CHAPITRE IV
tJn étrange besoin de dépasser les limites assignées ^^X connaissances et à la puissance de Thomme, d'us^rpersur Dieu, règne dans les esprits ; on veut lire "^Xis l'avenir et maîtriser la destinée.
On croit facilement aux prédictions ; les anciens re- Les
^Ueils ont un grand succès. * H semble que les événe- ^^
^ens importans doivent être annoncés à l'avance,
çour s^accomplir avec toute la solennité qu'ils méri-
lent. Des miracles et des prophéties avaient fait con-
Tiaître que Rome serait saccagée en i 527. * Le marquis
ie Saluces « étoit fort superstitieux et avoit ajouté
loi aux prophéties qui avoient été faites et qui disoient
que Pempereur de voit être monarque, de sorte qu'il
^^^ignoii de perdre son État » ; ^ aussi s'alliait-il à ce-
M, de Valroger, Les Celtes et la Gaule celtique, p. 220 et note y y' « Au seizième siècle, on imprimait encore Tœuvre d'Alain ut'1 f' ^*^^^"ction des prophéties de Merlin) et la papauté jugeait « ^, '^^'^'^clire la lecture de ces prophéties menteuses. » s ^^euranges, ch. XIX.
^« -Bellay, liv. VI, p. 547.
lui qu'il regardait comme le futur maître du monde. * François I résistait à la crédulité générale, en sa qualité de roi très-chrétien ; il « espéroit que, pour la bonne et ferme foi qu'il avoità la parole de Dieu, qui défend croire en telles superstitieuses prophéties, le dit seigneur Dieu, seigneur et maître des exercites, lui donneroit Theureuse victoire, pour subverlir el faire apparaître mensongers tous les devins et tels su perstitieux et réprouvables pronosticateurs. «^ Charleî Quint ne méprisait pas, comme son grand adversair^^^ les « prophéties et pronostications », il savait tout '^ n moins les répandre et en tirer parti. ^ Henri IV ne rel sait pas d'y croire, au moins quand elles lui étaient & vorables; il lui avait été souvent prédit qu'il serait roi ^«de France. * Sully avait lui-même rencontré dans une 11 ^' tellerie un homme à qui il avait suffi de regarder sa gure et ses mains pour l'assurer d'un brillant avenii Il y avait des personnes auxquelles la connaissan. de l'avenir était plus facilement accordée qu'à d'autres ; les rois, d'abord, s'il en faut croire Marguerî^ de Valois, parlant de sa mère, Catherine de Médicis; les diplomates ensuite, d'après l'un d'eux, Guillaume Pellicier : ^ « Je ne saurois croire, écrivait-il, en appre-
' R, liv. VIII, p. 643.
8 W., liv. V, p. 514.
* Sully, ch. XV, p. 32.
« W., ch. LXIII, p. 310.
* Jl/^., liv. I, p. 518.
■^ M, J. Leller,op. cit., p. 76.
nant que ses prévisions sur rexpédilion de Charles- Quinl en Alger étaient réalisées, d'où cela procède, si ce n'est que Dieu ne veut moins daigner les hommes de prévoir telles affaires que les vautours et autres oiseaux de rapine, prédisant souvent la grande occision et boucherie d'un camp, le suivant et voltigeant par grands troupeaux, quand il doit advenir telle cla.de. » Le judicieux de Thou avait rencontré un capitaine qui lui avait prédit en quelque sorte la Saintfta.rlhélemy : « On remarque, ajoute-t-il, * que Dieu, PB.T sa Providence, fait souvent connoître aux gens de l^îen, en aidant leur prudence naturelle, les choses extraordinaires qui doivent arriver,comme les méchans les prédisent par les mouvemens d'une conscience intinciidée, ou les astrologues par Pexpérience de leur art, si cet art n'est pas une chimère, afin que les hommes avertis se préparent à supporter ces accidens avec plus ^6 patience, sans se plaindre d'avoir été surpris. »
Le plus humble reçoit de Dieu les clartés sur Favenir. CI. Haton rapporte que, sous Henri II, les vieillards, voyant la France à la fois si prospère et si corrompue, prédisaient quelque malheur : « Et qui le plus ferme étoît en cette opinion étoit un vieil homme âgé d'environ soixante-cinq ou six ans, du# village de Meelsur-Seine, nommé Pierre Haton, laboureur audit lieu, qui, voyant ce si soudain changement et continuer le dérèglement de plus en plus, en toutes compa-
* Mém., liv. I, p. 569.
94 LIVBE I. — CHAPITRE IV.
gnies où il advenoît d'en parler dîsoit el tcnoît pour certain qu'en brîef temps, qu'il ne pouvoit autrement colCT, la France et même le pays d'icelle le plus paisible seroit en grande affliction par guerres, mêmement que la ville do Paris seroit assiégée par quelqu'un que ce fût, en châtiment du dérèglement des hommes de ladite France, parce qne la foi commensoit fort à défaillir en eux. » ' D'Aubigné avait près do lui un muet qui lui révélait les choses futures et qui devinait les plus secrètes pensées. ° On peut croire qu'un tel ser- -^ viteur était fort précieux. [
C'est, il est vrai, un métier difficile que celui de pro— . phète ; on ne rencontre pas toujours juste, En 1591 j mourut à Orléans un abbé que ses prédictions avaient rendu célèbre : « Mais, comme tous les discours âe:^^ hommes ne sont qu« vanité et leur science une 'g"'" 1 rance, principalement pour le regard des choses fiE=â turcs, lesquelles Dieu seul connoît et dont il s'est r^^â serve la connoîssance, ce bonhomme s'est trou^-ii^' trompé en deux des principaux points de sa prophétiE^ ; l'un, pour Paris, qu'il assuroit infailliblement dBV>M^ périr et être ruiné et saccagé de fond en comble; l'autre, pour la conversion du Roi, qu'il disoit devoir vivre et mourir obstiné en la profession de m religion et que jamais il ne la cbaugeroit. Et, à la vérité, si ce prélat, qui étoit doué do Dieu de beaucoup
LES SaENCES OCCULTES. 95
'le grâces, se fût soutenu aux termes de sa vocation, ^^ns se mêler de ces choses curieuses, que Dieu a interdites à l'homme, sa mémoire en eût été plus recom- ^andable à la postérité, encore que ce qu'il faisoit fût sans art magique et sans autre fard et ostentation, ^yant toujours montré en sa conversation une grande P'été et crainte de Dieu, qui est le tout de l'homme.» * Les révélations directes, vraies ou fausses, ne sont fuîtes que pour un pelit nombre de personnes, privilégiées ou croyant l'être; il appartient à tout le la^onde de remarquer, tout le monde peut prétendre à interpréter les « prognostications », les présages. l»e seizième siècle y attache autant d'importance (^xie l'antiquité païenne ; de Thou les rapporte avec ^at même régularité que Tite-Live. Au premier rang des présages sont les phénomènes météorolog^ques, tels que les tempêtes et les inondations, * ^w astronomiques, tels que les comètes ' et les parhé-
Les pronostics
et les présages.
^ L'Estoile, t. XL VI, p. 227. Cf. p. 521, les erreurs cominises ^*^ Labrosse, le philosophe de Catherine de Médicis.
' Oe Thou, HisL, not. liv. XXXIV, t. IV, p. 507 ; liv. LV, t. VI, p. ÔS't; — Carorguy, op. cit., p. 5 et 162.
' t>e Thou, HisL, liv. XXVII, t. IV, p. 35 ; liv. LXV, t. VII,
p. 5^3 : u On a toujours regardé ces sortes de phénomènes comme
les présages delà mort de quelques grands. » — Cl. Haton,p.25:
€ El étoient de ce signe fort émerveillés les simples vieilles gens
aussi bien que les jeunes, disant que de leur vie n'avoit en ce pays
elfe vu un pareil signe. Les gens savans et qui avoient vu les livres
ïx* étoient si ébahis, pource qu'autrefois en étoient apparus d'autres
au ciel du temps de ceux qui en ont laissé la mémoire par écrit.
gt disoient bien cela présager quelques cas à advenir, mais ne ea-
voient où. On ne se doutoit du futur mal prochain à advenir à la
' Les apparilions ont une signiiicatioQâ qiii ne péë èlre que sinislrc. ' Le scqs des songes esl plus clair ■ cependant l'événement est souvent utile pour le fiscs La veille de la bataille de Dreux, le prince de Condk pendant son sommeil, ('s'étoit imaginé donner trois h
s où les triumvirs avoienl été tués, et une qc trième où il avoit été lui-même blessé niorlellemcnl^ que, ayant été jeté sur un tas de corps morts, il a expiré. Racontant ce songe à Théodore de Bëze, la prince conjecturoit, contre l'avis de Coligny, que le len-fl demain il y aurait une bataille. Sa conjecture se lrouvâ| juste, "^ Ceux qui, en 1388, exhortaient Ilenri III, se débarrasser des princes lorrains lui disaient « qu'ï*] se devoit souvenir que, l'an 1584, il avoit fait lue* tous les lions et hèles farouches qu'il faisoit nourri* au Louvre, pour avoir eu une vision qu'ils le dévo-' roient et, entre autres, qu'il lui souvient qu'il lui avoit semblé avoir reiju plus de mal d'un lion le plus furieux de la troupe, que cette vision ne se devoit
France, pour ce qu'elle étoît lors en la plus grande prospérité qu'elle avoit jam^s été, il y avoit cent ans. Ladite comète no présageoit seulement le mal de la France, ains aussi la psrlurbaiion des èlats de toute la chrétienté (1555).
K Image du soleil réfléchi dans
demie française, Parhélie), « De Thi
p. 392; liv. LXXXIl, t. IX, p. 407.
' Remy,op.ci(., p. 13,ch. V: Qu priU malins SB sont latëié voir et ont
parus àplusieûrs, leur pronostiquant beaucoup de ehoses. — D'AU' bigné, op. cil., p. 472.
* De Thou, nut., liv. XXXV, t. IV. p. i75.
{Dictionnaire de l'Aca- ■t. liv. XXXTI, t. IV,
les mauvais génies ou espar les hommes et sont ap-
p oint autrement, expliquer, sinon que c'étoit la Ligue qxn-i, depuis Tannée 158S, par la prise de leurs armes >rouloit abattre son autorité royale et que le jeune lion représentoit le chef de la Ligue. »* Les événeïïxcns les plus insignifians fournissaient des présstges ; l'élection au trône de Pologne se débattait Aevant la^diète ; pendant le discours de Tévêque de Valence, ambassadeur de France, « une alouette ne t>ougea de dessus le mât de la tente, et chanta et gazouilla toujours, ce qui fut remarqué par une grande partie des seigneurs, pour ce que l'alouette î^'a pas accoutumé de se reposer en terre ; et ceux qui n'étoient pas gagnés par passion avoient opinion que ce fût un bon augure. » Après avoir parlé des sièges contraires qui se produisirent pendant les autres harangues, l'écrivain* ajoute : « La raison étoit que, Çïiand en une affaire publique survient chose qui ne
^^^ut pas ordinairement, il semble que cela apporte quelque occasion de bien ou mal espérer. Ce n'est p^s pourtant que les gentilshommes dudit pays estilû^ixt qu'autre que Dieu puisse conduire une telle affaire à bonne fin et que ce n'est que de lui seul d'où dépend tout bon succès. Aucuns d'entre eux donnent cette liberté de discourir aux esprits oiseux et qui scni bien aises ie s'exercer en quelque chose plutôt qu'à mal dire ou mal faire. Soit donc pris le chant de
* p. Cayet, Ch, nov,, întrod., p. 81.
« Choisnin, liv. Il, p. 717. — CF. de Thou, Hist,, liv. LVI, t. VI, p. 691.
Desj. s. itf. 7
Talouetle pour risée ou comme on voudra. Tant y a qu'il en fut ainsi et que, si au ciel apparoissent les comètes à la naissance ou à la mort des grands J princes, il ne sera pas inconvénient qu'en la terre eût J été donné quelque signe de Téleclion qui depuis fui faite. » Un autre présage, moins heureux, mais plus vrai, attendait Henri de Valois à peu de distance du premier ; revenu en France , à son sacre , « quanâk^ on vint à lui mettre la couronne sur la tête, il dx^\, assez haut qu'elle le blessoit, et lui coula par dem^js: fois, comme si elle eût voulu tomber : ce qui f~"^ixt remarqué et interprète à mauvais présage. »* Il ::^cic fallait pas oublier, dans une cérémonie publique, Lc^s formes ou solennités accoutumées, sous peine d'évG^il- 1er l'inquiétude générale. ^
L'astrologie. On risquerait fort de languir ou de s'impatient dans l'attente, si on laissait venir, soit les révélations soit les présages. Une connaissance immédiate e claire de ce qui est caché à tous, voilà ce qu'on veut; pour la faire désirer, à la curiosité se joint l'ambition ; on ne se contentera pas de savoir ; on profitera de ce qu'on saura. De là le grand développement de
» L'Estoile, t. XLV, p. 112.
* V. P. Cayet, op. cit., liv. I, p. 125, rapportant, d'après Pasquier, les mauvais présages qui furent observés quand le parlement de Paris fut transféré dans d'autres villes, en 1417 et en
Vastrologie. * Cultivée de tout temps, elle est plus que jamais en faveur ; bien des princes attachent les astrologues à leurs maisons, comme au siècle précédent ;* qui ne connaît le nom de Ruggieri?' Les meilleurs esprits n'osaient pas nier la réalité de la science. * On se défendait quelquefois d'y croire, mais on n'en constatait pas moins l'accomplissement de telle ou telle prédiction comme un fait qu'on ne pouvait pas expliquer, et qu'il fallait cependant» reconnaître. ^ L'Éêrlise avait beau condamner un art à la fois sacrilège
^ Sur Tastrologie au seizième siècle, v. M. Mabilleau, Étude historique sur la philosophie de la renaissance en Italie.
* Sur les astronomienSy du duc Philippe-Ie-Bon, v. M. Quantin, ^^s ducs de Bourgogne comtes de Flandre, mœurs et usages, (1384- ^477), Paris, Champion, 1882, p. 14 et 20.
^ V. not. Toscane, t. Ill, p. 920.
* En 1574, Simon du Bois dit à de Thou que le règne de "enri III, pourrait être funeste, malgré les grandes espérances ^ue faisait naître son avènement : « Étoit-ce de lui-même qu'il Parloit, dit l'historien [Hist., liv. LVIII, t. VII, p. 135), et par Quelque connoissance que son habileté dans l'astrologie lui eût donnée de l'avenir? Plusieurs Font cru. Ou n' étoit-ce point sur ce qu'il avoit entendu dire la même chose à d'autres personnes ? Qiioi qu'il en soit, comme j'ai toujours beaucoup estimé la science profonde de ce grand homme, j'ai cru que la chose méritoit d'être rapportée. » Cf. P. Cayet, op, cit., Introd,, p. 9.
^Toscane, t. III, p. 401. D'après l'ambassadeur Ricasoli, on
avait dit à Rome au cardinal de Lorraine que Henri II, arrivé à
Vâ-ge de quarante ans, devrait se garder des combats singuliers,
0^ il serait en danger, soi^ de périr, soit au moins de perdre l'œil
dtoit. Ricasoli déclare qu'il ne croit pas aux astrologues, mais il
V^ut montrer que parfois leurs prédictions se réalisent. Il rapporte
aussi (p. 428) les prédictions de Nostradamus, relativement à la
îBort de François II. — Cf. Remy, ch. XXÎI, Qu'il n'est bon ni
sûr de demeurer obstiné à ne vouloir croire ce qui est souventes
fois répliqua par plusieurs.
■ CHAPITRE IV
et trompeur; ses plus hauts dignitaires n'étaient pasî toujours éloignés do s'y conlier; quand la haine pidiliquG se déclialna contre la inflimoire du pape Paul HI; on l'acctisa " d'avoir ajouté foi à l'astrologie judi-' ciairc et de n'avoir jamais rien entrepris sans consui-i ter les astrologues et entre autres Luca Gaurico, qu'il faisait souvent manger à sa table, » ' Le cardinal de Bourbon s'adressait à ceux de son temps, et qui, pal l'espérance qu'ils lui donnèrent do pouvoir un jou"" monter sur le trône, devinrent la cause de sa perle. > Les Imguenols se laissaient prendre comme les en Ihoiiques. Un astrologue avait prédit à Coligny qu' ' serait pendu, et Coligny s'expliquait à lui-même cet^ prédiction en la rapportant à son exécution par efC gie. ' D'Aubigné disait :
A ta gauctie du ciel...
Éblouissent les yeux, Ibs astres clairs et beaux.
Infinis mittioDS de brittautBS étoiles,
... En lignes, points et ronds, parfaits ou imparFail
Font ce que nous lisons après dans tes eHets. *
En dépit ilc fout, les astrologues étaient
' De Tliou. HUt., liv. VI, t. i, p. 3B4. ,
» Id., ib., liT. XCVill, t, XI, p. 155. — Kn 1598, . quand da^, Tbou lui reprocha (â Hugfçieri) Bon aslrotogie judiciaire, comma une impiété défendue à tout chrétien et bien davantage à aq prêtre, il s'en excusa comme jt put et protesta avec serment {joei depuis qu'il avoit pris les ordres, ce qui ne fut que longtemjiî après (qu'il avait été mis à la question sous Charles IX), il n'avoti tiré l'horoscope de personne {De Thou, Mdtn,, p. G71). •
» Tosmne, t. III, p. 819.
' Tragique.''. V. Les Fan, p. 22H.
lonr crédit ; peut-être Tétaient-ils aussi de leur sovience ; ils n'attendaient pas toujours qu'on vînt les consulter; Nostrai^amus envoyait de lui-même des a-^vertissemens à Côme I de Médicis. *
La science de Favenir doit servir à se diriger, Tastx*ologie a naturellement une grande influence sur les i*é solutions, sur les actions; elle en a d'autant plus cjiae les résolutions et les actions sont plus graves. Du Bcurg était exactement surveillé, parce queNostrodaï^us, « astrologien et invocateur de diables, avoit mis ^n ses pronostications d'adoncques : Le bon Bourg sera ^oin, ))2 Ruggieri,en 1598, dit « que, après la journée de la Saint-Barthélémy, le roi de Navarre et le prince de Condé étant au pouvoir du Roi, le Reine-mère, ?uî avoit beaucoup de créance en lui, lui demanda la Nativité de ces princes, qu'il lui répondit qu'il Tavoit prise exactement, et que..., suivant les principes de s<>n art, l'État n'avoit rien à craindre de leur part, ^^e cette assurance les sauva. » Il ajoutait, du reste, « que la seule affection qu'il leur portoit lui avoit dicté cette réponse, et non l'expérience de son art, puisque r^ffaire étoit de sa nature impénétrable à l'astrologie.» Henri IV confirma les paroles de Ruggieri, qui fut sauvé à son tour. ' Les oracles trompent souvent ; à qui la faute ? à celui qui les rend ou à celui qui les écoute? On doit s'estimer heureux d'en être quitte
' Toscane, t. III, p. 410.
* Régnier de la Planche, p. 227.
3 De Thou, Mém^, liv. VI, p. 671.
~~pbrir~ îtîîe 'peur sans fondement, comme, en iSlTc 1 Catherine de Médicis, quand « ces fols d'astrologue^aj présagèrent la morL d'une reine ou de quelque grande^l dame. »' Les erreurs ont parfois des conséquence^B( plus graves ; les astrologues avaient annoncé, dê^aJl 1573, que Kenri III vivrait peu;' sa mort, qui tu -^ prématurée, se fit cependant attendre quatorze an ^ encore ; la prédiction n'en avait pas moins détermin ^ des prises d'armes. ^ Le 31 décembre 1588, un aniba& J sadeur de Toscane écrivait que le duc de Guise ava;/ été perdu par les astrologues menteurs, qui avaient J annoncé la mort du Itoi avant qu'elle fût ordonnée J par Dieu. '
Ce n'était pas seulement aux astres que la curiosité demandait les secrets de l'avenir ; quand des édits furent rendus contre ceux qui portaient des armes et s'habillaient de longs manteaux, on soutint qu'ils avaient été inspirés par la prédiction d'un nécromancien au cardinal de Lorraine, prédiction d'après laquelle son frère et lui devaient être tués « d'un bâton à feu. »^ C'est aussi à la magie qu'on recourait, comme Pierre-Louis Farnèse, pour découvrir une conspiration. De Thou rapporte sérieusement l'opération et la réponse du démon : " Ce fut pour lors une
• L'EstQile, t. XLV, p. 158.
' Toscane, t. IV, p, 38.
a !b., ib., p. (SiO.
' //>., ib., p. 850.
» Régnier de la Planche, p. 209 el 378.
ériigme obscure et que l'on prit pour une illusion de r^Esprit infernal ; mais révénemenl en éclaircit bleuté 1 le sens et en justifia la vérité. » '
La maffie et la sorcellerie attirent presque néces- Lamagjeetia
° ^ ^ . sorcellerie.
ssLÎrement ceux qui croient à l'astrologie ; il est encore plus difficile de borner ses désirs que ses con- 'ï^Bissances ; à quoi bon, d'ailleurs, étendre sa science, si Ton ne peut aussi étendre son pouvoir au-delà des limites dans lesquelles se laissent enfermer, sans y étouffer, la plupart des hommes, le vulgaire? On a écrit l'histoire de la sorcellerie ; le chapitre du seizième siècle y est important. ' Sans doute, on employait moins la sorcellerie que l'astrologie, mais on y croyait tout autant ; le scrupule seul empêchait d'en faire usage, et ceux qui n'y recouraient pas la redoutaient. ' Brantôme dit qu'on parla sinistrement de la
* Liv. ÏV, t. I, p. 289 et 290.
* V. net. Michelet La Sorcière. — M. Ch, Riobet, Les Démoniaques d'autrefois (Bévue des Deux-Mondes^ 1er fév, 1880, p. 552).
* Le cardinal de Bourbon se croyait ensorcelé (Sully, ch. L, p. 147). On peut voir dans l'Estoile (t. XLV, p. 326, en 1587) le jugement et l'exécution d'un Italien et de sa belle-mère, bourgeoise d'Etampes : « On trouva cette exécution toute nouvelle à Paris, pource que cette sorte de vermine y étoit toujours demeurée libre et sans être recherchée, principalement à la Cour où sont appelés philosophes et astrologues ceux qui s'en mêlent, et même du temps de Charles IX étoit parvenue à telle impunité qu'il y en avoit jusqu'à trente mille, comme confessa lew chef, en 1572.»
101 LIVRE I. — I CHAPITtlE IV. '
niorl de M. do Salvoison ; » Je lU! dis pas aussi que lui, qui éloit aussi curieux de savoir toul, qu'il ne s'aî" dîU aulant du ualurel que du supornalurel, pour met-! tre à fin ses hautes entreprises, comme de vrai il y a' des secrets cacliés en la nature, que qui les peut découvrir et bien savoir, îl peut faire beaucoup de choses admirables, qui paroissoîent impossibles au monde '^ et lui, qui étoit ambitieux, que, pour ériger et entre-* tenir son ambition, n'y empIoyilL toutes les herbes dej la Saint-Jean, comme l'on dit. — Voilà pourquoi oi^ avoil opinion qu'il avoit un esprit familier, maïs de) croire qu'il se fût donné au diable, c'est une vraie ' imposture et un vrai abus. >■ ' En 1589, aux États de) Blois, Etienne Bernard, au nom du tiers, parla « de la'i magie, qui passoit pour une preuve honorable d'un génie extraordinaire. »^ En 1398, un certain Beau-, mont fut condamné à mort pour crime de magie ; son procès, fait d'abord à Angoulème et recommencé à' Paris, excita la plus vivo curiosité, même chez dei grands personnages, Ilic prélendoit que la magie dont| il faisoit profession étoit l'art do converser avec cea| génies qui sont une portion de la Divinité, bien diffé-:i rent de celui dont se servent ceux que nous appelons^ sorciers, qui ne sont que de vils esclaves du démon^, grands ignorans et dont les mauvais esprits abusent pour nuire aux hommes par le poison et par de=a
' BrantBme, M. de Saivoison, I, IV, p. 100. ' DeThou, Hùt.,liv. XCIV, t. X, p. 506.
LES SCIENCES OCCULTES. i05
charmes abominables ; au lieu que les sages qui ne s'appliquent qu'à faire le bien commandent aux géï^ies, connoissent parleur commerce les secrets de la iiatureles plus cachés, ignorés du reste des hommes ^t dont personne n'a jamais écrit ; apprenant aux hommes à connoître Tavenir, les moyens d'éviter les périls, de recouvrer ce qu'ils ont perdu, de passer en ^n moment d'un lieu dans un autre ; entretiennent l'9.tQitié entre les pères et les enfans , les maris et les femmes, entre tous ceux enfin auxquels on la doit. «Cet homme parlait « avec un air si assuré que, au lieu d'une extravagance impie et criminelle, il- sembloit parler d'une vérité certaine et reconnue. »* C'était de vouloir « attenter à la vie de S. M. par les voies détestables de la magie » que Ruggieri était accusé à la même époque. ^
L'une des pratiques les plus usitées était celle de l'envoûtement. En 1389, « furent faites à Paris force ^ïïiagesde cire qu'ils tenoient sur l'autel et les piquoient à chacune des quarante messes qu'ils faisoient dire durant les quarante heures en plusieurs paroisses de Paris ; et à la quarantième piquoient l'image à l'endroit du cœur, disant à chaque piqûre quelque parole de magie, pour essayer à faire mourir le Roi (Henri IQ). Aux processions pareillement et pour le ^êiïie effet, ils portoient certains cierges magiques
l Ûe Thou, Mém., liv. VI, p. 670.
qu'ils appeloient par moquerie cierges bénits, qu'ils faisoient éteindre au lieu où ils alloient, renversant la lumière contrebas, disant je ne sais quelles paroles que des sorciers leur avoient apprises. » * Sans doute, ce simulacre d assassinat ne pouvait faire beaucou de mal par lui-même, mais il échauffait les imagina tions et l'on finissait par accomplir soi-même Tœuvr^^ dont le démon ne se chargeait pas.
Mesures de rigueur demandées
contre
les sciences
occultes.
La société se tenait en garde contre les sciences occultes: « Les sorciers, enchanteurs et devins, qui ont grande affinité avec les hérétiques^ disait le clergé,* devaient être punis extraordinai rement. Le clergé et le tiers s'entendaient pour demander contre eux la peine capitale. » ^
1 L'Estçile, t. XLV, p. 390.
* Aux États -Généraux de Blois, en 1576.
* M. Picot, op. cit.y t. III, p. 170. — Cf. M. Arthur Desjardins, op, cit,, p, 312, 465.