texemple du bon pasteur de l'Evangile, lequel laisse les nonante-neuf brebis qu'il a en charge, pour chercher la centième égarée, laquelle tant s'en faut I ^- qu après il tue ou autrement outrage, qu'il la porte sur son col et la réduit doucement au troupeau. » * Sully exprima un jour la' théorie moderne de la li-
I il, ib.. p. 86.
" L'Hôpital, aux États-généraux d'Orléans, en 1560 (/rf., liv. XXVII, ib,, p. 6). — « Les premiers pères de TEglise avoient toujours désapprouvé qu'on usât de violence envers les hérétiques », avait déjà dit Févôque Monluc à Fontainebleau (W., liv. XXV, t. III, p. 529).
Moaures fie toléra ne