LIVRE I. — niAPlTliE
berlé de conscience ; à BCTgerac, un envoyé de m lui dit: Il Monsieur, je crois qu'une messe difiicilc conquête en cetto ville. »Suily répondit sus! Monsieur, tant que vous voudrez, et plût k Dï que vous ne soyez pas plus cliiches de prêches : (ji vous fussiez si prudeus que de laisser à chacun gner Paradis comme il l'entend. » ^
A plusieurs reprises, nos rois, quelque disposés et même décidés qu'ils fussent k tout faire pour maintenir ou pour rétablir l'unité religieuse, furent amenés par les conseils de leurs ministres ou réduits par la nécessité à rendre des ordonnances ou à conclure des traités qui accordaient, dans une mesure plus.ou moins large, la lolérance, la liberté même à leurs sujets protestans.
La dernifere de ces mesures, la plus sincère, celle qui eut un caractère définitif, fut l'édit de Naiite; (1 Maintenant, lisait-on dans le préambule, qu'il plaît à. Dieu commencer k nous faire jouir de quelque meilleur repos, nous avons estimé ne le pouvoir mieux employer qu'à vaquer à ce qui peut concerner la gloire de son saint nom el service, et pourvoir
' L'Aubespine, p. 596.
' Mémoires des sages et royales œconomies il'Etat, domeitiqnes, politiques et militaires de Henry te Gnuii.. ., Amsterdam, A l'aiscigredes trois vertus couronnées d'amarantke, ch. XIX, t. I,
^ ^y puisse être adoré et prié par tous nos sujets ;
^^> s'il ne lui a plu permettre que ce soit pour encore
^ï^ une même forme et religion, que ce soit au moins
"Utie même intention et avec telle règle qu'il n'y ait
P^irit pour cela de trouble ni de tumulte entre eux, et
î^ie nous et ce royaume puissions toujours mériter et
c^Xi server le titre glorieux de Très -Chrétien, qui a
été par tant de mérites et dès si longtemps acquis,
^^ par même moyen ôter la cause du mal et trouble
^^x peut advenir sur le fait de la religion, qui est
^^xijours le plus puissant et pénétrant de tous les
ô-Vitres. »
La tolérance, de quelque manière qu'elle se maniîeslât, par des actes isolés ou par des mesures générales, tantôt par des exceptions individuelles ou par des tempéramens momentanés apportés aux lois de répression, tantôt par des lois plus douces substituées à celles-ci, rencontrait des difficultés, soulevait des oppositions de nature diverse.
vn
Le clergé était naturellement inquiet et irrité, ton- Opposition
, . . aux mesures
tes les fois qu'un rapprochement se produisait entre do tolérance
, • 1 A • • X de la
le pouvoir royal et ceux qui menaçaient sa propre part du clergé. existence, ainsi que la foi dont il était le dépositaire. Ses sentimens se manifestaient dans les États-généraux, où il formait le premier ordre. Les occasions ne lui manquaient pas pour les exprimer hors de ces
assemblées.
Desj. s, m. 6
— CHAPITRE I
En 1568, lesprédicalourscaLlioliquesdeParislipe auRoilos plus vifs reproches D'Ivollé, quiprêchaïf J* carême à Saint-Etienne-du-Mont, dit en leur no*^ (1 qu'ils n'avoicnt taxé (d'hérésie) sadite Majesté ot-** vertement ni couv«rtement que d'autant qu bailloit l'occasion par la paix si pernicieuse qu' ^^ ■ accordoitaux ennemis de Dieu, de la vraie rciigio::^*-, et de S. M. même, et que pour certain mal lui e: adviendroit, tout ainsi qu'il étoit advenu aus rou- Balthazar, Manassès, Achat et autres de l'Ancîei Testament ; d'autant que Dieu, qui est juste, ne laiss.^ sans punition tout homme, quelque puissant qu' soit, qui confond sa religion et qui exalte ceux qi blasphèment son saint nom, et que ce seroit toul aventure siS. M. voyoit et parvenoit i la moitié ses ans ; qu'un roi chrétien ne doit jamais fermer bouche aux vrais prophètes et prédicateurs do Dle^ et de son saint évangile, pour la faire ouvrir e?' toute sûreté en liberté aux faux prophètes et prédi leurs de l'Antéchrist, s'il ne veut donner occasioit qu'on doute de sa foi, de sa piété et religion, ii '
Les plaintes du clergé trouvaient un écho à Rome.
On ne pouvait s'attendre h ce que la cour de Rome vît de bon œil des mesures favorables aux huguenots ; il fallut à Henri IV beaucoup d'habileté, de patience et de sincérité à la fois pour établir légale-
< Cl. HaioD, p. ^9.
tfteut la tolérance dans son royaume sans encourir ^es plus graves reproches du pontife qui lui avait accordé le grand bienfait de Tabsolution et auprès duquel il sollicitait l'important service du démariage : « S. S., écrit d'Ossat à Villeroy, * me demanda s'il avoit été fait quelque chose en faveur des hérétiques ; 6t que, tant que cette assemblée (de Rouen) avoit duré, il avoit toujours été en continuelle peur qu'on Ile leur accordât quelque chose de plus que ce qu'ils ^voient déjà. Je lui répondis qu'il n'avoit été fait pour ®ux rien de nouveau que je susse ; mais bien avoit-il fallu, pour la nécessité du temps, et pour maintenir la paix entre les François, publier au parlement de Rouen l'édit de Tan 1577, comme il avoit été reçu ^8 parlemens de Paris et ailleurs. Le pape changea de couleur et de contenance, et dit qu'il voudroit que ^6 Roi n'eût point fait cela, quand ce ne seroit que pour le respect de S. M. même, qui en seroit blâmée^ ^6 m'étois préparé pour répondre à telles choses et 'ui dis... » Certes, le Roi désirait le retour de tous ses Sujets à la foi catholique, et dans l'intérêt de la religion 6t dans celui de l'État même ; il y travaillait et continuerait d'y travailler : « Maïs, pour cela même et infinies autres occasions, il étoit besoin et nécessaire que \a France fût en paix, pour le moins au-dedans quant bM siens, si elle ne le pou voit être au-dehors avec
1 Le 19 m&fs 1597, LeUres du caHinal (VOssat, AiHâtefdam, ilSZ, t. II, p. 430 et suiv.
84 LIVRE 1. — CHAPITRE lil.
les élraDgers." Il fallait un édit de pacification. Celui que le Roi venait de faire publier n'était pas son œuvre, mais celle de son prédécesseur. Charles IX et Henri III avaient été contraints h rendre de tels édits par la nécessité « pour le bien même do la religion catholique et do l'État, après avoir connu par expérience de plusieurs g^uerres faites et refaites contre les hérétiques, qu'elles n'avoient servi que d'abolir en plusieurs lieux la religion catholique et quasi partout la discipline ecclésiastique, la justice et tout ordre et police, et d'y fortifier l'hérésie et introduire l'athéisme, avec suite de toutes sortes de sacrilèges, parricides, incestes, rapts, trahisons, cruautés et de toutes autres méchancetés, et de déformer et ruiner le royaume en toutes SCS parties, cl principalement l'Église, en ses personnes et biens, tant spirituels que temporels. « L'édit de pacification de 1377 était celui qui avait ac — cordé le moins aux huguenots. Le Roi <• étoit louabli d'avoir en cela si bien ménagé les choses de la reli — i gion catholique, et, en tout événement, plus excusabh de la tolérance de cet édit que ses prédécesseurs. >. C'est à peine si parmi toutes ces raisons, empruntée! à la prudence, s'en détachait un instant une dont h nature était un peu différente : " N.-S. Jésus-Christ nous enscignoit en l'Evangile de tolérer l'ivraie en notre champ, quand il y avoit danger d'arracher et gâter ensemble le bon blé. ji Le Roi ne faisait que suivre les exemples donnés par hiou des princes catholiques, " desquels toutefois on ne parloit point. »
Henri IV lui-même avait écrit à d'Ossat, le 7 mars ^§97: « Si j'étois contraint d'accorder plus aux huguenots qu'en Tédit de 1577, que S. S. croie que je le ferai pour éviter un plus grand mal et pour favoriser ef fortifier la religion catholique... » * Ainsi, en se Couvrant de Tintérêt catholique, le Roi faisait pressentir Tédit de Nantes.
X'édit de Nantes fut rendu en 1598. Naturellement at."taqué par ce qu'il y avait encore de ligueurs endurci ^,^ il fallut le défendre auprès du Pape, et ce fut tc>-^jours le grand argument de la nécessité que dévelc> j)pèrent les représentans de la France, ' avec assez A-^ bonheur pour éviter une rupture.
La magistrature était, en général, très opposée à la ^de la tolérance. * Tantôt il y avait des protestations indivi- «magistrature, ivielles contre les édits qui semblaient trop favorables pour les huguenots, comme celle d'un président au P^rfement de Toulouse en 1561 ; ^ tantôt c'était un ^^^ps tout entier et le premier corps judiciaire du ^^K^ume, le parlement de Paris, * dont il fallait briser
.." ^. M. Labitte, De la démocratie chez les prédicateurs de la ^"^f^^'G, 2eéd.,p. 326.
ÏD'Ossat, t. m, p. 171 et surtout 319 et suiv. IM. Picot, op. cit., t. II, p. 108.
'Joscane, t. III, p. 457.
Il semble qu'il y ait eu au début une certaine hésitation dans
\e Y^^rlement de Paris. En 1555, il adresse une remontrance au
YV^"^ pour revendiquer en faveur de la juridiction séculière les
c^vises d'hérésie, au moins en appel, contrairement aune déclara-
V^Oii récemment rendue, — « Nous prenons encore la liberté d'à-
86 LIVRE !. — CHAPITIIE 111.
la résistance ; il refusait d'enregistrer l'édit de Fontainebleau ; Catherine de MiSdicis, « en sa colère et fureur, monta à clioval audit Saint-Germain-en-Laye, et courut la poste jus(]u'à Paris, t.-\ si peu tint qu'elle ne montât avec Bon cheval jusques dans le Palais et chambre dorée, pour mieux montrer de quel désir elle, par puissance absolue, vouloit cestuy édit être enregistré, gardé et en tout et partout observé. Laquelle, n'étant refroidie de sa colère, étant entrée en la chambre avec messieurs les conseillers et présideus, commença à plaider et crier après eux commo femmes font, quand elles sont courroucées, injuriant et menaçant lesdils sieurs de parlement au possible. Il La scène fut longue et violente ; le parlement promit des'exéculer.et le lendemain môme il enregistra l'édit. non sans employer une formule spéciale ; ' Catherine employa le même procédé pour le traité d'Amboise, en 1563;' cette fois ce fut d'Orléans
malheureux, qu'on ptiiùt
n'onr SBrvî jusqu'ici qu'à.
rreur, il tious a. paru conroite raison de marcher sur pas employé le fer et le feu > plutôt une doctrine pure, I, et le parlement développe