CHAPITRE IV
iJn des plus graves reproches que le seizième siè- ^ bonne ^'^ se fasse à lui-même, c'est de manquer de bonne ^•^i ; Tantique loyauté est perdue ; on se joue de sa pa- ''^le, même de son serment.
Sur ce point, comme sur beaucoup d'autres, ceux ^ ^^ ^'jf^ î^i devraient donner le bon exemple donnent le mau- ^^îs, et c'est dans les affaires les plus graves qu'on tï*ouve le moins de loyauté. Les souverains en man~ l Vient souvent, aussi bien entre eux qu'envers leurs svtjets.
La bonne foi est rare dans les rapports internatio- La bonn< ^^^ux ; qu'on se rappelle comment Ferdinand-le-Catho- souverai lîque en usa avec Louis XII, * Elisabeth avec Marie
^ En 1506, Philippe le Beau, qui n'avait pas moins à se plain- ^Te de son beau-père que le roi de France, écrivait à Gonzalve de wdoue,en parlant des procédés de Ferdinand : « Et pour ce faire P&r couverture et dissimulation, car jamais ne se fait grand mal ^uesous couleur et dissimulation de quelque bien (Doc. in., Nég» dipi entre la France et l'Autriche durant les trente premières mnées du seizième siècle^ publiées par M. Le Qflay, 1. 1, p. 201}.»
Stuarl ; nos rois eurent bien dus sujets de plainfë^ mais on en eut aussi contre eux ; ils ne paraissaient pas tenir suffisamment au droit de répéter pour leu^ propre compte la fameuse parole de leur prédécesseur le roi Jean ; ' ils se lirent et ils lirent à leur pays un« fftcheusc réputation avec tous ces projets de mariage qu'ils formaient à longue échéance el qu'ils rompaienf en renvoyant, quelquefois dédaigneusement, la princesse écartée du IrAnc, pour y placer une rivale dont l'alliance offrait plus d'avantages ; la rupture du traité de Madrid pèse sur la mémoire de François I", qui tenait tant à sa foi de gentilhomme, celle de la trêve do Vaucclles sur lamémoire de Henri IL ' On en était venu, à l'étranger, à faire de la parole ^française une antre foi punique : « Le roi d'Angleterre, disait le cardinal de Sion, ce fougueux ennemi de la France, pourroit facilement demeurer frustré et déçu,... ena soi soumettant totalement a la foi de France, laqucllo
' Brantôme (Le grand roi Henri II, t. III, p. 241) trouvait doute la légende de ce mol un peu incommode, quaud il disail-.^::^'^ i[ Ce généreux et vaillant toi Jean tourna pour la seconde fois ^^ Angleterre, plue pour y servir sa maîtresse qu'il avoit là faile ^^m
sa prison, que pour plus grand sujet de sa rançon ni pour s'acqu ~^
ter de sa promesse, car il y avoit bien autre remède que son ^Mrt
* Soubise exposait au connétable son élonnement à propos ife l'expédition du duc de Guise en Italie, en 1556 : » Car, oulr^ /j rupture de la Irève, qui ne pouvoit apporter que mal, ne s'étanl jamais bien ensuivi d'un violement de foi... (ilfi^m., p. 3). » Le cardinal Carafa, en apprenant la conclusion de cette même trëre, avait écrit au duc de Somma, envoyé en France : « Ainsi se confirmera l'opinion que le monde professe depuis bien des années sur le compte des Français (M. G. Duruy, op. cit., p. US). »
el"* si jamais été sinon plus qu'eAusive et sarrazine. » * UT an témoin plus impartial, un ambassadeur de Venise, disait : « C'est une opinion générale en France que là o^i est l'intérêt, là même sont Thonneur et la force, est un proverbe écrit désormais dans toutes les hisires : Tâche d'avoir le Français pour ami, mais non
our voisin. )>^
La renonciation à des droits, actuels ou éventuels, xx:ieltait à une dure épreuve la loyauté des souverains; disons plus, elle la faisait toujours succomber ; au seizième siècle comme dans les autres^ que de successions réclamées par Tépée du chef d'une mère ou d'une aïeule qui les avait abandonnées par avance ! Brantôme expose une théorie fort nette à propos des places ou pays perdus par force, capitulations et traités de paix : « Pour cela les droits et prétentions que ^os Rois y ont dessus ne se perdent pas et sont tou- Jours sur leurs pieds de les attraper quand ils voudront, en quelque façon que ce soit, car les plus belles prétentions et les plus grands droits que les rois et ^es hauts princes souverains ont, sans tant pointiller sur la justice ni sur Thonneur, consistent sur la pointe de leur épée, et qui a la meilleure, il gagne la moitié de la partie, voire toute bien souvent, et, comme disoit le bon duc Philippe de Bourgogne, les royaumes appartiennent de droit à ceux qui les peuvent avoir par force d'armes ou autrement. » '
* ^ég, dipL entre la France et V Autriche, t. II, p. 159.
* Àmb, Vénitiens, t. II, p. 499.
^ ^f. de Monluct t. IV, p. 54.
Les actes ofliciels nous montrent quelquefois euX" mêmes le parti pris de manquer à sa parole par le soiiâ pris de sauver les apparences. Kn 1508, le traité da Cambrai porte : <' Quant a celte invasion qui se doit faire par la Majesté impériale, pour ce que S. M. ■ naguèrcs fait une Lrève de trois ans avec lesdita Vén& tiens, laquelle Hmts quelque honnête occasion W ne pourroil rompre, il a été convenu et accordé qua. S, M. sera tenue d'envoyer aucun nombre de gen» d'arm(?s en aide à Notre dit Très-Saint -Pfere, tellement que le jour de l'assaut et invasion, qui sera te<premier d'avril, soient auprès S. S., s'il peut, et l'ai* dent et assistent en cette invasion, et Notre dit Sainte Père écrira audit trfes-sacré Empereur que, comme avocat et protecteur de la Sainte-Église, il veuille do tout son pouvoir assister et aider S. S. pour le recou-. vremeiil des biens de la Sainte-Église Romaine, EU alors S. M., en dedans quarante Jours après le l"d'a-* vril, avec l'empire et son armée fournie d'artilleurs Am son côté, sera tenue de rompre el courir sur lesdiMj Vénitiens vtisous cette couleur s'y employer arec aq puissance. <i'
On croyait qu'on pouvait conserver ou repreuArt sa liberté au moyen d'une protestation, qu'on avafl un soin égal de tenir secrète, si on la faisait avajifi de signer une convention, comme François I" à Madrid, et de rendre publique, si c'était après l'accord
' Ség. dipl. de la France et de l' Autriche, l. I, p. 239.
iiTï*évocableinent conclu. * On se fondait sur ce que IsL nécessité ne laisse pas à Tune des parties contractsLxites la liberté suffisante pour faire une convention vrcdable.
On n'avait pas absolument besoin de protestation, l'^on espérait bien trouver le moyen de se dégager dsins l'avenir : « Dix ans sont un long terme, disait I-«oms Xn à un agent florentin, au sujet d'un projet de mariage entre sa seconde fille et Tarchiduc Ferdinand ; * je ne dois pas la lui donner avant l'arrivée de ce terme et je m'y obligerais que, dans un si ërrand intervalle, je ne manquerais pas de trouver l^caucoup d'occasions de rompre ce qui est fait, suivant les desseins qui viennent. »
Les sujets ne sont pas mieux traités que les sou« La bonne foi verains étrangers ; peut-être le sont-ils moins bien souverains encore. Non-seulement le prince qui leur fait des leurelujets. concessions croit pouvoir annuler à l'avance son obli- Ç^tion au moyen de réserves exprimées ou secrè- ^6s, ' mais encore à leur égard on réclame le droit de
\ Nég. dipl. entre la fr. et VAutr,, p. 108. Protestation de ^l^ilippe-le-Beau contre les lettres par lesquelles il a reconnu la ^^^eraineté du roi de France en Flandre et en Artois. * Toscane, t. II, p. 622.
^ V. Prescott, Histoire du règne de Philippe II, t. II, p. 269 ^^273. — Mottley, La Révolution des Pays-Bas au seizième siècle, ^^ad. par MM. G. Joltrand et A. Lacroix, Deuxième partie, eh. ^ni, t. Il, p. 299. Philippe II fit venir un notaire, devant lequel, ^Q présence du duc d*Albe, du licencié Avenchaca et du docteur Velasco, il déclara que, malgré l'autorisation donnée à Marguerite de Parme d'accorder une amnistie à tous ceux qui s*étaient
. CHAPITHE IV.
n'Être pas lié, quelque engag-emenl qu'on ait prlv Quand les conjurés d'Amboise se prévalurent de t parole donnée par le duc de Nemours, il leur fut " m pondu par le chancelier Olivier qu'un roi n'est nuUa ment tenu de sa parole à son sujet rebelle, ni cm quelconque promesse qu'il lui ait faite, ni senibl.J blement pour qui que ce soil de sa part. » ' La théâ rie, quoiqu'elle n'agréât pas à tout- le monde, ' reç^ de nombreuses applications ; on l'opposait aux p^ grands comme aux plus petits, à Antoine de Bourtza et à son frère, le prince de Condé, comme anxp/i obscurs conspirateurs. ' Ceux qui la mirent en pra/; que n'eurent pas beaucoup à s'en applaudir. C'éta ^ une des prétentions de la royauté que de n'avoir patf à fournir de garanties, quand elle faisait une prort messe ; on s'y était soumis ; le jour vint où ceux qi* avaient été trompés résistèrent, Charles IX avaS beau « leur envoj'er son grand serment, sur lequ£
compromis dans les derniers troubles, comme il ne l'avait fa4 que sous la pression des ci rcoc stances, sans spontanéité ni S bertè, il ne se considérait pas comme engagé par celte auloritf tion, et que, au contraire, il se réservait le droit de punir toa les coupables et particulièrement ceux qui aïdent été les auteU et les fauteurs de la sédition (1560). » V. aussi, ib., p. âOâ 203, les lettres de la ducbesse au roi. — Cf. M. Ch. Paillau« Huit mois de la vie d'un peuple. — Les Pays-Bas du /" janiri au f sept. 1566, p. 201, 202, 252, 256.
' Mém. sur rieilleviile, Uv. VIII, ch, V.
- Ib., cb. VI : « Telles et si crudles exécutions déplurent à 1: plus grande et meilleure part de la Cour, princi paiement de œ qu'elles avoienl été failes contre la parole d'un si grand Roi. i '
" Régnier de la Piaache, p. 380 et 401.
^Is pouvoient prendre une entière confiance; vu qu'il >^oiiloit absolument que l'observation de Tédit de paix fût inviolable, » * on ne le croyait pas. La Saint- Harihélemy donna raison à la défiance, et les huguenots proclamèrent qu'il « n'y avoit plus moyen qu'ils se pussent confier en une foi et une parole tant lâchement et sanguinairement enfreinte et brisée. » ' Us exigèrent, ils obtinrent des places de sûreté, et par là Inimité de la France fut mise en péril. Ce fut une vraie surprise qu'on éprouva, quand vint enfin un Roi qui t^enait sa parole. Sully négociait pour obtenir la soumission de Villars ; il y avait des difficultés, « son principal soin et sa plus grande peine (de Villars) Consistant à pouvoir découvrir s'il y avoit entière sûreté à traiter avec le Roi et sujet de se fier en sa foi et en sa parole, de laquelle vous lui parlâtes de sorte que vous les lui fîtes estimer inviolables, et cette créance universelle suivie de continuels effets ont été les principales causes de l'établissement du Roi. » •*
Ceox qui se portaient forts pour certains rois compromettaient gravement leur honneur personnel; c'est ce qu'éprouva le duc de Nemours à Amboise. ^^telnau et un certain nombre de ses complices se '•e/idirent sur la parole donnée par lui qu'il ne leur se- ^^it fait aucun mal. La promesse ne fut pas ratifiée ;
Sully, ch, III, p. 5.
^ci., ch. VI, p. 12.
^^., ch. XLIlI,p. 125.
■ CHAPITRE
les exécutions furent nombreuses. Les maréchaux les chevaliers de J'ordre assemblés décidèrent qi Nemours avait dépassé son droit ; les plus vifs r ^ proches ne lui en furent pas moins adressés : les cot jurés allaient au supplice, « se plaignant plus du Irdiment du duc de INemours que de la mort mêwma qu'ils souffroientfort constamment; » le duc lourmentoit que de sa signature ; car, pour sa parolei, il eût toujours donné un démenti à qui la lui eût voulu reprocher, sans nul excepter, tant étoîl vaillant prî nc« et généreux, fors S. M. seulement. »' On ne ga.rdk pas toujours le silence; en 1362, Nemours, traitant avec d'Ivoy de la reddition de Bourges, « lui fil de magnifiques promesses, pour lui et pour les siens, e^ lui exposa tout ce qu'il pouvoit espérer du Roi et «3« la Reine. Comme il lui donnoit sa parole, un gent:»* homme qui étoit présent lui demanda d'un ton insc^** tant s'il la tiendroit avec autant de religion qu'il tenu celle qu'il avoit donnée... dans l'affaire d'Ac^^ boise : puis il lui reprocha en face sa mauvaise f"^ et sa perfidie et peu s'en fallut qu'il ne le tuât, i En 1574, Henri de Navarre se plaignait du rûle que lui avait fait jouer dans une autre affaire, celle i La Mùle et Coconas : " Vous pouvez penser quel r gret ce me fut, voyant mourir ceux qui éloient von" — * ii ma simple parole, et Srins autre assurance que
" Mém.siii- yieillevitle, liv. VtJI, cli. V. - XXIV, l. m, p. 487.
' De Thou, liv. XXX, t. IV. p. 2as.
Cr. de Thou, :
ftoi m'avoit faite, me faisant cet honneur de m'écrire îue je le vinsse trouver et m'assurant qu'il me tieniroit comme frère. Or, ce déplaisir me fut tel que 'eusse voulu les racheter de ma propre vie, puisqu'ils erdoienl la leur à mon occasion, et même les voyant Lierjusques au chevet de mon lit. » ^ Henri avait sur îcmours Tayantage de ressentir vivement la triste ituation oii on le plaçait.
Les sujels ne sont pas plus scrupuleux que les sou- La bonne foi
, , , - . . chez les sujet
^crams et manquent a la bonne foi envers ceux-ci envers
*-rv . ¥-• âM/.o 1 • 1 i-i if •. les souverains
'Cmme entre eux. En 1562, le prince de Condé avait ^l'Omis à Catherine de Médicis de quitter la France, Promesse imprudente, il est vrai ; il se dispensa de la ^uir, sur le conseil de ses amis. * En 1585, Mayenne ^ rendit maître de la ville et du château de Dijon, après avoir débauché la fidélité du sieur Drée, lieu- ^iiant, qui commandoit dedans en l'absence du sieur le Tavannes, auquel Drée il donna mille écus, de loux Bedlle qu'il lui avoit promis. » ' En 1589, les ha- ^itansdeSeurre s'engagèrent à se réduire sous Tobéis- ^ance du B,oi,si Tavannes empêchait les arquebusiers
* Lettres, t. I, p. 64.
* Le scrupuleux La Noue (ch. IV, p. 284) ne cherche pas à justifier Condé ; il tire seulement du fait une « instruction » pour 'es princes et les grands, à savoir « de ne s'obliger de promesse en affaires qui sont de poids sans avoir premier bien consulté avec ies sages. »
^ Tavannes, liv. II, p. 464.
d'enlit!!- dans la ville; c'est ce qu'il lit, ic maïs apH ils lui manquërGiii de parole, car ceux qui ont d^ faussé la foi â leur Roi no la tictuienl pas volonlic aux autres. » '
OrdiuatrcmeiU, on cherchait une excuse, et on trouvait, bonne ou mauvaise.
La nécessité est la plus forte de toutes ; les l'invoquent comme les particuliers, ' entre eux,comni( à l'égard de leurs, sujets. * Si la contrainte empèch| d'accomplir les promesses librement faites, elle Bxi tache d'un vice celles qu'elle impose. Ce n'est pas seil iement Franijois I" qui refuse d'exécuter nu Iraîl dicté par la contrainte : « Si ledit seigneur roi d" pagne, écrit L'Aubespine en 1560,' ou son consi alléguoit la raison que mondil seigneur de Montpei sier en a faite étant prisonnier, ' faudra répondre qi
I Id., ib., p. 480.
' V. François 1"^ s'excusanl de n'avoir pas fait comprendre Florentins dans le traité de Cambrai (Toscane, t. Ill, p. 107|.
' En I5()8, H aticuaB jugeoient bien que la paix ne dureroit j longuement, et que le Roi, ayant les villes en Ea puissant!» les huguenots dèsarniés, ne pourroit endurer ce que par a4 trainte il leur avoit accordé de peur do perdre ^^'tat (Castetni liv. VI, cil. XI, p. 222). n — En 1577, « on commença à ètij^' exécuter l'ëdit, le Roi disant vouloir maintenir cette paix qil'~ avoilTaile, et non la précédente où il avoit été forcé (Boutlloti, | 413).
e partie de la succesaioa 4
cela ne peut porter préjudice, d'autant que tout contrat et convention faits avec un prisonnier sont, de droit, de nulle valeur. » La Noue fut accusé d'avoir trahi sa foi, en reprenant les armes en 1573 ; il invoquait bien la contrainte, mais à une âme comme la sienne elle ne suffisait pas : « Voilà comment les actions des hommes sont sujettes à de grands bl&mes, d^autant qu'on a souvent ses ennemis ou .Pignoranoe pour juges, ainsi que paroissoient ceux qui ne considéroient que la promesse de M. de La Noue avoit été faite, lui ayant le couteau sur la gorge, qu'il satisfit à la condition de sortir et qu'il ne s'étoit pas obligé de ne porteries armes avec eux, non plus que de porter seulement ses persuasions de s'accommoder, ce qu'il fit. )) ^ Remy traite la question quand les promesses faites par force se doivent maintenir ; * il n'y astreint ^Ue celui qui n'est pas sûr de l'emporter sur son ad* vepsaire.
£n un temps de guerres religieuses, il était commode de se croire libre de toute obligation envers ses ennemis ; d'où la fameuse question : An /ides servanda est adversus hœreticos ? Il n'y avait que trop de monde iisposé à répondre négativement. ^ M. de Montpensier Wissait les huguenots « jusque là que, quand il les prenoit à composition, il ne la leur tenoit nullement, Asant qu'à un hérétique on n'étoit nullement obligé
ôouillon, p. 385.
* Gh. LXXI.
• V. d'Ossat, Lettres, t. Il, p. 361 et 369.
198 LivfiE II. — CiiAPrrmi iv.
(le g'ardcv sa foi. » ' On comprend que celle doclrimî connue des huguenols, ne devait pas rendre les & commodemcns faciles avec eux, '
Il y avait une manière d'interpréter les promessa qui permettait de les éluder ; Vieîlleville avait eu ccmb naissance d'un complot formé par des cordelieai grâce aux révélations d'un gardien à qui il avait proiv: la vie sauve; il demanda un congé, principalemeâ parce qu' » il eftl pensé que son honneur eûl été ej gagé, s'il (le gardien) étoit exécuté en sa présence^ mais, une fois Vieilleville parti, le lieutenant qui M remplaça fit mourir et les cordeliers et le gardienl « Quand ils surent que M. de Vieilleville étoit parl^ ils entrèrent en désespoir de leur vie ; car le sieur dl La Chapelle ne leur avoit rien promis. » " Celui qui ■■ fail la promesse se dérobe ; elle n'est pas tenue. Dana d'autres cas, on se dispense de ta tenir parce que cela qui l'a reçue est mort. La Bigne, serviteur de la RïS naudie, avait » juré et promis n'en jamais rien révéid {de la conspiration d'Amboise), voire quand il devro^ être tiré membre après autre. Mais, son maître moi il se disoîl quitte de tout serment;»' le secret livré.
' Brantôme, J(. de Monlpemier .
' L'Aubespine, Notice, p. VII. — En 1562, Condé accusait % p&rJâmens, notamment celui de Paris, d'avoir déclaré qu'ils i tiendraient u aucun traité de paix fait avec 'les huguenots (Coj leluau, liv. IV, ch. II, p. 160). . 1
' Mém. sur yieilUmlle. liv. VI. ch. XXVIII et XXXVIII. I
' Régnier de la Planche, p. 254.
LA BONNE FOI Kï LA VÉRITÉ. 199
Certaines personnes trouvent « que ce n'est un fait Aigne de blâme d attirer à soi par astuce et industrie line certaine manière d'hommes pernicieux, pour les châtier des maux commis ou pour les empêcher d'en commettre davantage. »*
On ne saurait prendre trop de précautions dans un Précautii
*^ ^ ^ ^ prises COI
temps OÙ les scrupules sont si peu ffênans; aussi lemanq
i-iiii"*' bonne
cherche-t-on à obtenir des écrits. Ce que le duc de les écrit Nemours, à Amboise, trouvait embarrassant, c'était sa signature, ce n'était pas sa parole. En 1588, Henri El négociait avec d'Entragues pour rentrer en possession d'Orléans ; d'Entragues « supplioit S. M. de se contenter dudit serment ' et de sa parole, sans désirer ladite promesse par écrit que S. M. lui avoit f^it demander, parce que semblable obligation écrite ^e pouvoit apporter plus de sûreté que la parole et f^i.d'un homme d'honneur, et aussi qu'elle présupposait quelque défiance. » Un agent habile osait même feire à un souverain étranger une semblable de- '^aude;^ Elisabeth ayant promis et juré à Vieilleville "^ ïxe faire sortir de son royaume ni hommes ni argent P^Ur quelque cause que ce fût, il « la remercia très ^^nablement. Mais il la supplia de le vouloir tant fa-
^ Bemy, eh. XXXÏ.
, .7 Le serment de se départir de toute ligue ou association, etc., ^-ppui duquel il offrait de faire ses pâques. Mém. sur Vieilleville, liv. VIII, ch. XXXIII.
200 Ln'HE 11. — CHAPITHE 1
voriser qiiP do lui donner un acte signé et scellé cette parole ttl contresigné de toute l'assislanoe. Ct dit-il, je ne suis pas ii connoltre que les Angloi^ so: aussi mouvans et n'ont pas la cervtdle plus plombin^ que li?a autres naliouti. — De quoi la roinc se prit sourire, lui promettant, en foi de princesse, qu'ellel' lui feroit dépêcher en forme probable et authentiqua auparavant dîner. »
La piomesse n'enchaine pas assez solidement; oM demande à la religion un lien plus fort, un exïgo ui serment.
L'usage du serment est fréquent entre les souverains. En 1505, Louis XII conlirmait ainsi le traiU qu'il faisait avec Ferdinand-Ie-Catholique. ' En 1529 François I" allait jurer â Notre-Dame l'observatiui de la pai\ qu'il venait de conclure avec Cliarles-Quint et deux notaires dressaient un acte pour constater b cérémonie : ^ '< Peu de temps après la conclusion cb la trêve (de Vaucelles), l'amiral de Colîg-ny se rendit i Bruxelles, auprès de l'empereur, et le comte de La lain vint à Blois trouver le Roi, pour faire chacun à leur cAté jurer l'observation du traité à ces deus prîi ces. 1) ' C'était la règ-le générale.
Chaquesouverain peutexiger de ses sujets un se ment général do iidélité. Dans certaines circonstance on y allache un pi'ix particulier. On s'allcnd à ce qt
I Tcsrane,i. III, p. Ui.
' Ncg. tlipl. entre la France el l'Autriche, l. II,
= De Ttiou, llist., liv. XVll, t. III. p. l*.
Stenay, récemment repris, soit assiégé ; les habitans
sont requis de jurer fidélité au Roi. * Il en est de même
pendant la Ligue* et surtout à la fin, à mesure que les
villes rentrent sous l'autorité royale. Tavannes « prit
le serment des habitans de la ville de Beaune de de-^
ïïieurer fermes au service du Roi... » ^ Quand Orléans
^ô soumit, en 1594, il y eut quatre mille habitans qui
jurèrent. * La correspondance de Henri IV montre de
quelle importance le serment était à ses yeux: « Je
suis averti, écrit-il notamment au duc d'Elbeuf, ^ qu'il
y ^ encore en ma ville de Poitiers plusieurs gentils-
'^c^mmes qui étoient des plus affectionnés au parti de
'^ Ligue, lesquels néanmoins n'ont pas fait le serment
4^ fidélité: ce qu'il est nécessaire qu'ils fassent, pour
^t-cr le soupçon que l'on en pourroit avoir ; à quoi je
^ous prie de donner ordre. »
Le serment a quelquefois un objet plus restreint ou
nnéme tout à fait spécial. Il en est nécessairement
a^însi quand le Roi va au-dehors chercher des auxi-
li aires ; aux soldats levés en Allemagne, par exemple,
c>iifait jurer « de venir en France et de combattre
pour le Roi trois mois durant. » ^ Les sujets eux-
« Rabutin, liv. IV, p. 571.
* En 1588, Henri III était résolu à ne rentrer jamais dans Paris, s il n'avait reçu le serment des capitaines et chefs des décuries populaires, disait Tambassadeur de Toscane (Toscane, t. IV, p. 801).
* Liv. II, p. 465. Cf. ib., p. 476, 477, 479. ^ Carorguy, p. 168,
^ lettres, t. IV, p. 233. Cf. t. III, p. 436. ® P. Cayet, op, cit., liv. III, p. 308.
mêmes peuvent avoir à prendre un engagement pa liculior : Vicilleville quitte Tancarville sans y ]aiss( de garnison, parce qu'il veut ménager les habîtan^^' maïs a avec exprès commandement de le tenir averl "^ de ceux qui s'y présenteroieut et y feroîeiit entroprisiS^* afin de les secourir ; ce qu'ils lui promirent et en Kren^^^ serment de lidélilé, qu'il prit par acte fort authenti-— "^ que.» ' Quand les Iiabitans de Beaune se soumirent-^ à Henri IV, ils jurèrent non-seulement de lui êlri fidèles, mais encore de i' ne reconnoilre plus le dui de Mayenne pour gouverneur du duché de Bourgogne. "S Henri IV, étant sur le point de rentrer à Paris, prit " le serment (les capitaines de chaque com '
pagnie de ne faire quelque chose, sinon à ceux qui se roidiroient à. quelque opiniâtre résistance. » *
C'était quelquefois pour une loi qu'on réclamai cette garantie de plus; en lo88, aux Etals de Blois une déclaration royale ordonna i< que tout le mond>feroit serment de se conformer » à l'édit d'union, devenu loi fondamentale . Henri III « voulut que l'arclii^ vèque de Bourges préparât les esprits au sermei^ qu'on alloil prêter. Ce prélat fit donc un discours tr^ éloquent sur rexcelleiice et les obligations du se ■ ment. » '
' Mëm. sur VigUlevUlc. liv. IX, .;h.lX.
* Tavannes, l. cit. — Les habitans de Lyon, quand ils se r^" dirent, en 1593, « firent nouveau serment de jamais ne recew*^ pour gouverneur, ni le duc de Nemours, ni le marquis de Sai->=3 Sorlin, son frère (P. Cayet, op, cit., liv. V, p. 564). »
> P. Cayet, ib., liv. VI, p. 628.
* De Thou, liv. XCII, l. X, p. 393.
Si le serment servit à la royauté, il pouvait aussi
être employé contre elle ; la Ligue le montra bien ;
cel ui que prêtèrent ses membres est célèbre ; on ne
cessait de le faire renouveler: citons seulement un
a.rrêt du parlement de Rouen, du 7 janvier 1592,
prescrivant qu'il fût de nouveau prêté « de mois en
nnois en l'assemblée générale qui, pour cet effet, se
feroit en Tabbaye Saint-Ouen. » * Souvent on se de-
ïï^andait s'il n'y fallait pas ajouter quelque clause,
^omme celle de mourir plutôt que de reconnaître
"enri IV, ^ ou « de ne traiter jamais d'accord avec le
^oi Je Navarre ses fauteurs et adhérens. » ^
Le serment scellait tous les engagemens ; Margue-
'^^^e en fit prêter un à son mari, le roi de Navarre, et à
^on frère, le duc d'Alençon, pour mettre fin à une
^^ouîlle dont une rivalité amoureuse était la cause :
^ Mais quel serment peut valoir en amour, » ajoute
Judicieusement la princesse?*
Parmi tous ces sermens, si fréquemment réclamés, ^^ facilement prêtés, il y en avait qui ne pouvaient P^s être sincères : « Tous les juges de France dont le ^^rment avoit été déterminé par l'ordonnance de Gliarles VIII, art. 3 et 62, juroient, entre autres choses, de n'avoir rien baillé ni promis, directement ^i indirectement, pour parvenir à leurs offices. Il y
* P. Cayet. op. cit. y liv. IV, p. 392. - /d., ih., liv. III, p. 308.
^ /d., ih., liv. IV, p. 438 et 439.
*LmI,p. 521.
L304 livre II. — ■ CHAPITRE IV,
avoil déjà près de ceiil ans quo la vénalité étoit établie, ci ce sernusiit se faisoit oiicore, Il fui aboli en 1S87. " ' On attachail sans doule pou d'imporlance à. une furnialilé qui ne trompait personne ; l'oxemplo n'en élail pas moins mauvais.
On se méfiait des réserves mentales. M. de Bellegarde ayant prèle serment an Boi, comme gouverneur de Saluées, Catherine de Médicîs craignit qup le roi auquel il avait pensé ne fut celui d'Espagne, et elle lui fit de nouveau jurer fidélité devant le portrait de Henri III. '
Quelle que soit la sincérité du premier moment, elle ne g'arantit pas toujours l'avenir. Certes, il y a des hommes qui respectent le serment. Quand d'Auhignô, en 1572, veut sauver Montgommery, il observe qu'il le 11 pouvoit entreprendre sans fraude, n'ayant.j^-|
encore prêté aucun serment; » " en 1620, ïl aban ^
donne ses fonctions plutôt que de jurer fidélité et se— =^ crel inviolable, " ne voulant point vendre sa liberté. Mais que de parjures ! Le grand nombre n'empèc
' Boucher d'Argis. Observai toiis sur les lois vriminelles ^^£4. France, Amsterdam, 1781, p. 36.
'Toscane, t. IV, p. 370.