‹ Les sentiments moraux au XVIe siècleChapitre 21 sur 36 · P. WO · texte numérisé non relu

P. WO

' P. 516. — En 1567, te prince d'OranifB refusa de prêter nouveau serment exigâ par Philippe 11 dans une forme inusit& « I! ne prendrait jamais d'enRagemenl sans restrictions. Il po «- ', déclarait-il, qu'oïl lui ordonnât des ctioses contrai v ience, préjudiciables au service de S. M., et en conter diction avec son serment de maintenir les lois du pays. (MoUle op. cit., 2» partie, ch. X, t. III, p. 16).

ï>çts encore de s'étonner; quand Henri III, après avoir

ï^ît tuer les Guise, apprit tous les soulëvemens qui

éclatèrent, ce qui le fâcha le plus « fut que tous ceux

qu.i firent soulever ces peuples lui étoient obligés pour

bienfait, ou lui avoient promis et juré de nouveau

de lui être fidèles. » *

lies raisons ne manquaient pais plus pour se délier

d'ian serment que pour se délier d'une promesse.

L«' intervention du pape calmait les scrupules des ca-

tti-oliques ; Louis XII répondait bien que si le Saint-

F^fere, en l'absolvant, déchargeait sa conscience, il

i^^ pouvait pas affranchir son honneur, * mais qua-

ï^etule ans plus tard, « la guerre fut résolue en faveur

i^ pape (Paul FV), après que le cardinal Caraffa, en

^^rlu du pouvoir qu'il avoit du Saint-Père, eut ab-

*^us le Roi des sermons qu'il avoit fait en ratifiant

^^ trêve (de Vaucelles). » ^ Quelquefois on démontrait

^^e le serment était nul. Les archevêques de Lyon,

^ Embrun et de Vienne, ainsi que d'autres prélats

^^î se trouvaient à la cour, « lui persuadèrent (à

^^Uri ni) que, après le serment qu'il avoit fait à son

^^cre, nul serment qu'il pût faire aux hérétiques ne

t^^Uvoit être valable, ledit serment de son sacre l'af-

^^nchissant de toutes les promesses qu'il avoit pu

^îre aux huguenots. » .* La question si on était tenu

* P. Cayet, op. cit,, liv. I, p. 113. ^ Toscane, t. III, p. 604.

^ De Thou, HisL, liv. XVII, t. III, p. 29. *■ Marguerite, liv. II, p. 531.

de garder sa foi à iin hérélique se posail au sujet du serment commt' lU: la simple promesse. A la rigueur on pouvait faire des distinctions ; La (liiALre, voulant décider les principaux de Paris à recevoir Henri IV, leur disait ; " Quelqu'un pourra objecter et demander : mais que deviendra la religion et le serment que nous avonsfait?... Qiianl au point du serment, que te scrupule en devoit être levé d'autant ^qu'ÎI ne s'était fait contre le Roi que lorsqu'il êloit huguenot, el que nous devons en tire relevés par sa conversion. B ' La contrainte ne devait-elle pas enlever toute force au serment comme à la promes.sc? Boîs- Oauphin « disoit que c'étoiL par contrainte qu'il avoit juré et signé h Blois de ne porter jamais les armes contre le Roi, et qu'il n'étoil pas plus obligé de lenïr son serment que ccIliI que le Roi avait fait solennel- lemenl en pleins Etats. « ^

La mort de la personne qui avait reçu le sermenL.*en dégageait celle qui l'avait prêté; d'où la nécessilt d'un nouveau serment de fidélité à chaque avènemen»" , de Roi. Bien plus, quand Longueville remplaça Chau- mont, mort, comme lieutenant général du Roi en Ualie —=^ en 1512, il " fit faire un nouveau serment ii tous ffn ^ qui tenoient les villes et places de la duché de Mik — lan au Roi son maître et à sa Tdle aînée, Madanm,^ Claude de France, a '

' P. Cayet, op. àl., liv. VI, p. 603.

' Cheïerny, p. 255,

' Le Loyal Serviteur, cti. XLVII.

L'engagement à Tobservation duquel on apporte le prso^ ^ ï^^us de scrupules, c'est celui que l'on contracte d'une ^"ùneauSe!^^ ^^^^stnière générale envers un grand personnage, en se <^?27iant à lui, suivant l'expression du temps. Il se me ainsi un lien, analogue dans une certaine ^^tiosure, à celui qui unissait à Rome le patron et le client, au moyen-âge le seigneur et le vassal. On Contracte ainsi envers le Roi des obligations particulières qui viennent s'ajouter à celles dont tous les Sujets sont tenus envers lui ; on se lie aux princes du sang, aux grands seigneurs. C'est dans la pensée de ^'«issurer une puissante protection; on méritera les *^i«nfaits par les services qu'on rendra, par une fidélité, par un dévouement à toute épreuve. Le lien ^^cst pas indissoluble, mais il. conviendra de n'en l> ^^rdre pas le souvenir, quand on l'aura loyalement mpu.

Les gens qui manquent si facilement à la bonne La vérité.

*^^^^i ne respectent pas davantage la vérité. Que de

^ <=>uches qui semblent ne s'ouvrir que pour le men-

scinge! on s'émerveille que la jeune reine Elisabeth

*^' Autriche ne se laisse pas corrompre au contact

^ ^ne cour, où tout le monde est dissolu, avare et

^^enteur. * Voilà encore un des vices régnans. On ne

* loscane, t. III, p. 642.

• CIUPITBE IV.

S(.^ faÎL nui scrupule d'altérer les faits ; on n'hésite pas à diriger contre ses ennemis les imputations les plus atroces et même les plus absurdes; il y aura toujours quelqu'un, il y aura souvent beaucoup de personnes pour les recueillir : ce n'est pas là, d'aib* leurs, une disposition qui soit exclusivement propre au seizième siècle.

I Quand on aspire à la gloire et qu'on désire dos récompenses, on prend facilement ombrage de ceui avec lesquels il faudrait partager ou même par lesquels on pourrait se voir effacer; aspirer ii la gloirl est louable, désirer des récompenses est encore légitime ; i! est fâcheux que l'un et l'autre sentimens dispo< seul à l'envie. Que de chefs, que de camarades qui ni demandent qu'à laisser ensevelir dans l'ombre les het les actions d'autrui! Ce grief revient constamment, suP! tout sous la plume des écrivains militaires. C'est au Rq h. " ne permettre que par ambition l'honneur d'autrU^ soit galoppé. 11 ' Quand ou n'obtient pas justice, qoa^ on est réduit à ne compter que sur soi-même, on f^ comme Bussy d'Amboise : il s'était vaillamment co v porté au siège de Sainl-LA, en 1574 ; trouvant que j gentilhomme qui avait rendu compte de l'affaire à J Reinc-nière ne lui avait pas fait la part iX laquelle i avait droit, il le traita de larron d'hmuieur et vouiui le tuer. ^ L'historien lui-même est soupçonné de cl&

' Duvillarl, hv. XI, l. XXX, p. 510.

* Brantûme, Discours sur les couro, France,i. VI, p. 193.

! de l'infanterie tM

roter quelquefois la gloire à ceux qui la méritent ;

^butin proteste contre un pareil soupçon : « Si je t^-îs la vertu d'aucuns, ce n'est de malice ou d'en- 'vîe, mais pour ne l'avoir vu ou su véritablement. » * Auprès tout, « quand les hommes seront si malins que de vouloir taire » un beau trait, Dieu le fera connaître. '

Il y a des envieux et en grand nombre ; mais les lïiécontens sont nombreux aussi et ils imposent ce bas sentiment à ceux que leur rang et leur caractère semblent mettre au-dessus. Le duc de Guise fut accusé, sous Henri II, d'avoir fait tout pour ôter au nnaréchal de Brissac la gloire qu'il avait acquise en Piémont. ^ D'Aubigné, qui fut un serviteur fidèle, ^ixand il eut à agir, et qui parait bien être devenu un serviteur infidèle, quand il s'est mis à écrire, dit : << Xe roi mon maître, quoique brave et doué de granits qualités, étoit d'une nature envieuse ; il blâmoit volontiers les fautes de ses serviteurs, et ne souffroit qu'avec peine qu'on leur donnât des louanges quand ^^s faisoient bien. » * Lui-même aurait été victime de cette nature envieuse :. « L'empressement que je té- ^oignois à rechercher toutes les occasions périlleuses P^Ur me distinguer du commun et à me trouver par- ^^t où il y avoit de la gloire à acquérir, m'attira la

M„ liv. IX, p. 701.

ïlegnier de la Planche, Livre des marchands, p. 464.

1». 486 et 487. Cf. p. 497*

. Desj. s. m. 14

haine et l'envie du roi de Navarre, à cause des louai ges qui m'en revenoient et qu'il vouloit toutes poi lui seul. 9 *

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