‹ Les sentiments moraux au XVIe siècleChapitre 18 sur 36 · LIVRE · texte numérisé non relu

LIVRE

voir durant la niinnrilé de Cliarles IX, de Charles IS pour fair(! passer la couronne à Henri III ; Lîgucrolle élaitasaassiné,laReiiœ-m(>.rcravailpuni d'avoir réveil ses secrcUau roi tt'Espagne. ' Tous ces bruita troai valent facilemenl créance. Marguerite de Valois seni blebitin avoir armé le hrasde Viteaux, l'assassin de d^ Guasl, et, si l'inspiration du crimo Ji pu être attribua à une aulre personne, c'est h la duchesse de Nevers ,

Les motifs qui font concevoir l'idée et arrêter ht résolution de l'homicide ne sont bien souvent que ceuii qui se produisent dans tous les temps ; il en est lel cependant qui se représente d'une maniëre si régulière qu'il nous révfele l'étal des mœurs; il y a pad exemple bien des maris trompés qui se vengent en donnant la mort. Quand Henri III communiquait au comte de Montsoreau la lettre où Bussy se vantait dé sa bonne fortune, il lui faisait entendre un conseil^ et ce conseil fut mis à exécution. " Villcquier tui « sa femme sortant de son lit et la poignarda avei nue de ses damoiselles qui lut tenoit le miroir et lu. aidoit à se pimpelocher. » '

* V. M, le comte de |a Perrière, Ayddces des missions scienlift ques et litlëraires, 3»" série, t. tll, 3"' rapport sw les rechercha faites ati British Muséum et au Hecord-of/icâ, p. C60. '

» De Tkou, Hist., lîv. LXI, t. Vil, p. 300.

' M. A. Joubert, oji. eil., p. 175,

*L'Estoile, t. XLVI, p. 155.

Les infidèles sont nombreuses , et la vengeance dépa.sse toute mesure, puisqu'elle ne s'arrête pas tou- 3 ours à la coupable et à son complice. * C'est souvent l'intérêt qui pousse le meurtrier ; * c'est aussi Torgueil incapable de souffrir la plus légère atteinte de la part d'un égal ou même l'exercice d'un droit de la part d'un inférieur. * Nous avons vu avec quelle facilité on se passe de raisons graves ; un grand seigneur poursuit l'épée à la main un jeune homme qu'il rencontre par hasard après lui avoir défendu de paraître devant ses yeux. * Ce sont des propos insolens que du Griiast paie de 3a vie, La reine Marguerite raconte le tï*ait suivant dont elle rend responsable le même du S^viast : « Pour me faire le plus cruel déplaisir qui se Pouvoit imaginer, il (Henri UI,) envoya des gens à la *ïsison de Chastelus, cousin de Torigny, ' pour, sous <^i:inbre de la prendre pour l'amener au Roi, la noyer ^in^ une rivière qui étoit près de là. » ^ La tentative ne

'^ Le duc de Paliano avait fait tuer la duchesse et Marcello Ca- Pa.ce; la vengeance conjugale avait été atroce (M. G. Duruy, op. ^*^*., p. 315-318).

^ A la Saint-Barthélemy, Bussy d'Amboise tua un de ses pa- '"^lîs contre lequel il plaidait (M. Joubert, op, cit., p. 15).

^ « Le gieur de Beauvais était appréhendé au corps, jugé et déca- P^^é à Poitiers, par ordre des grands jours, et sa tête exposée au Pilori d*Angerg, pour avoir assassiné un pauvre recors qui lui fai- ^^U sommation à la porte des Gordeliers (/cf., p. 87), n

* V. aussi le conseil donné à Bouillon de tuer M. de Saint- ^'Jjpice (Bouillon, p. 408).

*• Mlle de Torigny était une des filles d'honneur de la reine Marguerite ; le Roi l'avait déjà séparée de sa maîtresse, pour cha- ^''iner et humilier celle-ci.

^ Liv. II, p. 527.

t2i I.1VUE 11. — CHAPITI

réussit pas, mais vouloir iioyor une personne pou' causer un cruel déplaisir à une autre ! Nous n'enten dons, il cslvrai, <]ue celle qui attribue à ses ennemi un tel dessein.

Asanssinai Ce qui caractérise vraiment te siècle, c'est le graa* urelisleui. développement de l'assassinat pnlitique et surtout A* aires l'assassinat religieux,

Siles rois, si les grands ne respectent pas la vie de leurs inférieurs, il faut bien reconnaîtrequcleur existence est coDstamment menacée. On peut compter ï peine les tcnlalive.s faîtes sur un Guillaume de Nassaq et sur un Henri IV. Comment des projets si souveni essayés n'auraieol-ils pas fini par réussir? Les minia 1res sont exposés comme les souverains, les conseil 1ers et les eonfidens comme les princes, ' Un person! nage important gêne toujours quelqu'un ; Ji défais de rivaux qui convoitent son pouvoir, il a des enne mis, ceux contre lesquels il l'exerce : " Pour tell« gens fut jadis faite et tôt après pratiquéekRome l'o» donnance qui pernteltoit à toute personne de tuer c-< lui qui aspiroil à la tyrannie, pourvu qu'après il : apparoir que l'occis y avoit aspiré. » ' Faible garan.1 que cette preuve !

"■ Ctieverny, p. 233 et 237, sur les Lentalivea dirigées eoat lui.

' Régnier de la l'iaiielie, Livres des marchartds, discours d

L'assassinat a-t-il une certaine place dans la politique internationale comme dans la politique intérieure ? Nous rappelions tout à l'heure que le pape Jules II est représenté par le loyal serviteur comme ayant voulu faire empoisonner Bayard ; il aurait eu le même projet à l'égard du duc de Ferrare ; le duc, à son tour, avait accepté Toffre d'un officier du pape, qui lui avait proposé de faire périr celui-ci de la même^ manière, mais Bayard refusa son consentement.. La république de Venise avait plusieurs fois approuvé des tentatives contre ses ennemis , notamment contre Mahomet II et Charles VIII, * mais elle les avait teûus cachés, tandis qu'elle avait publié son refus de s a.ssocier à une entreprise sur la vie de Ludovic Sf orza, duc de Milan, ce qui lui permit de faire admi- ^^r sa magnanimité. ^ Il est bien peu vraisemblable ÎO.e Charles-Quint ait été pour rien dans la mort du ^^uphin, fils de François I", et, quand son carac- ^^ve autoriserait à le croire capable d'un tel crime, on ^"tierche vainement quel intérêt il aurait eu à le com-

^ Revue historique , U XX, sept. — déc. 1882. M. Vladimir ^^Tnansky, l'Assassinat politique à Venise, du 15"« au \%^^ siècle ^- 105-107.

^ V. Remy, Ch. LX. Ce qus Von peut considérer et apprendre

^^^ ^.68 faits des seigneurs vénitiens quine voulurent permettre qu'un

^<^ur gentilhommetuât Louis Sforza, duc de Milan ynoi. p. 71 : « Et

^n. ce fait les Vénitiens... montrèrent que la grandeur est vertu d'une

république excellente et consiste à vaincre et surmonter Ten-

nemiparla valeur et promesse, non parle vice et trahison. On peut

^^ssi considérer par ce fait des Vénitiens que c'est une chose

ut!'! ^^?^onnête de vouloir en trahison taire mourir les capitaines et

princes honorables par moyens déshonnêtes et illicites. »

12i; LIVUK II.

mellrt; ; l'opinion publique en Franco iip l>n chargea pas moins avec unanimilé. avec acharnfimont ; il fuL rétUiit à se rléfcndip. ' Plus lard, la croyancu se ïè pandil en France ([u'Elisahelli de Valois était morte empoisonnée! par son mari, Philippe H, et l'un excitait Charles IX h fairi! la guerre pour la venger. ' Un Allemand, arrêté par ordic du prince d'( Irange, soulenait que tJithcnni; de Médicis lui avait donné commission d'empoisonner celui-ci. ^ C'étaitcnsuitel'archiduc Ernest qui aurait voulu faire assassiner Maurice de Nassau, ' Alexandre Farnése qui aurait inspiré le ténébreux complot de Salcède conire le duc d'Alençon. '' Les bruits de c«tle nature étaient accueillis

' Lettre privée respotuive d'ami à autre, confutant l'impulaUi conlroux'ée et publiée calotnnieuiiemcnl cl sinistremcnt du a<t£^^ du roi de Fravee et par sM minùtm contre l'empereur et nucaux^. prince» ses lervitews, iur ia mort du feu dauphin (Granvelle^ t. II. p. SOOetEuiv).

* Toscane, t. Ht, p. 159.

' P. Cayel, Ckr. nov.. liv. VII, p. 7.

= Toscane, t. II, p. 425 ; de Thou, Mist., \iv. LXXV. l. V1L« p. 626. —Le cardinal d'Ossat, cherchant à expliquer à Hei^^ IV les retards que M, de Sa.voie apporte dans ses nég-ociatio^Kavec k France, dit: « J'ai horreur de vous ajouter une autre cho»« que gens dequalité m'ont dit, qu'il attend avec plus de désir ei d'espérance que tout cela : mais je ne dois et ne puis vous la taire plus longuement. C'est le succès et événement des embûoheB el assassinats qu'il a dressés et apportés en diverses t'açoDs contre la vie de V. M... Ces choses ne 8& disent pas par tenaoe nt aboulissans. Mais le naturel et la fagon de procéder de l'homoie les rendent trop vraisemblables, et méritenl que V, M. et tous ïdj serviteurs y prennent garde. Lettres, t. IV, p. 29. » V. au p. 216,344, 359, et t. Y. p. 1&5, 275 .

par les hommes d'Etat les plus sérieux comme par les écrivains les plus graves. Bongars, qui, en 1894, montrait les Espagnols attentant aux jours d'Elisabeth et du comte Maurice j * disait, en 1593 : « Quelle est cette étrange manière d'exercer sesinimitiés et ses vebgeances, d'avoir ainsi recours à des artifices damnables, après que la force et les armes n'ont pas réussi, et d'attaquer la personne des princes petr les empoisonnements et par les assassinats?» * Un certain scrupule et Fintérêt personnel empêchaient encore les princes de faire verser le sang des princes ; il n'en était plus de même, quand il s'agissait de simples particuliers. Charles-Quint n'hésita pas à faire périr les agens de François P% Maraviglia en 1333, liîiicon et Frégose en 1541. ^

Sans doute un grand nombre de ces crimes auxquels tant de gens croyaient n'avaient jamais été commis : « Quelques-uns ont écrit que ce Roi (François U) éloit mort empoisonné, se fondant sur des bruits populaires et frivoles. On a toujours dit, surtout en ^es temps de confusion et de trouble, que la mort des princes et des grands hommes avoit été avancée par le poison. Les sentimens furent divers là-dessus, sui-

aettreLXXVlII, p.292.

' Lettre LXXXVI, p. 316. — V. aussi sur k mort de Sixte- Quint P. Cayet, Chr. nov., liv. II, p. 257.

' V. not. sur l'assassinat du premier, M. Décrue, Anne de Montmorency, p. 280, sur celui des deux derniers, M. Zeller, op, cit.f Ch. VÎII, p. 239 et suiv. Rincon était, il est vrai, Espagnol d'origine, mais Frégose était né Génois.

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Parmi les faits que nous avons rappelés, il en est l^eaucoup qui sont inspirés par le fanatisme religieux ^n même temps que par l'intérêt politique. II est inu- We d'ajouter à ces exemples ; tout le monde connaît ^u moins les plus éclatants des crimes qu'a fait comni^ttre un zèle aveugle au temps des guerres de religion.

Xa complicité de Tencouragement ne faisait pas d^laut; ce serait aller trop loin que de voir de purs ins- ^ï^^Jmens d'ans tous les assassins qui croyaient servir E^ S eu ; la plupart conservaient, méditaient, voulaient T^ ^^r eux-mêmes ; mais ils ne trouvaient que trop facile ïïient approbation et conseils ; c'était aussi très sou- ^^nt une excitation adressée à une foule entière qui t-T^ouvait une âme disposée à TaccueiUir. Ce n'était pas s^ns raison que le roi de Navarre accusait. les prêcheurs romains d'exciter à l'assassinat, en 1588.' Les ■*ê*Ueurs finirent par s'en prendre à leur chef même, ^ Mayenne ^

Mais c'est après le crime commis qu'il faut exami- ^er l'état des esprits et force est de reconnaître qu'il ^onne une triste idée de la conscience publique. L'allégresse est générale parmi les pro tes tans, quand Pol- ^^c>t de Méré tue François de Guise,' comme parmi les

* lettres, t. II, p. 349 et 350.

* M. Labitte, op. cit,, p. 293.

^ A Montpellier, fut « délâchée toute Tartillerie en signe de

Desj. s. m. 9

Excitations a l'assassinat.

Satisfaction que fait éprouver

l'assassinat.

130 UVIIE II. — CHAPITBE I,

ligueurs (]uaDd Jacques Clément lue Henri III.* Les défaillances les plus inslruclîvcs sont celles des hommes qui en général montrent les cœurs les mioux placés. Le langage do Colignyaprès le crime de Poltrot de Méré aurait diï ètro tout autre ;' cet événement n'inspire à La JNoue lui-même que les réflexions suivantes: (I Ënces entrefaites survint un accident inopiné qui fut la blessure dudit sieur de Guise par un gentilhomme nommé Poltrot, et sa mort peu de jours après. Cela rabattit la gaillardise et l'espoir des gens de guerre de l'armée, se voyantprivés d'un si grand chef.' » D'aprëa PalmaCayel,' le roi de Navarre « déplora leur mort (celle du duc et du cardinal de Guise) et protesta qu'il en avoitJin grand chagrin pour ce qu'ils lui étoient. parens et que la France les devoit regretter pour leur valeur. " Il ajoutait « toutefois qu'il avoit bien fallu qne le Roi eût eu de grandes occasions pour les avoir fait mourir. <> Sa correspondance ne montre pas un si " grand chagrin ; » la tragédie de Blois n'y est rcgar*t dée que comme « le premier échantillon de l'ouvrage*

réjouissance (Pliilippï, Panthéoti Littiiraire, p, 360) n. V. dan» les Ckanxonnier huguenot toutes les chansons où éclate la Joie (liv^ m. chana. XI, XII, XII, XV, cette derniÈre intitulée Vaudeviiid d'aventuriers chanté à Poltrot, avec son anniversaire, le 24 fé-é vrier i.'îfle, de la tUlivranee le troisième, p. 352, 253, 257, 273). '

' L'Estoile, t. XLV, p. 3 el suiv.

» V. M, le comte de la Perrière. Lettres de Catherine de fSMï^ cis, Introd., p. CLV.

3 Ch. XI, p. 298.

' Chr. nav., Introd., p. 58.

d ^ Dieu et lui fait espérer de toute la pièce. » * On a ^•^ :«*t de se réjouir, quand on est si exposé soi-même.

De la satisfaction à l'approbation il ne saurait v Approbation

*^^ •' donnée

oir loin: il n'est pas facile de refuser ses éloges à à l'assassinat. cte dont on s'est réjoui, et une théorie générale ent, d'ailleurs, mettre la conscience à Taise, pour passé comme pour l'avenir : « C'est, dit M. La- Itte,* à propos du meurtre de François de Guise par ollrot en 1563 que les calvinistes se mirent à justi- ^r ouvertement l'homicide, à l'ériger en théorie; ous verrons plus loin ' le meurtrier comparé à Ju- ^th. Déjà la virulente diatribe du Tygre^ dirigée «ntre le cardinal de Lorraine et qui occasionna de si Truelles vengeances, avait autorisé et appelé les atten^ SLts sanguinaires. » Les mêmes théories, les mêmes omparaîsons ne tardèrent pas à se retrouver dans la ouche des ligueurs.

Ce n'est pas que le fanatisme éteigne tout sentiment d 'hoaneur ou fasse toujours perdre l'exacte intellië'ctice de l'intérêt politique. Au siège de La Rochelle, ^■O 1573, c'était dans un fort avancé que se trouvait ^^ Alaurevel, le meurtrier de M. de Mouy et qui avoit ^^^é M. l'amiral, n'ayant ni le colonel de l'infanterie ^ aucun maltre-do-camp voulu le recevoir dans le

^ Lettres, t. Il, p. 419, à Mlle de Bourbon. V. ih, et p. 420. ^^^^ 425, les lettres adressées à Mlle de Bouillon, à Mme de Laval, . de Fresnes.

Op. dt,^ p. 55.

■VUE 11. THAPITI

corps de l'armée, oi souffrir qu'il entrât en garde avec eux, le tenant pour un homme diffamé d'avoir commis ces actes, quoique pour le service du Roi, indigne et traître.»' Poltrot avait dénoncé les principaux chefs des huguenots comme ayant été ses instigateurs ; ils s'en défendirent tous, mais sans cacher leur allégresse, il est vrai. Coligny " s'en est toujours vouln purger, disant l'acte être méchant, encore qu'il dît que, pour son particulier, il n'avoit pas grande occasion de plaindre la mort du duc de Guise. *> ' Los apologies furent nonahrcuses, mais embarrassées ; il restait dans l'îlme un sentiment d'honnenr qui protestait contre la honte d'avoir participé par simple instigation à un assassinat ; mais on avait peine k cacher sa joie d'un coup dont on ne voulait pas prendre sa part; on aurait craint do révolter la nation en approuvant l'emploi d'un fel moyen pour Iriompherd'un ennemi, mais on craignait aussi de s'aliéner son parti en condamnant trop sévèrement celui qui y avait eu recours.

L'assassinat de François de Guis 3 suggère à uu protestant très zélé, k Régnier de la Planche, une réflexion qui doit être notée, car le sentiment qui l'inspire n'est pas commun au seizième siècle ; il est vrat qu'il la prête à un catholique : " Ceux-ci qui se disent^ nôtres et nos sujets abuseront de Dieu, des sermons, des lois et des hommes, et feront marchepied de nos

' Bouillon, p. 385.

' Casteinau, liv. IV, ch. X, p. 118.

gentilshommes pour après faire de nous litière à leurs chevaux ! ... Si ce malheureux de Méré eût aussi bien tué le duc de Guise pour ce fait-là, comme il le tua pour le fait de la religion, c'eût été le plus beau coup et le plus mémorable acte de vertu qui fut onques fait. Mais Dieu, qui ne veut pas que sa religion soit abolie ni avancée par le couteau, lui ôta, à mon avis, ^^ Cela l'entendement. Et, si nous aimons notre pa- We, M. le cardinal (de Lorraine) n'en doit pas moins espérer de quelque homme de bien et cœur généreux ?^e Dieu éveillera pour exécuter une toute sainte entreprise... Si aurois-je regret qu'un huguenot plu- *^^t qu'un des nôtres eût l'honneur de le faire. »' ReêTïiier de la Planche détourne sans doute de l'assassinat religieux, mais pour pousser à l'assassinat politi- 9^e ; il espère qu'il décidera un catholique à tuer un ^uise.

vm

tians l'exécution des crimes, on remarque souvent Dansgue *^ Gxcès d'impudence. Lignerolles est frappé à midi, et de P^ës de la halle, ' Charry, « un jour de fête qu'il n'y ^"on^ïïen ^voit point de sergens à la barrière du pont Saint- la^^g^ium Michel, »' du Guast « parmi ses compagnies des garnies, parmi ses capitaines et soldats et à cinquante pas de son Roi qui le chérissoit comme il le méritoit

* Livre des Marchands, p. 464 et 465.

* De Thou, HùL, liv. L, t. VI, p. 277. ^ /«i., ib., liv. XXXV, t. IV, p. 559.

LrVBE n. — CHAPITAE

certes, saas qu'on s'en aptTÇÙt jamais, qui fui estimé k la cour un cas étrange et inoui. » ' On ne so croit pas cependant Icnu de njonlrorson courage; on tend des embûches ; on profite de l'avantage du nombre ; ' d'Aubignô avoue qu'il avait pris la résolution d'attendre un ennemi dans une rue écartée pour lai donner la mort. ^ L'emploi lIu poison est fréquent: » Maintenant, écrit un ambassadeur de Toscane,* l'usage du poison, autrefois familier aux princes italiens, est passé en France, de sorte que l'on ne pourra plus nous le reprocher. » Parmi tous les raoj'ens de faire périr une personne, il n'en est pas qui garanlisso mieux le secrci, il n'eu est pas qui prête plus à l'imagination publique. On s'en sept beaucoup el l'opinion en croit saisir partout. Il n'y avait presque personne qui ne crût que Jeanne d'Albret avait péri vie- Unie du parfumeur René, instrument de Catherine de Médicis ; ^ on disait que le maréchal de Bourdillon avait succombé à. un remëde administré par son médecin ;" c'était l'odeur d'un flambeau, selon les uns, d'une bourse, selon les autres, qui avait mis lin

' Brantûrae, Dùcovrs sur les duels, t. VI, p. 3:^5.

' V. l'altaque rie du Guast contre BusBy d'Aroboise (not. M. Joubert, op. cit., p. i8),

^Toteane, t.lll, p. 761.

= L'Estoile, \iv. XLV, p. 71. — P. Cavet, Chr. r>ov., Itilrod., p. 3r,.

« Toscane, t. III, p. 574.

^^x jours du cardinal de Lorraine. * ^enri III, en ar-

ï'^Vant au trône, aurait eu la pensée de faire rompre ^^ mariage du prince de Condé avec Marie de Cièves, "Ue du duc de Nevers, pour épouser celle-ci : « Mais ÇUelques-uns, prévoyant la difficulté qu'il y auroitdu ^it mariage et les malheurs qui pourroient arriver, la filment empoisonner. . . »' — « Le dimanche premier de T^n (1 ^76), viennent nouvelles à Paris que M le duc (d'A- J^xiçon), le seigneur de Thoré et Cimier avoient, le 2ô décembre, bu du vin empoisonné en la collation i^sprès souper, lequel vin avoit été apporté par Blon- 1 ou Blondeau, valet de chambre dudit seigneur c, lequel valet avoit autrefois servi le chancelier irague, ce qui rendoit le fait beaucoup plus suspect.» ^ procès eut lieu, mais n'aboutit pas aune condami>-ation,^ Le duc de Montmorency, à la Bastille, semuri-issait d'un contre-poison que lui avait envoyé quel- <lvies mois auparavant le grand-duc de Toscane. * Singulier temps que celui où les princes font de tels Pi^ésents ! Le poison est toujours mêlé à ces bruits fâcheux qui courent sur la mort des princes et des Si'ands, Aussi prend-on, autour de ceux-ci, de grandes précautions. ^

^ Ce Thou, Hist., liv. LIX, t. VII, p. 66. £eauyais-Nangis, p. 12.

^ X'Estoile, t. XLV, p. 126.

^" 'toscane, t, IV, p. 15.

."* A la cour de Navarre, « le gobelet royal était soigneusement ^^s è l'abri de toute tentative d'empoisonnement ; aussi était^il ^^^^rmé dans un étui. En 1578, cet étui fut remis à un sellier, qui

ftèfaut de Avec de lelles mœurs, on est touïotirs ou l'on peut'

sécurité; , , , . , ...

meté d'amu; loujoui's se croire en danger ; les rues des villes ci fccautioiiH. les chemins des campagnes n'offient pas plus de sécurilé pour les simples particuliers que les châteauxpour les grands personnages, Ceux-ci faisaîentbonne contenance ; quand l'habitude du péril ne leur aurait pas donné celle du courage, la crainte du ridicule aurait dominé toute autre crainte. Ce ne sont pas seulement des hommes de guerre comme un duc de Guise qui bravent ceux dont on leur a dénoncé les projets homicides. ' Catherine de Médicis se moque des cartels que des mains inconnues affichent sur les murs du Louvre et qui provoqueut à l'assassiner, ainsi que le chancelier et le connétable : ' « J'ai reçu hier, écrit le cardinal de Granvelle,' la visite d'un François.... envoyé ici par un certain Robert Stuart, écossoisj^

y fit des réparations pour trente sols (M. de Lagrèze, op. eit.^ p. 211).»

' François de Guise, prévenu que Bonnegarde, neveu da Cas— lelnau, voulait le tuer, prend lej'euoe La Brosse avec lui et passai devant Bonnegarde et son compagnon, qui le saluent fort rêvé— i rencieueement, M. de Guise dit ensuite à la Brosse : « Je vousi jure que, s'il ne m'eûl salué, je l'eusse tué tout roidc, pendsnai qu'eussiez tué le vûtre. ■> Brantôme ajoute: <i Aucuns s'étona^a rent que M. de Guise ne le luAt, mois il répondit qu'il étott pliuJ vengé par si humble satist'acUon que s'il l'eût tué {Brantôme, M Guise, t. IV, p. 266,). i On sait de quelle manière son fils rapous^i les avis qui lui furent donnés àBlois. i

" Toscane, t. III, p. 509.

» T. VII, p. 319.

^^ Service du prince de Condé, dans le but de s'assu- '"^i" si ledit Robert pourroit venir me tuer et se met- ^^c ensuite en sûreté... A vrai dire, je n'ai pas ajouté êri^ande foi aux communications de cet homme, qui ïïîe parait offrir peu de consistance. »

La fermeté de Tâme n'empêche pas de prendre des précautions et de les avouer. Nous rappelions tout à l'heure le contre-poison de Montmorency à la Bastille ; en 1580, à la Fère, le prince de Condé marche toujours accompagné et couvert d'une cuirasse, parce qu'il est averti que dix ou douze scélérats se sont conjurés pour l'assassiner; * la même année, on prévient le roi de Navarre que ses jours sont menacés ; il l'épond tranquillement qu'il le sait et que ses jours sont dans la main de Dieu, * mais, en 1584, il refuse 4e se rendre à la Cour, sous prétexte que ceux de &uise chercheraient aie faire périr. ^

Il faut bien que chacun veille sur soi, quandles pou- impunité.

^oirs publics ne protègent plus la sécurité de tous. Les

^ois ne manquent pas,* maisellesne sont pas assez sou-

"vcnt exécutées. Tel meurtrier sera peut-être puni de la

manièrela plus atroce, tel autre ne sera même pas

/poursuivi : « On ne put faire des informations juridi-

«/^.,fft.,p. 307.

* V. not. ord. de juil. 1547 et ord. de Blois, art. 196 et 198.

■UVBE U. — CHAPITRE

quG8, dit de Thou ' à propos de la mort du duc d'Engliien, ni tirer vengeance de ce meurtre selon les loia; un princo, encoUe occasion, ne put jouir des droits d'un parliculier. » Les particuliers n'avaient pas non plus l'assurance que Leurs droits fussent respectés. Catberine de Médicis elle-mÉmo dut attendre longtemps avant de faire châtier les meurtriers do a Charry ;° Henri Ili, à son grand déplaisir, ne put von — ger du Guast.^ Les rois étaienlquelquefoîs contrainte de céder aux sollicitations dont ils étaient assaillis quelquefois aussi ils étaient bien aise de paraîtra laisser désarmer leur rigueur. Un ambassadeur d Toscane rapporte le pardon obtenu par les assassii^ de Lignerolles, à la requête du duc de Bouillon el fli cinquante gentilshommes, qui s'étaient présentés «~— mémo temps pour le demander. * L'impunité faisan croire à la complicité du Roi lui-même,^

Combien cette impunité n'encourageait-elle pas k^ ( meurtriers futurs ! Quiconque était soutenu par -^ personnage puissant croyait pouvoir tout oser. M^si aussi il arrivait ce qui arrive toujours, quand la p^c-otcction de la loi et de la justice fait défaut ; la v^d-

'flis(.,liv. II. t. I. p. 154.

' Id., ib., liv. XXXV. t. IV, p. 559.

• Toscane.l. IV. p. 50 et 51.

^ Ib., t. III, p. 745. Gatlierineda Médicis contraignit Tavunties. qui blimail l'assaSBinat, à prendre sa part de nette dèmarctie, *^^'^■ M. le comte de la FerriÈre, op. cit., p. 660. ,

' L'Estoile, t. XLVI, p. 15B, à propos du meurtre de Mme ^* Villequier pur son mari.

g'eance individuelle se substituait à Taction vaineflfienl attendue des pouvoirs publics, d'où une série de nieurtresse succédant les uns aux autres, d'où la nécessité où se trouvaient les meurtriers de faire denou* velles victimes pour ne laisser survivre aucun de ceux qui pouvaient devenir des vengeurs. On sait la guerre prolongée que se firent la maison de Lorraine et la famille de Châtillon. Nous citerons seulement un exemple de vengeance purement privée : « Michel de la Croix, parisien, abbé d'Orbais, près Château- Thierry, allant en son abbaye, fut tué par les deux fils du feu seigneur de Brœil en une maison du village de Verdon, dans laquelle il s'étoit sauvé. L'occasion de cet assassinat fut le meurtre dudit seigneur de Brœil père, environ dix ans auparavant, commis par ledit abbé et ses gens en son abbaye, duquel il avoit élé absous par un arrêt du grand conseil, mais lîou par celui de Dieu. » *

On peut bien rapprocher du meurtre une violence violences qui ne reculait pas devant la mutilation. Carloix rap- corporeUes. porte l'étrange querelle qui eut lieu entre Vieilleville ^tVillebon. Villebon ayant mis la main à son épée, Vieilleville la lui coupa et ne lui permit pas de remporter, « alléguant qu'elle demeureroit pour témoi- Suage de son honneur ; car il main ten oit qu'elle avoit

*Rî&.,p. 154.

TÔ UVBE n. — CHAPITRE 1

fouillé en sa barbe : ce que non, toutefois, mais il proposoit cela pour lui servir esprits de. jiistîlicalioa devant le Roi et tous les princes, qui eussent toiM JHgé qu'il avoit eu très juste occasion d'en user ainS et que ce malheur lui avoit été inévitable. » ' Villeboi finit par obtenir une réparalion ; il fut décidé « qm son bras coupé seroit porté avec pompe dan: les rues et honorablement enterré. .

XTI

lan^^ffliH

n fallut un long temps, une ferme volonté de no rois et une action persévérante do la justice poiï qu'on apprît, même au dix-septième siècle, à respee tel' la vie humaine, (iaslon d'Orléans formait la réa^ lution de poignarder le cardinalde Richelieu, si celuf ci refusait démettre en liberté le maréchal d'Ornano^ En 1643, le duc de Beaufort et la duchesse de Ch^ vreuse et de Montbazon voulurent faire assassïnJ Mazarin: « Ne nous étonnons pas trop, dit M. Cop^ sin, ' d'une semblable entreprise de la part de de^ femmes et d'un petit bis de Henri IV. A celle graik époque de notre histoire, entre la Ligue et la Froiic3 l'énergie et la force étaient les traits distinctifs | l'aristocratie française. La vie de cour et uiie mofl

' Liv. iX, ch. II.

5 De Ttïou, llist., liv. XXXVIII, t. V, p. 96.

'M. Cousin, Madame de C heureuse, aJKJènie édition, oh. '■

opulence ne l'avaient pas encore énervée. Tout alors éWl extrême, le vice comme la vertu. On attaquait et J'on se défendait avec les mêmes armes. On avait niassacré le maréchal d'Ancre; plus d'une fois on avait voulu assassiner Richelieu ; lui, de son côté, ne se faisait pas faute de dresser des échafauds. Corneille exprime ces mœurs du temps. Son Emilie entre aussi dans un assassinat, et elle n'en est pas moins représentée comme une parfaite héroïne. »

Les scrupules n*en gagnaient pas moins du terrain : « Beaufort ayant déclaré qu'il avait pris son parti, Henri de Campion se rendit à deux conditions : — L'une, dit-il, de ne point mettre la main sur le cardilial, puisque je me tuerois plutôt moi-même que de faire une action de cette nature : Tautre que, s'il (Beauforl) faisoit entreprendre Texécution hors de sa présence, je ne me résoudrois jamais à m'y trouver, tandis que, s'il y étoit lui-même, je me tiendrois sans scrupule auprès de sa personne pour le défendre dans les accidens qui pourroient arriver, mon emploi auprès de lui et mon affection m'y obligeant également. Il m'accorda ces deux choses en témoignant m^en ainier davantage, et ajouta qu'il se trouveroit à l'exécution, afin de l'autoriser de saprésence. » ' Après l'arrestation du cardinal de Retz, la duchesse de Lesdiguières essaya de lui faire passer deux petites boîtes contenant du contre-poison : « S. M. proposa la chose

' ^^•, ib., p. 267.

142 LIVHE II. — CHAPITRE 1.

au conseil, où Servieo fut d'avis d'en ôter le contr*. poison et d'y mettre ensuite du poison véritable poi^ être ensuite rendu au prisonnier. Lâche conseil I mai| le sieur Le TelHer opina au contraire et dit qu'il n*^] avoit qu'à jeter les boîtes et n'en plus parler. L^ Reine suivit cet avis, fort irritée contre la duchesrf de ce qu'elle l'avo il prise poui- une empoisonneuse. * L'assassinat politique était peut-être, au dis-sed lièmc siècle, plus répandu encore à l'étranger qu'a* France. L'histoire des deux frères de Wilt en four ~ l'éclatant exemple, '

i2. — Du suicide.

Le suicide est rare au seizième siècle ; époque d'ardeur pour la lutte et pour les jouissance ce n'est pas une époque d'abaltemenl et de désencha tement. On a bien la conscience et l'on finit par èiii las de vivre dans un siècle malheureux, mais on n'a rive pas h croire que toute résistance soit vaîne fl l'on ne renonce pas à ao battre aous le préteste quffl toute bataille serait perdue à l'avance ; on ne ces8<| pas d'espérer qu'il viendra un temps meilleur et l'ofl se réserve pour les jours où la vie sera encore a ble et pourra même être glorieuse. Mais, pour r que soit l'homicide de soi-même , il n'est pas saol exemples, et ce n'est pas seulement une question d«

' Guy Joly, t.I, p. 339.

' V. M. Antoioe Lel'èvre Pontalis, Jean de WUt, t. II, p. 3i

doctrine que l'on pose, quand on demande à ce sujet ce que Ton doit penser et ce qu'il est permis de faire.

La religion défend le suicide, catholiques et proleslans sont d'accord. Il y avait longtemps que la sépulture chrétienne était refusée à ceux qui portaient les mains sur eux-mêmes. En général, « le protestantisme se prononça formellement contre la légiliniitédu suicide. Luther et Calvin prêchaient la soumission aux volontés de Dieu ; Théodore de Bèze attribuait au démon l'envie qu'il eut un jour de se suicider. »* Henri Estienne s'exprimait dans les termes 'es plus vifs : « Comme ainsi soit donc que les païens, pour la plupart, n'aient point fait de conscience de se défaire, et que même les philosophes presque tous l'aient approuvé par leur sentence, et quelques-uns par leur exemple aussi, au contraire, la chrétienté n'a oncq été en lieu aucun si corrompue que ceux qui ont été homicides d'eux- mêmes n'aient été condamnés totalement, voire mis non seulement hors du nombre de chrétiens, mais de vrais hommes.... *

Dans la philosophie, il y a eu de tout temps hésitation et controverse au sujet du suicide. L'école qui se forme au seizième siècle est très-loin de le condamîier dans tous les cas et très-près de l'admirer dans

^ M. Garrisson. Le suicide dans Vantiquiié et dans les temps œdèmes, p. 135.

' Apologie pour Hérodote, ch. XVIII. Des homicides de notre ^ps, 1. 1, p. 399.

144 LlVItE 11. CHAPITRE I.

quelques-uns, elle ne fail que traduire l'opinion de la société k l'état de laquelle elle doit sa naissance. Brantôme a les mêmes sentîmens que Montaigae; ' Philippe Strozzi, père des Strozzi qui entrèrent au service des rois de Prance, « étant de malheur pris... et détenu prisonnier dans le château de Florence, plutôt que d'endurer les cruelles gènes pour confesser ses secrets à la ruine de ses amis et encourir unes mort indigne de lui et de son parentage, autant généreusement que patiemment se mit contre la aucuns disent contre l'estomac, une épéc qu'un Es] gnol de sa garde avuit laissée parmégarde,et fut troi vé mort sur le carreau tout sanglant, ayant laissé s*^ sa table un petit billet écrit qui disoit : — Puisque j^ n'ai su bien vivre, c'est bien raison que je sache bien mourir et que je mette fin k ma vie et à mes misê-res par un cœur généreux.» Brantôme, après avoir fait ce récit, dit que Philippe semblait bien avoir " un pet» la créance légère (ce disoil-on) et approchante d'aucuns Romains, de ces braves qui, pour immortaliser , leur nom, ne craignoient de se défaire eux-mêmes ; aussi a-t-on dit de lui et écrit qu'il scnloit un peu mal du paradis et de l'enfer et se moquoit tout ouverte. ment des préceptesde la foi chrétienne... >>' En France comme eu Italie, il y avait bien des esprits disposés à ne voir dans l'homicide de soi-même que le triomphe

' BranLOme, M. le prince de Capoue, t. IV, p. i'iU.

d'une âme forte sur la faiblesse de la nature humaine et sur les trahisons de la fortune.*

§ 3. — 2>u duel-

Le siècle qui commettait tant de meurtres ne pou- du seizième vait reculer devant le duel ; ^ il lui paraissait « meil- ^^c duel ^ leur et plus juste de démêler ses querelles par beaux appels et honorables combats que par assassinats. » ' Une certaine férocité de nature, d'hérédité ou d'habitude se retranchait derrière un sentiment exalté d'honneur; il semblait que, en s'exposant soi-même, on acquît le droit de se permettre tout. Il n'est pas besoin d'insister sur le grand nombre des duels qui signalèrent le règne des Valois ; un ambassadeur déclarait que les gladiateurs Romains ne pouvaient être comparés aux courtisans Français. * Le sang coulait cour les motifs les plus futiles ; on dégainait, comme

* Âtlas^ vaincu par Bradamante, la sQpplie de le tuer ; elle lui répond :

Non pregar ch'io t'uccida ; chH tuoi preghi Sariano indarao : e se pur vuoi la morte, Ancorché tutto il mondo darla nieghi, Da se la puo aver sempre animo forte.

(Arioste, Orl, fur*, chant IV, st. 36). - V. sur ce sujet M.Cauchy, Du duel considéré dans ses origines et dans Vétat actuel des mœurs, p. 95 et suiv.

* Brantôme, Les duels, p. 190. Ailleurs (p. 94), il parle des en- i nemis de du Guast, qui « n'approu voient point ces façons de meurtres et l'ont voulu taxer qu'il n'étoit point propre pour les appels et pourquoi il ne s'en aidoit. ^} ' '

* Toscane, t. IV, p. 676.

Desj. s, m. , 10 .

146 LIvnE II. — CIMPITKE I.

BuEsy fl'Amboisf! o pour la gluire seule de compm à sa dame. " ' Le mal s'accroissail encore par l'habi tudi- de comballrc à deux contre deux, à trois contr trois ; ' la querelle de deux personnes coûtait parfoi la vie à quatre ou cinq. On voyait les frères mêm« se provoquer; ' il y avait des pères qui voulaient ser vtr de témoins à leurs fUs. *

catholïrjue e les praleslan

Le duel avait été condamné de tout temps pa l'Eglise catholique : ' le concile de Trente confirns l'antique doctrine dans les termes les plus éncrg ques.' Les prolestans ne montrëreut pas moins ^ sévérité : « Il ne sa peut rien faire aux actions notre vie, dit Bouillon, ^ de plus injuiite envers Dio ni qui doive tant offenser les souverains que tels cob bats, auxquels nous nous faisons meurtriers de dû ennemis oiide nous, et bien souvent de tous d

ae, l. IX, p. 398. Cf. t. VI, p. iU, 177, 187,

' Toscane, t. IV, p. 1G4 et 165. — H. Cauchy. p. 131. - V. le fameux duel de Caylus et Knlreguet dans Branlante, op. cit., p> T4.~ Celle tiabîlude ne semble pus avoinlurétrèB-longtemps; en 1575 elle n'existait pas encore : h En ce t«mp8-là, les Eeconds d« se baltoient point (Beaumis-Nangis, p. tS). »

' Lee ducs de Guise el de Mayenne furent sur le point de s* battre (De Thou, Hùt., liv. XCIII, t. X, p. 442).

' M. Jouberl, op. cit., p. 114.

' Brantôme, p. 140, cherche sans succès à prouver le co'l traire.

• Setsio XXV, cap. |9 : Movomixckta pœnis gravimmis jr* miw,

nous disposons de nos vies, qui ne nous sont libres, dépendantes des commandemens de nos souverains pour les employer à la défense de notre patrie et do ses querelles ; la seule fantaisie fait roffense, et, souoiettant notre honneur à pouvoir être blessé par la seule imagination de moi ou d'autrui, et, pour les réparer, nous allons offenser Dieu grièvement, notre prince, mettre notre honneur au hasard; n'étant les armes décisives pour celui qui a la meilleur cause, les événemens arrivant souvent au contraire, nous hasardons notre vie et notre bien... » En 1582, J.-x\. de Thou ' dînait à Montpellier avec le prince de Condé : (( On parla pendant le repas de la manie détestable des duels, qui s'étoit répandue partout. Isaac de Vaudrai-Mouy, qui s'y trouva avec d'autres gens de qualité, voulut l'excuser sur la nécessité de défendre son honneur, qu'un véritable gentilhomme est obligé de préférer à sa propre vie. Là-dessus, le prince, prenant la parole, lui répondit, avec un air d'autorité <iui convenoit à son rang, que c'étoit à tort que la no- Uesse faisoit consister son honneur dans ces sortes de combats ; qu'ils étoient absolument contraires aux -^T'^ï I commandemens de la loi divine ; que nous étions oWigés de rapporter toutes nos pensées et toutes nos actions à la gloire de Dieu et non à la nôtre ; que ^otre salut dépendoit uniquement de l'observation de ^®s préceptes ; qu'il n'étoit permis de se servir de

' Mew., liv. II, p. 605.

148 LIVRE 11. i:riAPlTRE I.

l'épée que par Tordre du prince pour la défense delà' patrie ou pnur celte de sa vie. » Un ministre protestant assislail au repas; interpellé par le prince, il répondit qu'on ne pouvait se battre en duel sans risquer son salut : i Apprenez de moi, reprît le prince, que vous devez vous désabuser une bonne fois de cette erreur chimérique où vous êtes sur ce chapitre; je vous réponds là-dcssu.s de votre honneur, et je m'offre volontiers d'en être la caution, »

Le plus souvent la foi religieuse n'empêchait pa< de se battre ; elle se manifestait seulement dans le prières qu'on adressait à Dieu pour lui demander t^ favoriser un acte défendu par lui-même. En 1312, u due! eut Heu k Ferrare entre deux Espagnols ; 1'^ avait accusé l'autri; d'avoir voulu le faire tuer en tc-a liison et le second avait répondu par un démenti ; It combat, autorisé par Gaston de Foix, fut entouré de la plus grande soleimité : « Tous deux se jetèrenf à genoux, pour faire leurs oraisons à Dieu. » ' — « Vf* antre abus y avoit-il, dit Brantôme, ' que ceux qaî avoient un juste sujet de querelle et qu'on les faisoî* jurer avant d'entrer au camp, pensoient être aussitf^ I vainqueurs, voire s'en assuroient-ils du tout, raém^ que leurs confesseurs, parrains et confidents leur e*^ répondoient tout à fait, comme si Dieu leur en ei^ donné une patente^ et, ne regardant pas à d'autre?

' Le Loyal serviteur, cli. XLVII. lùme, p, 22, » P. 53.

r ce combat Bra-"«

feutes passées, et que Dieu en garde la punition à ce coup-là, par conséquent, plus grande, dépiteuse et exemplaire. » D'Aubigné, un jour où il devait se battre, « se leva de grand matin, pria Dieu dévotement. » *

Les prédicateurs de la Ligue allèrent jusqu'à faire Téloge des ligueurs qui tuaient leurs adversaires, même dans les duels les moins justifiés. *

Le pouvoir civil n'était pas aussi ferme que le pou- Le duel voir religieux dans sa doctrine et dans sa conduite, pouvoir civil, Il ne défend pas en principe de se battre, mais il faut qn'on obtienne la permission du Roi ou de celui qui le Permission représente,par exemple du général qui commande son pour se battre armée, nous venons de le voir, et, une fois la permission donnée, elle doit produire toutes ses conséquences: « La duchesse de Ferrare, ' avec laquelle étoit le duc de Nemours, le prioit à jointes mains qu'il les fit départir. H répondit : Madame, je le voudrois bien pour Tamour de vous, mais honnêtement je ne puis

^ M. Labitle, op, dt,, p. 132. — Tous cependant n'oublièrent Pî^s les lois de l'Eglise, M. Labitte(z^., note 4), cite un discours Pi'ononcé à Reims : « Vous savez où le monde en est aujourd'hui, principalement la plupart de la noblesse, laquelle estime le point ^'bonneur consister en cela de ne souffrir aucune parole injurieuse ^f pour un démenti faire mourir un homme corporellement et spiï'ituellement.»

^ Lucrèce Borgia.

en duel.

î!)0 r.lVRR IT. — CITAPITRE I.

ni na dois prier le vainquear contre la rai^son. ^ H«nrî n autorisa le célèbre duel de Jarnac et '* Chfltaigneraio, à la suite d'un démonti donné par '" second au premier, « affront qui, selon notre manife ^^ de penser, exige un combat el ne peut se lavor qi—*'' par le sang.... Le Roi fut si sensible à cet événeme^f^'- (la mort de Châtaigneraie), auquel il ne s'attende^ i' pas, qu'il fit serment de ne permettre aucun duel * l'avenir. Bien des gens ont observé que la fin tragiqi— ^iG de ce règne répondit aux funestes présages sous le= quels il avoit commencé ; carie Roi, qui, contre les la de son devoir, avoit permis un combat sérieux et sia. glant. Fut lue daas un combat de plaisir, au mili^ des réjouissances publiques. »' Henri II se promit de n'autoriser plus aucun duel, mais colle promesse qu 'il se faisait à lui-même ne liait pas ses successeurs, Uenri III permît à Bussy el à Caylus de se battre. ' L* a dernière autorisation de ce genre fut donnée au pèi-* du connétable de Luynes. * Les cas où la permission pouvait s'obtenir étaiei

' Le Loyal servitetir, l. cit. Le duc de Nemours aurait pu faiK- ce que Faisaient quelquefois les rois ; V. Brnntâme, p. 2fi, ^^^^ Cauchy, p. 107. Brantôrae, d'ailleurs, trouve la conduite du de Nemours conrorme aux 4 aucieiis articles île la loi sur li

' De Thou, Ilist., liv. III, t. I, p. 198. La .louleur de Henri ' devait être d'autant plus vive que, en autorisauLce duel, ils'él écarté de l'exemple de son père, qui l'avait dèfeadu.

' Toscane, t. IV, p. (41. Il est vrai qu'il retira la permisaiC el ordonna aux deux riviux de se récoQcilier (M. Joubert, o cU.,eh. IX).

' V. M. Cousin. M"' de Ckevreu^e, ch. I, p. 26.

réglés, au moins par l'usage : « L'ordonnance de

t^^rauce est telle que, qui va chercher combat hors le

**oyaume sans le congé du Roi, il y va de la vie et de

^ous ses biens, car il n'y a que deux sortes de com-

t^atsque le Roi veuille permettre, qui est le crime de

A^se-majesté et pour l'honneur des dames. » «

Il y avait une obligation spéciale pour les cheva-

i îers de l'ordre; «Par les chapitres de l'ordre du Roi,

X ^s chevaliers dudit ordre ne peuvent envoyer ni ac-

^i^epter cartel ni combat l'un contre l'autre sans le

^3ongé de leur supérieur, qui est le Roi ». *

C'était un droit régalien que d'accorder la permission, et il n'était pas sage de l'usurper quand le Roi était sur les lieux. Sous le règne de Henri m, Sully ayant ménagé k deux gentilshommes huguenots le moyen de se battre, le roi de Navarre, irrité, le menaça « de lui faire trancher la tête pour avoir fait, comme il disoit, une action qui trancboit du souverain. Vous répliqu&tes, continuent les secrétaires de Sully, s'adressant à lui-même, comme chacun le publioit, un peu bien haut, disant que vous n* étiez ni son sujet ni son vassal, que vous l'étiez venu servir de pure affection que vous lui portiez h vos dépens, pour acquérir de la gloire et de l'honneur, et non pour y jerdre la vie honteusement, comme il vous en me- ^ciçoit. » ^

* Fleuranges, ch. LVI.— Sur le caractère, les eonditione et les ^c>rmes de la permission royale, V. M. Cauchy, p. 101 etsuiv. ' Du Bellay, liv. VIII, p. 676. ^ Brantôme, op. cit., p. 806. ' Sully, op. cit., Ch.XIII, p. 29.

Celui qui provoquait un étranger devait s'adresser d'abord au souverain de celui-ci pour faire autoriser le duel. '

Le gentilhomme qui était attaché au service d'un prince devait, pour se battre, obtenir le consentement de son maître. '

Peut-être ne se borna-t-on pas toujours à donner la permission quand elle était sollicitée; le combat fut quelquefois imposé. En 1338, il y avait une querelle entre quatre gentilshommes du Berry : « Pour en connoître la vérité et savoir qui étoient £ai accusateurs, fut ordonné qu'ils combattroient cizzi champ-clos. L'occasion qui mut le Roi de leur donner le combat fut que tous lestrois accusateurs n'étoien* à la bataille, mais en leurs maisons à leur aise, poui — quoi il leur étoitmal aisé de connoître qui avait fui.»

Le concile de Trente, voulant empêcher les duels, ne se borna pas à condamner les combattans euxmêmes. Il prononça les peines les plus sévères con-

* L'évêque de Tarbes et CaEtillon avertissent François I, dans une dépêche du 21 mars 1538, qu'un Doug-las doit solliciter une autorisation de ce ti^nre (Cnrres'pmdance politique de MM. de Castillon et de Marilliw, publiée par M. Jean Kaulek, avec la. coUatMralion de MM. Louis Forges et Germain Lefèvre-Pontalis, Inven' taire analytique du ministère des affaires étrangères, p. 30). — En 1594, une lettre du duc de Feria à Philippe II ayant été surprise et publiée, Mayenne écrivit i qu'il lui feroit de l'honnear qu'il n'aroit point mérité, qui seroit de le faire mentir avec les armes de sa personne k la sienne, te qu'il supplioit humblement S, M. C. lui accorder (P. Cayet, CÂr. nov., liv. VI, p. 6S0. — Cf. ib., p. 688)., ..

' M. Joubert, op. cit., p. iH, 139 et suiv.

» Du Bellay, liv. VIll, p. 690.

tre tous les seigneurs temporels, empereurs, rois, ducs, princes, marquis, comtes ou tous autres qvai accorderaient un lieu quelconque de leurs domaines pour un combat singulier.

En ffénéral, nos rois furent loin de favoriser le . , Efforts

" ' des rois ]

duel. * Ils n'accordaient que très rarement les per- empêchj

- . . . . ^ le duel

missions sollicitées, et Ton doit avouer que le nombre des combats augmenta, quand le refus, devenu systématique, décida les gentilshommes à ne demander plus d'autorisation ; * d'expresses défenses étaient faîtes à ceux dont les inleijtions étaient suspectes ; ^ enfin, conformément aux vœux des Etats-généraux, * de sévères ordonnances furent rendues. ^ Il était malheureusement difficile de les faire observer; en 1572,

' D'Aubigné les calomnie, quand il les accuse d y avoir poussé : Nos savans apprentis du faux Machiavel Ont semé parmi nous la peste du duel, * Et de peur qu*en la paix la seconde noblesse De son nombre d*enfants ne refrène et ne blesse La tyrannie, un jour, qu'ignorante elle suit, Misérable support du joug qui la détruit. Le prince en son repas par louanges et blâmes Met la gloire aux duels, en allume les âmes. . . ^ (Tragiques, Misères, p. 60).

^ ^. Cauchy, op. ciL, p. 117.

. Il est vrai que parfois des défenses de ce genre étaient inspir^^g parle seul désir de protéger un favori : « Le roi se douta "^^^ que cette disgrâce (subie par Beauvais-Nangis) apporteroit ""? querelle au duc d'Epernon ; c'est pourquoi il dit tout haut que fj^Jo^nque lui apporteroit parole de la part de Beauvais-Nangis, ' J^^î leroit trancher la tête (Beauvais-Nangis, p. 31).» ^ M. Picot, op. cit., p. 197 et suiv.

** ^. Cauchy, op, où,, Sixième époque, ch. I à III, — «Quanta ^^^.rerQiHgnpj iij^ dit Brantôme (op, oit,, p. 139), je sais bien

154 LIVBK II. — CHAPITRE I.

d'Aubigné blossa au visage i< un archor qui le voiiiot arrêter servant de second à un sien ami dans uc duel ; Il ce fail le contraignit seulement à partii aussitôt de Paris. ' Ceux qui devaient se baltrt avaient besoin de couvrir leur intention de quel que secret, au moins k certains mumens; quand li jeune Biron et le prince de Carency eurent échangi leurs cartels, « rien ne transpira de leur dessein; le est le déplorable usage dos François, qui pronnen celte précaution de peur que le prince, informé deleu projet, non empêche l'exécution. Et tous s'imaginer leur honneur intéressé, s'ils ne gardoient pas e pareilles occasions un secret inviolable, u * Le tem^ n'était pas encore venu où le pouvoir royal aurait force de faire exécuter ce qu'il ordonnait. Il éta trop souvent réduit aux vœux et aux conseils ; à ] séance d'ouverture des Etats de Blois, en 1588, I garde des sceaux s'adressait à la noblesse pour « la remontrer l'hoiTCiir des duels et déHs dont ilsusoien ordinairement,' <>

En attendant que la répression devint certaine s

et plusieurs gens de foi toinme moi, combien de l'ois U en b fad'ordoimances et déferiees de n'en venir plus là ; car je i'aX vu la Cour la publier plus de cent Ibis, et bien souvent quand aucuc: y Qontrevenoient, il étcit ei bon qu'il ne les voulait faire punir la rigueur; car il uimait sa riobiesee. ..Au reste, jamaÎB quersL. n'est entrevenue en sa Cour qu'étant venue en sa notice qu'il * la fît aussitût accorder, l'ùt ou par lui, ou par les oltioieri dt ^

«DeThou, Hw/.,liv. LXXXV, t, IX, p. 503.

efficace, on recourait aux accommodera ens; les rois les souhaitaient souvent, les imposaient quelquefois ; les supérieurs militaires avaient assez de bon sens pour en comprendre l'avantage, mais ceux-là seuls pouvaient les faire accepter, dont Tautorité et la ifavoure étaient incontestables. Le maréchal de Vieilleville, de retour dans ses terres, « appointa plus ^6 dix querelles entre braves et vaillans gentilshom- "^es et capitaines pour le point d'honneur . »* Le duc François de Guise « étoitle capitaine du monde qui ^^tendoit mieux les querelles et les pointillés, et qui s^Voit les mieux vider et démêler... J'ai vu ce seigneur discourir des querelles et des satisfactions, "^leux que j'ai jamais vu faire à seigneur ni à capi- ^^ixie, si bien que ses leçons eussent servi aux plus grands capitaines ; il ne se plaisoit nullement d'offens^r personne, ou, si sans penser il Toffensoit, il le ^^ntenloit, car il en savoit très bien la manière. - I^' exemple était encore plus méritoire que le conseil ou Tordre. ^

* Carloix, liv. III, eh. XVIll.

* Brantôme, M de Guise le Grand, t. IV, p. 269.

^ Au dix-septième siècle, on retrouve les accommodemens, ^prtime on retrouve les duels. M. Cauchyconsacre un chapitre (troisième époque, ch. IV, p. 150) à exposer combien Henri IV ex- ^^Uait dans l'art d'accommoder les querelles d'honneur. En 1611, ^près une affaire, Marie de Médicisfît venir les deux adversaires dans son cabinet et leur fît « un exprès commandement de ne s en ressentir jamais, ce que je lui promis, ajoute Beauvais-Nan- ?is (p. 119)^ mais je Tavois déjà promis à Dieu, croyant partir de ^^ monde. » Le grand Gondé, tout jeune encore, fit en Bourgogne *e nombreux accommodemens (M. le duc d'Aumale, op. cU, , t, III,

Cnriicti^i'C particulier <lu

entre cliofa d'arme et O princes

Le duel prenait un caraclùre parllcQlier, il redeve iiail, à proprement parler, un combat singulier e comme Tépisode momentané d'une guerre véritable quand il avait lieu ou <{uand il était proposé entre les princes ou les champions de nations distinctes, entn ennemis ou au milieu des négociations diplomatiques souvent pour terminer la guerre, étrangère ou civile. En 1621, la capitulation de Cftme n'ayant pas él. observée, Vandenesse, autorisé par Lautrec, envo' un cartel au marquis do Pescaire, qui en renvoya un! Vandenesse mourut avant que la querelle fût vidée. En 1328, les bérauts français et anglais, Guyenoc^^a et Clarence, lancèrent un défi à l'empereur de lapa.rC^ des rois leurs maîtres ; l'empereur y répondit el-^^

p. 366). En 16i9, Monsieur s'appliqua soigneusement aus moyens d'accommoder la querelle du duc deBeaufort, de Candiile et des autres oITensês. Les premières propositions qui se firent sur celte alTaire furent de permettre le combat selon l'ancien usage entre le duc de Beaufort et quelques autres braves de ce parU frondeur, et le duc de CandaJe-Bo urre ville. .. ; mais taReine, ayant horreur d'une telle chose, comme tout-à-fait contraire au christianisme, pria Monsieur de pirendre le parti de l'accommodeiuenl et d'épargner, comme ch rélien, tant de braves gens qui pourroient servir le Roi en de bonnes occasions (Mme de Motte/ille, t. III, p. 30i). » — " J'avoue que .j'ai toujours été pour la conconle, dit Mme de la Guedte {kémoires) et que je n'ai pas seu — lement moyennÉ des acconrimoHemens entre des paysans, maiss aussi entre des gentilshommes qui avoienl lieu de &e couper la^ gorge. ..

' V. Brantôme, DUcours, p. 20, 30, 193.

• Du Bellay, liv. Il, p. 361. — Brantûme, Dincourx, p. 171,

assigna au roi de France le combat sur les bords de la. Bidassoa ; * les rôles étaient renversés en 1536, et c'était Charles-Quint qui offrait à François I" de choisir entre la paix à des conditions déterminées, un duel ou la guerre. * En 1541, le marquis du Guast adressa à la diète de Ratisbonne un mémoire où il se justifiait d'avoir fait tuer des ambassadeurs français : « Si aucun chevalier mon pareil me veut dételle chose imputer, disait-il, et me veuille prouver son intention a.vec les armes, je défendrai qu'il dit le faux et qu'au- ^SLXïi de fois il aura dit le faux, quantes fois il m'aura Aonné ou donnera telle imputation. »

C'est naturellement aux «fentilshommes et auxffens Combats

<^ C3 guerre qu'est réservé le duel proprement dit, mais du peu

^^^ même esprit qui leur met les armes à la main se

*^«pand dans toutes les classes. Claude Haton termine

^ ^^ tableau de l'immoralité générale en disant : « Et,

l?arce que la guerre des princes tardoit trop à se met-

^ï'esus en ce pays, les hommes la faisoîent les uns

^ux autres, c'est-à-dire que souvent es* assemblées

publiques, comme aux fêtes de villes et villages et fê-

*6s de noces, les plus orgueilleux s'entrebattoient les

^^^ aux autreâ et s'entretuoient, parce qu'il n'étoit

'^^^ de bonne mère pour ce temps celui qui ne portoit

M. Décrue, op, cit., p. 104.

Du Bellay, liv. V,p. 527.

Mb.,]iY. IX, p. 702.

point d*épée et dague, et ne se passoit fête que quelqu'un ne fût tué ou bien battu. Et si le plus souvent à telles noises yétoient des premiers les prêtres, Tépée au poing, car ils étoient les premiers aux danses, jeux de quilles, d'escrime, êtes tavernes où ils ribloient et par les rues toute nuit autant que les plus mé* chans du pays. » *

» P. 17 et 18. -^ V. M. Picot, op, cit., p. 196,

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