‹ Les sentiments moraux au XVIe siècleChapitre 19 sur 36 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Les mœurs ne sont pas bonnes au seizième siècle,

^^ moins dans les parties de la population qui attirent

^ attention générale et sur lesquelles Thistoire fixe

^ siutant plus volontiers sa curiosité que là seulement

^Ue peut la satisfaire. C*est surtout d'après ces par-

^^^s qu'on juge les nations; on n'a pas tout à fait tort,

^^i" leur exemple a une singulière puissance et tôt ou

^^ï'd on les imite, alors même qu'on a cominencé

P^r les blâmer.

Une liaison irrégulière paraît trop naturelle pour Les iiais< qu'on la juge coupable ; on ne se contente même pas ^ ^" * ' toujours de l'excuser ; on conseille, sinon aux femmes, du moins aux hommes, d'en former une ; c'était François P'qui passait pour avoir désiré qu'une passion vînt éveiller l'âme de son fils Henri, depuis longtemps déjà marié à Catherine de Médicis, et Diane de Poitiers se chargea de réaliser oe désir ; de même Charles IX fréquentait c une fort belle, ^age et

IfiO

, dans- 1

^^^^^ honnête demoiselle, qu il servil à tous Ici 1

^^M Gt rcspecis qu'il étoit possible, plus, disoit-il, pour fa-

^^H ' Qonuer et enlretcnii' sa grAce que pour autre chose,

^^H n'étant rien, dîsoit-îl, qui fai;.oniiàt mieux un jeune

^^H homme que l'amour logée en un beau et noble sujet.»'

^^B On est égalemenl surpris et de cette manière d'cn-

^^P tondre le complément de l'éducation et des louangcsii

^^H que reçoivent les personnes chargées de rendre aus

^^B jeunes priucQs cet étrange service.

^^H On avait en, il faut le dire, plus de scrupulei

^^H la maison d'Autrichti on tenait, au contraire, à y m»

^^H rier les jeunes princes pour les préserver du n

^^H Charles-Quint, après avoir été lui-même l'objet de c

^^H attention vigilante, ^ se laissa détourner de l'idée qu~

^^H avait conçue de contraindre son frère Ferdinand ac

^^H célibat par la craint» que son confesseur lui inspîi

^^M de pousser celui-ci au péché, ° et, tout en exprimant,

^^Ê dans ses dispositions testamentaires, le vœu que son

^^B fils naturel Jérôme, depuis l'illustre don Juan, entrât

^H en religion, il prit grand soin d'ajouter que le con-

^^ sentement de l'enfant devait être libre. '

Le marineo Le mariage ne l'emporte pas toujours, quand il est

respecU'. en lutlc avec la passion, qui s'excuse comme le penchant ou qui s'impose comme l'ordre de la nature. Sans doute, il y avait dos maris fidèles ; il y avait des

' Brantùme, Le roi Charles 1X-; t. V, p, 27'4. ' France et Autriclte, t. II, p. 503.

» Granvelle, t. IV, p.383. » !&., p. i96 et 497.

fcnnmes chastes ; celles-ci, selon toute apparence è^B.ient plus nombreuses que ceux-là ; citons cepenia.ut le connétable de Bourbon, qui « sr vécu honnê- ^^nient et chastement en mariage, encore que Madame sa femme ne fût de celles où Ton peut prendre l^eaucoup de plaisir, mais au demeurant bonne, sage ^^ vertueuse. »* Tout le monde sait qu'on n'en pou- ^^it dire autant de Henri IV, et il ne faut pas trop ®>^cuser ses infidélités envers sa première femme par ^^s torts de celle-ci; il lui faisait des confidences et ^l lui demandait des services d'une si étrange nature, ^u moins à l'en croire elle-même, qu'il n'avait pas le ^ï'oît de se plaindre, si elle oubliait parfois le respect ^^ujours dû à la foi conjugale.'

Les maris ne prenaient pas tous de la même ma- ^^hve les atteintes portées à leur honneur. Il y en avait ie jaloux, comme M. de Chateaubriant ; leur patience lassée pouvait les entraîner jusqu'au meurtre ; mais leur vengeance n'obtenait pas une approbation unanime. ' D'autres acceptaient le partage, y poussaient même, par différents motifs. '

Les personnes qui contractent des liaisons coupa- Motifs d Mes obéissent à des sentimens diiférens. La plupart, irréguiiè

* Marillac, p. 138.

« V. not. Marguerite, liv. III, p. 561 et 562.

' L'Arioste condamne ceux qui t'ont couler le sang dans le lit nuptial ; il trouve que c'est un crime contre la nature et une rébellion contre Dieu que de déchirer le visage ou d*arracher les cheveux d'une belle femme {Orl. fur,, ch. V, st. 3).

* Brantôme, t. IX. Sur les Dames qui font V amour,,,,, passim,

sans doute, cèdent k la passion, cl la passioa èire foudroyante, ' ou h l'attrail du plaisir, el y cbdeiil d'autant plus Faciloment quo d'innombrables exemples les y eng-agent, semblent en quelque sorte les y autoriser. Mais il y en a qui donnent ou à qui l'on peut imputer d'autrL^s niolifs. C'est un trait particulier an seizième siècle que d'entendre certaines femmes parler de charité à ce propos, c'est <( une plaisante opinion qu'nnt aucunes femmes, c'est à savoii qu'il n'y a rien plus beau, ni plus licite, ni plus recommandable que la charité, disant qu'elle ne s'êtcn< pas seulement k donner aux pauvres qui ont besoi jj (Vètre secourus et assistés des biens et moyens d& riches, mais aussi d'aider à éteindre le feu aux pauvres amans langoureux que l'on voit brûler d'un feu d'amour ardent : car, disent-elles, quelle chose peutil être plus charitable que de rendre la vie à un que l'on voit se mourir, et rafraîchir du tout celui que l'on voit se brfller?»' Voilà une raison qui ne trompe pas beaucoup de monde ; il est peu probable que celles qui la donneuL en soient les dupes ; Brantôme

' !lotice sur Claude Itabet, poile chartrain du seizième siècle, par M. E. ite Lépinoîs. r.harlres, 1861, p. ji,

« D'où \-ienl qu'en, an seul jour, voire ea un seul motaenl^ Od vit naitre en noUB deux si parl'aite alliance, Vu qu'ensemble n'avions jamais l'ait deuieurance. Ni l'un l'autre connus oncques au précédent ? Ce qui causa, je crois, en nous si promplemenl Telle amitié, ce l'ut qu'avant notre naissance Nos esprits qui s'étoient vus eurent souven De s'être aimés au ciel ainsi parlaitemeat I * Brantame, t. IX, l. cit., p. 158.

l^i-mème s'en moque. Il approuve en revanche les fernmes qui ont sacrifié leur honneur pour le salut i^un père ou d'un mari. * La vanité en a fait succomt>er d'autres : « certes les faveurs et bienfaits des grands ébranlent fort un cœur chaste. » ' Les bienfa. ils sont puissants ; ils ne paraissent pas, au seizième siècle, déshonorer celles qui les reçoivent. Bien plus, ^e sont quelquefois les hommes qui recherchent ou ^out au moins qui acceptent le prix de leur amour, ' ^t cela sans le moindre embarras, témoin le premier ^ondé, recevant, entre autres présents, la terre de ^allery de la maréchale de Saint- André. * La tendres- ^6 des femmes est un moyen d'arriver, soit à la fortune, soit aux honneurs, et Ton trouve un grand avantage à être le favori d'une favorite^ *

Tout dispose les femmes à succomber, dans les plus hauts rangs comme dans les derniers ; les progrès mêmes que fait la politesse tournent contre la vertu : « Quant à nos belles Françoises, on les a

« Id., ib., p. 103.

« R, ib,, p. 102.

^ Id., ib.f p. 106 et suiv.

^ Au siècle suivant, le duc de Chevreuse gagna beaucoup « avec la maréchale de Fervaques. Cette dame étoit veuve, sans enfans, et riche de deux cent miUe écus. M. de Chevreuse fit semblant de la vouloir épouser ; elle en devint amoureuse sur cette espérance, car c' étoit une honnête femme, et s'en laissa tellement empaumer qu'elle lui donnoit, tantôt une chose, tantôt une autre, et enfin elle le fit son héritier (Tallemant des Beaux, Le connétable de Luynes, t. I, p. 245). «

« V. Toscane, t. III, p. 144.

164 LIVIIE H. — CHAPITRE II. «

vues le temps passé fort grossiî^ros ; mais, depuis cin — ^ quante ans en çà, elles ont emprunté et appris de^si aulres nations tant de gentillesses, de mignardises,^ i d'attraits et de vertus, d'habits, de belles grAces, las — j civetés, où d'elles-mêmes se sont si bien étudiées tâS se façonner, que maintenant il faut dire qu'elles sur- "g passent toutes les autres en toutes façons... De plii^^ celte belle liberté françoise, qui est plus à estimtH^ que tout, rend bien nos dames plus désirables, acn^j costables, aimables et plus passables que toutes 1^^^ autres. »' |

Faut-il s'étonner, malgré les plaintes de l'Ariost^ ^ qu'on ne montre plus aux femmes la confiance d» ni elles étaient si dignes aux temps fabuleux ou Rolan -^j fut abandonné par l'une d'elles, qu'on n'aime plus .^ iser voyager seules par monts et par vaux, ^t travers les contrées étrangères, pour les recevoir â*>i leur retour, toujours aussi belles et toujours aussi pures, sans concevoir le moindre soupçon?

On a beaucoup accusé Catherine de Médicis d'avoir facilement exposé l'Iionneur des filles qui formaient sa maison dans l'intérêt de ses desseins politiques. Ces accusations sont-elles fondées? Ce qui est certain, c'est que, en général, Catherine faisait régner autour d'elle un ordre sévère ; ' elle veillait sur la

1 BranlAme, t. cit., p. 192.

' OH. fur., eh. XXXI, st. 61.

' V. M, le comte de la Perrière, Revue des Deux-Mondes, Isr

, One cause célèbre au seizième siècle. — Françoise He

conduite des personnes qui Tentouraient, punissant les coupables, mais aussi protégeant les innocentes contre les mauvais bruits et contre les sots propos. iVf ais elle se trouva souvent dans de si grands embarras et elle était si habituée à faire céder ses scrupules devant la nécessité qu'il serait téméraire de la représenter comme n'ayant jamais employé, pour arriver à ses fins des moyens qui n'étaient honorables pour personne. *

Amoup

L'honnêteté pouvait se concilier avec la tendresse. honnête, Fayard retrouva à Carignan une dame qu^il avait Connue quand elle était jeune fille ; ils s'étaient alors pris d'amour l'un pour l'autre, « voire si grande, gardant toute honnêteté, » qu'ils auraient voulu se marier; quand ils se rencontrèrent de nouveau, ils rappelèrent le sentiment qu'ils avaient éprouvé : « Je suis tout assuré, disait le chevalier à sa belle, que je n en aurai jamais que la bouche et les mains, car de vous requérir d'autre chose, je perdrois ma peine ; aussi, sur mon âme, j'aimerois mieux mourir que de vous presser de déshonneur. « Il lui demanda et obtint d'elle un manchon. Le mari, « qui connoissoit la grande honnêteté du bon chevalier, » n'avait aucune jalousie. L'amour ainsi entendu ne cessa qu'a-

* V. Cl. Haton, p. 239.

L'immoraltti' dans la lilléi'ature.

166 Livni: ii. — chapitre ir,

vec la mort. ' Ce n'élail pas qite tn bon chevalier se réduisit toujours au pur amour; mais il portail de la délicatesse jusque dans l'autre, plein de respect pour

la noblesse et pour l'innocence. *

La littérature exprimait et entretenait la corruption générale. Ce n'était pas sans raison que les prolestans accusaient les chansons, que l'évêque de Valence disait à l'assemblée de Fontainebleau : » f^ vous, mesdames les Reine.s, pardoune/.-moi, s'il von. j platt, ai j'ose entreprendre vous supplier qu'il vous plaise ordonner que, au lieu de chansons folles, vos lillcs et votre suite ne cliantent que les psaumes de • David elles chansons spirituelles qui contiennent louanges de Dieu. » ^ Il ne faut pas trop couvrir du nom indulgent de vieille gaieté gauloise les obscénités qui remplissent tant de livres du seizième siècle; si Rabelais les rackèle en partie par son prodigieux esprit, Brantôme par sa bonhomie, queresle-t-il pour les compenser, dans le Moyen de parvenir f Les poètes sont moins dangereux encore par les détails oJl il ne leur déplaît pas de s'arrêter que par les conseils qu'ils renouvellent sous toutes les formes de

' Lu Loyal senileitr, cli. XIII.

» !b., eh. LV.

= De la Place, liv. 111, p. 56.

s'abandonner à l'amour, par le plaidoyer qu'ils reproduisent sans cesse en faveur de celles qui ont failli et de ceux qui les ont entraînés.

La corruption, si elle ne diminue pas, devient, à G^rtains égards, moins grossière : « Le moyen-âge admettait certains excès que le seizième siècle ne voulut plus tolérer. Il y avait à Dijon une maison dite des fillettes, qui était réparée, réglementée et protégée par la ville. L'ordonnance d'Orléans la supprima comme toutes' les maisons de ce genre. » * C'est ainsi que jusque vers le milieu du siècle il y eut des filles de joie à la suite de la cour ; c'est ainsi qu'il y en eut encore dans les deux siècles suivans à la suite des armées. L'ordonnance d'Orléans prescrivit la fermeture des maisons do débauche.*

L'immors

devicn

moins

grossiôi

La politesse avec les dames commence, pour ainsi dire, avec les Valois ; ils exigeaient qu'on montrât de la courtoisie, quand elles étaient présentes^ de la discrétion, quand elles étaient absentes.

« Le roi François, qui a bien aimé les dames, et

< M. A. Babeau, La Ville, 2e éd., t. I, p. 335. Il y en avait aussi une à Limoges, en 1531 (t7»., note 2).

« Art. 101. V. M. Picot, op. cit., t. II, p. 204 et la note 2.

Devoirs

envers 1

femmes

168 LIVHE 11. CIIAPITBK II,

encore qu'il eût opinion qu'elles fussenl fort incooBtantes et variables, ne voulut point qu'on en médtt à sa cour et voulut qu'on leur portât un grand honneur et respect. > Un gentilhomme se pe,rmitune mauvaise plaisanterie : a Les dames le surent, qui s'en plaignirent aussitôt au Roi, qui vntra en .si grande colère qu'à l'instant il commanda aux archers de lagarde de son hôtel de l'aller prendre et pendre sans aucun délai. Par cas ce pauvre gentilhomme en sut le venb par quelqu'un de ses amis, qui évada et se sauva bravement : que s'il eût été pris, pour le sûr il éloit pendu, encore qu'il fût gentilhomme de bonne part, tant on vit le Roi cette fois en colère', ni faire plus de jurement. Je liens ce compte d'une personne d'honneur qui y étoit, et alors le Roidit tout haut qnequiconque toucheroit à l'honneur des dames, sans rémission il seroit pendn. » '

François I" fut forcé de donner une leçon à Henri Vin ; celui-ci eut à un certain moment l'idée de contracter en France rni de ses nombreux mariages ; ses agens lui indiquaient un certain nombre de jeunes veuves ou déjeunes filles, appartenant au sang royal ou à des maisons princières ; le roi d'Angleterre vouioit qu'on les lui envoyât pour qu'il pût voir do SCS propres yeux avant de lixer son choix ; le procédé paraissait fort peu délicat au roi de France : « U

' Brantôme, Vies des Dames, Discours sur ce qu'il ne favm jamais parler mal des dames et de lu conséquence qui en m'cnfi

^^ veut pas, écrivait Henri VIII, tant faire pour moi

ÇUe d'envoyer les dames... jusques à Calais avec la

''^îne de Navarre. » On cherchait un moyen terme.

G^stillon proposait à François P' de faire dire qu'il

^^ trouverait à Amiens avec la Reine et les dames

^< pour lui faire bonne chère (à Henri VHI), et là il

^rxpourravoir tant il lui plaira, et sera gardée, sous

l'ombre de votre entrevue, Thonnêteté de lui pouvoir

entrer les dames... » On pouvait aussi envoyer à

ondres « les portraits de mesdemoiselles de Vendô-

e et de la jeune de Guise. » Tout cela ne suffisait

s à Henri VH! : « De lui mener par là, comme il

amande, demoiselles à choisir et les faire promener

rla montre, ce ne sont point haquenées à vendre et

y a aucune apparence que cela se doive faire, » écri-

it le connétable. * Henri VIE, peut-être lassé par

'-^ s refus de la cour de France, se tourna d'un autre

^ôté ; ce ne fut pas une princesse française qui fut

appelée à porter cette dangereuse couronne , tombée

^^jà de plusieurs fronts.

Henri U « a été fort respectueux aux dames ; »

il les « servoit avec de grands jrespects ; » il « dé-

Vesloit fort les calomniateurs deThonneur des dames :

^l, lorsqu'un roi sert de telles dames, de tel poids et

de telle complexion, malaisément la suite de la

* Correspondance politique de MM, de Castillon et de Marillac, p. 73 et suiv. — Cf. M. Décrue, Anne de Montmorency, p.

cour ose ouvrir la bouche pour en parler mal. » ' La gouverneur do Charles IX, Sipierre, t< qui étoit, ï mon gré et de chacun aussi, le plus lionnète et le plus gentil cavalier de son temps et le plus courtois et révérentiens aux dames, en apprit si bien la leçon awU Roi son mailre et disciple qu'il a été autant à l'endroiV des dames qu'aucuns rois ses prédécesseurs ; car ja— , mais et petit et grand, il n'a vu de dames, fûl-îl 1^ plus empêché du monde ailleurs, ou qu'il courût oitf qu'il s'arrëtflt, ou à pied ou à cheval, qu'aiissilAt 3 no la salu&t et lui At&t son bonnet fort révérencieuse ment. » *

Ainsi se formait dans nos princes la tradition qu'ils suivirent lidèlemenl 'cl dont Louis XIV devait f'tro le plus parfait modèle.

Les gentilshommes, n la suite de la cour, » comma dit Brantôme, suivaient l'exemple qui leur était donné. Le galant écrivain en cite un qui ne voulut jamais nommer sa maîtresse à ses compagnons, h et pourtant, h part soi, maudit cent fois sa destinée, qui l'avoit là contraint du ne raconter, comme les autres.

' BranlOme, id., ib.

» H., ib.

' Le CyTM dit, en parlant du l'eu roi de Ptiènicie, c'est-&-dÎK de Henri IV : « Il avoit une civilité universelle pour tout le sexe, qui Taisoit qu'il en étoit généralement aimé, et qui, ayant passé de son espinL dans celui de sa cour, l'ait encore que tous les hoiii> mes qui ont vécu sous son règne ont une extrême vénération pour toutes les dames. 11 {M. Cousin, La Société française au dùc-septUni». sUcle, t. I, p. 287). ^

^^ bonne fortune, qui est plus gracieuse à dire que ^9. maie....» *

Mais il n'est pas très facile de manifester tant de l'espect pour les dames, quand on cherche par tous les moyens à leur faire perdre le droit qu'elles ont d'être respectées ; il n'est aisé ni d'obtenir la discrétion de ceux qui ont été favorisés ni d'imposer le silence aiix autres : « Nos cours de France, aucunes ou même dos dernières, ont été fort sujettes à blasonner de cos honnêtes dames ; et ai vu le temps qu'il n'étoit pas g'sdant homme qui ne controuvât quelque faux dire contre ces dames, ou bien qui n'en rapportât quelque v^x-aiià quoi il y a un très grand blâme, car on ne doit jamais offenser l'honneur des dames ; et surtout ^es grandes... -— Nos cours dernières de nos rois ^tJtété fort sujettes à ces médisances et passions, bien différentes à celles de tous nos autres rois leurs prédécesseurs, fors celle du roi Louis XI qui goûtoit beai^coup des histoires scandaleuses. » •

^ Op. cil, ' Id., ib.

Le besoin d'argent s'accroît sans cesse ; ' on ne sati rail s'en étonner, puisque les occasions de dépend semulliplîent chaque jour,

Le goût du luxG se répandit dans toute la société au seizième siècle. ' Laroyaulé en donna l'exemple, à partir de François P'. Celui-ci en fui bl&nié : « Mail quoi ! il faut qu'un roi suit grand el splendide ci tout, » ' Daillpurs la politique lui servit d'excusf plusd'une fois, par exemple, en 1519, quand il donni aux ambassadeurs d'Angleterre >< le plus beau feslli que Fleurange vit jamais ; et dura jusques au point du jour et y avoit plus de deux mille ûambeaus. » '

' Mais, France, on voit doubler dedans loi l'avarice ; j

Quand nature défaut, les vieillards ont ce vice. '

(D'Aubignè, Tragiques, I, Miiéreit, p. 48). I,

* V. M. Baudrillart, HUloire du luxe public el privé (tepvÊ^

l'antiquité jusqu'à nos jours, l. IIl, liv. IV, V et VI.

» Brantôme, Le grand roi François, t. III, p. i22.

!, eh. XLV.

LE BESOIN d'argent. 173

^ s'agissait aussi d'éblouir et de séduire Henri VIII, dans cette fameuse entrevue du camp du Drap d'or, où rimpulsîon donnée par le Roi fut si fidèlement suivie que « plusieurs y portèrent leurs moulins, leurs forêts et leurs prés sur leurs épaules.»* Henri II marcha sur les traces de son père. Mézeray semble injuste pour Catherine de Médicis, quand il prétend que « d'elle vint le luxe universel; »* il est certain toutefois, qu'elle avait des goûts artistiques, auxquels il n'était pas possible de donner satisfaction ^9.Ds dépenser beaucoup d'argent. La magnificence dépassa toutes les bornes sous Henri III, et il ne fal- ^^it plus invoquer la raison d'Etat pour la justifier, ^^r elle ne faisait qu'irriter le pays et scandaliser l'é- ^ï'anger ; on sait quel argent coûtait Tameuble- ^^ent des palais, ' ces fêtes qui se renouvelaient sans ^^sse et dont les plus déraisonnables furent celles auxquelles donna lieu le mariagedu duc de Joyeuse . * ûe temps en temps, de durs avertissemens étaient ^dressés au Roi ; les représentations des Etats-géné- ^^ux, qu'il fallait bien écouter, quand on avait besoin de leurs subsides, faisaient retrancher ou réduire certaines dépenses ; on subissait la nécessité ; Charles IX et Henri IH « entretinrent très mal Ieu.Ts tables, dit Brantôme, * et par boutades, car il

* J)u Bellay, liv. I,p.336.

* Mézeray, 1685, t. III. p. 744.

^ Toscawe, t. IV, p. 539.

t Jd. ib., p. 380, 400, 402, 406.

^ Brantôme, L cit.

Miliri

474 Livnc n. — cnAPiTBE m.

s'y fit sur leurs maisons gL mangeaillcs tant de retran- ' chcmens à cause des grands frais de la g-uerre ter- ^ rible qu'il lour falloit supporter; toutefois par boutades^ l'on y faisoit quelque bonne chère, car le plus souveul la marmite se roiivcrsoit, et quelquefois se rcdressoil au mieux qu'elle pouvoit, ce que demande fort l courtisan que d'avoir bouche k la cour et à l'arntée^ car quelque petit ordinaire qu'il leur faille tenir, leur débauche fort la bourse. "

Los grands seigneurs tenaient à honneur de dê--t ployer sur eux-mêmes et dans leurs maisons un fasle, qui, en donnant une baulc idée de leur puissance et de leur richesse, devait ajouter encore k leur importance. L'historien du connétable de Bourbon célèbre la magnificence que son héros étala en plusieurs circonstances, quand François I" lit son entrée à Paris, ' puis à Rouen, et lors des fêtes données pour la naissance du Dauphin. ^ Cn fut le maréchal do Saint-André qui introduisit « les grands luxes do table, rapporte Brantôme, 'etcertes.partrop excessifs, disoit-on, en friandises et délicatesses de viandes, tant de chairs que de poissons et autres friands mangers. )i II en était de même dans tous les pays, ce qui prouve qu'il ne faut pas trop accuser les rois de France d'avoir corrompu leurs principaux sujets par de funestes exemples. Rien n'égala le luxe

' Mariliac, p. 151.

» Brantùcne, iW. le maréchal de Saint-André, t. V, p. 30.

LE BESOIN d'argent. 175

^vec lequel le duc de Médina-Sidonia reçut la prin- ^6sse du Portugal à Badajoz en 1543.* 11 n'y avait pas de souverain qui résidai dans les Pays-Bas et les seiffrieurs flamands se ruinaient à Tenvi pour se surpasse ries uns les autres.' En France comme ailleurs, Torg^xaeil aristocratique et le souvenir de la féodalité s mimffisaient pour pousser les nobles ; ils ne se douient pas que Tépuisement de leur fortune leur ôteit leur crédit auprès des peuples et les mettrait dans xie complète dépendance de la royauté.

Ceux qui allaient à la guerre avaient souvent un Train excessif ain excessif; l'habitude avait un double inconvé- armées.

eut ; elle nuisait également à Tarmée et au carac- ^^re. Le cardinal de Sion, le grand ennemi des français, disait aux Suisses « que c'étoit le Roi, les Veinées et grands seigneurs qui avoient accoutumé leurs aises et menoient plus de bagages pour leur service que de gens de guerre pour combattre...; que lesdits François se confient si fort dudit appointement quils ne font guet ne garde, et ne se soucient ^ue de faire bonne chère et dormir en leurs lits de camp par quoi seroient trop aisés à vaincre. » ^ Il était nécessaire de prémunir les jeunes gens contre une habitude amollissante ; aussi, la première fois qu'Anne de Montmorency passa les monts, son père ne lui donna-t-il que cinq cents livres avec de bon-

* Prescott, t. I, p. 53.

* Id. ib., t. II, p. 108, 116, 167. ^ 3 Marillac^ p. 158.

176 LIVKË 11. — CKAPITflE 111.

niîs armes el de bons chevaux : « Cette leçon de ce gtaai capitaine étoil bonne pour beaucoup de jeunesse qui nous avons vu el voyons encore qu'elle ne voudroi poinl partir de sa maison, si elle n'avoit tontes sS commodités ot appareils. » '

Le luxe devait être le signe estérieur de la positift sociale; il semblait naturel qu'il fût réservé âlahaul classe, et, par conséquent, ceuxqui ne faisaient poii partie de la haute classe ne s'en montraient que pli empressés à en faire parade. Déployé par ceux qi3 leur rang aurait dû astreindre à la simplicité, il entrai nait une confusion contraire aux institutions mèmi du pays. ' L'amour du bien-être est, d'ailleurs, auss général que naturel ; ^ on se laisse aller au-delà se ressources pour se procurer les mêmes jouissance que ses voisins.

Les édits somptuaires furent inspirés par une doy ble pensée : ils devaient maintenir la distinction e( sentîelle des rangs, ils devaient protéger les homme contre leur propre faiblesse : » On jugea à propos, di de Tliou, * de renouveler celte année (1549) les loi somptuaires que l'on avoit publiées les années préci

' Brantùmo, U. le Connétable de Montmorency, t. III, p. 3il .

' AuK Etats de Bloie, en 1576, le caliier de la noblesse pQ tait : i< AfiD que le? gentilshoninieE soient remarqués et connq parmi le peuple, ne puisseal les roturiera et le peuple se vélir semblables habits, ni leurs femmes porter chaperons de velou^ <M. Picot, op. cit., l. III, p. 58)».

'CI. Haton, p. 17 etsuiv.

' Ut. VI, l. 1, p. 307.

LE BESOIN d'argent. 177

dentés. Pour lever toutes les difficultés que la fureur du luxe qui croissoit chaque jour faisoit naître, le Roi donna une déclaration qui fut enregistrée au parlement le 14 d'août. » * Il n'était pas facile de mettre à exécution de telles mesures : « Tous courtisans et autrep gentilshommes de moyen qui peuvent entretenir pages leur font porter leurs couleurs sur les taies en toutes façons de broderies et bigarrures, » dit Carlo ix; 'par là ils violaient une défense formelle. Le i 2 novembre 1583, « le prévôt de l'hôtel prit à ï^aris prisonnières cinquante ou soixante, que demoiselles que bourgeoises, contrevenantes en habits et l>agues à Tédit de la réformation des habits, publié îl yavoit sept ou huit mois, et les mit au Fort FEvê- ^ne et autres prisons, où elles couchèrent, nonobs- ^^nt remontrances et offre de les cautionner et payer ï^s amendes encourues par l'édil. Ce qui fut fort ri- Soureux, attendu que par l'édit il n'y avoit aucune peine que pécuniaire. Mais il y avoit en ce fait un ta- ^ûe commandement du Roi, qui ferma la bouche aux plaintes qu'on en vouloit faire. » ^

Rien ne put arrêter le mouvement ; de Thou en signale encore ailleurs la force irrésistible : « Comme

. ^ Le 5 janvier 1550, fut rendu un édit « par lequel on mit un prix au gibier, et Ton défendit toute sorte de chasse aux partisans et aux artisans. On prétendit par là réformer Texcès des tables et mettre un frein au luxe (W., ift., p. 401) ». Cf. M. Picot, op. di., t. II, p. 205.

* Mm. sur Vieillemllef liv. III, ch. XX.

» L'Estoile, t. XLV, p. 268.

Dksj. s. m. 12

478 LIVRE 11. — CHAPITRE m.

on s'enlrctenoil sar laréforniL- qu'on dcvoil apporterau luxe qui s'étoit répandu partoul avec tant de pro— fusiou (il qui depuis a été purlé beaucoup plus loîn^ il ' disoil quG c'étoïl à Paris que l'ancienue simplicitS de nos pères avoil commencé à dégénérer. » *

Le dix-septiëmc siècle eut les mêmes goûts que \tt seizième : il reçut aussi des lois sompluaires et Ulo éluda aussi. ^

a que m '■ et Ulen|

Il faul de l'argent ; comment s'en procurer? Tous les moyens sont bons; le jeu est un des moins coupables.

On se livre beaucoup au jeu, souvent pour couvrir sa dépense, et l'on ne fait que hâter sa ruine. Les pertes sont énormes, au moins sous Henri III. * Henri IV, dès son enfance, avait la passion du jeu ; c'était à la fois celle de son temps et celle de son pays natal.^ Elle se perpétue sous son fils ^ et l'on sait quels ra-^i vages elle fil sous hou petit-fils. '"

Certainement les pouvoirs publics la blAmaient : ' •• Les Etats (d'Orléans), dit M. Picot, ' ne s'occupèrent^

* Renaud de Beaune, arctievËque de Bourges, alors député auaj États-Géoéraiu! de 1588. |

* De Tbou, «A»., liv. 111, p. 629. I

* V. M-levicomLe à' Avenel, Richelieu et la monarchie abtolttal t. Il, p. 16 el suiv.

* Toscane, t. IV, p. 490, 505, 507, .532, 548, = M. de l^agrfcîe, op. cil., ch. XXili, p. 243. ' M. d'Avenel, l. cit., p. 50.

■' Op.cit.,l. Il, p. 20i.

LE BESOIN d'argent. 179

p as seulement de la police matérielle, mais aussi de 1 £L protection des bonnes mœurs. Le tiers-état réclamait... la défense des brelans^ quilles, dés et autres jeux qui étaient devenus la profession et souvent la i^uine des jeux du peuple. Ce vœu fut pleinement acoxieilli par le conseil et textuellement converti en loi d^ royaume (Ord. d'Orléans, art. 101). » Il est vrai, ^i^^^ais, pour combattre la passion du jeu, le pouvoir ^oyal prenait quelquefois d'étranges moyens ; il pré- ^-endait servir la morale, quand il ne faisait que servir rintérèt de son propre fisc. En 1539, un édit avait établi en France la loterie sous le nom de blan- ^ue: « Conmie de la part de certains bons et notables Personnages de notre royaume nous a été dit, remon- ^l'é et donné à entendre que plusieurs de nos sujets, ^*int nobles, bourgeois, marchands qu'autres, enclins ^t désirant jeux et esbattemens, se sont souventes fois^ à faute de jeux honorables permis ou mis en ^^age, appliqués par ci'-devant et s'appliquent encore à- plusieurs autres jeux dissolus, en telle sorte et obs- Unation que les aucuns y ont consommé et consom-

ment tout leur temps, délaissant par tels moyens ioute œuvre et labeur vertueux et nécessaire, — les autres tous leurs biens et substance et les autres ont commis et commettent blasphèmes envers Dieu, injures et excès faits envers les personnes, tant à l'occasion de l'obstination des joueurs que des contradictions et dénégations des uns envers les autres. — Et que, pour faire cesser lesdits inconvénients et abolir

Ï80 uvBE II. — cHArniifi i

el éloigner l'usage pemicieus dont ils odI procédt procèdent, ne se Irouveroil meilleur moyen que perniellrc el mettre on avant quclqueti autres jeux esbatlemens, èsqncls nous, nos dits sujets et chose ] btique ne puissent avoir ni recevoir aucun intérêt..

On ne se fait pas faute de tromper autrui. 1,'liis rien du clievalier sans reproche raconte tout au le le tour au moyen duquel celui-ci se fît bailler pi huit cents francs de marchandises. ' Il est digne ceux que Molière pnMe aux jeunes gens dans l'e barras conseillés par les valets les plus ingénieux.

(j'cst quelquefois dans un sens général que écrivains prennent les mots vol et larcin. Ainsi Vil roy, dans ce passage : c Je dirai avoir remarqué ai plusieurs autres que jamais on n'a parlé de rech cher et punir les larcins de la cour, que l'on n' quaud et quand suscité quelque trouble nouveau < a interrompu et fait cesser Icsdites recherches, sont pas aussi ordinairementceux qui ont la boursell garnie elqui ont le plus dérobé et fait leurs affaj pour user des termes qui sont en pratique, qui le moins de pouvoir auprès des grands qui ofl remuer ménage. » ' Villeroy parle ici de l'impJ^ sous quelque forme qu'elle se présente. Maisf proprement dit, avec sa bassesse que riei simule, ne se présente que trop fréquemd

' Le Loyal servit evr, cli. Vil,

LE BESOIN d'argent. 181

seizième siècle. * On ne ferait pas encore beaucoup d'attention à de vulgaires voleurs, tout au plus observa erait-on que le désordre général favorisait leurs entrepxises, leur permettait notamment de se former en b andes pour parcourir et mettre à contribution une c^ertaine étendue de pays. ' Mais ce qui est particulièrement remarquable, c'est qu'on trouve le vol et 1 «8 voleurs là où Ton n'est pas accoutumé à les renc^cntrer, à la Cour même et parmi les gentilshommes : « n advint du temps du roi François, premier de ce nom, qu'un larron habillé en gentilhomme, fouillant ^n la gibecière ou grande escarcelle du feu cardinal de Lorraine, fut aperçu par le Roi, étant à la messe vis-à-vis dudit cardinal. Se voyant être aperçu, comlïïença à faire signe du doigt au Roi qu'il ne sonnât lïïot et qu'il verroit bien rire. Le Roi, bien aise de ce qu.'on lui apprêtoit à rire, le laissa faire ; et peu de temps après vint tenir quelque propos audit cardinal pa.T lequel il lui donna occasion de fouiller en sa gil>ecière. Lui n'y trouvant plus ce qu'il y avait mis, commença à s'étonner, et à donner du passetemps au ï^oi, qui avoit vu jouer cette farce. Toutefois ledit

* V. H. Estienne, Apologie pour Hérodote j ch. XV, Des larcins

^ noire temps, t. I, p. 207 : « Avant qu'entrer en propos des

larcins et toutes sortes de pilleries, j'userai de cette petite pré-

^^ce que, si notre siècle surmonte de beaucoup trop les précédents

^s autres méchancetés, encore plus en celle-ci...» Cf. ch. XVI,

l^es larcins des marchands et autres gens de divers états, et ch.

^Vll, Des larcins et de Vinjustice des gens de justice de notre

temps.

« V, Çl. Haton, p. 1028.

LIVHE n. — CHAPITRÏ 01.

seigneur, après avoir bien ri, voulut qu'on lui rend! ce qu'on lui avoit prin : comme aussi il pensoit qui l'intGiiLion du preneur avoil été telle, i» Ce fui du Ro que l'on se mit à rire, quand on découvrit la vérité el lui-même « jura loi de gentilhomme que c'étoit ïi première fois qu'un larron t'avoit voulu faire campa gnon. B ' 11 élail déjà étonnant qu'un voleur put, sou àù fausses apparences, s'introduire k la Cour, mais i l'était bien plus que, parmi ceux qui appartenaient la Cour par leur rang, au milieu des véritables gon lîlsliommes, on trouvât des larrons, tels que celu qui déroba le diamant de Cbarle.s IX. 'Il yavait quel quefoîs chez les princes eux-mêmes un goût étrangi pour les plaisanlcries qui simulaient le vol et commi un instinct pervers dont leur grandeur avait peine i les préserver. * Hors de la Cour, rien ne retenait plui certains gentilshommes, et, croyant sans doute rele^ ver le vol par la violence, à la faveur et soua la cou leur des troubles, il y en avait qui devenaient de vé' ritables brigands. '

' H. Estienne, (. cit., p. -230.

' Cr. Tallematit des Réaus, jtf. d'OrU'ans, Gaston : « Un joui comme il y avoit beaucoup da courtisans à son lever, une mooLi d'or sonnants qu'il ainioit l'ut volée. Quelqu'un dit : — 11 faut Tea mer les portes et fouiller tout le monde.— Monsieur dît huma nement: — Au contraire, messieurB, Borteî tous, de peur que montre vienne à sonner et à découvrir celui qui s'en est aceoq mode, — el il les fit tous sortir. «

" V, M. de LaRfèze, op. cit., ch. XXI, p 233. Sur le plaisir (^ prit Charles IX à faire venir à la cour une bande de voleurs, BranlOme, Le roi CharleslX, t. V, p. :278.

* V. les brigandages du baron de Fontenelle en Bretagne, a

dans

la vente

des

marchandises •

Le v(d militaire.

LE BESOIN d'argent. 183

On volait de toute manière ; les tromperies dans la ^^ ^da^l^^^^ ente des marchandises fournissaient un thème tou^ ours nouveau aux doléances des Etals ^ et les ordon* ances cherchaient vainement h les réprimer, ' Mais c'était surtout la guerre, soit étrangère, soit <^^ivile, qui fournissait de riches occasions d^ s'enri* ^^hir aux dépens d^autrui, tantôt de l'ennemi dans le 3)ays duquel on pénétrait, tantôt des compatriotes au onilieu desquels on campait et que l'on dépouillait souvent au lieu ou tout au moins avant de les défendre ; il n'était même pas besoin d'une guerre déolaxée ; en temps de paix les soldats ne se rendaient pas inoins redoutables et ne faisaient pas moins main i>asse sur ce qui leur convenait. Nous reviendrons $ur ce sujet en parlant des mœurs militaires. ,

Le public ou pour parler autrement, le Roi était 'iri.is à contribution tout autant que les particuliers ; ^l est même probable qu'on y avait moins de scru- I>^Jiles encore, surtout dans les hautes classes.

Nous reviendrons plus tard sur les libéralités faites

^^àr les rois ; tout en reconnaissant ce qu'elles ont eu

^^ légitime, il faut bien aussi constater qu'elles

^^xil souvent dépassé la mesure du mérite et qu'elles

^^ sont souvent égarées, s'adressant à ceux qui n'a-

^^«lient rien fait pour les obtenir plutôt qu*à ceux qui

^ïi du siècle (De Thou, Hist., Uv. CXVIII, t. XIII, p. 137). — ^'^taitune habitude et un jeu de dévaliser les boutiques (V. M. ^. Ouruy, op. dt., p. 7, note 3).

' M. Picot, op. cU., t. III, p. 30.

* Ord. d'Orléans, art. 147 ; ord, de Blois, art. 194.

Libéralités des rois

98 foDCtioilH

184 LIVKE 11. — CHAPITKE 111,

s'en étaiont montrés di^ni^s. L'avidité avec laquelle elles étaient sollicitées, surtout par lesjpremiers, était oxtraordinaipe.

Les fonctions publiques donnent de nombreux moyens de s'enrichira II y a des usages fâcheux, mai^ encore avouables, tel que celui des présents offerts à de puissans pt-rsonnages dont on sollicite ou dont on a obtenu la protection ; ' il y en a d'autres qu'il est plus diflicile de publier, bien qu'on se rassure par de nombreux exemples quand on les pratique, les concussions des chefs militaires, les dilapidations des ministres, de ceux qui manient les déni ers publics ; certains s'enrichissent trop et trop vite. Les rois sont constamment forcés de recourir aux mesures les plus sévères contre les prévaricateurs : citons seulement l'édit d'avril 1S30 :

« Nous avons ordonné et ordonnons par loi, éditet ordonnance, que tous ceux qui se trouveront avoir commis, en nos finances, crime et pécudat, larcins, pillerios ot malversations ; attendu le grand mal et , inconvénient qui est advenu en noire royaume, parleurs fautes, sans aucun port, ni dissimulation, soicnfl

' » Ceux de la ville vinrent encorpSTOus remercier du bien quil-| avoient reçu par votre moyen et, pour témoigner le gré qu'ils voïKi en savoient, ils vous firent présent d'un buffet de vaisselle d'a^ gent doré valant trois mille écus (Sully, ch. XLVIII, p. 144). » Sully n'accepte qu'avec diflîculté, puis, " soit par bienséance, soit par artifice, soit que vous vous Tusslex dès lors proposé de ne tirer ' jamEÛs profit des charges que voua auriez, sinon par la 'seule libéralité de votre maître, comme vous l'avei toujours pratiqué depuis ", Sully l'offre au Roi, qui le lui redonne et lui en fait délivrer un brevet, {ch. L, p. 160).

Bl

LE BESOIN d'argent. 185

}> ^ ndus et étranglés, et des autres qui auroient mal V" ^rsé, hors larcin, pilleries et faussetés, soient cond stmnés à telles peines que les juges à ce commis ver- !• ont être à faire, par raison, avec tous intérêts etdomages qu'à cause deleurdéloyautéavons soufferts...» n nouvel édit est rendu le 8 juin 1532, un autre le 4. ^ juin de la même année, un autre en 1545, tou- 3 ours par le même prince ; on pense si le mal dispax*ut sous les règnes qui suivirent le sien.

Villeroy se rend un témoignage qui ne semble pas s^^'oir été contesté : « Il n y a grand ne petit enceroyau- *ïïe qui puisse dire m'avoir jamais donné un écu ; et ^î il y en a bien peu qui n'aient passé par mes mains. J'ai aussi servi des maîtres qui mè faisoient assez de t^ien, sans en aller chercher ailleurs. Celui qui prend s'engage ; ce que ne doivent faire ceux qui sont constitués aux charges publiques, pour quelque cause que Ce soit. » *

Cest à la fin du siècle qu'on trouve les traits les plus choquans d'avidité ; d'une part, c'est l'Espagne îui est forcée de donner de l'argent; d'autre part, ^'est Henri IV qui est réduit à en promettre : on sait à Combien de traités particuliers il dut souscrire, et ce fut une partie de son habileté que de n'avoir pas reculé devant ce qui était indispensable, quelque fût le îàcheux état de ses finances et quoiqu'il en parût coûter à sa dignité.

486 LIVRE II. — CHAPITRE Ht.

On le voit, co n'est pas sans raison que du Vai place parmi les causes de nos malheurs « l'avaria d'un nombre d'iionimcs, qui avoil tellement vendant ce royaume et mis nos biens et nos personnes sou»i pressoir qu'il n'en rcstoil plus que le marc. »' ^w

Ceux qui sont si avides n'aiment pas à payer leurs dettes, même les plus modestes. Clievemy croît nécessaire d'insérer dans son testament un article ainsi conçu : « Je veux et ordonne h mes cnfans d'acquitter et payer fidèlement toutes les dettes qui se trouveront ^tre par moi ducs lors de mon trépas et tou! les gages de mes serviteurs, avec gratification h ceus qui m'auront plus longtemps et mieux servi, alit qu'ils ne retiennent aucune chose du bien d'autrui qui justement ne leur peut ni à moi appartenir ei bonne conscience. »' Celui qui mourait, si haut plao qu'il fût, n'était jamais sûr que .tes dettes fussent ac quittées ; en 1522, Charles-Quint lui-même ava pourvu à l'accomplissement de ce devoir par UE clause spéciale de son testament. '

' Granvelle, 1. 1, p. 252 et suiv.

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