‹ Les sentiments moraux au XVIe siècleChapitre 27 sur 36 · LIVRE m · texte numérisé non relu

LIVRE m

sirttnt obtenir des conditions favorables h Cateai Cambrésis, écril à t'Aiibcspine ; " Je pense que n'eslimerez pas de mal employer votre peine : et oéaamoÎDS, si vous croyez qne je vous en rendrai gratitude, et que ce que vous ferez pour moi s'emploiera toujours pour vous quand besoin sera, je vous assure'' que n'en serez point déçu, » '

Les ducs de Savoie se montrèrent habiles dans ca genre de manège, comme dans beaucoup d'autres ; en 1519, le même prince distribuait l'argent de Philippe n, « dont il se scrvoil habilement pour metlro dans ses intérêts la plupart des seigneurs de la cour et des ministres."^ Villeffoier, agent de la Keinemèrc, en eut sa part.

E» 1600, le duc Charles-Emmanuel se trouvait à Paris au premier jour de l'an ; entre le Roi et M. da Savoie, (' ce fut à lenvi â qui les donneroit (les étrennes) plus belles et magniiiques ; et, comme ledit duc avoit dessein de faire paroître sa grandeur et sa libéralité, il fit auxdites étrennes tant de présens à tous ceux qui le voulurent visiter, soit grands, soit petits, chacun à proportion, que l'on jugea dès lor» qu'il avoit quelques mauvais desseins, et qu'il avoil envie de s'acquérir des amis et des créatures partout, même dans le cahiiiet, pour savoir nouvelles, comme las François se laissent emporter au profit, qui est

' L'Aubespioe, Notice, p. XX.

> De Thou, liv. LXVIII, t. VHI, p, 86.

une très-grande honte et vilenie à notre nation. » * Il n'est pas plus facile de refuser les étrennes du jour de Tan que les cadeaux diplomatiques, quelque mauvaise intention qu'on suppose à celui qui les offre. Mais, si les princes savent ce qu'ils désirent, comment les personnages auxquels s'adressent leurs libéralités ne le sauraient-ils pas? Les oSres seront souvent trop suspectes pour être acceptées sans scrupule, dès qu'elles ont une certaine importance et que Tu, sage ne les autorise pas absolument. Yieilleville n'aocepta pas les riches présens qui lui étaient destinés par la cour de Rome parce qu'il avait pacifié le comtat Venaissin : « dit qu'il n'étoit point mercenaire, ayant un trop bon maître pour prendre aucun salaire des services qu'il fait à qui que ce soit par son commandement. » Son secrétaire Carloix suivit son exemple, mais il eut soin de faire connaître à Rome le double refus, pour que les intermédiaires, le vicelégat d'Avignon et le neveu du pape, ne fussent pas tentés de garder ce qu'ils avaient été chargés de transmettre. ® En France, dans la seconde moitié du siècle, au moins, l'abus est signalé ; Condé écrit au Roi, le 22 août 1568 : « Sera-t-il dit qu'un prêtre, un tigre et un tjran avec les ministres et pensionnaires du roi d'Espagne vous aient donné la loi et à tous les autres princes, seigneurs et genlilhommes de ce

1 Ph. Hurault,p. 362.

« Liv. X, ch. XV.

288 UVKE m. CHAPITRE II,

royaume...? " ' De Thou Diet ces paroles dans la bouche de l'évèque de Dax. s'adressant à Heiiri III et l'engageaDt à entrer en guerre contre Philippe II ; « A peine la guerre sera déclarée entre les deux coaronnes qu'on verra cesser le paiement de ces pensions destinées à entretenir autour de vous pour son service des gens à aes gages, toujours prêts à rompre le coup des résolutions généreuses que V. M. pourroil former et à les rendre inutiles par une politique damnable, comme ils sont toujours en étal de l'informer à chaque instant de vos vues les plus secrètes, n ^ Le pape Clément VIII voulut supprimer dans sa cour et dans sa famille ce qu'il regardait comme un abus : " Ledit roi d'Espagne, écrit d'Ossat, a envoyé en cette cour pour environ vingt mille écus de pensions ; à savoir, à MM. les cardinaux Aldobrandin et Saint- Georges, neveux du pape, trois mille écus à chacun;^ au seigneur Jean-François Aldobrandin, quatre mille écus; maisN. S. P. ne veut point que les dessus dits prennent rien ni d'aucun autre prince, » ' L'insistance de Philippe II ne put vaincre la résistance du pape. '

Il faut mettre à part les présons faits, les subsides fournis aux sujets étrangers qu'on veut exciter et soutenir contre leurs princes légitimes ; Elisabeth en

' M. le comte de ia Ferriêre, I. cit., 'i« p. 95.

• «M(.,liT. LXXXr, t. IX, p. 306.

3 T. lit. p. 115.

' ;*., p. IS6,

■, t. Il, 2^ rapport,

donna aux Huguenots, Philippe II à la Ligue ; c'est à un autre ordre de sentimens qu'on s'attache, quand on se demande ce qu'on doit penser de la révolte, soit projetée, soit déclarée, qui est destinée, ou a servir les projets de l'étranger, ou à réclamer son appui. Les deux siècles qui suivirent le seizième ne conservèrent pas- seulement l'usage des cadeaux diplomatiques ; ils se gardèrent bien de laisser perdre celui des présens plus considérables et moins justifiés, qui pouvaient exercer une influence décisive sur les résolutions des hommes d'État. On sait quels hommes Louis XrV payait ainsi ^non-seulement en Angleterre, mais dans toute l'Europe ' et quel profit il en savait tirer. L'habitude persista dans le dix-huitième siècle, jusqu'à la fin de l'ancien régime. '

^ V. Recueil des instructions données aux ambassadeurs et ministres de France y Suédej M. GefTroy, p. XXIV, 115, 161. 172. — Cf. , Mémoires du maréchal de ViUarSy publiés par M. le marquis de Vogué, 1. 1, p. 317. — M. Antooin Lefèvre-Pontalis, op. cit., t. II, p. 60.

' M. A. Sorel, L'Europe et la Révolution française, 1. 1, p. 74.

Desj. s m. 10

n y a peu de siècles qui aient été aussi sensibles que le seizicmo à la g'loire des armes, et il y eu a peu qui aient aussi vivemeuL regretté ou désiré la paix. Ou souffre trop, on soufi're trop longtemps ; un a besoin de repos; on demande que la guerre finisse; on espère que tous les maux, finiront avec elle.

" Les fléaux de lout genre que la guerre entraîne à sa suile » ' menacent, soil les corps, soil les âmes.

C'est la sécurité de tous les instans, c'est la prospérité matérielle que rauitine et qu'assure la paix :

0 la pitié de voir la flamme qui saccage Dévoraiit saos merci les maisons d'un village ; '

Les « sujets de loulcs qualités n ont besoin de la paix : " Car généralement tous ont pâli et pâlissent, quand les armées passent et repassent si souvent par

' Granvelle, l. III, p. 271, Inslrucliov de Ckartes-Qiiinl i fantdon Philippe, son ^Is, 18 janvier irj48. ' Bail, liv. V, L'hymne de la paix.

un royaume : ce qui ne se peut faire sans une effroyable oppression et foule du pauvre peuple, » disait Henri II, et c'était, pensait-on, sous rinfluence du connétable qu'il tenait ce langage. * Ce ne sont pas seulement les ennemis et leurs ravages qu'il faut craindre, ce sont aussi les amis et leurs désordres. La paix garantira contre les uns et contre les autres.

On se montre aussi très-préoccupé des maux moraux que la guerre amène : « S'y commettant une infinité de péchés et méchancetés et s'y pervertissant et retardant tout vrai bien. » ^ D'Ossat représentait vivement à la seigneurie de Venise les motifs qui avaient décidé Henri IV à conclure la paix de Vervins, en 1598 ; depuis la mort de Henri H, « outre la guerre étrangère qui avoit précédé, la France avoit souffert, non-seulement les maux et misères qui s'étoient vus à l'œil, comme déconfitures d'armées, sacs de villes, meurtres particuliers, voleries, brûlemens et ruines desbàtimens^ vastité des champs* et autres calamités semblables dont chacun s'apercevoit, mais avoit encore enduré d'autres maux beaucoup pires, qui ne se voyoîent point des yeux du corps; mais S. M. les voyoit bien de l'œil de l'entendement : comme la dissolution et pervertissement de tout ordre et police en l'État; l'irréligion et l'impiété es es-

* Mém.sur Vieilleville^ liv. IV, ch. V et VI. ' D^Ossat, t. II, p. 322, Causes que le roi d^Espagne a de désirer ou de faire la paix avec la France,

prîts dos particuliers ; riiilîdélité et perfidie, l'inhumanité cl cruauté, qui, en une si grande longueur de guerres, éloient passées en coutume et en habitude. » '

L'intérêt de la religion, qui ne travaille que pour le salut des ftmes, conseille la paix en tout temps, à plus forte raison dans un siècle troublé par les questions religieuses même. Le roi catholique, d'après ce qu'écrivait L'Aubespine au cardinal de Lorraine, ' avait l'espérance » de vivre en bonne et perpétuelle paix avec le Roi, pour sur iccUe établir et fonder l'amendemcnt que l'on doit et peut espérer en notre religion. »

La politique et la foi religieuse réunies recummandaienl l'intérêt de la chrétienté tout entière. En 1308, Marguerite d'Autriche écrivait à Louis XII : » El de ma part, mon seigneur, je mettrai peine m'employer tellement à l'adresse des affaires que, aven l'aide de Noire-Seigneur, il s'en ensuivra une bonne lin au bien universel de toute la chrétienté. »" La paix aurait notamment cet avantage que toutes les forces des chrétiens pourraient être réunies contre leur commun et séculaire ennemi ; «Le chancelier de France... dit que le roi très-chrétien, son maître, pour nourrir paix en la chrétienté et employer sa force et jeunesse con-

■ M., t. m, p. 132 et Buiv.

* Nég. dipl. entre la France et CAutriche, t. I, p. 215. — Cf. il).,p. 21, iBBinslruclions données à Ph. Hanelou, agent de Plii' lippe-le-Beau, en 1500.

Ire les infidèles, avoit fait plusieurs traités avec les princes chrétiens, et, entre autres, avec le roi catholique. » *

Sur les esprits que n'auraient touchés, ni Thumanité, ni la vertu, ni la religion, la politique aurait encore pu exercer une suffisante influence. Il faut songer à « la temporelle fâcherie, vexation, pertes, calamités et dangers, dont sont menacés tous ceux qui ont guerre avec quelque ennemi que ce soit et pour grands et puissans qu'ils soient (les souverains). » ' S'il plane une incertitude inévitable sur les incidens et sur rissue delà guerre, ce qui est certain, c'est que l'administration intérieure des États belligérans en souffrira dans toutes ses parties. ^

Dans de telles conditions, ce n'est plus seulement Lc devoir < d'intérêt qu'il faut parler aux princes, quand on les dJ^miUraen exhorte à la paix, c'est de devoir. Les princes sont ^^ rôubiir obligés en conscience à détourner de leurs sujets les P^''^maux de toute nature que la guerre déchaînerait, même si elle était heureuse. Le nonce Ardinghello disait à François P' : « On apprendra ce que S. S. a plusieurs fois eu lieu de reconnaître dans les négociations précédentes, c'est que la guerre est pour V. M. un état de violence, ainsi qu elle le doit être pour

» ift., t.II,p. 544.

* d'Ossat, t. II, p. 322, Causes, etc.

« Id., t. m, p. 134.

29i UV1IE m. CRAFITHE ni.

tout homme, pour loul chrétien, ot surtout pour un roi que l'on nomme Irës-chrélieD, titro qui doit sans doute signifier quciqm.' chose. V. M., on ne faisant pas plus que ne font les autres princes, ne peut pas répondre à l'altente universelle, qui exige quel chose de plus de la part d'un roi très-chrétiun, lamment quand il s'agîL de la |mix, qui est le premier devoir de cous qui croient en Jésus-Chrisl, » ' Le des Romains, Ferdinand, disait, en 1544, à M Grignan " que, puisqu'il avoit plu à Dieu faire cette pais tant nécessaire, qu'il la falJoit hitin garder, el qu'ils avoienl tous grandement oiïensé Dieu ; qu'eus, étant les chefs de la chrétienté, ils étoienL cause àt tant d'àmes perdues, lanl en Turquie qu'autre part, et qu'il falloit confesser qu'un chacun d'eux avoit tort, ce qui les avoit mis en grands frais et dépens, sans nul profit, i ' Charles-Quint déclarait, dans un acte où il n'avait aucunu raison de feindre, que <t la paix était une des choses qu'il demandait à Dieu avec plus d'instances, parce que sans ello il est impossible de le servir dignement. » ' A la lin du siècle, on gnalait encore, en énumérant les causes que Philippe Il avait de faire la pais, « toutes celles qu'ont tous princes, et principalement les princes chrétiens, pour délivrer leur conscience de la participation do tant de maux qui se font en toute sorte de guerre... »

' Amb. Vàiitiens, 1. 1, p. 131 et 133,

' L'Aubespine, fiotiue, p, VU.

^ Granvelie, I. III, p. 27t. — Ivulriiction, elc,

' D'Ossat,t, II, p. 322.

La reconnaissance publique ne manque pas aux princes qui remplissent ce ^rand' devoir, et c'est encore une raison pour qu'ils le remplissent : c Oiacun Tappeloit (Philippe-le-Beau) Prince de la paix, i^^ Ils tiennent beaucoup à en donner l'assurance et à en avoir Thonneur; en 4521, les ambassadeurs de France sont chargés de remontrer, « en présence des ambassadeurs du roi catholique, » que icelui seigneur (François P') de tout son cœur a toujours quis et cherché d'avoir paix et amitié avec les princes chrétiens, et s*est contristé et centriste de ce qu'il a plu à Dieu lui donner, sans quérir ni chercher, aucunes nouvelletés, et ce pour éviter eflusion du sang chrétien, et les gros inconvéniens et intolérables dommages et maléfices qui proviennent notoirement de la guerre, fes quels notre Créateur est grandement offensé, et notre prochain grevé, dont icelui seigneur ne voudroit être cause ni occasion. » ' Catherine de Médicis tremble d'être contrainte à la guerre : « Cliose, dit-elle, ' que je déteste tant, quant à moi, et pour mon naturel, qui est ami de la paix et de repos, et pour le désir que j'ai que la tranquillité en quoi vivoit la chrétienté, et que le feu Roi, mon seigneur, y avoit avec tant de peine et de travail acquise, soit longuement conservée, et que je voudrois que tout le monde y mît la main à bon escient, afin de l'empêcher. En

* Macquéreau, liv. I, ch. IX, p. 15.

* Nég. dipL entre la France et VAutriclie, t. II, p. 530. ^ L'Aubespine,p. 390.

296 uvBE in. — CHAPITRE m.

quoi je ne vois point que personne puisse lanl profiler que le Roi mon lils. » D'Ossat, expliquant le traité de Verv-ins à la seigneurie de Venise, disait notamment II que le naturel du Roi étolt aliéné, non-seulement de toute veng^eance, mais aussi de toute force et violence. Et encore que par quelque nécessité il eût été élevé et nourri dans les armes et occupé en g-uerres continuelles, et en fût devenu ce grand guerrier que chacun savoil, ce nonobstant il n'avoit jamais pris plaisir k répandre te sang humain et avoit toujours fait mal volontiers la guerre, comme il se pouvoit juger par infinis actes de sa clémence et insigne libéralité envers ses plus capitaux ennemis, non-seulement es conditions et accords de sang-froid et de sens rassis, mais aussi en la faveur même des batailles, assauts, rencontres et autres factions de guerres. » '

Les ministres ne montraient pas moins de zèle que les souverains en faveur de lapais. Wolsey disait qu'il irait au Roi très-chrétien « et au roi catholique et à pied jusques à Rome, si besoin étoit, attendu le grand bien qui en pourroit advenir, tant pour éviter effusion de sang chrétien que la ruine et destruction de la chrétienté....! '

' T. UI,p. 131.

* Nég. dipL entre la Fratice et l'Aniriclie, 1

S'il est bon d'empêcher ou d'arrêter la ffuerre étran- n est encoi

. . . plus

gère, à combien plus forte raison la guerre civile ! Un nécessaire i soldat, Vieilleville, appelait «tous ceux, quels qu'ils un terme à fussent, traîtres et perfides, qui avoient mis en avant, civile qu'à favorisé, consenti et adhéré, en quelque sorte que ce étrangère fût, à une telle, si méchante et ruineuse proposition (de reprendre les hostilités), au lieu de la rejeter comme la peste et la manifeste subversion de tout le royaume, qui déjà commençoît à se remettre, par le bénéfice de la paix, en sa première et florissante splendeur, oubliant ses précédentes ruines.» ' Aussi les honnêtes gens conseillent-ils les accommodemens : « Ce vertueux et vaillant gentilhomme entre tous de son siècle (La Noue) se rendit à la Rochelle (en 1573) ; là il fît pour eux tout ce qu'il pouvoit, se trouvant à toutes les occasions, et souvent les induisoit à s'accorder avec le Roi, en prenant leurs sûretés convenables pour se garder d'être trompés.»

La paix est-elle si précieuse qu'il faille la faire dès ^ ^A-f^^^i que l'occasion c'en présente et à n'importe quelles con- P®^* ^H ^o*»*-

ditions? la paix.

Les souverains croient qu'il est de leur honneur de

* Mém. sur Vieilleville, liv. IX, ch. XXXI. < Bouillon, p. 385.

UVHE III. — CaAPlTRX III.

IIP paralire point céder à la nécessité. Si François I", on 1S38, « condcsccmîit fort volontiers à une Irfeve, m ce fut i< plu» pour le soulagement de son pauvre peuple, qui étoit exterminé en la Picardie, Champagne et Bourgogne, que pour y être forcé ; car il avoit les princes et seigneur» de son royaume très alTectionDés à son service cl h\a. manutention de l'honneur et de la couronne de France; sa gendarmerie, la principale force de ses guerres, encore gaillarde, et des linances à suffire... ••' Mais on no triomphe pas de la nécessité; on peut sans inconvénient laisser à ceux qui la subissent la consolation de dire que, au lieu de lui céder, ils ont obéi, dans l'entière indépendance de leurs résolutions, à un bon sentiment.

Il est certain que la conclusion d'une paix, comme tout acte politique, ne saurait se faire sans réflexion ! il en faut peser les conditions : " C'est une allection louable de désirer la paix, j'entends une bonne, car les mauvaises sont de vrais coupe-gorges.»* Il ne faut suivre, ni l'intérfel qu'on trouve pour son compte personnel à continuer la guerre, ni celui qu'on trouverait h la terminer k tout prix : « Je représenterai une maniëro de gens qui indifl'ércmment trouvoient

' Mém. sur VieilieviUe, Uv. I, c!i. XXIV. — Qt. ib., Uv. IV, ch- VII : VieilieviUe ne ToulaiL point qu'on s'exousût sur la nécessitÉ pour ne Taire pas la guerreicap la France était inépuisable, " s'y trouvant ordinairement mille moyens île lever deniers sans fouler le peuple, ne Tût-ce que des emprunts volontaires sur les plus aisés de ce royaume.»

' La Noue, clj. XXX, p. mi.

toutes paix bonnes et toutes guerres mauvaises ; et, quand on les assuroit de les laisser en patience manger les choux de leur jardin et serrer leurs gerbes, ils couloient aisément Tun et l'autre temps, dussent-ils encore aux quatre fêtes annuelles recevoir quelque demie douzaine de coups de bâton. Ils avoient, à mon avis, empaqueté et caché leur honneur et leur conscience au fond d'un coffre. Le bon citoyen doit avoir zèle aux choses publiques et regarder plus loin qu'à vivoter en des servitudes honteuses. Pour conclusion, en ces affaires ici la raison nous doit servir de guide, laquelle nous admoneste de ne venir jamais aux armes, si une cause et grande nécessité n'y contraint ; car la guerre est un remède très violent et extraordinaire, lequel, en guérissant une plaie, en refait d'autres : pour cette occasion n'en doit-on user qu'extraordinairement. Au contraire, doit-on toujours désirer la paix, je dis celle qui a présomption de fermeté et qui n'est pas inique ; car les fausses ne méritent pas de porter ce titre, ains plutôt de pièges et de pipée, comme fut celle des seconds troubles... Dieu veuille nous en donner une si bonne en France, tant déchirée de ruines et destituée de bonnes moeurs^ qu'elle puisse se renouveler en beauté, afin qu'elle ne soit plus la fable des nations, ains un exemple de vertu. »*

Ce passage de La Noue est écrit pour la guerre et la paix à l'intérieur ; il s'applique presque aussi bien à la guerre et à la paix avec l'étranger.

« Ih., ib., p. 338.

LIVttE 111. CHAPITRE III.

Il n'est pas toujours possible; de faire la paix ; il n'osl pas toujours possible d'éviLerla guerre, «remède 1res violent et extraordinaire, » comme dit La Noue dont il ne faut " user qu'exLraordinai rement • mais dont il faut user quelquefois.

La guerre doit être juste. Henri II, en lîîSO, «se laissa aller k donner quelque plus gracieuse audience aux propositions du duc de Parme qu'il n'avoit fait au commencement, maïs toutefois avec intention toujours de ne rien remuer qu'avec toutes les justifications que doivent pratiquer les princes qui ont en considération l'honneur et la foi des traités de paix et le repos universel de la chrétienEé; et toutefois la plupart d'entre eus tiennent que, en matière d'État, il faut plus servir M' utilité qu'à l'honneur, h' On cherche souvent à se justitîer plus encore qu a être juste ; les prétextes ne manquent jamais k qui veut prendre les armes.

Les torts ne sont pas nécessairement du côté de celui qui déclare la guerre ou qui attaque le premier : a Pour dire vrai, ceux-là rompent la paix, non qui les premiers fout la guerre, ains qui cauteleusement s'arment et embrassent des menées au préjudice des accords et des alliances, comme faisoit l'empereur, qui vouloitrfire que tant plus les occasions de la guerre

' Duvilla;!, liv. I.t.XXVIIi, p. 379.

étoieni courtes et légères, que tant plus devenoientelles grandes et dangereuses à ceux qui se rendoient négligens à les embrasser et poursuivre. »'

C'est une grande force que de soirtenir une cause juste ; la conviction où Ton est donne déjà confiance. Le conseil fit éclater la joie en 1551, quand Henri II se résolut à la guerre, « disant tous de voix commune que cette prompte volonté lui provenoit d'une inspiration divine que Dieu conduiroit à très heureuse fin, vu qu'il n'y avoit aucune tache d'ambition ni animosite de vindicte, mais un désir charitable de secourir une pauvre nation affligée et mettre beaucoup de grands princes en liberté. »* L'événement ne répondit pas à de si belles espérances, et Texpédition d'Italie ne réussit pas.

11 ne suffit peut-être pas que la guerre ait une cause juste pour qu'elle puisse être approuvée en conscience. Il convient, quelquefois de faire taire de légitimes ressentimens, c'était le conseil que donnait un nonce à François I®% ^ et Charles-Quint disait à son fils : «Vous devez employer tous vos efforts pour éviter la guerre par tous les moyens possibles, ne jamais Tentreprendre qu'autant que vous y serez forcé et lorsque les circonstances seront telles que Dieu et le monde puissent voir clairement qu'il ne vous restait

* Mém, sur Vieilleville, liv. IV, ch. X. ^ Amb. Vén., t. III, p. 271.

302 LIVRE III. — CIlAPITllE 111.

point d'autre parti. "' Dans d'autres cas, il est vrai.on disait que celui donl 3a cause était juste devait prendre les armes de crainte d'irriter Dieu. '

i Pondant longtemps, depuis la majorité de Charles VIII jusqu'à la mort de Henri H, les Français n'avaient pas connu d'autre guerre que la guerre étrangère. Ils ne l'avaient pas seulement faite avec plaisir; ils l'avaient aimée avec passion ; ils avaient pardonné les expéditions les moins justifiées, les plus mal conçues ou les plus mal conduites ; elles pouvaient toujours leur procurer la gloire, et la gloire qui avait manqué parfois au pays, n'avait manqué jamais aux combattans ; les avantages d'une autre nature, qu'ils faisaient bien entrer aussi en ligne de compte, leur avaient souvent échappé avec la victoire ; mais un espérait toujours qu'une nouvelle campagne réparerait les déceptions et les maux d'une campagne qui

t GranveUe, t. III.p, 27).

' Hég. dipl. entre la France cl i'Atdriclie, t. II, p. 476. — Le cardinal d'Ossat justifiait auprès de Clément VIII, Henri IV q^i faisait la guerre au duo de Savoie pour reprendre le marquisat de Saluces : n S. S. en «a réplique se montra plus modérée, disant qu'elle ne vouloit point dire que V. M. n'eût raison de mouvoir les armes, mais à présent qu'on vous vouloit rendre le vôtre, ta guerre ne seroit plus juste désormais ; et qu'on laissât dire qui voudroit au contraire : qu'il falloit regarder à Dieu et au bien de la chrétienté, et avoir encore compassion de lui, qui aouffroit infiniment ; et lui sembloit qu'il avoit des dagues aux flancs jusques à ce que la paix fût l'aile (18 janv. 1601, t. IV. p. 224). »

n'avait pas réussi; la lassitude n'était jamais de longue durée. Si la paix de Cateau-Cambrésis produisit en France l'impression la plus pénible, ce ne fut pas seulement parce qu'elle parut à la fois désavantageuse et humiliante, parce que notre pays restituait ses conquêtes et semblait confesser son infériorité en terminant la lutte ; ce fut aussi parce qu'elle fermait la lice longtemps ouverte où beaucoup avaient péri sans doute, mais où beaucoup avaient acquis une gloire dont il leur avait été permis de jouir de leur vivant, où ceux qui étaient appelés à porter les armes comptaient^ en s'exposant au sort des premiers, partager la forlune des seconds. Cette lice ne se devait pas rouvrir avant la fin du siècle. La pensée des générations qui vécurent sous les fils de Henri II ne cessa de se reporter vers le temps où les Français n'avaient eu à combattre que les ennemis du dehors et qui leur avait laissé encore plus d'une revanche à prendre.

Ce qui attendait les Français, ce n'était même pas une paix où les occasions de s'illustrer auraient manqué aux gens de cœur, c'était la guerre civile. Le premier sang qu'elle fit couler fit penser à ces champs de bataille où il aurait du moins été répandu pour l'honneur et l'intérêt du pays. Le duc de Guise, après la bataille de Dreux, harangua le Roi et la Reine-mère, (c et commença par le regret qu'il avoit d'avoir vu tant de braves François, princes, seigneurs et gentilshommes, obstinés, aux dépens de leur sang et de leurs vies, les tms contre les autres, qui eussent été

304 LIVBE Itl. — CHAPITRE III.

sufGsans pour fairo quelque belle conquctc sur les

cuneniis étrangers. » '

Celte pensée n'était pas la seule qui dùl venir à l'esprit. N'y avait-il qu'une coïncidence fortuite ealre la lin des guerre-i extérieures et le commeucemenl des troubles civils? Ne fallait-il pas reconnaître que la paix avait régné au dedans taudis qu'on s'était battu au dehors, et par conséquent ne fallait-il pa.s penser aussi que l'inléneur du royaume redeviendrait tranquille le jour où tous les Français seraient appelés à reprendre les armes contre un même ennemi?

Selon les uns, c'était le caractère même des Français qui faisait de la guerre étrangère une nécessité ; selon les autres, c'était la disposition fâcheuse où se trouvait actuellement la France.

Au moment où se négociait le traité de Cateau- Cambrésis, Duvillart, envoyé à la cour par le maréchal de Brissac, disait k Henri II que la France, Il étant de naturel martial et remuant, ayant perdu cette belle école martiale ou pépinière de guerre (le Piémont), ne se conliendroit jamais en paix, si elle n'avoit quelque visée où abutter sa valeur et sa vertu, que S. M. savoit micuK qu'autre nul que le François n'avoit point de plus grand ennemi que la paix et la prospérité, qui le rendoicnt impatient, plein de licence, hardi k mal faire, cupide de remuement et mé-

< CsBlelnau, liv. III, cb, VI, p. 168.

prisant sou propre bien et repos, pour embrasser choses nouvelles. » * Castelnau disait plus tard : << Aussi est-il difficile qu'un peuple belliqueux comme le François puisse être en paix, n'ayant plus d'occasion d'exercer ses armes ailleurs, ce qui est infaillible en maliëre d'État que les guerres et occupations étrangères empêchent les intérieures et civiles : qui étoit la cause pourquoi le Sénat romain avoit accoutumé de chercher les guerres étrangères, et envoyer dehors les esprits les plus remuans pour obvier aux divisions civiles, selon ce qu'écrit Denys d'Halicarnasse ; police autant nécessaire en TÉtat, comme de faire une douce purgation et saignée au corps humain pour le maintenir en santé. » *

Ce que Thumeur belliqueuse de notre nation aurait exigé en tout temps ne devenait-il pas plus nécessaire encore dans un siècle où les causes de dissensions étaient plus redoutables que jamais? Régnier de la Planche déclarait que les troubles intérieurs, dès l'avènement de François I", eussent « couvert et noyé tout l'État de France, n'eut été que l'amiition de l'empereur Charles, cinquième du nom, ne permit à ce Roi, prince de son naturel non moins généreux que voluptueux, de vaquer du tout à ses plaisirs et délices. ))^ L'alternative parut bientôt posée d'une manière indiscutable ; il fallait opter entre la

1 Liv. X, t. XXX, p. 265 et 266.

2 Liv. I, ch» VII, p. 99.

Desj. s. m. 20

306 LIVRE m, — CHAPITRE IH.

guerre civile et la giierre étrangèn:'; rhésilalion élaitelle possible?'

Quelques écrivains atlribuent à Coligny la première idée d'une espédition à l'étranger, qui aurait transformé en compagnons d'armes les ennemis de | la veille et rétabli la concorde entre tous les soldats de la France. Feul-ôtre, en effet, personne ae s'appliqua-t-îl avec autant d'ardeur et' de persévérance que l'amiral â faire adopter celte idée, ^ mais c'étaient les événemens eux-mêmes qui l'avaient suggérée. En lb(i3 , quand les premiers troubles avaient été terminés par ledit d'Amboise, ou avait vu aussitôt les catholiques et les huguenots s'unir pour reprendre le Havre sur Elisabeth qui refusait de le rendre : " Les soldats des doux religions se pressaient dans l'armée assiégeante ; catholiques et réformés semblaient alors obéir à une même impulsion: — D'ici à Bayonnc tout crie : Vive la France ! — écrivait Montmorency. "^ Ce spectacle n'avait pas seulement causé de la surprise et de l'émotion; on avait pensé y trouver un enseignement cl l'on ne voulut pas le négliger. En 1567 , quand on baptisait à Valéry

' V. Toscane, l- JV, p. 434. en 1581. — De Thou, Hist., Hv, LXXXI, (SS-J, t. L\, p. 300. DiscQurs He l'évoque de Das an Roi, — Avis de M. de Villeroy à M. le duc de Mayenne, publia à Pari* ] après la mort duRoi sur la fin de Pan 1589, p. 674. — Cf. d'Aubigné. Tragiques, II, Princes, p. 80.

' V. M. Abel Desjari^ins, Charles IX, Deux années de règne, 157CH572, p. 24, p. 82 et suit. — Cf. Toscane, t. 111, p. 617.

" M. le doc d'Aumale, op. cit., i. I, p. 245.

un fils du prince de Condé, « on s'entretint, au milieu des chasses et des plaisirs, des remuemens de Flandre et des mesures prescrites par le Roi ; chacun se prépa* rait à la guerre, mais à la guerre extérieure, qui pourroit bien causer quelque meilleure union, » *

Aux deux causes qui avaient fait désirer si vivement la guerre étrangère s'en ajouta une troisième qui naissait de la guerre civile elle-même. Il y a toujours des esprits remuans et aventureux ; ' il y a presque toujours des séditieux ; ^ c'est un grand avantage que de pouvoir se débarrasser d'eux d'une manière qui leur donne pleine satisfaction. Mais il faut, en outre, tenir compte des habitudes que crée et qu'entretient la guerre civile ; on oublie le travail, on vit au jour le jour, on contracte et Ton ne perd plus le goût des coups de main, du pillage, on ne recule pas devant l'effusion du sang, on y devient indifférent à force d'y avoir assisté et même participé. Un ambas-

\ Id., ib., ib., p. 284.

" « Monsieur, frère du Roi,.,, alla d'un côté faire un voyage en Flandre, où ceux qui avoient envie de remuer les mains, tant d'une que d'autre religion, raccompagnèrent (P. Cayet, Chr, nov,, ' Introd,j p. il). »

^ Les séditieux « sont en partie marris de la paix, gens qui ne veulent se soumettre aux lois, ordonnances et jugemens, qui ont accoutumé vivre de rapine et labeur d'autrui^ ne savent ou ne veulent labourer la terre ou retourner à leurs métiers et vivent en oisiveté, œris inopes sui, alieni appetentes. Les Romains usoient d'un tel remède que, quand il advenoit sédition en leur ville, soudain tiroient hord les séditieux et les menoient à la guerre contre leurs voisins... (De la Place, liv. IV, p. 84, DUcours du chancelier aux étais-générmix). »

sadeur dB Veiiisi! disait, en parlant de c«ux qui entouraient Henri III : '< lis sentent combien Ja guerre extérieure leur est nécessaire, d'autant plus que la guerre civile a appris le métier des armes aux paysans, qui jadis étaient désarmés et poltrons, et ne s'occupaient que dfi leurs champs ou de quelque art mécanique ; mais k présent ils sont armés, exercés el aguerris comme de bons vétérans, tous arquebusiers fort adroits : et, si on ne trouve moyen de les employer (lo moyen ne serait qu'une guerre au deliors), le danger très imminent. Ces gens qui n'ont point d'autre ressource pour gagner leur vie, qui depuis l'enfance sont dres&és aux armes, qui ne peuvent plus s'accommoder de la paix, se révolteront peut-être, ou tout au moins se mettront à piller le pays et à s'emparer de tout ce qui leur tombera sous la main. Les chefs ne leur manqueraient pas, surtout parmi les nobles. C'est encore là un péril très grave et qui donne beaucoup à penser, s ' C'était en 1575 qu'écrivait l'ambassadeur ; la guerre civile devait durer vingt ans encore. Les mêmes préoccupations se reproduisirent : « Et m'étonne, dit Carorguy, ' comme l'on pourra venir à. bout de cette gendarmerie ainsi licenciée à mal faire, si ce n'est que le Roi les tire hors le royaume et que les fasse aller dehors pour conquesler el reprendre son pays de Navarre; ou

< Giov. Michiel, Amb. Vén., t. II, p. 233. — Cf. de Thou, liv. LXXU, t. VIII, p. 388.

» En 1593. p. 140.

autrement n'en chevira il jamais. » La bourgeoisie, on le voit, pensait comme la noblesse.

On n'avait pas besoin de réfléchir longtemps à Texpédition qu'on entreprendrait. La France n'avait-elle pas dans le roi d'Espagne un ennemi naturel? ne trouvait-elle pas dans les États dont il était maître et dont elle était voisine les conquêtes les plus belles et les plus utiles à la fois? Les huguenots avaient une raison de plus pour armer contre lui et pour l'attaquer dans la Flandre, bien que Coligny se défendît auprès de Charles IX de lui être particulièrement hostile et fondât ses conseils sur l'intérêt de la couronne et la condition des temps. * Le projet qui devait leur plaire était soutenu par bien des catholiques ; ' il fut mis à exécution, sans être mené à bonne fin, parle duc d'Alençon. D'autres entreprises étaient suggérées à nos rois, surtout par ceux qui avaient intérêt à les détourner de celle-là ; l'empereur et le roi d'Espagne proposèrent de faire de concert avec les princes allemands, une expédition en Italie; le pape ^t le grand'duc de Toscane en auraient payé les frais;' le grand-duc put se croire sérieusement menacé. * On pensa aussi à l'Angleterre. * Sixte-Quint pressait

* Toscane, t. III, p. 814.

2 V. le discours déjà cité de l'évèque de Dax à Henri III, en i585. — Toscane, t. III, p. 669; t. IV, p. 583. » Ib., t. III, p. 648 et suiv.

* Ib,, ib,, p. 669.

* Ib.^ ib., p. 617,

310 UVHE m. — chapitre m.

Henri III de prendre tes armes pour venger Marie Sluart, en faisant observer au marquis de Pisany " que les Français ont besoin de muuveraent et do balftilles ; il recommandait l'expédition d'Angleterre comme un dérivatif ou comme une diversion, n ' Une autre occasion se présenta d'eUe-m^nie, qui provoqua une véritable explosion de patriotisme; les États-généraux venaient de se réunir h Blois, quand on apprit que le duc de Savoie avait profilé de la triste situalion où se trouvait la France pour mettre la main sur le marquisat de Saluées, Hambouiltet, enlre autres, pressa le Roi de saisir le moment pour délivrer le royaume de la guerre civile qui le désoloit et tourner ses armes contre ses ennemis. " Henri 111 " eût bien voulu faire résoudre tous les François à la guerre étrangère contre le duc de Savoie, et pacifier la civile on son royaume : c'éloil aussi le désir de toutes les âmes purement frauçoises et qui ne respiroient que l'bonueur de leur patrie et le service de leur Roi, lequel pensoit qu'il n'y auroil aucun en toute l'assemblée des Etals qui no suivit en cela sa volonté ; maïa il se trouva déçu. » ^

Il faut bien dire que ces projets de guerre élrangëre ne semblaient poiiil sages à tout le monde ; il: devaient ajouter encore ans cliargns d'un trésor singulièrement obéré, aux périls d'un État dont la posi-

' M. de Brémond d'Ars, op. cit., p. 380. » De Thou, liv. XCIl, l. IX. p. 406.

' P. Cayel, /. cit.. p. 77.

tion était peu rassurante. Du vivant même de Tamiral, un ambassadeur de Toscane trouvait qu'il y avait folie à transporter hors de la France des armes qui pouvaient être nécessaires au dedans. * Catherine de Médicis, avec sa froide raison, repoussait ou entravait des propositions dont elle voyait les dangers plus que les avantages.^ Le marquis de Pisany, répondant aux conseils de Sixte-Quint, « était obligé de confesser l'impuissance de la France, fruit de la division des partis. »^

Dans les délibérations auxquelles donnaient lieu les desseins de ce genre, se préoccupait-on de savoir si Fexpédition que Ton recommandait comme avantageuse était juste en elle-même? Ce n'était assurément pas la question que Ton se posait en premier lieu. Cependant Coligny disait dans un écrit fait pour conseiller la guerre contre TEspagne : «... Nous avons besoin d'une guerre étrangère qui soit juste, facile, avantageuse... »* L'évêque de Dax disait seulement, d'après de Thou ; « Ne vous mettez pas en peine comment vous pourrez exécuter ou même justifier cette entreprise auprès des princes étrangers ou de Philippe môme, s'il est nécessaire. Quand on leur en fera voir la nécessité, ils conviendront bientôt qu'elle

* Toscane, i. III, p. 641.

2 Ib., ib., p. 716.

3 M. de Brémond d'Ars, l. cit.

* De Thou, HisL, liv. LI, t. VI, p. 343.

est juste. »' Les intéressés ne devaient pas être d'aussi facile composition que de Thou le fait dire à l'évétjue : « Philippe, lisons-nous ailleurs, ' dans de Thou lui-même, était outré de l'expédition du duc d'Anjou en Flandre, et, quoiqu'il fût très bien informé que Henri ne l'avoil point approuvée, il ne voulut cependant point recevoir pour excuse la raison que ce prince alléguoit, que les guerres civiles avoient épuisé son royaume. Au contraire, il prétendoit qu'il y avoit, à l'égard du roi de France, de l'imprudence et de l'injustice à permettre, pour ménager le repos de son état, que ses sujets, qu'il auroit dû retenir dans le devoir par la terreur des lois, allassent, au milieu de la paix qui régnoil entre les deux couronnes, troubler la tranquillité des siens. »

En 1827, M. de CLermonl-Tonnerre, ministre de la guerre, proposait cette expédition d'Alger qui n'eut lieu que trois ans plus tard : s Sire, dit-il, après avoir lu son rapport, je me rappelle qu'avant 1788 j'ai entendu M. de Laporte, cette noble et première victime de la Révolution, discuter avec mon père la question de savoir si une grande guerre ne serait pas un moyen de prévenir la catastrophe alors imminente. — Cela est vrai, dit le Roi, je me souviens très bien que cette question ajoutée fut alors. — Eh bien ! Sire, nous sommes dans une situation semblable, et je croîs

" Ib., l. cit.

» tb., ib., liv. LXVI, t. VU, p. I

que rien ne serait plus heureux pour la France qu'une grande et glorieuse guerre qui occuperait les esprits et satisferait le sentiment d'honneur national qui a besoin d'être ranimé. » *

M. Camille Roussel , Le marquis de Clermont'Tonnerre , p. 349.

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