‹ Les sentiments moraux au XVIe siècleChapitre 30 sur 36 · CHAPITRE n · texte numérisé non relu

CHAPITRE n

LA COCR.

cour a toujours été un lieu redouté, maudit Quelle idée on inertx^ par les moralistes. Sans doute Tesprît d'oppo- toujours faite sili^Xt se mêle souvent à leurs craintes et à leurs malédiotions ; quand on n'ose pas s'en prendre au motiat^^ue lui-même, on décrie ceux qui l'entourent, ce^X qui le gouvernent; quand on va jusqu'à le mettre eïv Cause, on frappe en même temps sur ceux qu'il élevé et qu'il écoute ; la monarchie elle-même perd de soD crédit par cette démonstration sans cesse renouvelée d'une incompatibilité absolue entre le bien moral et les habitudes qu'elle entraîne à sa suite ou les institutions dont elle ne peut se passer. Assurément, dans les attaques dirigées au seizième siècle contre la cour, il faut faire une large part à l'hostilité systématique ; il n'en est plus de même au siècle suivant ; nos grands orateurs chrétiens laissent aux anciens pamphlets la violence et le cynisme de l'expression, mais leurs jugemens ne sont pas moins sévères ; c'est devant le Roi, c'est après avoir exprimé leur admira-

334 LIVRE IV. — chapithe ii.

tion sans réserve pour lui qu'il» dépcigiicot sans ménagpmenl les périls du séjour rempli par sa présence ; il n'y a que l'intérftl de la religion i-X de la vertu qui les fasse purler.

j aciziËnic

C'est, ii vriii ilirc. an seizième siècle que nous commençons à trouver une cour, dans le sens propre du mot ; la mémoire des contemporains, aidée des souvenirs qu'avaient pu leur transmettre leurs grande pères, cherchait en vain dans l'histoire quelque ehose ■ d'analogue au monde qui suivait François I"; ' il fallait remonter jusqu'à la légende : " En ces noces, ' il no vous faut demander quelle compagnie y fut. car je vous peux bien dire qu'elle pouvoil fttrc comparée aux assemblées qui jadis se souioient faire en l'hôtel du bon roi Arlus, » '

in

feiaty di>peini C'est autour du Roi que se forme la cour; tout y du Roi : " Il faut estimer que la cour en gcné-

' Ud grand prince reprochait à François I" u deui choses qui avoient apporté plusieurs maux k la cour et en la France, nooeeulemenl en hod règne, mais pour celui ttea autres Hoïs ses successeurs, l'une pour avoir introduit en la cour des grandes aaeemblée», abords et rèsldencRs ordinuires des daoïes, et l'autre pour y avoir appelé, iu»tallé et arrêté si grande aitlueDce da gens d't-iglise (Brautôtne, Le grand roi Françoia, t. III, p. 127). >

' Du duc de Lorraine avec Henèe de Bourbon.

* Bibliolliéguâ de i'Ecote detCkartcs, if Bérie, t. 11, p, 385.

rai est la vraie image du prince ; car, tel qu'il est,

telle aussi est sa suite. S'il est sage, elle le sera; et,

s'il aime à folâtrer, elle l'imitera aussi. Et, si un chef

^6 famille, par Tusage, fait que ses enfans et servi*

^6ur8 forment leurs mœurs au patron des siennes,

9^ 'est-ce donc que fera en sa maison un roi, en la

'^fitîn duquel est l'exaltation et la ruine? »*

Cette dernière idée donne, pour ainsi dire, la clef ^^ la vie que l'on mène à la cour. Henri Estienne ^^ppelle la comparaison de Polybe, « par laquelle il dit que les courtisans sont semblables aux jets (jetons) desquels on use pour compter. Car, tout ainsi que, s^lon la place qu'il plaît à celui qui compte de donner 3- tel ou tel jet, il vaut quelquefois dix, quelquefois ^^nt, autrefois mille, autres fois un seulement : ainsi ^^s courtisans , selon que la fantaisie prend à leurs princes, sont haussés ou baissés en un moment. » ' L'essentiel est do plaire au Roi et à ceux qui lui plaisent ; Cheverny vint à la cour en 1563 : « Je reconnus aussitôt, dit-il, ' et je m'en suis bien trouvé depuis, que les dames et favoris peuvent tout ce qui leur plsut, et que les moindres officiers de la cour qui

' La Noue, ch. IL

' Apologie pour Hérodote ^ l'« partie, ch. XV, p. 210.

» P. 223. En 1590, il se hâte de répondre à Tappel de Henri IV, « sachant combien il importe à un serviteur que son maître prenne^ une assurée opinion et créance de sa fidélité et de son affection, quand il entre à son service, pour empêcher ce que les ennemis ou envieux font d'ordinaire contre ceux qui manient les affaires des grands , quand il y intervient quelque disposition du maître (p. 268).»

336 uvuE IV. — r.HAPiTiit; ii.

peuvent entrer dans leurs chambres el cabinets doivent êlre craints cl considérés pour les bonnes ou mauvaises impressions qu'ils peuvent donner des plus grands du royaume. »Cheverny mourut en 1599; son fils, Philippe Hurault, nous dit : » Etant contraint de visiter quelques-uns dos premiers du conseil, je reconnus diversement ce qui est de la face et vent de la cour, selon que l'on sent le Roi nous être plus ou moins favorable. » Il eut l'honneur d'avoir une conversation particulière avec le Roi : » Tous ceux qui étoient dans ledit cabinet se pressèrent à l'envi à qui me feroit plus de complimcns et de protestations d'amitié,.,, au Heu que les jours précédens j'en remarquai qui me regardoient à peine et qui lors paroissoieot les plus officieux et affectionnés. » ' Il est certain que le sentiment d'une dépendance absolue n'est pas fait pour relever les Ames : « La condition des courtisans qui se disent cheminer sur la roue de fortune est de se ranger toujours des plus foits. » '

Il est nécessaire déplaire au Roi ; pour y arriver, on sera souvent réduit à sacrifier une vertu qui ne permettrait pas de se montrer complaisant envers lui.'

■ P. 355 et 356. — « Il me rolloil traverser lo'uLe la cour toute pleine de gens qui avoienL accoutumé de courir pour me voir et honorer. Lors, chacun voyant comme la forlune me tournoille visage, el eux aussi ne HrenL pas semblant de m' apercevoir (Bouillon, p. r)49). .' V. aussi Beauvais-Nangis, p. 38, Oi, BB, 86, 88.

* Régnier de la Planche, p. 420.

' Quand La Noue fui u domestique " du roi de Navarre, sa vertu

LA COUH. 337

U est difficile de se pousser sans écarter autrui, quand les rangs sont serrés sur un même chemin et sur un chemin aussi étroit que celui de la fortune; aussi les courtisans ont-ils à se méfier les uns des autres : il arrive mêjiue « de desservir son maître pourvu qu'à ceux qu'on envie on fasse de la peine. »i Coterie ou intérêt personnel , tels sont les deux pu.issans moyens d'action . Le maréchal de Brissac réprouva bien, en 1S52, quand il envoya son frère Gonnort à Paris; celui-ci « voyoit que beaucoup de seigneurs, dames af, autres ses amis, desquels il vouloitêtre supporté et favorisé près du Roi,semontroient puis un temps assez refroidis en son endroit, selon l'ordinaire des amitiés de la cour, èsquelles ne se trouve quasi jamais tant de constance ou de soli- <lité que l'Absence ne l'afFoiblisse à la parfin, au moins si elle n'est cultivée par continuelles visitations , ou pardons et présens, desquelles deux parties le maréchal s'acquittoit assez médiocrement , tant étoit grande la confiance qu'il avoit en la gloire et en la fidélité de ses bons services. » *

ne faisait que le rendre « moins agréable, ainsi qu'il advient ordinairement à la jeunesse de préférer ceux qui les flattent et aident leurs passions, qu'ils ne font ceux qui, aimant leur bien, leur disent ce qui est bon de faire, chérissant les flatteurs et éloignant ceux qui les aiment, coutume qui ne se perd guère dans la cour et parmi les enfans de France.... (Bouillon, p. /lOO). »

* Bouillon, p. 427.

2 Duvillart, liv. III, t. XXIX, p. 82.

Desj. s. m. 22

Intérêt personnel.

Plaisirs.

Le souci de Finlérêt personnel était poussé jusqu'à Tavidité, jusqu'à une avidité toujours en éveil. Il y eut bien des courtisans qui ne virent dans la Saint- Barthélémy qu'une occasion de solliciter des états ou des bénéfices devenus vacans. * Un courtisan est en général insatiable : « La différence qu'il y a entre ces importuns courtisans et le commun peuple est que les uns ne se peuvent jamais assouvir, quelque bienfaits qu'ils aient reçus de leur maître ; et un pauvre peuple sacrifiera sa vie, mais qu^on ne lui ôte

rien. »

Ce monde, où l'intérêt personnel et Tintrigue tien^ nent tant de place, est en même temps un monde dont le plaisir semble être la vie ; tout y est occasion de fêtes, observe un envoyé toscan, à propos d'un baptême ; ^ on sait quelles dépenses firent les Valois en bals, en mascarades, en banquets, en chasses, et souvent au moment même où ils ne pouvaient satisfaire aux besoins les plus pressans de l'État. Le plaisir était ordinairement le moyen d'échapper à la politique, * parfois celui de la servir. ^ Dans une telle vie,

* Toscarwy t. III, p. 820.

* Pasquier, Lettres^ liv. XII, 1. 8. Œuvres, Amsterdam, 1723, t. II, col. 344.

' Toscane, t. III, p. 215.

* /rf., ib,, p. 441.

« Id.y ih., p. 510 et 512.

le luxe s'épanouit, avec un renouvellement constant de modes coûteuses. *

Les femmes jouent un rôle considérable * dans cette (jes?emme société qu'anime sans cesse le plaisir, mais c'est aux dépens de leur réputation et souvent de leur vertu. Ce qui frappe le plus à la cour, c'est l'immortalité ; le Roi donne ordinairement l'exemple, qui est bien suivi. Il parait peu probable qu'il faille distinguer entre les deux moitiés du siècle, comme faisait Catherine de Médicis^ défendant sa fille Marguerite contre les accusations de Henri III : « Ma fille est malheureuse d'être venue en un tel siècle. De notre temps nous parlions librement à tout le monde, et tous les honnêtes gens qui suivoient le Roi votre père, M. le Dauphin et M. d'Orléans, vos oncles, étoient d'ordinaire à la chambre de Madame Marguerite, votre tante, et de moi, et personne ne le trouvoit étrange, comme aussi n'y avoit-il pas de quoi... — Et elle se mit à discourir de l'honnête liberté des plaisirs qu'ils avoient de ce temps-là, sans être sujets, comme nous, à la médisance. » ^ Ce

^ Brantôme parle des c courtisans^ qui d*eux-mêmes sont inventeurs des belles façons de s'habiller, ou bien merveilleux imitateurs de celles qu'on leur porte, je parle autant pour les gentilshommes que pour les dames ,,, {M. le maréchal de Brissac, t. IV, p. 76). »

' En 1588, le duc de Guise a pour lui la plupart des dames, u ce qui n'est pas un instrument vulgaire dans les actions de la cour (Toscane, t. IV, p. 810). »

3 Marguerite, liv. II, p. 526. Castelnau dit aussi, en se reportant à Tannée 1564 : a Voilà comment l'onméloit avec les affaires de la cour toutes sortes de plaisirs honnêtes (liv. V, chv VU). »

340 UVBE IV. — CKAPHHE ii.

discours sent un peu le- plaidoyer, plaidoyer prononcé par Catherine pour la défense de sa fille, ou adroitement placé après coup par Marguerite dans la bouche de sa mère. 11 ne faudrait pas trop se fier à >> l'honnête liberté dps plaisirs i autour de François I" et de Henri II; Catherine elle-même avait, dans sa jeunesse, connu la duchessR d'Elampes et elle avait subi un long partage avec la duchosse de Valentinois. En revanche, on peut accorder toute confiance à la fameuse lettre où Jeanne d'Alhrel parie à son fils de la même Marguerite, «nourrie en la plus maudite oL corrompue compagnie qui fut jamais ; car je n'en vois point qui ne s'en sente... Ce porteur vous dira comme le Roi s'émancipe : c'est pitié. Je ne voudrois pas, pour chose du monde, que vous y fussiez pour y demeurer. Voilà pourquoi je désire vous marier, et que vous et votre femme vous retiriez de corruption, car, encore que je la croyois bien grande, je la vois davantage. Ce ne sont pas les hommes ici qui prient les femmes, ce sont les femmes qui prient les hommes. Si vous y étiez, vous n'en échapperiez jamais sans une grande grâce de Dieu.... Les hommes, portent à cette heure force pierreries, mais on en achijte pour cent mille écus, cL on eu achète tous les jours. » ' Les progrès de l'immoralité ne s'arrêtent pas, ou du moins son audace ne fait que croître sous llcnri III. ^ C'est alors qu'un auilias-

' lettres de Henri iV,\.. i. p. 32 et 34, i = Toscane, t. IV, p. 600,

sadeur ose dire au Roi de ne craindre point la peste, « parce que la cour est une plus forte peste, sur laquelle Tautre ne peut mordre. » * Quelque habitué que dût être le Roi à entendre dire du mal de sa cour, celte fois il ne cacha point son mécontentement.

La vertu est rare, mais elle n'est pas impossible à la cour. On peut en croire Brantôme, à qui Ton ne saurait reprocher le manque de sincérité : « Or, il faut que je die une mauvaise opinion que plusieurs ont eue et ont encore de la cour de nos rois, que les filles et femmes y bronchent fort, voire coutumièrement, en quoi bien souvent sont-ils trompés, car il y en a de très-chastes, honnêtes et vertueuses, voire plus qu'ailleurs, et la vertu y habite aussi bien , voire mieux qu'en tous autres lieux, que Ton doit fort priser, pour être bien à preuve. ))^

La cour, malgré tous les périls dont elle est remplie, Education est le lieu où se fait, où s'achève tout au moins plus d'une éducation. Les jeunes filles appartenant à la

* Ib., ib., p. 283. — On est forcé de se demander si la galanterie, telle qu'elle se pratiquait dans la seconde moitié du siècle, ne marque pas un progrès, non de moralité, sans doute, mais de politesse. V. une ordonnance de paiement signée de François I", le 30 juin 1540, au profit de Cécile de Vief ville, « dame des filles de joie suivant la cour (M. Champollion-Figéac, op. cit., t. IV', p. 479). »

- Des dames, Discours sur les dames qui font V amour, t. IX, p. 181.

342 UVRE IV. CHAPTTHE H-

plas haute noblesse serniil filins d'honneur de la Reine, surloul les orphelines, donl celle-ci se regarde comme liiti-ice, mais que de dangers dans celte tutelle ! et no dépassent-ils pas les avantages ? Les tils, plus encore que les filles, onl leur place marquée h la cour ; ils entrent dans la maison du Roi on dans celle des princes. Il n'y a pas d'école militaire ; c'est ainsi que s'apprend le métier des armes auquel doit se préparer tout jeune gentilhomme. En vivant auprès du Roi, de ses (ils el de ses frères, on conçoit, on entretient, on développe en soi l'ardent attachement dont on doit faire la loi première et constante do sa conduite. Enfin des parens songent h ménager pour l'avenir de puissans protecteurs à des enfans qui auront toujours des faveurs à demander.

Bouillon raconte son enfance passée à la cour: «Je demeurai depuis la dixième année jusques à la douzième ou environ, prenant ma nourriture à la manière de la cour, conduit et observé par mon gouverneur pour mè faire voir les plus grands de la cour et y observer les choses honnêtes, me cachant les vicieuses, et, où elles étoienl remarquées de moi, il ne manquoît pas de m'en dire les dangers pour les éviter.... — Je n'avois nulles études que la lecture de quelques histoires que mon gouverneur me faisoit lire ; mais ses honnêtes admonitÎQns métoiont de très-bonnes leçons... Je passai deux années, commençant de monter à cheval, tirer les armes et danser... — L'on avoit de ce temps-là nue coutume, qu'il étoit messéant aus

jeunes gens de bonne maison, s'ils n^avoient une maîtresse, laquelle ne se choisissoit par eux et moins par leur affection, mais, ou elles étoient données par quelques parens ou supérieurs, ou elles-mêmes choisissoient ceux de qui elles vouloient être servies. » Damville donna au jeune Bouillon Mlle de Châteauneuf, « laquelle je servois fort soigneusement, autant que ma liberté et mon âge me le pouvoient permettre. J'étois soigneux de lui complaire et de la faire servir, autant que mon gouverneur le permettoit, de mes pages et laquais. Elle se rendit très soigneuse de moi, nie reprenant de tout ce qu'il lui sembloit que je faisois de malséant, d'indiscret ou d'incivil, et cela avec une gravité naturelle qui était née avec elle, que nulle autre personne ne m'a tant aidé à m'introduire dans Je monde et à me faire prendre l'air de la cour que cette demoiselle... Je ne saurois désapprouver cette coutume, d'autant qu'il ne s'y voyoit, oyoit ni faisoit que choses honnêtes, la jeunesse plus désireuse lors qu'en cette saison de ne faire rien de messéant. Cette coutume avoit telle force que ceux qui ne la suivoient étoient regardés comme mal appris et n'ayant pas Tesprit capable d'honnête conversation ; depuis, on n'a eu que l'effronterie, les médisances et saletés pour ornement, qui fait que la vertu est mésestimée et la modestie blâmée, et rend la jeunesse moins capable de parvenir qu'elle ne l'a été depuis longtemps... *

1 P, 379 et380.

344 uvkE tv. — fflkmiK n.

Citait on ftjsltmiff bien dangereux i]ne rHsî qni bï- MÎI confier l'édurslion d'un jeune guv>D ^ l> o^fcbre Mlle de ChftteatUKof.

I^ U.n inn. f^a coiir d<>H Valois, si elle n'eRt pas une école de l'MÎjriî"""' Ifiiii'-'» mtfiirs, liojl i-lrc du moins une écolo de bon Um nt ^U■ bimnc langue. L'influence des princes s'exereu on faveur deH lellrcs, de l'érudition, de la poésie, don nriH. Il ml vrai qu'ils ont beaucoup k faire, qu'ils n^icunlrcnt de la résislauce : " Je reconnus, dit Cheverny, ' que mfime k la cour, bien que les sciences et c«lto Innguo (le latin) y traient méprisées, quiconque mi peut avoir la capacité en doit conserver quelque UHAgc facile, pour ne demeurer court et s'en servir aux occasions. » Il est vrai aussi que les poètes se plaignent. Du Hellay, qui appelle la cour <' la seule école où volontiers on apprend n bien et proprement parler, » ' n'en Iraco pas moins avec amertume le portrait du poète-courtimn : '

Oil tu longueur surtout il convient que je fuie. Car Ho tout loti); ouvrage k k cour on s'ennuie,

Il Tsul que rie jeunesse

Aux ruses et façons de la cour il se dresse.

• P. ïa7.

» Kftirt OH Itftfvr, en léle de VOHvf. p, 1

' l\ laOelsuiv.

'la cour. 345

Inutile de pâlir sur les livres, d'étudier à fond le grec et le latin :

Ces exercites-là font Thomme peu habile, Le rendant catarreux, maladif et débile, Solitaire, fâcheux, taciturne et songeant.

A quoi bon même polir des vers? Ce n'est pas fart qu'il faut suivre, mais

.... le seul naturel, sans art et sans doctrine,

Fors cet art qui apprend à faire bonne mine.

Car un petit sonnet qui n'a rien que le son,

Un dixain à propos ou bien une chanson,

Un rondeau bien troussé avec une ballade

(Du temps qu'elle couroit) vaut mieux qu'une Iliade.

... Et soit la seule cour ton Virgile et Homère.

La cour n'a que mépris pour la science ; ce qu'il lui faut, ce sont des vers d'occasion, pour les victoires, pour les noces et festins, pour les mascarades et les tournois :

Je veux qu'aux grands seigneurs tu donnes des devises.

Je veux que tes chansons en musique soient mises,

Et, afin que les grands parlent souvent de toi,

Je veux que Ton les chante en la chambre du Roi.

Un sonnet à propos, un petit épigramme

En faveur d'un grand prince ou de quelque grand'dame....

On évitera les mots durs et nouveaux. En outre

de la cour l'école, c'est la table...

Il faut avoir toujours le petit mot pour rire. Il faut des lieux communs qu'à tout propos on tire. Passer ce qu'on ne sait et se montrer savant En ce que l'on a lu deux ou trois jours devant.

Quand on pubtitia dos vfirs, on aura soin rfo déclarer que c'est pat n commandcmenl du prince, •• mais il serait plus habile de u no rien mettre en lumière, » pour garder le droit de juger librement autrui, alors on recevra

lea bieDH el les bonneurs, mi non la pauvreté, des Muses l'héritage, Laquelle est à ceux-là réservée en partage. Qui, dédaignant la cour, fâcheux et mal plaisauE, Pour allonger leur gloire accourcisEent leurs aub.

Faut-il accepter sans réserve ce jugement sévfero, auquel aurait volontiers souscrit toute la Pléiade ? ne | convient-il paa, d'ailleurs, de rechercher et de discer- li ner les sentiments qui l'ont inspiré? Le ton' en est fifir ; il convient, sans doute, à l'ftmo de du Bellay; cependant il ne doit pas noua faire illusion sur l'indépendance et le désintéressement des poètes, h qui, du reste, les moeurs du temps étaient loin de les imposer, ne les permellaîent peut-être pas. Loin de dédaigner les présens des princes el des grands, la Pléiade regrette de n'y avoir point une part assez large ; elle offre la çloire, dont elle croit disposer à ceux qui la mériteront par leur libéralité. Ce qui l'irrite le plus, c'est de voir qu'une partie des largesses qui lui sont dues s'égare sur les poètes de l'ancienne école, sur les disciples des Marot et des Saint-Gelais, cens qui ne demandent d'inspirations qu'à la nature, non à l'art el à la scieuce, ceux qui prèlenl complaisamment leur talent ou leur facilité aux amusemens divers de

leurs protecteurs, au lieu de se proposer, dans Tîntérèl des lettres et pour Thonneur de la patrie, la reproduction des chefs-d'œuvres antiques ou la production d'ouvrages aussi dignes d'admiration. * La haute ambition de la Pléiade n'admet pas de partage ; elle est trop sûre d'elle-même pour être tolérante. Elle ne comprend pas non plus toujours les conditions auxquelles on peut plaire; elle s'étonne que son érudition ^mythologique ne soit pas toujours comprise ni goûtée par tout le monde ; quand elle adresse une ode à un grand seigneur, elle ne demande pas mieux que ^e l'accabler de louanges, mais elle exige qu'il se laisse accabler de grec et de latin ; s'il lui convient d'être loué avec moins de science et plus de clarté, ^'1b est disposée à le traiter de barbare. Elle ne se rend pas compte de la différence qu'il y a entre ceux qui écrivent et ceux qui lisent ; qu'elle place très haut ^^ charge d'écrire et qu'elle impose beaucoup à ceux V^i la prennent, on ne peut que l'en louer ; mais elle n'attend pas moins de ceux qui se contentent de lire ; d^s hommes de cour n'étaient pas tenus de connaître la généalogie compliquée des demi-dieux et des héros, el ce n'est pas de leur part une preuve de mauvais goût que de se complaire si peu dans cette science fastueuse et vaine, à laquelle l'école de Ronsard attachait tant d'importance, et qui lui a fait un si grand tort.

* V. sur cette lutte des deux écoles M. J. Favre, Olivier de Magny, p. 140,

- CHAPITRE II

f Quand on s.; Faiil-il quiUiîr celle cour, où la verlii court lanl do |-de la cour, périls el OÙ le taleril reçoit si peu de reconnaissance ? A la rigueur, avec beaucoup tlo prudence on y peut rester hotinèle : « Parmi toutes ces choses il y avoit des amours mêlées, qui font ordînairiiraent à la coiit la plupart des brouillerics, et s'y passent peu ou point d'affaires quo les femmes n'y aient part, et le plus souvent sont cause d'infinis malheurs k ceux qui les aiment et qu'elles aiment. C'est pourquoi, si vous me croyez et voulez être sage, voua vous retirerez de la passion el tâcherez de vivre en sorte" qu'elles ne croient que vous les méprisiez ou fassiez mauvais office, mais qu'elles vous pourront conjurer à les aimer plus que vous ne ferez, vous mettant toujours de tout votre pouvoir au-devant do toutes vos actions la gloire de Dieu, de n'enfreindre ses commandemens de tout votre possible. »' Si la vertu peut être conservée à la cour au milieu de beaucoup de difficultés, il n'en est pas de même de la tranquillité ; on ne la recouvre, pour un lemps ou pour toujours, qu'à la condition de s'éloigner. Que àc fois, quand on n'est auprès des princes, on regrette le village où l'on passa ses premiers ans, dans l'innoncence, la paix, et la

liberté ! * Mille raisons, qui toutes sont puissantes, si elles ne sont pas toutes absolument pures, retiennent dans ce lieu qu'on maudit et auquel on ne peut s'attacher. On accepte volontiers un éloignement momentané. Bongars se plaît a s'absenter pour « chercher quelques restes de la* bibliothèque de M. Cujas » et il écrit : <r Vous rirez sans doute de bon cœur, lorsque vous vous représenterez cette foule de monde qui va à la cour pour y faire ses affaires et pour tâcher de tirer du Roi quelque argent, et qu'en même temps un homme de cour et d'État comme moi et qui ne suis pas extrêmement accommodé s'enfuir en des lieux écartés pour acheter des livres et des papiers en désordre ou à demi mangés des vers. » ^

» D'Aubigné, t. lïl, Élégie, p. 223 :

Nos princes clairvoyans me virent au village, Roi d'un petit hameau, prince de mon ménage, Et n'eurent de repos tant que j'eusse perdu Mon aise et mes raisons et que j'eusse rendu, Ma liberté esclave à leurs vaines promesses. On retrouve les mêmes idées chez un poète qui ne fut qu'un poète, Olivier de Magny (V. M. J. Favre, op, cit., p. 82 et 83), et chez bien d'autres, chez tous les autres.

2 P. cxxxv.

ciiAciTUE m

LES AHUS LAKS LE COlICS ECCLÉSIASTlQUIi.

Il est c(!rlain qui' de nombreux et criaiis abus s'é— • taient glissés au soin du corps ecclésiastique.

La prédicalion, celle partie essentielle de ses de— d voirs, était négligée : « Il y a, disait Érasme, ' der <J évéques qui, de leurs fonctions, ne retiennent pou ^ eux que les comptes et ce qu'il y a de bas, laissant a — ~i premier misérable venu celte charge de prêcher, k. première dignité des évêques. » La même plaint était portée longtemps après, en 1560, devant les États-Généraux d'Orléans, par un orateur du tiersétal : « Les mœurs corrompues avoicnt amené un tel dédain de prêcher et d'enseigner... qu'il sembloït cire contre la dignité d'un grand prélat, voire être chose honteuse de prêcher ou enseigner. El, prenant exemple sur les plus grands, les simples curés dédaignoîenl aussi de prêcher, et le faisoienl faire par prêtres ignO' rans et indignes, lesquels, disant les messes parois-

' Coiioguia, Ichthyophagia.

siales, ne remoalroient qu'une même chose, faisant servir un sermon en toule saison. » *

Les peuples n'étaient pas instruits de leur religion. Hgïi résultait d'abord qu'ils ne connaissaient pas leurs devoirs : « Les vicaires, disait THôpital au parlement, ' ne leur parloient que de payer les dîmes et offrandes, et rien des bonnes mœurs, au moyen de ÎUoi ils faisoient métier de dérober sans conscience. » ^e défaut d'instruction eut une autre conséquence; ^* livra les fidèles, comme une proie sans défense, à ^'tiérésie ; les prédicateurs protestans avaient « trouvé '^ peuple sans conduite de pasteur, de berger, ni de £> ^rsonne qui prît charge de les enseigner ; facilement i^ls avoient été reçus et volontiers ouïs et écoutés. » ' tX fallait, pour résister, confesser ses fautes, jeûner, E^K'ier, « et surtout prendre le glaive de Dieu, qui est ^st parole. » * Le conseil fut suivi, nous le ver-

Si les prêtres s'abstenaient de prêcher, ce n'était

pas seulement parce qu'ils manquaient de zèle, c'é-

t^t encore trop souvent parce qu'ils manquaient de

' L'Ange, de la Place, liv. IV, p. 89. — Cf. de Thou, HisL, liv. XXVII, t. IV, p. 9. L'orateur de la noblesse, Rochefort, tenait le même langage, p. il. — V. aussi à Pontoise, en 1561, le discours de Bretagne pour le tiers-état (de Thou, liv. XXVII, ift., p. 75).

» De la Place, liv. II, p. 48. — Cf. de Thou, liv. XXV, t. III, p. 620.

' Discours de Monluc, évêque dé Valence, à rassemblée de Fontainebleau, De la Place, liV. III, p. 55.

de réformer l'Eglise et rassemble des témoignages pour établir que TEglise elle-même allait entreprendre cette grande tâche, quand parut Luther. *

<c Celui qui se vendique et attribue le nom d'ecclésiastique doit être de bonne vie et mœurs, aux saintes leltres bien versé , entendu et érudit, et non affectionné aux biens et possessions. » ' Est-il alors beaucoup d'ecclésiastiques à qui Ton puisse attribuer ces mérites ? Les trois vices principaux que signale chez eux L'Ange, orateur du tiers-état à Orléans, sont l'ignorance , l'avarice , « la superflue dépense et pompe.... » ^ Grimaudet fait une énumération plus longue ; il y entasse la richesse, le luxe, la lubricité, la simonie, l'orgueil et l'ignorance. *

Le premier point, quand on a un devoir à remplir, c'est d'avoir le désir de le remplir. Ce désir manque malheureusement chez beaucoup de gens d'Eglise, indifférens aux saintes fonctions dont ils sont chargés : a Combien qu'en France et par le reste de la chrétienté le nombre des hérétiques s'augmentât de plus en plus , d'autant plus étoient nonchalans les prélats et pasteurs de l'Eglise, à commencer depuis les cardinaux et archevêques jusqu'aux plus petits et simples curés, de faire leur devoir en leurs charges et

* Liv. I,I-V.

* Discours de Bretagne (De la Place, liv. IV, p. 142).

» Ib,, liv. IV, p. 86. — Cf. de Thou, liv. XXVIÏ, t. IV, p. 9.

* Régnier de la Planche, p. 392.

Desj. s. m. 23

354 LIVBE IV. — CHAPITRE in.

ne se soucîoient comment le tout se porLât, moyonnant qu'ils pussent tirer à eux le revenu de leurs bénéfices " ' L'évêque de Valence déclarait que < les

évoques avoient élé paresseux, n'ayant aucune crainte devant les yens de rendre compte à Dieu du troupeau qu'ils avoient en charge. » '

L'éloge que fait le loyal serviteur de l'évèque de Grenoble, oncle de Bayard, n'est pas ûatleur pour les prélats en général : « Volontiers disoïl tous les jours messe, s'il n'éloit mal de sa personne. Et plût h. Notre-Seigneur que tous les prélats du présent fussent aussi bons serviteurs de Dieu el aussi charitables aux pauvres qu'il l'a été dans son temps! »"

Pour exercer ses fonctions et remplir ses devoirs, il faudroit résider, et combien d'ecclésiastiques ayant charge d'âmes, qui se dispensent de résider! '

a Les archevêques, évêqucs et cardinaux de France étoient quasi tous à la cour du Roi et des princes ; les abbés, prieurs et curés dcmeuroicnt, les uns es grosses villes de France et autres lieux où ils prenoîenl plus de plaisir qu'à résider sur leur charge et prêcher et annoncer la vraie parole de Dieu à leurs sujets et

' Cl. Haton, p. 89.

» De la Place, liv. III, p. 56.

' Ch. 11.

' V. M. Picot np. fit., t. II, p. 89 et suiv., 403 ; t. lil. p. 157. - M. Arthur Desjardins, op. cit., p, 302 et suiv , 417 et suiv.

paroissiens. De la nonchalance desquels prenoient les hérétiques luthériens occasion de médire 'de TEglise de Jésus-Christ et de débaucher les chrétiens d'icelle. »* La plainte était générale ; elle ne pouvait manquer de trouver des échos dans les diverses assemblées politiques, 011 tous les maux du royaume étaient signalés. En 1560, devant les notables réunis à Fontainebleau, Tévêque de Valence, soupçonné, il est vrai, et non sans raison de complaisance pour les réformés et lui-même fort peu résident, dit que Ton avait vu quarante évêques « résider à Paris pendant que le feu s'allumoit en leurs diocèses ; » l'archevêque de Vienne, contre lequel s'élevaient les mêmes accusations, reproduisit les mêmes griefs et compara les évêques qui ne résident pas en temps d'hérésie à des gens de guerre qui se tiendraient dans leurs maisons au jour du combat. * Le principal défenseur de l'orthodoxie, le cardinal do Lorraine, s'accordait sur ce point, avec les deux prélats suspects. ' Les états-généraux d'Orléans demandaient, Tannée suivante, que l'obligation de résider fût imposée à tous , sans exception. * Le parlement de Paris ordonna « que tous les évêques videroient la ville dedans un certain temps, sur peine que l'on mettroit les meubles sur le carreau; » il

* Cl. Haton, p. 89 et 90. Brantôme, dont l'autorité n'est pas grande en de telles matières, a essayé seul de défendre le défaut de résidence (Le grand Roi François^ t. IIl, p. 130).

* De la Place, liv. III, p. 56 et 59. 3 /d., ib., p. 67.

* /d., liv. IV, p. 91.

valait mieux encore pour les prélats, comme disait l'évèque de Valence au colloque de Poissy, recevoir du chancelier, i' sous l'aveu et autorité du Roi, » commandement c de se tenir en leurs diocèses, sur peine que l'on saisiroit les meubles de leur logis. » L'évèque admettait d'ailleurs, qu'il était « besoin d'ajouter aux avis de résidence une peine rigoureuse contre les transgresseurs. » ' N'était-ce pas le défaut de résidence qui avait produit les divisions de l'Eglise?'

L'un des avantages que devait avoir la résidence imposée à tous, c'était qu'ils " communiqueroient le bien des églises aux pauvres et se mettroienl en devoir de faire leur état de prêtres, »' On critiquait fort la manière dont était dépensé le » bien des églises. » A Fontainebleau, l'évèque Mon! ne reprochait à ses collègues « de conserver leur revenu et en abuser en dépenses folles et scandaleuses, n' Aux étals-généraux d'Orléans, L'Hospital demande « aux prélats de se souvenir qu'ils ne sont qu'administrateurs et qu'ils rendront compte, » de se borner à « l'usage desdils biens et distribuer le reste aux pauvres ; « '^ il souhaite « que les ecclésiastiques ne fassent pas servir au faate et à la magnificence les biens immenses qu'ils

' Id., Wv. VU, p. 200 et 201. Cf De Thou, Liv. XXVIII, l. IV, p. 101.

■ Diecours de Grîmaudct (Régnier de la Planche, p. 393).

■ DiBcoura de Rocheforl (de k Place, liv. IV, p. 90). ' De la Place, liv. lli, p. 56.

' Id.. liv., IV, p. 84.

tiennent de la libéralité des rois et des peuples, mais qu'ils les emploient à soulager les pauvres. » *

rv

Le besoin de dépenser et le désir d'amasser don- Avarice nent naissance à un même vice, Tavidité, l'avarice . Que de fois n'en accuse-t-on pas les gens d*église ! Un des moyens qu'on emploie pour s'enrichir est le cumul des bénéfices, abus contre lequel s'élèvent des protestations constamment renouvelées.' Le cardinal d'Amboise semblait faire exception : « Il avoit été un très-sage prélat et homme de bien en son temps et n'avoit jamais voulu avoir qu'un bénéfice. » ^

L'avarice ne respecte pas les choses les plus sa- Simonie crées : « Qu'on ne fasse rien en l'Église pour l'argent, » dit Farchevèque de Vienne !* L'Hospital désire que les prêtres « ne prennent or ni argent pour les saints sacremens et ne vendent les choses saintes ; » ^ Grimaudet les accuse de faire payer pour tous les sacremens, baptême, ordination, mariage, absolution, prières, bancs des églises, enterremens, places aux cimetières. ®

ï De Thou, liv. XXVII, t. IV, p. 5.

' Régnier de la Planche, p. 392.

3 Le loyal serviteur, ch. XL.

* De la Place, liv. III, p. 59.

* Id., liv. IV, p. 84.

* L. cil, V. les mesures prises contre la simonie, M. Picot, op^ cit.j t. II, p. 400, 409. — M. Arthur Desjardins, op. cit., p. 305 et suiv., p. 449.

CommoDt sont

donnés les bËnèllcus.

Les désordres ne sauraient étonner, quand on songe à la manière dont sont donnés les titres ecclésiastiques, quand on voil « bailler les évèchés aux enfans et à personnes ignorantes et qui n'ont le savoir no la volonté de faire leur état,... que les curés ignorana, avares, occupés à toute autre chose que leur charge, ont été, pour la plupart, pourvus de leurs cures par moyens illicites; qu'autant de deux écus les banquiers ont envoyés à Rome, autant de curés nous ont-ils reovoyés. Les cardinaux, les évéqucs n'ont pas fait difficulté de bailler leurs bénéfices à leurs maîtres d'h6tel, vOire à leurs valets-de-chambre, cuisiniers, barbiers et leurs laquais. ' » On avait trop rarement souci de la vocation. Un prêtre catholique. Cl. Haton, disait, en parlant de l'époque où avaient commencé chez nous les troubles religieux : u Pour ce temps, y avoit par la France assez grand nombre de prêtres, et si l'accroissoit-on tous les ans, car, le temps étant corn-

' Discours de l'^vËque Monluc à rassemblée de Fontaïnebleau, /. cil; p. 56. — Théodore de Béïe ' accusait les évê(}ue8 d'acheter leurs nominations {Id., ib., p. i94). — Grimaud et disait hautement que les bénéfices ét^ent vendus iï prix d'argent donnés à n'importe qui, en récompense de n'importe quels servi (Régnier de la Planche, p. 393 ; cl', p. 398).— En 1574, la Boorgo^nt se plaint de ce qu'entre les ecclésiastiques u s'exercent [Ujbhquemenl un trallc et commerce de bénéfices, comme si, avm la corrupdon des mœurs, telle marchandise ëtoit approuvée et rendue licite (Ta vannes, liv. Il, p. 46t). >.

me en paix, les laboureurs des villages qui avoient trois ou quatre eufans se réjouissoient d'en envoyer Tun d'eux aux écoles pour le faire prêtre, nonobstant que la plus grande part fussent vicieux et mal vi-

vans. » *

Si le clergé séculier subit tant d'attaques, non sans Le clergé les avoir méritées en grande partie, on pense ce qu'il ^ en doit être, on sait ce qu'il en est des réguliers. Les moines, surtout les mendians, étaient accusés avec violence, et chose plus remarquable assurément, d'une manière unanijne ; il y avait de justes reproches à leur adresser, encore que les mauvaises passions pussent les exploiter. L'opulence avait corrompu des institutions faites pour le travail et la prière : la vie monastique appelait trop de monde et offrait une condition trop douce pour qu'une piété s^Bcère et des vues pures la fissent embrasser par ^ou8. En 1538, une congrégation de cardinaux et de P'*^ia.ts, consultée par le pape Paul III, lui proposait ^ Suppression des ordres religieux comme le seul ^^y'en de faire cesser le scandale. '

^Nl. Crétineau-Joly, Histoire religieuse y politique et littéraire

^. *^c*. compagnie de Jésus , 2» éd., t. I, p. 38. — Sur les mesures

pns^g par le pouvoir civil pour la réformation des ordres monasti-

que^^ V. M. Picot, op. cit,, t. II, p. 92, 412. — M. Arthur Des-

'^ar^ins, op. cit., p. 451.

Réformes rians La corruption du corps ecclésiastique a un double occiÉBinatiquc. effet ; d'unc pari, elle entraîne, par la puissance du mauvais exemple, la corruption de la nation tout entière ; d'autre part, elle détache de rËg:lise et dispose à l'hérésie tous ceux qu'elle scandalise : ' «La dissolution de notre Église a élé cause do la naissance des hérésies et laréformaLion pourra être cause de les éteindre » ' Ce sonl quelquefois les peuples eux-mêmes qui sentent le besoin d'un meilleur exemple et qui le réclament de leurs prêtres. '

La nécessité d'unc réformation est reconnue, proclamée par tout le monde. Pour la demander, on n'en reste pas moins lidèlft k sa religion; ce qu'on veut réformer, ce u'est pas l'Eglise, ce sont ses membres. * Aux membres on ajoute d'ordinaire le chef. Il y avait dos scandales autour du Sainl-Sifego, quelquefois sur le Saint-Siège même. Rome n'était pas seulement accusée par les hérétiques nu les gallicans. Les Italiens eux-mêmes signalaient les maux dont elle souffrait. Nous ne rappellerons que le témoignage d'un orateur célèbre alors, Corn. Musso, évéquc de Bitonto. "

' L'Hospilal au parlement [de la Place, liv. Il, p. 47). — Cf. de Ttiou, liv. XXV, t. m, p, 330.

' L'Hospilal aux états-généraux {de la Place, liv. IV, p. 86).

* TavanneB, liv. H, p. 461.

* QuioLin aux états-généraux (de la Place, liv. IV, p. 95), ' Sermons prCcliés à Home devant S. .S., Lrad., Paria, 1614, not.

Une réforme décisive sur les points essentiels, une réforme générale, applicable au clergé de tous les pays, ne pouvait être accomplie que par le chef et les représentans de la chrétienté tout entière. C'était à un concile général qu'appartenait une telle œuvre ; mais ce concile, si constamment réclamé, si longtemps attendu, si souvent interrompu, terminerait-il jamais sa tâche ? D'ici là, chaque État, chaque clergé ne pouvaient-ils pas, ne devaient-ils pas faire ce qui dépendait d*eux et ce qui rentrait dans leurs attributions légitimes pour arrêter le mal et rétablir Tordre? Les efforts ne manquèrent pas en France, ni de la part du pouvoir civil, des rois avec leurs édits, des États, généraux ou particuliers, avec leurs doléances, des parlemens avec leurs arrêts, ni de la part du clergé lui-même, quelques sacrifices personnels que dût coûter à un certain nombre de ses membres un travail si considérable.

L'action directe du pouvoir civil ne pouvait pas être aussi efficace qu'on le croyait, qu'il le croyait luimême. Outre qu'il est toujours très difficile de rendre les hommes vertueux malgré eux, il s'exposait à se voir contester les droits dont il faisait usage. Il y en

t. II, 12^ sermon, De la prohibition de Vavarice, Il se plaint des larrons qui sont à Rome, des fraudes commises envers les prêtres. On trompe un pauvre prêtre ; on « lui fait céder son droit, on lui fait résigner son bénéfice, on lui fait laisser sa pension, en lui promettant monts et vaux, et enfm se trouve nu et faut qu'il mendie... Oh ! qu'il y en a en cette cour qui ne vivent d'autre métier !... Qui sont les pires larrons, ceux-là des bois ou ceux-ci ?... Semble un péché contre le Saint-Esprit dire mal d'eux... »

363 UVBE IV. — CHAPITRE lll.

avait bien qui étaient trop certains pour être mis en doute; mais, dès qu'il les ûXGrçail,il irritail cens qu'il voulait contraindre ; ses intentions étaient suspectes ; on l'accusait de favoriser l'hérésie ; on croyait que c'était des vues intéressées qui le faisaient agir, quand il était question des biens ecclésiastiques, el l'on ne se trompait pas toujours. Ce qu'il pouvait faire de plus utile, c'était encore de stimuler le clergé ; l'influence valait mieux que les moyens violens. A l'ouverture du colloque de Poissy, le Roi dit qu'il priait les dignitaires présens, « d'autant que leur autorité se pouvoit étendre, y vouloir mettre la main si avant que leurs ennemis perdissent l'occasion qu'ils avoient prise de médire d'eux et distraire le peuple de leur obéissance. » '

Le clergé, pour se réformer lui-même, avait à déployer une grande énergie; il Ce sont, écrivait le cardinal de Lorraine à L'Aubospine,' les remèdes ordinaires que ce qu'ils disent, ' de faire vivre bien et résider les gens d'église (chose que vous pouvez bien penserque l'on n'oublie pas), mais, élantle mal extraordinaire, urgent, il y faut des herbes plus fortes, et que l'on voie une telle réformalion en iceux qui doivent servir d'exemple ou de miroir, que le commencement puisse retirer et rappeler les dévoyés et éteindre le feu qui croît tous les jours.»

' De ia Place, liv. VI, p. 158.

Le 10 sept. 1500, L'Aubespine, p. fi35. CL ib.. Mémoire de ce qv,i a été dit et représenté au roi palftolique, p. W2, ' 'u pape.

Il en coûte d'avoir h se réformer. En 1564, le chancelier, s'adressant aux députés du parlement, trouvait qu'il n'y avait pas encore beaucoup de progrès accomplis : « Combien pensez- vous qu'il y ait d'hommes qui, après avoir mené une vie déréglée, touchés des troubles qu'ils ont vus naître, sont rentrés en eux-mêmes et ont changé de vie ? Combien d'évêques et de prêtres ont renoncé aux plaisirs, au faste, au luxe, pour faire cesser les plaintes et les reproches du public et ont entièrement rompu tous leurs commerces criminels ? » *

Casteinau constatait cependant les fruits que portait l'action du clergé sur lui-même : « En ces temps, comme plusieurs choses se faisoient ou par exemple, ou par imitation, ou par volonté de mieux faire, les évêques et docteurs théologiens, curés, religieux ou autres pasteurs catholiques commencèrent à penser en ces nouveaux prêcheurs si désireux et ardens d'avancer leur religion, et dès lors prirent plus de soin de veiller sur leur troupeau et au devoir de leurs charges et aucuns à étudier es saintes lettres à Tenvi des ministres protestans qui attiroient les peuples de toutes parts, et, craignant que lesdits ministres n'eussent l'avantage sur eux par leurs prêches et par iceux attirassent les catholiques, ils commencèrent aussi à prêcher plus souvent que, de coutume, en avertissant les auditeurs de se garder bien des hérésies des nouveaux

» De Thou, Hist., liv. XXIX, t. IV, p. 158.

364 uvBE IV, — ciiAPimE m.

dogmatisans, sur peine d'encoarir la haine de Dieu en se dépariant de la vraie Eglise. Davantage les jésuites, tous les mendians et autres religieux, qui prêchoient aussi plus qu'auparavant, alloient par les villes, villages et maisons des particuliers admonester un chacun de la doctrine des proleslans. »' Dans ces prédications qui se multipliaient, il semblait qu'il dût être « défendu aux prêcheurs de disputer propositions qui sont en controverse touchant la religion,» etqu'ils eussent à " prpcher simplement bonne doctrine reçue de l'Église, remettant les disputes aux écoles, h*

Enfin le concile de Trente put faire et terminer son œuvre. ^ Il toucha peu aux préceptes, se bornant k rappeler ceux que les habitudes contraires pouvaient faire regarder comme abrogées, tels que l'interdictioii des duels, * maintenant et développant des principes dogmatiques féconds en conséquences morales comme ta justification par les œuvres, ^ Nous avons ici k signaler ce qu'il fit pour régler la prédication et réformer les mœurs. Il obligeatous les prêtres ayant charg-e d'Ames à prêcher ou à taire prêcher la parole de Dieu, à enseigner au peuple ce que tout le monde doit sa-

■ Caslelaau, Ht. III, p. 137.

- V. nol. le manuBcril de l'archevéquH .Marillac, L'Aubespine, p. 775.

= V. M, Dejob, De l'influence du concile de Trente sur la Uttéralvre et tes beaux-ark cJten les peuples callwliques, en particulier lesohup. I et II.

* Sess. XXV, Décret de ré formation, ch, XIX,

" Sess. VI, Décret iouekant ta justi^ation,not . ch. XVI.

LES ABUS DANS LE CORPS EGCXÉSl ASTIQUE. 365

voir pour le salut, à indiquer d'une manière brève et claire les vices qu'il faut fuir et les vertus qu'il faut pratiquer pour échapper au châtiment éternel et mériter la gloire céleste. * Il prescrivit de donner des vicaires aux recteurs et curés ignorans ' et, pour Tavenir, exigea une instruction suffisante des évéques ^ et des autres dignitaires ecclésiastiques. * Pour c rétablir la discipline ecclésiastique détruite (coUapsam admodum) et corriger les mœurs dépravées du peuple chrétien, » il fit de la résidence une obligation étroite, renouvela les anciennes peines et en établit de nouvelles contre ceux qui y manqueraient. * Plusieurs décrets rappelèrent aux ecclésiastiques en général, ® aux évêques en particulier' les devoirs qu'un grand nombre d'entre eux avaient cessé d'observer. Les réguliers reçurent le commandement de vivre d'une manière conforme à leur règle et les supérieurs durent y tenir la main. '

* Sess. V. Décret de réformation, ch. II, et sess. XXIV, Décret de reformations ch. IV. Du devoir des évêques touchant la prédication de la parole de Dieu, et que les paroissiens seront exhortés de l'aller entendre à leur paroisse. Cf. ib., ch. VII.

' Sess. XXI, Décret de reformations ch. VI. 3 Sess. VII, Décret de réformation, ch. I, et Sess. XXIT, Décret de réformation, ch. II.

* Sess. VII, Décret de réformation, ch. III, et Sess. XXIV, Décret de réformation, ch. XII.

^ Sess. VI, Décret de ré formation, ch. I et IL Sess. XXIII, ch. II.

« Sess. XXIÏ, Dec. de réf., ch. I.

■^ Sess. XXV, Dec. de réf., ch. I et XVII.

* Sess. XXV. Dec. de réf.. Des réguliers et des religieuses.

Les décrois ne suffisent pas pins que les résolutions spontanées pour amener un changement immédiat, surtout dans un corps très nombreux, On sait, d'ailleurs, quelle difficulté rencontra la réception du concile de Trente dans plusieurs pays, assurément décidés à rester orthodoxes, mais jaloux de leur indépendance et de leurs prérogatives; nulle part il n'y en eut de plus sérieuses qu'en France.

(I Les hommes vertueux et savans ne manquent pas. écrivait en 1577,unVénitiencliargé d'observer ce qui se passait chez nous;' leur exemple et leur enseignement produiraient de grands fruits, si tout ce qu'ils font n'était pas détruit par les plus puissans, qui n'ont pas encore accepté le concile de Trente et qui empêchent qu'il ne le soit. Le prêtre français n'est pas très débauché; il n'a d'autre vice que celui de la gloutonnerie, qui lui est commun avec le reste de la nation. H serait donc moins difficile d'améliorer ce clergé que celui d'autres pays, où les excès sont bien plus crians. Il y a de bons et savans prédicateurs, capables de prêcher trois à quatre heures de suite, ainsi qu'ils font le vendredi saint, sans se reposer un instant, sans presquejamais cracher, chose vraiment incroyable ! »

Nous avions «de bons et savans prédicateurs» dans la dernière partie du siècle ; mais les prédicateurs de la Ligue furent ceux qui attirèrent et domi-

nèreni le public; l'Église n'eut pas plus que la France à se féliciter du rôle qu'ils jouèrent ; la morale ne fournissait guère de matière à leurs sermons ; ils ne manquaient pas de relever les vices et les crimes dans le parti qu'ils attaquaient ; mais ils fermaient les yeux sur ceux auxquels on se laissait aller dans le leur; ils inspirèrent plus d'une funeste résolution ; ils excitèrent, on pourrait dire ils armèrent plus d'un assassin. La chaire chrétienne rentra dans son devoir, quand la France elle-même reconnut le sien. Mais la royauté dut invoquer le secours du Saint-Siège pour y ramener tous ceux qui avaient charge d'enseigner le peuple. *

* <c Je lui parlai (au pape) de ce que le Roi désiroit que S. S. ordonnât au nouveau Nonce de pourvoir à ce que les prêcheurs en France prêchassent avec la discrétion et la modération requises, sans s'ingérer aux affaires d'État, dont ils ne savoient les motifs, ni tenir propos tendant à sédition. . . Et S. S. me dit qu'elle Pordonneroit ainsi au Nonce nouveau .. . (D'Ossat, Lettres, 14 mai 1601, t. IV, p. 364).»

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