‹ Les sentiments moraux au XVIe siècleChapitre 17 sur 36 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

§ 1. -— Du meurtre.

l*^ vie humaine semble, au seizième siècle, avoir Grand nombre bici^ peu de prix ; on trouve beaucoup de gens qui meurtres ^'h^^îtent pas à exposer leurs jours, on en trouve ç\u^ encore qui n'hésitent pas à sacrifier ceux des eU^^Gs. Dans toute TEurope, les meurtres sont nom- Tjr^^^x ; c'est peut-être en France qu'il s'en commet \e plus, au moins à certains momens, à la faveur des troubles ; ils sont signalés par les ambassadeurs étrangers ; * Topinion se familiarise avec le crime et ne le regarde pas avec horreur : « Dieu est bien courroucé contre nous, écrit Henri de Navarre, * puisque

1 Toscane, t. IV, p. 293, en février 1580.

« Lettres de Henri IV, t. II, p. 352. — Cf. H. Estienne, Apologie pour Hérodote, 1. 1, p. 353 et suiv., oh. XVIIl, Des homicides de noire temps, et oh. XIX, Des crtiautés de notre siècle.

408 UVBE II. — CHAPITRE 1,

co siècle produit ia tels monstres, lesquels, faisant métier d'assassinats cl cmpoisonncmens et on étant auteurs, veulent être estimés gens d'honneur et de vertu. Il

Peut-être conviendrait-il de mellre à part les

meurtres ordoimés [lar les souverains, quoique l'exemple en soit singulièrement dangereux. D'après les idées du temps, les souverains ont le droit de vîo et de mort ; ils le délèguent k des magistrats pour les circonstances ordinaires, mais ils ne s'en dépouillent pas et l'exercent quand il leur plaît ; leurs serviteurs et leurs apologistes diront qu'ils ont ordonné une exécution; c'est ainsi que Charles IX fait périr Coligny, Henri III, le duc et le cardinal de Guise. Les exemples ne leur manquaient pas h l'étranger : « Cette mort, écrit un ambassadeur de Toscane, ' à propos du meurtre de Henri de Guise, sera trouvée nouvelle par beaucoup ; mais aux princes Italiens et Espagnols, qui ne gardent pas les mains dans la ceinture en matière d'Etat, elle semblera trop tardive, s Cet ambassadeur dit aussi que deux princes, placés à l'opposé l'un de l'autre, ont enseigné au roi de France à punir les séditieux, Sixte-Quint et la reine Elisabeth.' On

' Toxcane, l. III, p, 844.

' Il>., p. Si6. — A une i'poque où nul ne songeait plus, ni à défendre, ni à flatter Henri IIÏ, Gui-Patîû êeriTait : « C'êtoil oa duR de Guise qui Tut chef da U Li(^ue et que Henri III, par un

sait comment Philippe II se débarrassa d'Escovedo. * Mais, si Ton comprend que les rois réclament le rôle de juges, il faut avouer que celui d'exécuteurs ne leur convient guères, et cependant ils le prennent quelquefois. Plusieurs historiens rapportent qu'on avait décidé François II à tuer lui-même Antoine de Bourbon en lui cherchant querelle sous un prétexte quelconque.* Il s'agissait par là d'un plan combiné. D'autres fois, c'est un mouvement de colère qui expose les rois à tremper leurs mains dans le sang de leurs sujets : « Le duc de Guise, ayant un jour maltraité un garde du Roi, ce prince (Charles IX), naturellement impérieux, entra dans une telle colère que les prières de toute la famille et du duc de Lorraine même, qui en est le chef, eurent bien de la peine à tirer de ses mains ce seigneur, qui se jeta à genoux comme un criminel pour lui demander grâce et qui fut en grand danger de ne la pas obtci^ir. j> ^ Le brave Grillon s'étant montré fort insolent

f^^rt bon et généreux conseil, fît tuer à Blois, Tan 1588, la veille de Noël. Feu mon père, qui haïssoit la Ligue et les ligueurs, ^isoit (j'étois encore fort petit) que ce massacre avoit été le meilleur coup que fît ce roi en sa vie (T. II, p. 445, Lettre CCCXL). » * V. M. Mignet, Antonio Peret et Philippe Ily p. 55 et suiv. — Cf. Mottley, La Révolution des Pays-Bas, 5« partie, ch, III, t. V, p. 120. — M. de Pidal, Philippe II, Antonio Perez et le royaume d'Aragon, trad. par M. Magnabal, 1. 1, p. 176. Antonio Ferez, qui avait été l'instrument de Philippe II contre Escovedo, faillit périr de même (fd., liv. VII, t. II, p. 11, et liv. XI, t. II, p. 311).

* Régnier de la Planche, p. 405 et 406. — Palma Cayet. Chron. nov.y Jiv, I, p. 177. — De Thou. Hist, univ., liv. XXVI, t. III, p. 571.

3 De Thou, ib., liv. LVII, t. VII, p. 65.

envers Henri IV, « on eut peur que ce prince ne se servît de l'épée de quelqu'un » et ne Ten frappât ; heureusement le Roi avait appris depuis longtemps à se contenir, il le dit lui-même aux seigneurs qui l'entouraient. * La dignité royale ne semblerait même pas souffrir que celui qui en est revêtu assistât au meurtre accompli par ses ordres. '

L'exercice du droit de vie et de mort n'est qu'une manière de rendre la justice ; la sentence royale, puisque c'est une sentence, devrait toujours être appuyée sur les motifs les plus sérieux ; la peine ne peut être juste que si elle est appliquée à un coupable ; encore toute faute ne mérite-t-elle pas la mort. Le meurtre ne doit pas devenir un moyen de gouvernement, et il n'est pas autre chose, quand il sert à faire disparaître un mauvais conseiller qui excite le

' /(i., Mémoires, p. 655.

* « Le Roi avoit mandé par deux fois à son frère (le duc d'Anjou), étant dans son camp devant la Rochelle, qu'il eût à faire étrangler la Mole, gentilhomme provençal, favori du duc d'Alençon. Le Roi dit depuis avoir fait dessein lui-même de l'étrangler dans la cour où la Mole étoit retourné après le camp de la Rochelle ; et, pour ce faire, sachant que la Mole étoit dans la*, chambre de Mme de Nevers dans le Louvre, il prit avec lui le duc de Guise et certains gentilshommes, jusques à six, auxquels il commanda sur la vie d'étrangler celui qu'il leur diroit, avec des cordes qu'il leur distribua. En cet équipage, le Roi lui-même, portant une bougie allumée, disposa ses compagnons bourreaux sur les brisées que la Mole voulait prendre pour aller à la chambre du duc d'Alençon, son maître ; mais bien prit au pauvre jeune homme de ce que, au lieu d'aller à son maître, il descendit trouver sa maîtresse, sans rien savoir toutefois de cette partie (L'Es- toile, t. XLV, p. 82). »

LA VIE HUMAINE. Hl

duc d'Anjou contre son frère Charles IX. * Il semble plus odieux encore, lorsqu'on en fait un moyen d'enrichissement pour ses protégés. ' On se laisse aller bien facilement à prendre une voie expéditive pour résoudre les questions et se délivrer des ennuis. Charles IX, irrité de voir sa sœur Marguerite courtisée par Henri de Guise, avait chargé son frère naturel, le duc d'Angoulême, de tuer à la chasse le présomptueux ; plusieurs occasions se présentèrent , mais par bonheur le courage manqua au duc d'Angoulême.^ Les plus légers mécontentemens,* les griefs les moins fondés ont de terribles conséquences dans une cour où régnent de telles idées et de telles habitudes. Les particuliers peuvent couvrir de l'autorité royale leurs plus coupables entreprises. L'évêque de Valence, Monluc, envoyé comme ^raiassadeur en Pologne pour y faire élire le duc d'Anjou, attendait en Lorraine le moment de traverser l'Allemagne, où la nouvelle de la Saint-Barthé-

* ToscatiCy t. III, p. 741.

* « En ce temps, la bonne dame Catherine, en faveur de son pignon de Retz, qui vouloit avoir la terre dô Versailles, fit ^tfangler aux prisons Loménie, secrétaire du Roi, auquel ladite terre appartenoit, et fit mourir encore quelques autres pour récompenser ses serviteurs de confiscations (L'Estoile, t. XLV, p. 78). »

« De Thou, EisL, liv. XLVII, t. VI, p. 62.

* Au siècle suivant, Philippe IV d'Espagne, irrité d'avoir dans Je comte de Villa-Médina un rival d'amour, non-seulement heureux, mais encore insolent, « le fit tuer dans le Prado d'un coup (\e mousquet qu'on lui tira dans son carrosse, et puis on cria : E por mandamienio del Rey. » (Tallemant des Reaux, Les Historiettes, éd. Paris, 1834, t. II, p. 287).

112 LIVRE II. — CIIAPITHE I,

letny venail d'exciter la plus vive irrilalion : " Un des secrélaires de l'évèque de Verdun, pour l'espérance qu'il avoîl de faire bailler l'évèché do Valence â son frère, docteur en Uiéologie et pédagogue des enfaas d'un prince (car pour autre occasion ne pourroit-il l'avoir fait), prit la poste et piqua jour et nuit pour l'atteindre avant qu'il fiil sorti de Lorraine, faisant entendre partout où il passait qu'il avoit charge dii Roi de le faire tuer en quelque lieu que ce fût. » Le Roi prit la peine d'écrire à révèque: v Outre que ce n'est point mon naturel de bailler de telles commissions que ce méchant disoit avoir de moi, je vous liens pour mon bon et fidèle serviteur. »*

Les moyens qu'on emploie pour exécuter l'ordre, ne sont pas non plus ordinairement ceux qui convîeiinenl aux œuvres d'une vraie justice. C'est souvent en trahison que la prétendue sentence s'exécute, les exemples que nous avons cités le prouvent ;' la chasse en fournit particulièrement l'occasion ; " il n'y a nulle sécurité pour un prisonnier, toujours â la merci d'un pouvoir qui veut se débarrasser de lui. 'Il arrive aussi

■ Choisnin, lîv. 1, p. 686.

» V. Toscane, liv. IV, p. 255, l'exemple (fun émissaire italien chargé d'empoisonner Bussy d'Araboise.

' Outre l'exemple que nous empruntions tout à. l'heure à de Thou, nous eo citerons u n que nous Touniit Palma Tayet ; il aur<Ùt été décidé dans un conseil secret qu'un nommé Lapierre tuerait Antoine de Bourbon « d'un coup de pistole qu'il lui donneroit par derrière, lorsqu'il seroit à la chasse, où on le devait raeaer près de Cléry (C/w. nov.. IW. VU, p. 23). ..

' V. les projets l'ormés contre le marschal de .MootmoreDcy pendant sa captivité à la Bastille (De Thou, liât., liv. LXT, t. VU, p. 292)

que les princes poussent au meurtre sans en donner Tordre formel. *

On ne trouve pas extraordinaire que ceux auxquels un roi s'adresse pour leur donner un ordre de ce genre l'exécutent sans hésiter ; ils se regardent même et on les regarde comme remplissant un devoir, comme faisant un acte de dévouement. 11 faut quelquefois se défendre d'avoir reçu une telle charge, quand on se sait innocent ou quand on sent l'opinion publique mal disposée. ^ Il est plus noble encore de la repousser, quand elle est offerte. ^

Les rois doivent, au reste ,bien réfléchir aux conséquences de la résolution, avant de la prendre. Sontils sûrs de bien servir leur intérêt en usant de ce qu'ils appellent leur droit ? « Cet exemple (le meurtre de Henri de Guise) apprendra aux autres à ne tenter pas leur prince, parce que comme le Roi le dit sagement, on n'a pas vu qu'aucun se soit révolté contre son maître et seigneur naturel, qui n'ait été puni tôt ou tard. » * Celui qui écrit ces lignes se déclare en même temps assuré que, à l'avenir, personne ne se fiera plus au

* M. A. Joubert, Louis de Clermont, sieur de Bussy (VAmboise, p. 173 et et 175.

5 Villeroy, p. 535.

3 On sait comment le rude gouverneur de Fotheringay, sir Amyas Piaiulet, refusa de faire périr clandestinement Marie Stuart, qu'il détestait (V. M. Mignef, histoire de Marie Stuart, t. II, p. 382 et suiv).

* Toscane, t. III, p. 842 et 843.

Desj. s m. s

prince qui a ordonné le coup au mépris de toutes se promesses et de loua ses sermens. '

heu souverains faisaient usage du droit auquel il préleiidaienl sur leurs sujets, même quand ceux— étaient liors deleurs états. Le grand-duc de ToscQi; chargeait son ambassadeur k ['aris de faire tuer l« proscrits norentin.s qui s'y trouvaienl et ses ordre étaient exécutés ; ' il e.sl vrai que l'ambassadeur s'el forçait de cacher la participation de son maître et Ifl sienne dans les actes qui portaient une si grave aUteinte à la majesté ihi roi de France ; ' mais il ne par* venait pas h Irompcr (lalhcrine de Médicis, qui faigai ' entendre les plus vives protestations. '

C'était encore on vertu du droit de vie et de mof que les rois et les parlemeus provoquaient ouverte ' menlau meurire en prescrivant d'arréler un coupables un Bunemi mort ou vif, en prometlant des réa compenses à qui le livrerait mort ou vif. En 1569 « voyant que pour cette exécution effigiaire et arrd rendu comme des.sus contre ce rebelle amiral, il ri désistoit de sa rébellion, le Roi et la cour de parlemeH firent un édit contrR lui qui fut tel qu'à toutes perso~w: nés, de quelque qualité qu'elles fussent, quipourroieW prendre et appréhender au corps ledit amiral vif et /* livrera justice, S. M. donneroit dix mille écus i'or

I /fi., p. 84IÎ.

' /fi., p. 113, 116, 117, 119, 121, 135, 134, Sl.'î.

' ifi., p. 221 el 225.

' Ib. p. 432 et 433.

hk VIK HUMAINE. lia

au soleil, et, si Ceux quileprendroientetlelivreroient à justice étoient les plus crirtiinels du monde, S. M. leur bailloit grâce de tous forfaits, quelque griefs et énormes qu'ils fussent ; et à qui ne le pourroit prendre vif, mais le pourroit tuer tout mort, S. M. promettôit donner deux mille écus d'or au soleil, avec grâce de tous forfaits comme dessus. » *

C'était aux seuls princes régnans que pouvait être attribué, à tort ou à raison, le droit de vie et de mort, mais il en était comme de beaucoup d'autres droits régaliens ; les membres dé la famille royale, sans le réclamer en principe, ne se faisaient pas toujours scrupule de Fexercer en fait; ils donnaient des ordres meurtriers et cela jusque dans le dix-septième siècle,' pour

* C. Haton, p. 566. Dans les mémoires de Beauvais-Nangis édités par la Société de l'Histoire de France, on lit (p. 35) que Henri III avait commandé aux quarante-cinq d'arrêter Beauvais ^angis mort ou vif, « c'est-à-dire de le tuer, car il ne se fût jamais ta-issé prendre sans se défendre. » Au dix-septième siècle, l'ordre <i*arrêter un personnage mort ou vif se donnait quelquefois. Il y en 6Ul un décerné contre le cardinal de Reta (M. de Ghantelauze, La f'^ de la Fronde et l'arrestation du cardinal de Retz y Correspondant, 25 jamner 1886, p. 328.

* Tallement des Réaux, t. II, p. 93, (jf. d'Orléans, Gaston), Gaston avait un rival heureux auprès de Louison Roger, de Tours^ 6t c'était son propre favori, l'Epinay. Il « délibéra de le faire poignarder et en parla au feu Roi, qui en fut d'avis ; car, outre qu'il ^^oit naturellement un peu cruel, il croyoit que cet exemple retiendroit ceux qui s'émancipoient d'en conter à M^e d'Hautefort. Mais le cardinal de Richelieu, qui fut de ce conseil, empêcha la chose. Le cardinal n'aimoit pas que la Cour s'accoutumât à faire assassiner les gens. Monsieur fit pourtant mettre des gardes au* tour du logis de Louison, la nuit, avec ordre de tuer l'Epinay, s'il /trenoit.»

Ho LIVRE II. CHAPITRE I,

défendre en leurs personnes la dignité royale, qu'ils n'avaient pas de peine à trouver offensée.

Meurtres Ceux qui n'avaient aucun droit, même contes-

ontonnés iiiir table, ni6mc emprunté, à disposer de la vie humaine, pariicuiiLTs. "" s'astreignaient pas h la respecter. Laissons de côté les crimes vulgaires, comme il s'en commet de tout temps, en observant seulement qu'ils se multiplient au milieu des troubi es civils, quand les passions sont surexcitées et la justice impuissante. Aujourd'hui le meurtre est rare dans les classes élevées; quand il s'y commet, sous l'empire de sentimens violons ou par l'effet d'unplan odieux, il étonne plus encore qu'il n'effraie ; au seizième siècle, les assassins ne sont pas presque tous des malheureux chez qui l'éducation n'a point développé le sens moral ou qui veulent à lout prix se procurer, soit du pain, soit des plaisirs ; il y a bien peu de grands personnages qui ne soient ou qu'on ne répute capables d'employer le fer et le poison, à qui l'on n'impute la mort violente ou seulement imprévue do leurs ennemis.

Dans certains cas, nul doute n'est possible, l'intéressé a frappé lui-même, au grand jour. Tenons-nous en aux exemples que nous fournit la famille de Guise. En 1S74, le duc Henri, eu plein château de Saint-Germain, poursuit, l'épée h la main, le jeune Vaulabran, à qui il avait défendu de se présenter devant lui et

qui le rencontre par hasard, * Son frère, le duc de Mayenne , tue le capitaine Sacremore , c à cause de quelques fâcheux propos que ledit Sacremore avoit tenus audit duc touchant le mariage d'entre ledit Sacremore et M"° de Villars, fille aînée de M"' du Maine, ^ qu'il étoit en propos de marier à un autre et que Sacremore maintenoit lui avoir été promise par le duc de Mayenne et sa femme et bien davantage ladite fille s'être obligée par un plus fort lien de l'épouser. » * Mayenne obéissait-il à sa colère, ou sa colère ne faisait-elle qu'obéir à son intérêt ? « L'on me mande, écrivait le roi de Navarre,* que, ne le voulant contenter (Sacremore), il craignoit que, étant mal content, il ne découvrit ses secrets qu'il savoit tous, même d'entreprise contre la personne du Roi, de quoi il étoit chef de l'exécution. Il fut enterré qu'il n' étoit pas encore wiort . )» Naturellement le roi de Navarre blâmait Mayenne : « M. du Maine a fait un acte de quoi il ne sera guère loué. » En 1594, le jeune duc de Guise, pour reprendre son autorité dans la ville de Reims dont il était gouverneur, frappe son lieutenant Saint- Paul, celui qu'il appelait affectueusement Ma taille^ parce qu'ils étaient tous deux de la même grandeur. ^ Quant au chevalier de Guise, autre fils du Ba-

^ Bouillon,p. 391. —De Thou, HisL liv. LVII, t. VII, p. 42. * On donnait indifféremment à François de Lorraine les titres de duc de Mayenne et de duc du Maine. » L'Estoile, t. XLV, p. 345.

^Lettres, un, ^.332.

5 P. Cayet, Chr. nov., liv. VI. p. 678.

H8 LIVKE 11. — CHAPITRE I.

lafré, d'après TalIttmanI dt-a Réaux, ' « véritahlcmenl il tua un pou en prince cl à la manière du son frère' aîné le baruii Lux Je père ; car il ne lui donna pas le ; tempsde desci^ndro doaon carrosse, et co bonhomme avuît encore un pied dans la portière. Il disoit que le baron s'étoil vanté davoir su le dessein qu'avoit eu le Roi de faire tuer M. de Guise à Blois, La Reino-mère, Marie de Médicis] en fut lerriblonienl irritée et ne vouloit voir pas un do sa race... Knfiii cela s'apaisa, Pour le lils du baron de Lux, il le tua de galant hnmme. *

Les cas de ce genre ne sauraient être les plus nombreux: on n'a pas toujours le courage de s'exposera la mort pour la donner, ' ou celui d'avouer l'acte donton profile. On recourt à des agims complaisana oiï soudoyés,^ k des g;eDtilshommes même * ; il y a bien;

■ Le chevalier de Guise, t, 1, p. 2^3.

' Le duc d'AngoulÈme tua bifSTi Altoviti, maie reçut de calui-a un coup mortel (deThau, llisl., i\v. LXXXV, l. IX, p. 591 L'Esloile.l. XLVI.p. 312).

^Lamorldu duc d'Engliien, le vainqueur de Cérisoles imputée n •< ceux qui étolent avec le Daupbiii, du moins on l'i mats le Dauphin n'y eut aucune part (de Thou, Hist., liv. I I, p, 53). 11 Le crime aurait été commis à l'instigation du de Guise et du maréchal de Saint-André par Corneille Bentîv-f glio qui aurait va Ion taire me al laissé tomber d'un étage supùrie 4 un cofTral sur la tête du prince, pendant que celui-ci était k fenèlre lW.,ii.,liv.XXV, t. III,p. 5i:i). —Quelqu'un < soupçon | d'être le ducd'Epernon ou l'archevêque de BordeauK, peut-êBf tous les deux ensemble, avoit donne de ce même temps force argent à dis déterminés pour m'assassicjer, " dit d'Aubig {Mérti., p. 319), se rappelant toujours je siècle où il a «

* GranirellB reçoit, en 15fl!>, un avis de Paris, portant que

des manières de payer de tels services. Cette habitude ne fait que donner plus libre carrière aux soupçons du public; derrière celui qui tue un grand personnage on veut toujours apercevoir un autre person- ^^e m moins aussi grand.

I^ersonno n'est à l'abri ou de la tentation ou de Tac- il n'est cusation. La loyauté militaire n'empêche pas d'Al- ne^^îtcapa^e laigre de défendre son gouvernement de la ville cru capable et château de Gisors en assassinant « proditoirement » ^^vle^d'au^mi!* François de Montmorency, seigneur de Hallot, à qui le Hoi le destine. ' En 1596, Charles de Gondi, marquis de Belle-Isle, avait reçu du duc de Mercœur, malti'e de la Bretagne, le gouvernement du Mont-Saint- Wichel. Belle-Isle se présente devant la place. L'offtcîer de garde le laisse entrer, mais sans permettre à <^eux qui étaient avec lui de le suivre : « Belle-Isle lui parla avec hauteur, et, comme cet officier lui parla sur le même ton, il le tua. Il se mit alors en devoir de faire entrer les autres gens de sa suite , mais les soldats de la garnison accoururent et le tuèrent luiniême. ^ Les soupçons n'épargnent personne. Lapos-

I^rince de Portien aurait ordonné à quatre gentilshommes d'expédier de ce monde le cardinal de Lorraine (t. IX, p. 580). Le cardinal Carafa avait commencé par jouer le rôle de bravo (M. Georges Duruy, op, cU,, p. 8).

* Duc d*Angouléme, Mémoires (Panthéon Littéraire), p. 722. -L'Estoile,t. XLVL p. 274. — Gisors, p. 85.

' De Thou, Hist., liv. CXVII, t. XIII, p. 8.

120 LIVKE II. — CHAPITIIE 1.

térilé se dcmaniie comment un acte odieux et lâcl a pu être imputé à Henri IV, et cependant les imp? tations de ce genre ne lui ont pas été ménagées ; c comprend Ji la rig-ueur que les catholiques, ses eno: mis, l'accusent d'une tentative d'empoisonnement s» sa femme Marguerite en 157(1 ; ' il exprimait trop libr ment le désir d'tHre débarrassé d'elle pour no se ro dre pas légèrement suspect; * mais on 1SS8, ccrtaîi huguenots lui allribuent la mort du prince d Coudé, ' que lui même à son tour fait retomber sil les catholiques, ' elquela voix publique reproche une épouse infidèle bientôt traduite en justice Aubîgné dit à ses onfans : « Je ne puis m'ompfi cher de vous dire en cet endroit, mes enfans, qu( incontinent après mon retourdeLangucdoc(en 157T mon maître, à qui j'avois eu l'imprudence ou pluU l'audace de dire qu'il y avoit dos traîtres parmi nom et qu'il les connnissoit bien, forma la résolution deil faire poignarder, et jeter ensuite dans la rivière poi enôterla connoissance. > Il osa faire à ce sujet di

' Toscane, t. IV, p. 95. — D'Aubigoé se vante d'avoir, dà un conseil, eu 1577, fait changer i< les avis qui alloient tous l'airemourir la reine (p. 475). <>

'Il écrivait, le 1" janvier 1589, à. la comtesse de Grammoï « Je n'attends que l'heure d'ouïr dire que l'on auraenvoyé étrr gler la feue reine de Navarre. Cela, avec la mort de sa mère, m« roitbien chanter le cantique de "èiméoti (lettres, t. II, p. 417>.

• V. M. leduc d'Auraale, HUtoire des princes de Condé pevii Ut seizième et dix-septième siècles, t. II, p- 424, et Pièces et cunifns, lettre de Théodore de Béze au roi de Navarre.

' Lettres, t. Il, p. :143.

reproches au roi de Navarre, qui entra en fureur, * mais qui, huit ans après, auroit encore promis à ses maîtresses de lui ôterla vie. ^ Les moines, les prêtres, les prélats, les papes eux-mêmes sont mis en cause : « Quelques mois auparavant le décès du feu Roi , dit Cheverny, ^ le sieur de Ville-Luisant, Louis Hurault, mon neveu, étant en garnison pour le service du roi au château de Lassé, dans le pays du Haine et étant allé suivre la messe en l'église de la ville, fut malheureusement assassiné dans ladite ég-lise par l'avertissement que le même prêtre qui disoît la messe devant lui en donna à ceux qui avoient Aessein sur cette place. » Que d'accusations contre le C€tTdinal de Lorraine ! ^ Peut-on supposer que Jules II ait vraiment tenté de faire empoisonner Bayard ? * Enfin, la douceur qui passe généralement pour être l'apanage du sexe féminin souffrait plus d'une exception; il n'y avait pas de forfaits dont on ne se plût à charger Catherine de Médicis ; elle avait bien sauvé ^^s jours d'Antoine de Bourbon, quand ils avaient ^*é menacés sous François II, ^ mais c'était elle, disait- ^^y qui avait empoisonné Jeanne d'Albret; elle s'é- *^*t débarrassée de François II pour ressaisir le pou-

j. J^ P, 495. S'il fallait l'en croire, Henri IV aurait été encore sol- 'icit.^, en 1608, de le faire tuer ou arrêter comme séditieux.

^ y, not. Toscane, t. III, p. 646 et 647.

"* le loyal serviteur j ch,XLV.

^ Régnier de la Planche, p. 405.

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