L'esprit militaire
Éducation Un jeune gentilhomme n'hésite guère, dès l'en-
m 1 aire. f^nce, SUT Temploi de sa vie ; la piété même aurait moins de force pour l'attirer du côté de l'Eglise que la bravoure héréditaire pour l'entraîner vers la guerre. * Bayard, âgé de treize ans, répond à son père : « Je serai, s'il vous plaît, de l'état dont vous et vos prédécesseurs ont été, qui est de suivre les armes ; car c'est la chose en ce monde dont j'ai le plus grand désir, et j'espère, aidant la grâce de Dieu, ne vous faire point déshonneur. » * Plus tard il aima les enfans chez lesquels il retrouvait sa première ardeur ; il les associait volontiers à ses plus hardies entreprises : « En la compagnie du bon chevalier puis six
* Le maréchal de LescuQ « avoit laissé le bonnet rond ;.... il se sentit trop gentil compagnon pour se mettre d'Eglise (Fieurange, ch. LXXVIII). »
' Le Loyal serviteur y ch. IL
l'esprit et les mœurs militaires. 369
Jours avoii été fait archer un jeune gentilhomme du Dauphiné, nommé Guigo-Guifray, fils du seigneur do Boutières, lequel n'avoit point plus de seize à dixsept ans, mais il étoit de bonne race et avoit grand rfésir d'ensuivre ses parens. » Ce jeune gentilhomme ^'empara d'un porte-enseigne. *
Après la première éducation militaire, qu'on avait ^ô^ue, soit chez ses parens, soit chez quelque prince ^u grand seigneur, on avait le désir d'aller à la êrvierre, à la vraie guerre, et l'on y allait de bonne Ixeure : « Je commençai mon premier métier à l'âge d^ quinze ans, qui fut de porter Tarquebuse sur le ^ol,» disait le marquis de Pisani.* L'enfant qui enten- ^\Bit parler d'une entreprise dangereuse brûlait d'en prendre sa part. Le futur maréchal de Brissac quittait ^5L maison du Dauphin, « en même temps qu'il couroit ^u bruit que le Roi dépêchoit le capitaine Joannas avec nombre de galères pour trageter quelque fanterie au secours de l'armée qui assiégeoit Naples : le désir d'acquérir gloire et honneur échauffa si fort cette jeune plante qu'elle courut soudain à Marseille pour être de la partie. » ' Non-seulement on ne se laissait pas arrêter par le danger, mais on passait par-dessus des haines de famille. Quand Charles- Quint fit le siège de Metz, « le sieur de Damville, tout jeune qu'il étoit alors, voulut être de la partie,
* /rf., ch. XXXVI.
* M. le vicomte de Brémond d'Ars, Jean de Vivonne, p. 12.
* Duvillart, t. XXVIII, p. 357, Avis au lecteur.
Desj. s m. 24
pour ne démenlir la valeur, la gloîrn de sa race. Le duc de Guise, qui n'espéroil pas cela par l'émuJaUoii et jalousie qui éloit entre le connétable et lui, admirant la vertu de ce jeune seigneur, il lui donna le commandement de deux cents clievaii-légers. »'
Un début prématuré dans la carrière des armes rencontrait naturellement des obstacles. ' D'Aubigné s'échappa, en chemise et pieds nus, de la prison où le rcleuait son curateur. ' Les parens croyaient n'avoir qu'à refuser l'argent sans lequel on ne pouvait s'équiper ; le jeune Strozzi déroba « quelque bassin, coupe et aiguière d'argent à Madame la maréchale, sa mère; ce qu'ayant su M. le maréchal, son père, ot le sujet pourquoi il l'avoit fait, dit que^si c'eùtélé pour autre chose que cela, qui étoit honorable ot glorieux et pour voir de la guerre, qu'il l'eût pendu, mais qu'il lui pardounoil et lui pardonneroit, quand il en pourroit prendre davantage, mais que ce fût pour un si valeureux sujet. » ' La famille mettait souvent & se sacrifier le mÈme courage que l'enfant à s'exposer. C'est à huit ou neuf ans que le Jeime AvmtureHx ob-
' H.,lîv. IV, t. XXIX, p. 234.
■ Le second Beauvais- Nantis n& se consolait pss de ce que son père ne lui avait pas permis d'aller au siège d'Amiens, en 1&07 ; " qui est un des grands torts qu'il m'ait jamais faits, car depuii j'ai ouï des gens de mon âge parler du siège d'Amiens, que je suis assuré qu'ils n'ont vu l'ennemi que de fort loin, et, quoique je n'eusse que quinze ans, j'é loi a déjà assez fort pour suivre les autres (Beauvais-Nangis, p. 63). .■
Branlante, Les couronneU, t. VI, p. 81.
l'esprit £t les mceurs militaires. 371
tint de son père la permission d'aller se présenter à Louis Xn ; le Roi, le trouvant trop jeune, Tenvoya auprès de M. d'Angoulême, qui devait être François I" : « J'irai où il vous plaira me commander, répondit Venfant, je suis assez vieil pour vous servir et pour aller à la guerre, si vous voulez. » * M. d'Acier fut tué à Cérisoles, « à qui, quand il y alla, le bonhomme de père dit : Or va donc, mon fils, quérir la mort en poste, lui ayant demandé comment il y alloit, et qu'il eût répondu qu'il y alloit en poste et qu'il trouveroit là des amis qui lui prèteroient quelque cheval pour combattre n'en pouvant mener par la brièveté du temps qui le pressoit de partir sur le point de la bataille. » * Le duc de Guise emmena son jeune frère, le marquis d'Elbeuf au siège de Metz. ' A Coutras, Joyeuse, « ayant vu tomber les siens de toutes parts et restant avec très peu de soldats, dit à son frère : Mon petit frère, il faut avoir du courage ; n'en avezvous point?— Oui, répondit le jeune homme, mon frère, j'ai du courage. — Joyeuse répliqua : Nous sommes perdus^ il faut mourir ; allons donc^ mon petit frère, courage. — Et l'autre répondit en s'animant à son tour : courage, mon frère. » * Certes le courage n'éteignait pas les sentimens naturels dans ces nobles âmes, mais il les dominait. °
* Fleurange, Prologue et ch. I.
* Brantôme, If. le grand éeuyer Galiot, p. 76. 3 Salignac-Fénelon, p. 2.
* Toscane, t. IV, p. 728.
s Mme de la Guette, au dix-septième siècle, dit que Martiûr fut
Une fois à l'armée, on ne pouvait tout de suite être traité comme un homme fait ; tantûl on encourait les railleries de l'ennemi, tantôt on était arrêté par ses chefs. Le duc d'Angoulème raconte qu'il chargea Sagonne : « Il me cria : Du fouet, du fouet! petit garçon, et, venant à moi, il perça mon cheval... ; il fut contraint d'arrêter quelque temps, ce qui me donna le moyen de lui tirer mon pistolet à la cuisse droite.»' A la fuite de Mcausi, en 1367, Bouillon, âgé de douze ans, ne cessa d'accompagner Charles IX, t pouvant, dit-il, ■ assurer que mon courage m'étoit aussi certain pour me porter dans le péril que d'aucun autre, estimant que, outre qu'aux personnes bien nées et de bonne race les courages sont avec eux dès leur enfance pour leur faire mépriser la vie, lorsqu'ils sont appelés par l'iionneur de la mettre en péril, la personne de mon Roi, son danger attiroit de moi le désir de le servir. » Le connétable empêcha le Roi de se jeter au milieu du péril et, après l'affaire, renvoya le soldat de douze ans h avec d'aigres et douces menaces, me montrant que, d'un côté, je n'étois pas capable d'un tel travail et danger, mais aussi qu'il estimoit de me voir en bas-âge désireux d'apprendre et
envoyé en Catalogne : « Il emmena mon fîls avec lui, qui étoit son cornette, (igé de neuf è. dix ans. C'étoit l'année du siège de Tortose : j'avois une telle envie qu'il fût honnête homme, que, je l'obligeai de partir à un âge si peu avancé, malgré la tendresse que j'avois pour lui (Mémoires, Bibl. elalBiricnnc, p. 60). ■
' Duc d'Angoulême, p. 731.
l'esprit et les mœurs militaires. 373
ne craindre le danger. » Deux ans plus tard, à Tannée du duc d'Anjou, en Saintonge, huit ou dix jeunes gentilshommes , au nombre desquels était encore Bouillon, firent le projet d'aller rejoindre Brissac en Piémont ; leurs gouverneurs en furent informés et une rude réprimande fut faite à ces étourdis qui ne demandaient qu'à être des héros. * La guerre, à leur %e, ne pouvait être qu'une école ; ils y prenaient des leçons ; les louanges qu'ils entendaient donner au courage leur inspiraient le désir d'en mériter de pareilles. ' A cette école, d'ailleurs, le courage n'était pas la seule vertu qu'ils eussent à apprendre : c Le premier coup qu'il (Anne de Montmorency) passa les monts pour apprendre la guerre, M. de Montmorency, son père, ne lui donna jamais que cinq cents francs pour ce coup, avec de bonnes armes et de bons chevaux, afin qu'il pâtit et n'eût toutes ses aises en enfant de bonne maison et apprit à conduire bien son fait et avoir de l'industrie à faire de nécessité vertu. » '
L'esprit militaire, ainsi acquis dès le jeune âge, ne Désir d'aller à fait que se développer avec les années ; Thomme ne ^^ «"erre, se laisse pas plus arrêter que celui qui sort à peine de
« Id., p. 379.
^ Brantôme, M, le conn, Anne de Montmorency , t. III, p. 341,
l'enfance. Les malades eux-mêmes entrent en campagne; Louis XII partait pour châtior les Génois révoltés; Bayard « pensa en soi-même que, néanmoins qu'il no fût bien sain, il lui loumeroît à grande Iflcheté de ne pas suivre son prince. " ' Avant la bataille de Dreux, le duc de Guise demanda au connétable comment il se portait : « D lui répondit, tout armé fors la tète : — Bien, Monsieur; voilà la vraie médecine qui m'a guéri, qui est la bataille qui se présente pour l'honneur de Dieu, » ' On partait sans être équipé, si le temps manquait ou si Von n'avait pas l'argent nécessaire pour se procurer armes, chevaux et bagages ; ce n'était pas, du reste, un médiocre embarras pour un général que d'avoir à fournir de tout ceux qui n'avaient rien. ' On tenait à servir lo Roi, même au risque de contrarier sa volonté ; il sa trouve des seigneurs, des gentilshommes et des soldats qui vont s'enfermer dans Hesdin, " encore que le Roi eût quelque doute de la valeur de ce château cl qu'il n'eût affection d'y exposer tels personnages de telle autorité. "* C'est à peine si, en 1551, les ordres formels de Henri II retiennent les gentilshommes qui brûlent de courir en Piémont. ' Les plaisirs, le séjour même de Id cour ne l'empor-
' Le ioyal sei'Viteto; ch. XXVII.
' Brantûme, (. cit..
' Duvillart, liv. II, t. XXVIII, p. 463.
' Rabulin, liv. VI, p. 590.
" Duvillart, i. cit.
l'esprit et les mœurs militaires. 375
tent pas sur la guerre. On n'est pas très étonné que Bayard quitte la cour sans regret : « Ains lui tardoit l>eaucoup qu'il n'étoit déjà au lieu où il devoit aller. » * Ceux qu'on regarde comme les plus élégans, qu'on serait tenté de croire efféminés, ne sont pas moins empressés et moins valeureux : « Ma foi, dit Brantôme," j'ai vu des courtisans les endurer (les fatigues de la guerre) aussi bien ou mieux supporter que les plus robustes rurals soldats de l'armée et tout pour ce beaa point d'honneur et d'amour. » Au siège du Havre, « chacun se rendit fort diligent à bien faire, et même les plus frisés de la cour, désarmés, méprisant tout péril, se trouvoient souvent aux tranchées. » * Sully manque un jour Joyeuse, « avec quarante ou. cinquante des plus signalés et galans de la cour. » * Un autre jour, « plusieurs seigneurs et gentilshommes de la cour... étoient demeurés derrière, les uns pour acheter des chevaux et des armes, les autres pour dresser leur équipage, les autres pour trouver de l'argent, les autres pour dire adieu aux belles dames et les autres pour ne les vouloir abandonner. » * On ne saurait être trop sévère pour ceux qui disaient adieu, et il ne semble pas que les derniers aient été en grand nombre.
* Le loyal serviteur , ch. IX.
^ M, de Châtillon.
3 Casteinau, liv. V, ch. II, p. 184.
* Ch. XXII, p. 55.
5 Ch. XXIII, p. 58.
- CHAPITRE rv.
Au milieu de la bataille, comme au départ pour la guerre, il peut se présenter des circonstances où les uns pourraient être tentés, où les autres pourraient se croire obligés de se tenir à l'écart, s'ils étaient moiiif) résolus à marcher en avant. Le chevalier mettra pied à terre, s'il le faut, pour combattre avec l'infanterie, comme La Palice à la Bicoque, comme à Cérisoles « plusieurs gentilshommes venus en poste de la cour, qui depuis n'avoienl eu moyen de recouvrer des clievaus, n ' A Metz, vingt gentilshommes sortaient comme les gens de pied, « pour leur plaisir, avec l'épée et la rondelle. » ' Sully, à Nérac, se pourvut " d'une bonne arquebuse et de l'équipage nécessaire » et se mêla « avec les simples soldats aux lieus des plus hasardeux. »' En 1595, Henri IV, racontant à sa sœur le combat de Fontaine-Françoise, lui parle de gentilshommes, « qui fortuitement s'y trouvèrent sans autres armes que leurs hausse-col et gaîllardels, et si firent merveille, »*
Le devoir strict est de ne manquer pas l'occasion ; il faut aller plus loin, il faut la cherclier. Une carap^ne est-elle ouverte ou seulement annoncée ? Tous s'empressent d'accourir, sans y être astreints par l'obligation d'une charge, sans y être appelés par un prdre du Roi. L'ctemplo vient de haut, c'est le dau-
1 Du Bellay, lïv. IX, p. 781.
' Snlignac-Fënelon, p. 29.
' Ch.XIII, p. 28.
' Leltrei, i. IV, p. 3U.
l'esprit et les mœurs militaires. 377
î^^^n, depuis Henri II, qui le donne, et François P' se félicite de « reconnoître en son fils pareille ardeur et affection au fait des armes et à faire acte de vertu, comme il les avoit en Tâge que maintenant il voyoit être son fils. »* Sous le même prince, devenu roi, Tardeur qu'il avait montrée lui-même se retrouva chez d'autres pour se déployer en Italie, sur la frontière du Nord, partout : « L'arrivée de don Ferrand en Piémont avec toutes ses forces ayant été divulguée par la France, comme étoient déjà les préparatifs que le Roi faisoit pour renforcer le maréchal (de Brissac), réveilla si fort le cœur des princes et seigneurs que, si S. M. n'eût de bonne heure donné ordre à les retenir près d'elle, celui-là n'eût pas été estimé fils de bonne mère qui ne fût délogé pour aller voir et servir en cette guerre. »* Ce li'est pas seulement pour une campagne tout entière, c'est encore pour un fait d'armes prévu, pour une bataille espérée que Ton quitte la cour ou sa maison, que Ton franchit en toute hâte les plus grandes distances. Quand le comte d'Enghien fut envoyé en Piémont, en 1544, « la jeunesse de la cour se prépara pour s'y trouver, se doutant bien, puisque l'on avoit autorisé ce jeune prince d'en user à sa volonté, que le jeu ne se départiroit pas sans qu'il y eût de la mêlée^ et partirent les uns sans congé et les autres non. » ^ — « Étant publié par la cour, dit un
* Du Bellay, liv. VII, p. 635.
î Duvillart, liv, II, t. XXVIII, p. 463.
• Carloix, liv. I, ch. XL.
378 uvtiz IV. — CHAPmiE iv,
autre IiiHlorien,* que le Roi avoil permis sq scîgtiour d'Eng'bien de donner la balaillo, la jeanesse de la cour connut bien que nialaisémenl se passeroit la parlic sanR qu'il y câl du passc-lemps. Par quoi, selon qu'est la coulumc de la noblesse de France, chacun 8c prépara pour s'y trouver; les uns partirent sans ordre, et les autres avec congé du Roi. h La guerre civile n'attirait pas moins que la guerre étrangère. En 1890, Henri IV va faire le siège de Paris, » auquel, pour ce que c'éloit le plus beau et notable siège que pourrnit faire le Roi, tous les bons serviteurs y arrivoient de tous côtés. • ' En 1592, n la noblesse accouroil de toutes parts, dans l'espérance de la bataille. )■' Nous pourrioiis muUipIier indéliniment les exemples et les citations ; il s'agit là d'un fail qui se reproduit d'une manière constante.
Il se représenta bien souvent, même dans le si&cle qui suivit, si régulière qu'en fût l'ordonnance, sous Louis XIU' comme sous Louis XIV. Ce fut comme volontaire que le grand Condé fit ses premières armes,' en 1640. En 1647, les Espagnols firent le siège de Laoïlrecics : s Ceux qui resloieut auprès du Hoi, de
' Du Bellay, liv. X, p. 759.
' Carorguy, p, 52.
■ BongarB, lettre XXV", p. 73. — Cf. lellres XCVll, p. 3' CLVII, p. 608 ; CLXV, p. 630.
* Sur l'esprit militaire de la jeune noblesse sous Louis XIH. M. d'Avenel, l. 1, p. 290, 308 et suiv.
" M. le duc d'Aumale, op. cit., t. III, p. 429. — Cf. id., it. p. 27-2.
*^ Reine, du duc d'Orléans et du cardinal, soit des gens ^^ la cour, soît des domestiques, en âge de pouvoir combattre, partirent tous pour aller grossir l'armée. ^^ Reine, comme on me manda, les traita comme d^s gens qui lui faisoient plaisir de partir, et jamais ^J n'y eut plus de joie qu'il en parut sur le visage de cette belle troupe, quoiqu'apparemment le combat dût être périlleux. » * Tous les hommes de guerre 9"^ Ont marqué sous le grand Roi ont donné, dès la prôuiière jeunesse, des preuves de la même ardeur. ' ^^s luttes de la Franco ne suffisaient pas à ces esprits aventureux, toujours en quête de dangers et de gloire.. ^^ 1666, dans une bataille navale, Monk, « après *^oir opiniâtrement canonné son vaisseau (celui de ^^yter) entreprit de le faire aborder par un brûlot. ^^yter disposa aussitôt trois chaloupes pour conjurer ^^ danger. Quatre gentilshommes français, qui s'é- ^îent embarqués comme volontaires, les chevaliers ^^ Lorraine et de Coislin, le chevalier Cavoi et le ^^i*on Busca s'y élancèrent pour réclamer leur part ^^ danger. »' En 1687i « la guerre commençant entre ^napereur et le Turc, le marquis de Villars ne put se ^^ fuser cette occasion de sortir d*un repos qui n'en
^, * M«»e de Motteviile, Mémoires pour servir à l'histoire d'Anne
-^t*fnc/tô, Amsterdam, 1783, t. II, p. 40. ^^ ^ V, les Mémoires du maréchal de Villars, publiés par M. le ^^T^ de Vogué, t. I, p. 19, 21, 31, 45, 52.
^ M. Antonin Lefèvre-Pontalis, Jean de Witt, t. I, ch, VI, ^* 383.
étoit pas un pour lui. «* Les princes et les gentilshommes du dix-huitLème siècle ne dégénérferent pas : Il Tous nos princes, dit Barbier, ' le comte de Charolois, le prince de Conti, le prince de Dombes et le comte d'Eu avoient demandé et sollicité vivement le Roi de leur permeUrc d'aller servir en Bohème. Le Roi les a refusés absolument et avec raison... M. le prince de Conti, après des instances réitérées, a pris son parti. H est parti sans rien dire, le 20 ou le 21 de ce mois, en poste, avec deux simples domestiques, et l'on dit que, en six j ours, il a joint l'armée do M. de Maillebois... Le Roi a paru fort piqué de celte désobéissance. Le prince, à son arrivée, a été trois jours aux arrêts ; mais il y avoit une seconde lettre pour le mettre à son aise.... Quoiqu'il n'ait pas un sol, il a rassemblé dans sa famille et ses amis une somme de soixante mille livres, qu'il a emportée avec lui. ■> Notre armée donne l'assaut à Prague : « Quand il s'agit de désigner des officiers.,., il y eut concur-
' Mémoires du maréchal de Villars, t. I, p. 61. — Cf. p. 67, — L'habitude de servir comme volontaire était encore répandue à la, fin du dix-sep lié me siècle. Dancourt, dans YÈté des Coquettes, pièce représentée en 1690, met en scène un certain Clilandre, qui courtise trois femmes ^la fois ; chacune d'elles le croit parti pour l'armée d'Allemagne en qualité de volontaire, l'une depuis un mois, l'autre quinze jours, la troisième depuis vingt-quatre heures. ' Cette dernière a payé un équipage. Faut-il croire qu'il y ait eu même une certaine habitude de se donner comme volontaire sans l'être, quand on avait besoin d'un prétexte pour colorer une absence ou qu'on cherchait à éblouir des yeux peu clairvoyans ? Clitandre rappellerait le Menteur.
étrangers
rence dans la jeune noblesse de Tannée. C'était à qui voulait courir la grande aventure. » * La tradition qu'avait fidèlement gardée la noblesse, à Texempledu sang royal, n'était pas oubliée à la veille de la révolution; elle s'accordait avec un sentiment nouveau pour entraîner La Fayette et ses compagnons en Amérique; elle poussait encore de jeunes nobles à combattre avec les Russes contre des ennemis séculaires de la chrétienté.^
Ce n'était pas seulement en France que l'esprit .,^'®?P"*;
.|. . . . . , . militaire cl
militaire se déployait ainsi dans l'ancien régime. les
Casteinau raconte qu'il négocia en 1567 avec le duc d'Albe : « Je lui dis toutes les offres que les capitaines m'avoient faites, en quoi il montroit d'être fort satisfait, me parlant du naturel des Espagnols, qui étoient désireux d'aller chercher la guerre et les occasions de combattre. » ' D'après Brantôme, les rencontres importantes étaient si rares en Italie « que l'on tenoit pour un grand cas de s'être trouvé en une bataille, et y couroit-on comme à un jubilé, l'un pour gagner le salut de son âme, et l'autre pour gagner l'honneur de chevalerie et faire appeler sa femme madame. »* Quand, en 1787, le duc de Brunswick envahit la Hollande à la tête d'une armée prussienne, « de nombreux
* M. le duc de Broglie, Revue des Deux-Mondes^ 1er févr. 1882, p. 541.
2 Sur Tesprit milflaire dans la noblesse de France à la fin du dix-huitième siècle, v. M. Taine, La Hévoluiion, t. IIÏ, p. 407.
3 Liv. VI, ch. VI, p. 213.
* M. l'amiral de Châtillon.
iDConvËDieiis
prëienlo l'iDlroduction
officiers anglais, russ.es, mccklembourgeois sorvaïcnt comme volontaires dans son é(at-riiajor. Les princes régnans de Saxe-Weimar et ti'Auhalt avaient obteau l'atitorisation de l'accompagner. '
Certes, c'était pour une armée une force que Ce grand concours d'hommes généreux, qui venaient exposer leur vie sans y être obligés, dans l'intérêt de leur pays ou par amour de la gloire ; qui aurait reculé devant des périls ou des travaux que venaient partager do tels volontaires ? Leur présence toutefois n'était utile qu'à certaines conditions. François 1*' les counaissait bien, lui qui disait à sou fils, au dauphin lui-même : « Vous allez là, non pour commander à présent, mais pour apprendre à commander, au temps à venir, à lui (à Montmorency) cl aux autres ensemble ; vous direz commentvousy allez pour apprendre d'eux leur métier, et les prierez qu'ils vous dunnent le moyen de faire de l'apprentissage, que ce soît à votre honneur et au leur, et au service de Dieu premièremont, et puis de la chose publique de ce royaume. Soyez doux cl privé [narrai eux, et mettez peine d'acquérir leur grâce. Il' Tout le monde n'eut pas à se louer des volontaires autant que Montmorency du dauphin; Brissac, apprenant qu'il en arrivait beaucoup, « n'y prit pas un grand plaisir, ayant de longue main expérimenté que cette grande compagnie de seigneurs est
' Du Beiiay, liv. VII, p. 636.
l'esprit et les mœurs hiutaires. 383
malaisée à contenir en règle, même (surtout) lorsqu'elle est destituée de la présence du maître. » H n'eut pas seulement le grand embarras de fournir du nécessaire tous ceux qui, par excès de zèle, arrivaient en Piémont sans équipage : « D fut averti que tous ces princes et seigneurs se plaignoient qu'il ne les alloit point visiter en leurs logis, et que même il ne daignoit les appeler au conseil ni au démèlemens des faits militaires ; que le refus d'entrer aux places de frontière montroit assez qu'il les estimoit de bien peu de jugement et de moindre valeur.» Ces plaintes qui n'étaient pas dénuées de fondement amenèrent des explications; la bonne harmonie se rétablit sans préjudice pour l'autorité, car le prince de Condé dit au maréchal :« Il ne me restera qu'à vous supplier de nous honorer de l'exécution militaire que vous nous avez communiquée, afin que, par le devoir que nous y apporterons, le Roi soit servi et vous honoré comme père et révéré comme très-prudent et très-expérimenté capitaine.» D est vrai qu'il repartit pour la France quelques jours après avec un certain nombre d'officiers/ Son arrière-petit-fils montra une déférence plus sincère au maréchal de la Meilleraie,* ce qui ne l'empêcha pas de devenir le grand Condé, ce qui l'y aida peut-être.
On saisit les occasions qui s'offrent, on cherche Regrets
des occasions
perdues.
1 Duvillart, liv. II, t. XXVIII, p. 464; liv. III, t. XXIX, p. 7, 14. — Cf. Salignac-Fénelon, p. 10.
* M. le duc d'Aumale, l, cit., p. 429. — Cf. M. Cousin, La jeunesse de itfme de Longueville, 3® éd., p. 76.
celles quitardentà se présenter; combien ne regreltel-on pas celles qui écliappeiit ! Jacques de Chùtillon et le baron d'Espic moururent de leurs blessures à Ferrare, malgré les soins de > cette belle et honnête duchesse de là. ' Mais on dit que tous deux eurent si grand dépit de ne s'être trouvés à celte belle bataille {de Ravenne), donnée à leur nez et deux jours après leurs blessures, qu'ils moururent tous deux de déplaisir et de regret. » ' Les assiégés do Metz s'arsigcaîent '1 de n'en recevoir (des assauts) pour mieux montrer leur valeur. »' En même temps, l'arrivée du duc d'Alhe devant Metz chagrinait Saint-Andr^, Vieilleville, «et tous ces seigneurs qui s'éloient venus jeter dedans Verdun en leur faveur, sur l'espérance d'un siège, avec un regret inlini de s'y être arrêtés, car il n'y avoît plus moyen d'entrer dedans Metz'... — ,., Mais M. de Vieilleville leur remit le cœur au ventre, disant qu'il se présenloit un plus grand moyen de faire un meilleur service au Roi en la campagne qu'au siège, > ce moyen consistait à couper les vivres aux ennemis, et il fut accueilli des gentilshommes, qui " s'assuroient d'acquérir sans doute beaucoup d'honneur. •> ' En 1573, pendant le sifege de la Rochelle, la maladie retînt Bouillon au lit pendant huit ou dix jours, » temps
' On sait quB celte duchesse est tiUcrèoe Borgîa.
* Brantôme, Le baron d'Espic.
3 Id., M. de Guise, t. IV, p. tOO.
' Mém. sur VieUlemile, liv. V, cl). IV.
' H., t&.,ch, V.
l'esprit et les mœurs MIUTAIRES. 385
que je perdois avec tristesse, dit-il,* oyant les canon-
ïiades qui se tiroient à la Rochelle, qui me faisoient
craindre qu'elle se prît, et je n'aurois rien vu de ce siège,
craignant de laisser une mauvaise impression de moi
Gtde n'avoir commencé à apprendre le métier des ar-
^es ni éprouvé mon courage, pour être assuré que
^à crainte de la perte de l'honneur précédoit toujours
Colle de la vie. » Henri IV écrivait à sa sœur : « Ceux
ÎU.Î ne s'y sont pas trouvés (à Fontaine-Française) y
rf^^ivent avoir du regret, car j'y ai eu à faire de tous
J^^s bons amis et vous ai vue bien près d'être mon
h^Titière. »' On sait combien le Roi pensait que ce sen-
trônent serait vif chez Grillon : « Brave Grillon, pen-
i^2-vous de n'avoir été ici (devant Amiens) près de
w\fDi à la plus belle occasion qui se soit jamais vue et
qui peut-être se verra jamais. Croyez que je vous y ai
^\en désiré.»*
Une fois à la guerre, ce n'est pas seulement la pers- l^ perspective pective éloignée et douteuse de la mort que l'on brave, j^^ ^^^ c'en est la vue prochaine, immédiate. Bayard propose à huit ou dix gentilshommes de partir pour une entreprise : a C'étoit leur vie et ne demandoient autre chose. »* La Noue parle avec mélancolie de la mort
« Lettres, t. IV, p. 364.
» Id., ib.. p. 848.
* Le loyal serviteur, ch. XXXV.
Desj. s. m. 25
i.iviiE rv. — r.iiAPiriiK IV-
que l'on trouvi! sur les champs de bataille: « Voilà quelles sont les bulles gahirica ei les beaux promuaoirs de gens de giiorre, et puis luur lit d'honneur ost un fossé où une arquflbusado les aura renversés. Mais Loiit. cela, à la vérité, est digne de rémunération et do louange, maniement quand ceux qui marchent par ces sentiers et soutfretit ceii travaux maintiennent une cause honniHe et en leurs procédures se montrent pleins de valeur et de modestie, n ' C'est plus souvent l'enthousiasme que respire le langage des gens de guerre et de leurs biographes : « Le Oieu des armées, dit Brantôme do l'un d'eux, ' ne voulut pas que la mort hideuse et affreuse d'une maladie et d'un lit en triomphât, mort certes par trop indigne de sa valeur. » Casteluau célfjbre la fin du connétable de Montmorency : << Et, combien qu'il fût grand et illustre pour être monté à tous les degrés d'honneur et de charges que pouvoil souhaiter un tel seigneur, si est-ce que le combln fie la félicité fut de mourir, âgé de soixantedix-huit ans, en une bataille pour sa religion et pour la défense de son Roi, devant la plus belle et plus florissante ville du monde, qui éloit comme son pays et sa maison. " ■' De tels senlimens touchent plus encore quand ils sont exprimés par celui-là mémo dont le sort est eu cause : « Mes amis, dit M. d'Ëssé, avant de s'enfermer dans Thérouaime, voilà le comble de mes sou-
I, \iv. IV, ch. Vil, p. 216.
l'esprit kt les mœurs militaires. 387
hails arrivé, car je ne souhaitois rien tant que d'aller mourir en un honorable lieu, et ne craignois rien tant que de mourir en ma maison et en mon Ut, Or, je m^en vais, et vous jure bien que madame la jaunisse n'aura point cet honneur de me faire mourir, car résolument je veux mourir en guerre et ne retournerai jamais que je n'y meure. Adieu donc, Messieurs et amis, je m'en vais fort heureux et content, chercher ce que j'ai tant désiré, » *
Dans de telles dispositions, la joie est vive, quand Ardeur à livrer on est sur le point de livrer bataille. Le duc d'Anjou, à Jarnac, apercevant l'armée ennemie, « envoya aussitôt vers le sieur de Ta vannes pour se réjouir avec lui de cette bonne nouvelle. 11 lui fit répondre qu'il avoit raison de ne pouvoir dormir de joie ; au reste, qu'il espéroit bien, avant que la journée du lendemain fût achevée, lui faire avouer qu'il éloit un des plus contens princes qui se pût trouver au monde. » «
Le courage, stimulé par le désir d'en finir d'un seul coup avec les longueurs d'une campagne , fait souvent pencher la balance du côté de la bataille, quand
* Brantôme, M. d'Essé, t. III, p. 391. — Que tel ait été sinon Iq langage, au moins le sentiment de d*Essé, on n*en peut douter. De Thou (Hist., liv. XIÏ,t. II, p. 349), rapporte aussi qu'il « sortoit d'une longue maladie, ce qui lui fit dire, en partant, qu'il étoit ravi qu'on l'eût tiré de son lit pour entrer dans le lit d'honneur où, sans languir, il pourroit mourir avec gloire. »
* Tavannes, liv. I, p. 452.
iîBB LIVHE IV, — CHAPITHE IV.
on se dcmantie s'il faut combaltre ou attendre ; les chefs, lorsqu'ils ne partagent pas l'impatience des subordonnés, ne peuvent et ne savent pas toujours la dominer. A Moncontour, le duc d'Anjou, " après avoir ouïledit sieur do Tavannes, se résolut de donner la bataille et assaillir son ennemi. Et, pour ce faire, fit assembler tous les princes, seigneurs et capitaines de son armée, et tenta d'un chacun d'eux le courage, qu'il trouva être prompt au combat, si S. A. le commandoit, chose qui lui haussa le courage et volonté de combattre. » ' En cette circonstance, le chef recevait le conseil qu'il désirait. L'année précédente, en 1568, c'était le contraire qui était arrivé au duc de Montpensier ; il était en Poitou et voulait rester sur la défensive, en attendant l'arrivée du duc d'Aiyou : « Mais, étant stimulé par les seigneurs de la cour, qui désiroîenl de faire connoître leur valeur et acquérir de la réputation, ou bien, pour ne vouloir les uns être envoyés dedans des villes pour les garder ou pour quelque raison occulte, demeurèrent ensemble et en suspens, sans être départis à la garde des villes, espérant se fortifier à tempspour tenir la campagne et venir au comhat. >• "
Attendre ou reculer semblerait une honte ; on préfère souvent commettre une faute en combattant ; ou craint pour sa réputation, et l'on a lieu de craindre,
' Ci. Haton,p. 580.
• Tavannes, /. cit., p. i40.
l'esprit et les .mœurs militaires. 389
quelque injuste que doive être le jugement ; que de désastres causés par cette disposition à Théroïsme mal entendu ? Sous Louis XII^ le comte d'Armagnac ne voulait pas livrer la bataille : a Mais il fut taxé de M. d'Allègre, dit Prezi, d'être par trop froid et peu entendu au devoir d'un général » ; les deux gentilshommes faillirent en venir aux mains ; la bataille fut livrée et le comte s'y fit tuer. * A la Bicoque, Anne de Montmorency conseilla aux Suisses d'attendre un peu pour laisser taire l'artillerie ennemie : « A quoi répondit un secrétaire de Hurie pour tous les autres: — Montmorency, nous n'avons accoutumé d^attendre nos ennemis ; mais où les voyons, marchons droit à eux pour les combattre, etnousseroit reproche et honte de faire autrement. Si vous avez peur, demeurez, car sommes délibérés passer outre. — Et moi aussi, dit Montmorency. » * Les plus illustres capitaines se voyaient ainsi contrecarrés dans leurs combinaisons ; le duc de Parme, dans sa lutte contre Henri IV, trouvait « qu'il seroit bon de décamper au plus tôt et le plus secrètement qu'il leur seroit possible, et de se servir des avantages de la rivière. Les princes françois et les chefs de la même nation avoient trouvé ce moyen lâche et indigne de grands capitaines, et persistoient de se faire passage par les armes au milieu des ennemis. » ^
* Brantôme, Louis Xll.
' M. Décrue, op. cit. y p. 26.
8 L'Estoile, t. XLVI, p. 256.
390 trVRB IV. — CBAPITHE IV.
Il était plus difficile encore d'ajourner, iinanH le Roi était à l'armôe ; reculer ou seulement hésiter semblait contraireàsonlioniieur; François 1" s'obstina k combattre k Pavie, malgré La Trémouillo. San-Sevorino, Trivulco, La Palice : « L'honneur ou lu déshonneur de la guerre, disait ce dernier, ' no s'achève jamais avec une autre réputation, sinon avec la victoire. » Les conseils de Bonnivet t'emporlfercot : « Quelle honte. Messieurs, proposes-vous h notre brave Roi, si vaillant et si courageux, de se retirer d'ici, enlever le siège et enfuir une bataille qui se présente à nous tant désirée ? » — •.• Si ce conseil, ajoute Brantôme, ' ne fut bon cl utile, il partoit pourtant d'un brave cœur et généreux, et fort digne d'honneur.» Celui qui l'avait donné, ou voyant le mauvais succès, résolut de mourir et mourut en effet, comme Joyeuse à Coutras : <> Telles déterminations sont a louer par dessus toutes celles des Romains de jadis. » Cens qui fout tuer les autres ne savent pas toujours les prendre-
Tallemantdcs Réaus attribue un singulier langage au maréchal de Biron le père, qui aurait répondn & son lils, trouvant et voulant saisir l'occasion » de défaire la plus grande partie des ennemis ;— Tu as raison, je le vois aussi bien que loi, mais il se faut faire valoir; à quoi serons nous bons, quand il n'y aura plus
< Branldme, M. de la Trémouille. La ['dice s'êUil déjà opposa ù la t»Uulle [)e la Bicoqu«, el, la voyant eaji^ager malgré lui, it j , ttvail combattu « à pied avec la première infanterie, t
* Brantàme, M. l'amiral de Iionnioet,i. III, p. Si.
l'esprit et les mœurs militaires. 391
de jçuerre? »* C'est une idée que n'auraient pas eue, c est un langage que n^auraient pas tenu beaucoup de ^^pitaines au moment de livrer bataille.
Ce n'est pas seulement un devoir qu'on remplît avec On trouve
o 1111 plaisir
iGrrneté, quand on brave les dangers, on y trouve un à s^exposer. étrange et noble plaisir. Bayard, défendant Mézières, ^^ fit entendre aux autres soldats qu'il étoit bien aise de ladite fuite (d'un certain nombre de gens de pied), pour ce que, étant tant de gens à la garde de ladite "^îlle, ils n'eussent point eu d'honneur ni de réputation de soutenir l'effort de l'ennemi. »* Au siège de ^^lais, l'attaque par une certaine brèche n'était pas jug*ée raisonnable^ mais « la hardiesse françoise, pour ^^ désir que chacun, tant des grands que des petits, ^Voient d'effectuer quelque coup notable et jugeoient y devoir donner, et que, si l'on attendoit au lendemain *^dite brèche seroit renforcée et mise en état plus forte ^Ue devant, tous les capitaines supplièrent M. de Guise i^ les y laisser donner. » ^ Au siège de Poitiers, en 1569, « ce qui se perdit fut avec grande louange, d'autant que tout à découvert on vov oit les hommes se présenter assurés aux bruits des canonnades et arquebusades. » * En 1581, Bouillon supplia Monsieur de le
* T. I, p. 20, Le maréchal de Biron le fils. « Du Bellay, liv. I, p. 345.
' La Chastre, p. 82.
* La Noue, ch. XXV, p. 327.
392 uvRE ïv. — chapitke iv.
laisser se jeter dans Cambrai avec une cinquantaine de volontaires ; Monsieur refusait, surtout à cause da danger : -c La première raison étoit celle qui me convioit d'y aller, afin que le péril me servit de degré à la réputation; j'obtins mon congé; j'eus peine à restreindre le nombre ; plusieurs, outre coun que j'avois demandés, y voulurent venir. »'
Comme on recherche les occasions d'aller à la guerre, on recherche, une fois qu'on y est, les occasions de s'y distinguer. La tâche obligatoire et commune ne suffit pas ; on ne s'en lient point à exécuter des ordres, à faire ce que fait tout le monde.
On forme des projets particuliers, et, quand on les a formés, on n'aime pas ii en partager la gloire : « Le bon chevalier. . . délibéra y aller sans parler à personne, car il lui éloil bien avis, vu qu'il avoit entendu qu'ils (les ennemis) n'étoient pas plus de deux cents chevaulégers en tous, qu'il les déferoit bien avec trente hommes d'armes qui étoicnt tous gens d'élite. »'
Ce soin jaloux avec lequel on se réserve l'e.'ïécution des entreprises que l'on a conçues est à remarquer.' Souvent on aime mieux courir le risque d'échouer à
■ BouilloDip. 425.
' Le loyal serviteur, cb. XSXV. — V. dans Bouillon, p. 387, le récit d'une enlreprise conçue par lui et exécutée avec quelques jeunes hommes de qualité.
' Toscane, t. 1[, p, 169 et 170.
l'esprit et les mœurs militaires. 393
soi lout seul que de réussir à coup sur, mais à deux. * Bayard se vit plus d une fois disputer les coups qui lui étaient confiés; en 1512, Gaston de Foix Tavait chargé de dresser une embuscade, mais le baron de Béarn « pensa en soi-même que le bon chevalier seroit bien matin levé, s'il la dressoit plus tôt que lui.»' Bayard, en plusieurs occasions, eut la générosité d'appeler des compagnons. ' C'était une grande preuve d'estime et d'amitié qu'on donnait à une personne, quand on l'admettait en partage du péril et de la gloire. Montejean avait « trouvé le sieur de Boisy non moins convoiteux que lui de faire des choses de mémoire et d'accroître son bruit et réputation ; par quoi il lui accorda d'être son compagnon en cette entreprise. »* Il y eut un refroidissement entre le même Montejean et Vieilleville parce que le premier n'avait pas averti le second d'une escarmouche qu'il menait contre lavant-garde de Tarmée impériale lors de l'invasion de la Provence.* Salvoison prie Damville « de sortir aux champs et venir avec lui, et qu'il lui feroit requérir de l'honneur; ce qu'il fit aussitôt, car il ne demandoit pas mieux comme tout courageux gentilhomme qu'il estoit. w® Salvoison, dans une autre circonstance, montra son respect pour
^ V. l'exemple de Burie à Milan (Brantôme, M. de Salvoison, t.
IV, p. 111).
* Le loyal serviteur, ch. LIL
3 W., ch.XXXV.
- Du Bellay, liv. VIÏ, p. 605 et 611.
5 Mém. sur Vieilleville, liv. ï, ch. XXI.
« Brantôme, /. cit., p. 115.
la discipline, en appelant « AI. de Brissac, son général, auquel il faut toujours déférer, quelque ambition qu'on ail. »'
On n'a pas toujours un projiît arrêté; Ton cherche aventure. Brissac " avoit donné une compagnie do cavalerie au sieur de Bellegarde, neveu de M. de Termes, gentilhomme de grande espérance, et icelui mis en garnison à Cenlal, dont étant sorti pour aller chercher aventure, lui douzième à cheval seulement, il rencontra le capitaine Pierre Pelazza, lieutenant du sieur de la Trinité, avec nombre et montés à l'avantage. Tout aussitôt qu'ils s'entrevirent, les trompettes commencèrent à s'entre-âalucr, et lui soudain gagna un pré oii il faisoit beau jouer aux barres, se tint ferme et serré attendant l'autre, commandant cependant aux. siens de donner dans les cbevaiix de l'ennemi, laissant , à lui le combat du capitaine, qui éloit lors aussi entrfr, au pré avec même ordonnance. Soudain ils parlent-' t'un contre l'autre : Beltegarde, montrant le chemin, aux siens, enferra si bien le cheval do Pelazza qu'if tomba par terre et lui dessous, tellement engagé qu'il no s'en sut relever ; trois autres des siens eurent aussi leurs chevaux si blessés qu'ils ne surent combattre; de manière que, tous leurs compagnons étant passés | au fil de l'épée, ces trois et leur capitaine furent emmenés prisonniers à Cental. » '
l'esprit et les mœurs miutaires. 395
Des entreprises particulières se rapprochent natu- sin^HeK rellement les combats singuliers. Ils sont encore nombreux au seizième siècle, plus au début, il est vrai, qu'à la fin. Sous Louis XII se place le fameux combat des Treize. ' Plus tard les Impériaux envoient un trompette à des assiégés pour » leur demander s'il y avoit homme qui voulût entreprendre bien donner un coup de lance et que, de leur côté, le comte d'Egmont se trouveroit prêt en l'île de Mezières. » Le seigneur de Montmorency se présente. En outre, « le seigneur de Lorges, pensant être chose honteuse qu'un homme darmes françois fût provoqué par un Allemand et qu'on laissât Thomme de pied françois comme n'étant pareil à TAilemand, demanda aussi s'il y avoit homme qui voulût combattre de la pique et qu'il seroit le champion pour l'attendre; le seigneur de Vaudray surnommé le Beau, du camp impérial, soudain s'y présenta. » * On ne saurait énumérer tous les défis, tOQs les combats singuliers qui ont attiré l'attention des historiens.
Les défis se font ordinairement de la manière la plas courtoise; en 1555, « le marquis de Pescaire fit entendre à M. de Nemours, par un gentilhomme françois, pour la grande opinion qu'il avoit de sa valeur, qu'il desiroit, lui quatrième, avoir cet honneur de courir une lance guerrière contre lui ainsi accompa-
* Le loyal serviteur, ch. XXJII.
« Du Bellay, liv. I, p. 347,
LIVBE IV. — CHAPITBK IV.
gné sur la froiilière d'Asl. » ' Les épitiodcs qui avaient signalé les guerres étrangères se reproduisirent dans los guerres civiles; le!" janvier 1S62, la ville de Montaoban élait assiégée ; les habitans, «pour observer la coutume de se faire muluellemcnt en ce jour des présens et des complimens, demandèrent à Terrido que cent combaltisseut contre cent. » *
Ces défis ou ces invitations étaient d'ordinaire acceptés avec empressement: « Cette nouvelle (d'uudéti, au siège de Metz) plut grandement aux nôtres. Toutefois les circonstances ne permettaient pas toujours de s'y rendre; le bon sens ou l'ordre du chef preacrivaienl quelquefois de refuser; enfin on se dérobait quelquefois.
Quand un de ceux qui assiégeaient Metz fit porter aux Français le déQ dont nous venons de parler, uNavailles n'eût remis ce parti à un autre, sans ce qu'il se trouvoît encore si mal d'une blessure reçue en celte guerre de Parme qu'il ne se pouvoit aider du bras da la lance. »* Les projets qu'on avait formés pouvaient être rompus par un brusque mouvement de traupi par un ordre de départ. Mais on en gardait le souvenir : Il Damville, se ressouvenant que le marquis de Pescaire, étant au siège de Santhia, avoit désiré de rompre une lance avec lui, lui manda par un trom-
' Duvillart, liv. VI, U XXIX, p. 55i.
' DaTtiou, liv. XXXIV, t. IV, p. 492.
' Siilignac-FéneloN, p, W et 'il. ' /(^, ib.
pettcque, élant aujourd'hui si proches qu'ils étoient Tua de Taulre, qu'il lui en donneroit l'assurance et le plaisir. » *
Le refus pouvait être dicté par le bon sens, par la nécessité stratégique. En 1553, le connétable fit offrir par héraut, au gouverneur de Cambrai « coups de lances et de combattre dix à dix, cent contre cent, mille contre mille, à quoi M, de Buguicourt répondit prudemment et modestement, remettant les joutes pour le temps de paix. » ^ Au siège de Grenoble, en 4562, « comme la garnison commençoit à manquer de vivres et qu'elle n'avoit plus de secours à attendre de la part du baron des Adrets, La Coche, voulant montrer à l'ennemi son courage et sa force d'esprit, lui offrit de ternniner l'affaire par un combat de six-vingls hommes, ou moins, s'il vouloit... Sassenage n'accepta point le défi. » ^
La règle était qu'il fallait prendre les ordres du commandant en chef, et celui-ci interdisait souvent,'même ce qui était déjà convenu. Le maréchal de Brissac semble avoir éprouvé une répugnance véritable pour des exploits isolés qui désorganisaient son armée. Nemours accepta le défi du marquis de Pescaire, sans prévenir le maréchal ; celui-ci en manifesta un vif courroux, mais « dit que, puisque la pierre étoit jetée,
« Duvillart, liv. VIII, t. XXX, p. 94.
* Granvelle, t. IV, p. 106, Relation des hostilités dans le Cambrésis.
» De Thou, HisL, liv. XXXIII, t. IV, p. 453.
398 LIVRi: IV, — CHAPITRB IV.
il fulluil làctier <I'eii avoir l'honneur. ••' Il se montra de moiiia facile (Composition avec Damville, quaud ceii son lour te même Puscaire : « Lo marécliai, on ayant eu le vent, lut commanda, sur peine du désobéissance, de n'en1rc|)reiidre ce combat pour los cûiiaéquences que cela apporloit quelquefois à toul l'Élal, et que celui de M. de Nemours le devoit roudre plus sage, n * D'autres généraux accordaient plus facilement la permission qu'un leur demandait, de Guise à Molz, par exemple. ' Biron Hl plus ; en 15(15, il « lira droit à Châtitlon avec toute l'armée, non point qu'il eût volonté d'assiéger ladite ville quant à présent, mais seulement pour la reconnoitre, aussi pour vider un cartel et déH et combat qui ko devoit donner entre le aieur baron d'Aisl et de Touicey, lequel avoil mt^me accepté de se combattre à chevaL on présence dudit sieur maréchal. Lequel étant devant Châtillon et ayant rangé sa cavalerie en escadrons, il envoya un trompette pour avertir ledit baron de Teuicey que ledit sieur d'Aist, avec son second , qui étoil le marquis do Mirebcau, étoient là, avec soixante chevaux, pour vider, avec autant des »iens. le combat accepté entre eux. Mais ledit Tenicey ne voulut sortir, faisant réponse qu'il u'éloitpas conseillé de mettre la ville en proie; et iU lii un peu du pol-
' Salignac-Fénelon, t. cit.
* Carorguy, p. 211.
l'esprit et les mœurs militaires. 399
Tenicey avait peut-être raison, mais on voit comment un homme qui n'avait rien de militaire, le greffier Carorguy, jugeait sa conduite. Les historiens accusent parfois de lâcheté ceux qui refusent les défis ; à plus forte raison signalent-ils ceux qui, après les avoir faits, reculent, quand ils les voient accepter. *
C'est que de tels combats sont sérieux. Mal en prit aux compagnons du duc de Nemours de n'avoir pas obéi aux sages prescriptions de Brissac; il leur recommandait de « n'y aller pas avec des armes de parade, mais bien avec celles de cavalier jaloux et résolu à la victoire, » mais ils ne l'écoutèrent pas et deux sur ' trois furent tués : « Ceci servira, pour l'avenir, d'instruction aux cavaliers françois à ne s'embarquer jaiftais en ces combats en habits de nymphes, mais de braves et courageux guerriers, amateurs de leur honneur et de celui de la nation, à laquelle ces inconvéniens ravalent quelquefois la valeur et le courage. » ' Le duc de Guise n'autorisait les combats singuliers <iu'à la condition de maintenir une égalité absolue, à tous égards, entre les deux camps ; il voulait « que l'affaire fût de capitaine à capitaine, et que, s'ils présenloient homme d'armes ou cheval léger, il en fût baillé <le semblable qualité des nôtres. » '
Ce qui se passa dans le combat de Nemours avec Pescaire se reproduisait souvent ; l'ardeur des nôtres
1 Salignac-Fénelon, L cit.
' Duvillart, /. cit.
3 Salignac-Fénelon, /. cit.
400 LIVRE JV. — rilAriTIlK IV,
allait, à la guerre, jusqu'à la témérité, jusqu'à ]a plus déraisonnable : dCétoiL la mode en ce lemps-là de se distinguer par des actions folles et déterminées, » dit d'Aubigné, ' et il ne manque pas de raconter tout ce qu'il a fait en ce genre. Il est bien entendu qu'on n'attend pas d'ordres. Eui521, " quatre ou cinq enseignes des bandes de Picardie, appartenant à l'armée de M. de Vendôme, se débandèrent sans commandement, lesquelles, sans batteries ni échelles, donnèrent l'assaut à Landrecics; elles firent des pertes nombreuses, mais les ennemis effrayés de leur furie évacuèrent la place pendant la nuit. ' En 1325, la cavalerie était envoyée du c6té d'Aire: » La jeunesse, sans commandement, y alla à la file, en espoir, un chacun, de rompre sa lance, ainsi qu'est la coutume le plus souvent des jeunes gentilshommes de France de porter peu d'obéissance à cens qui leur commandent... L'escarmouche se dressa par notre jeunesse contre leur cavalerie, de sorte que les plus vieux et les plus sages des nôtres furent contraints de suivre la jeunesse pour la conduire. » ' D'autres fois les ordres sont arrachés ; en 1536, contrairement aux intentions du général, (' incontinent que nos gens virent l'ennemi en tête, ils furent surpris de telle ardeur et impétuosité de combattre qu'il fallut leur en donner la permission ; ils ne laissèrent pas le temps de jeter un pont sur la
» Du Bellay, liv. I, p. 250.
3 H., liv. II, p. 401.
Loire, ils se précipilèrent dans la rivière sans perdre leur ordre et Tennemi n*osa les attendre. *
Le succès ne couronnait pas toujours l'excès de zèle.
Au siège de Hesdin, « aucuns jeunes gentilshommes,
convoiteux d'honneur et de réputation, voyant le Roi
présent, témoin et rémunérateur du bienfait et de la
vertu d'un chacun, sans attendre le commandement de
l'assaut, et avant que l'ordre fût mis à le donner, et
sans regarder qui les suivoit, marchèrent d'une telle
iiïipétuosité qu'ils donnèrent jusque sur le haut de la
irèche. » Ils furent repoussés avec perte: « Par quoi
le Roi fit publier à son de trompe et de tambourin que
ttul, sur la vie, entreprît d'aller à l'assaut, s'il ne lui
étoit commandé. » «
L'excès attirait souvent des réprimandes ; mais, si L*excèsdezc sévères qu'elles fussent, elles avaient des compensations. Les neuf preux qui entouraient Charles VIII à Fornoue se laissèrent emporter, et le Roi resta seul : « En telles importantes affaires, puisque Ton y est choisi et appelé, il y vaut mieux avoir Tœil et de la considération, sans se laisser par trop aller à l'ardeur de son courage... Il ne faut pourtant pas blâmer ces neuf preux d^une faute si légère, puisqu'elle étoit couverte par trop de cœur et de vaillance ; car, quelque faute que Ton fasTe en ces combats, elle est toujours excusée, quand elle est d*une surabondance de vail-
* /fit., lîv. V, p. 515.
« Id., liv. VIII, p. 662.
Desj. s. m. 26
i02 I.1VKE IV. — ciiapitbf: iv.
lance accompagnée de courage, h' Le courage sauve en lous cas l'honneur : « Quiconque soit le capitaine ou le général d'une armée et qu'il perde une bataille, un combal ou une rencontre, mais qu'il y meure ou qu'il y soil prisonnier, j'enlenils de la bonne façon, encore que la perle soii de conséquence, sa mort ou sa prison expient loul. i>^
VU
Plus on est élevé dans la hiérarcliie sociale, pinson est obligé d'avoir et de montrer du courage, ajoutons on en a et plus on en montre. Les officiers, les princes, les rois sont toujours disposés k payer de leurs personnes, trop disposés même; mais, si parfois leur ardeur compromet le succès des opérations militaires, l'exempte qu'ils donnent contribue plus souvent à l'assurer.'' Saint-André se montre digne de de-^ venir maréchal, quand, au siège de Saint-Quentin, Jl« cause de son élat maladif, il se fait porter en chaise aoJ lieu où se trouve sa compagnie, " pour y avoir plus d'autorité sur eus el tirer plus d'obéissance d'eus que
' Brantôme, Charles Vlll.
' W., jtf. le maréchal de Thermes, t. iV. p. 3. En 1573, BouiL Ion s'ètoil laaeé aveo le duo d'Alençoa dans une escarmouche tô. méraire: « M, le duc, arrivé près de son frère, Tut repris et moi pe^ loué de l'avoir nouduit en ce péril et d'avoir pensé être cause qia deux frères fussent tués. Je méritois bien cette censure, sans qu'tm n'estimoil en cetln armée que ceux qui plus souvent se nife1 toient en les périls, quoique sans commandement et sans fruit (j:
r yieiUeviUe, liv. IV, ch. X.
nul autre...* En iS54, Coligny monta le premier à l'assaut de Dinan, et « un grand seigneur^ nommé le sieur de Montpezat, bien qu'il n'eût aucune charge en leurs bandes^ empoigna une de leurs enseignes et iravement devant tous eux la porta jusque tout audessous (du rempart) et se mit à couvert derrière aucuns quartiers et ruines de la muraille tombée, les appelant et leur faisant signal avec renseigne de le vouloir suivre et aller avec lui. Ce néanmoins ne fut oticques possible qu'ils reprissent courage : dont au- ^u.ns capitaines, auparavant bien estimés^ tombèrent ^li fort mauvaise estimation. » ^ Les généraux cherclxent à ménager la vie des princes, quand ceux-ci ne demandent qu'à la risquer : « Il ne tint qu'à M. de Ciiiise que les princes n'avoient été de Tentreprise, ^^kr il la leur céda jusques à ce que ceux-ci se trouèrent dehors et puis les clefs furent perdues... » ^ ^8 rois ne restaient pas en arrière de leurs sujets et ^^ leurs parens.La témérité de Charles VIII faillit lui ^^^Dûtercher à Fornoue.* On voit quelle intrépidité dé-
» Rabutin, liv. IX, p.708.
' Id.y liv. VI, p. 611. — Au siège de Lectoure, en 1562, « le
ur se trouvant ouvert après trois cent coups de canon, Monluc
fils,Clennont, Pourderc et une noblesse choisie montèrent à Tas-
Ipar la brèche (de Thou, Hist,, liv. XXXIII, t. IV, p. 421). »
* Silignac-Fénelon, p. 36, — Cf. td., p. 29, parlant d'une sor-
« où M nos princes et nos gentilshommes allèrent donner dedans
% se mêlèrent si bien que, après leurs lances rompues, ils donné -
^nt coups d'épée. »
* Brantôme^ Le roi Charles VIII, U II, p. 309, V. aussi M. de
Charrier, HùL de Charles VlIIy t. II, p. 239 et suiv.
iOi I.1VHE IV. ClIAPlTEiK 1
liloya François I" à J*avic. Son pelit-iils Charlca IX
miliUirc dann loa rangs inférieurs
élail bien jeune en 1367, lors de la fuite de Meaus ; mais, quand il fut attaqué par les Huguenots, « le Roi, avec ce qui étoit auprès de lui, mit l'épée à. la main et se jeta à la tète du bataillon qu'il avoit retourné, où il avoil la guerre, pour se mêler avec le plus prochain escadron des ennemis.»' Il y avait quelque chose de sérieux dans ces défis que s'envoyaient les souverains ennemis ; ils ne regardaient nullement comme impossibles les combats auxquels ils se provoquaient.
Le courage n'est pas un privilège réservé aux plus hauts rangs de la société, Brantôme le montre chez delà VociÈté et les gens do la plus basse extraction, les faisant par-^ ■ venir aux plus grands honneurs. ' En 1533, le cheva — lier d'Assas a un précurseur dans un homme d'armer de Montmorency, la Tigueritle, surpris après avoî»dépassé les sentinelles de l'ennemi qu'il allait reconnaître : « Craignant que le camp fût surpris, soudain cria alarme, dont les ennemis le voulurent tuer ; mais il voulut plutôt hasarder sa vie que do laisser en danger toute l'armée. «^ En J5ai, soldats comme g-enlilshommes prenaient dos déguisemcns pour se rendre en Italie, « à la nouvelle d'un futur remuement. » ' S'il y eut des hommes qui ôvilèrenl d'entrer dans
' Bouillon, p. 728.
' Les Cowonnels, t. V. p. 378.
' Du Bellay, liv. II, p. 373.
* Duïillart, liï. Il, l. XXVIIl, p. -'.05.
l'esprit et les mœurs militaires. 403
Saint-Quentin à la veille du siège, il y en eut qui encombrèrent tellement les bateaux destinés à traverser les marécages « qu'après ils ne pou voient déborder.»* L'ardeur des soldats égale souvent celle des chefs : ' « N'est possible de voir soldats mieux faire leur devoir qu'adonc firent les nôtres , car, chaussés et vê-
^us, ils se jetoient dans Teau, Tarquebuse au poing,
pour chercher et joindre Fennemi. »^
Les étrangers qui sont à notre solde ne restent* pas Chez les
^. ., ,,^ . ,, , . . 1, étrangers au
ôi:i arrière : « Memèment nos Allemands, ajoute 1 au- service
f ^^^ j ., . , .. de France.
LCiiir que nous venons de ciler,* ce qu on ne voit pas
^communément, parce que cette nation n'est duite ni
disposée à tel exercice. » Ailleurs ce sont les Suisses
^vii obtiennent le même éloge,* ailleurs les Écos-
^ciis. ))^ Castelnau dit, à propos du siège de Ghâlelle-
^^ult : « Aussitôt que la brèche fut jugée raisonnable,
*^s François, Italiens et lansquenets en disputèrent la
pointe, contention aussi généreuse que le procédé du
duc (d* Anjou) fut louable ; car, pour ne donner de la
jalousie aux capitaines et soldats, il ordonna que leur
différend seroit jugé au sort du dé, lequel étant tombé
en faveur des Italiens, tirent tout devoir de gens de
bien. » ^
* Coligny, p. 68.
« Rabutin, liv. I, p. 530.
3 /rf., liv. VII, p. 644.
* V. en effet liv. XI, p. 748.
2 /rf.,liv. V, p.601.
6 Jd., liv. IX, p. 709.
'^ Liv. VII, eh. VIII, p. 241.
f flomment tes
Les chiifs oiilrii-licniii'ol l'ardeur dans l'âme des soldats par les commimicalions qu'ils ont avec eux. Avant de donner l'assaut au château de Dinan, en 1554, Colig^ny harangua les compagnies françaises, II les priant et admonestant, avec honnèles et gracieuses remontrances, de se souvenir de la grandeur de la nation framboise et du devoir auquel étoienl obligés par la foi et assurance que le Koi avoit en eux'. 11 11 fit une autre eshortalion, mais sur un ton moins gracieux, quand il vit les soldats faiblir, et il tlicha de les émouvoir par la crainte de l'infamie. ' A la bataille de RenLy, le duc de Guise enflamma ses gens d'armes, » de telle sorte que, ayant invoqué le I nom de Dieu et recommandé entre ses mains leurs âmes, chacun s'apprêta à bien et iidëlenienl remplir son devoir, estimant que mourir pour leur prince et la république de beaucoup seroit plus honorable que la vie. <)' En 155S, Saint-André mêlait les sages conseils aux recommandations généreuses; il rappelait aux siens < l'honneur de la noblesse et gendarmerie françoise, et surtout qu'ils ne se débandassent, maisqu'ils se tinssent serrés et près de leurs enseignes
Les femmes sont souvent plus exaltées et parfois plus vaillantes que les hommes. En 1588, à Angou-
' Rabulin.liv- VI, p.(îl0el611.
' W., ii.,p. 621.
' II!., lÎT. VII, p. 642. — Le marquis lia Pescnire liarangua le: Kapii^nols avant la bataille de Pavie (V. du Bellay, liv. Il, p. 403).
l'esprit et les mœurs militaires. 407
lême, la duchesse d'Épernon fut prise par les habitans révoltés ; ils la menèrent devant le château et la menacèrent à plusieurs reprises de lui donner la mort, si elle ne le leur faisait pas livrer et si elle n'obtenait pas que le duc sortît delà ville. Elle refusa et commanda au châtelain de faire son devoir envers le Roi elle duc son seigneur.* Quand, en 4591, Henri IV fit canonner Chartres, « les dames et demoiselles du lieu étoient sur les murailles, se moquant et raillant. )> ^
vni
L'esprit militaire éclate à chaque instant chez ceux .,^'®?P"*
^ ^ ^ militaire cl
qui racontent tant de belles actions : la ffuerre, qu'ils les
. écnvaing
ont faite pour la plupart, les attire et les passionne ; ils en admirent la beauté : « Belles escarmouches, belles entreprises, » répètent-ils sans cesse. Mergey rapporte qu'il fit à quatorze ans plusieurs voyages, (c même celui où le roi Henri fit de si beaux exploits de guerre aux pays de l'Empereur es frontières de Hainaut et de Liège, pour avoir la revanche des cruautés, pilleries et brûlemens exercés auparavant par la reine de Hongrie aux frontières de France. » ^ On rencontre souent une expression qui fait connaître à la fois les sentimens de ceux qui agirent et de ceux qui écrivent ; on raconte, par exemple, en parlant d'un combat, « que la jeunesse françoise y
* Toscane, t. IV, p. 512.
* Gisors, p. 50.
408 LIVllE IV. — CUAPTTIIE IV.
éloit venue pour swi plaisir. » ' Le mot s'applique □lëniG au lomps des. g'uerros civiles. Il y en a un autre qui a été vivement TCproclié à un général après la bataille (le Mentana, faire merveille; celui-là aussi est du seizième siècle, et constamment employé.' Ceux qui racontent la guerre sans y avoir pris part tiennent le même langage que les autres : o G'étoit plaisir, dit Macquéreau," un simple bourgeois et singulièrement attaché à la maison de Bourgogne, confondue dans la maison d'Autriche, de voir (en 1545) l'artillerie el les ustensiles de guerre qui arrivèrent en la ville et à l'entour de Lyon... » P. Cayet dit aussi : » Cette escarmouche (près de Sablé, en 1390) fut bien maintenue départ et d'autre, et tient-on que c'a été une des belles qui se soient faites durant ces troubles, car elle dura neuf heures sans cesser. » ' C'est bien le sentiment générai qu'exprime Brantôme, quand il dit : « Je pense qu'il n'y a rien si brave et si superbe h voir qu'un gentil soldat, bien en point, bien armé, bien lesle, soit qu'il marche à la léle d'une compagnie, soit qu'il se perde devant tous à une escarmouche ou à un combat ou à un assaut, tirer son arquebuse, de-tout nu, désarmé, aussi résolument que les miens armés.... » "■
' Dj Bellay, liv. III, p. 426.
- Citons uaseul exemple, dansC > Lw. V, ch.XVIl. p. 131.
' C/ir. jiou.,liv.II, p. 246.
'' Les couronneU, I. V, p. 367.
Il ne faudrait pas croire cependant que dans ce siècle où tant de gens étaient courageux tout le inonde le fût. Les simples soldats, si vaillans à certaines heures, Tétaient beaucoup moins à d'autres. Nous avons déjà dit que les défaillances avaient été nombreuses, quand il s*était agi de s'enfermer dans Saint-Quentin avec Coligny. * Il y en eut dans la noblesse comme parmi les gens d'armes, pendant le siège comme à la veille. Coligny dit, à propos de la charge où fut tué Téligny : « Ce que je trouvai de plus mauvaise digestion, quand il fut blessé, de quoi il mourut, c'est que gens de bien et d'honneur m'ont dit que les ennemis n'étoient plus de dix-huit ou vingt à la charge qu'ils tirent à nos gens, et les nôtres étoient bien autant de coureurs, et le sieur de Curzieux, qui, outre cela, n'étoit point à cent pas du lieu où il fut porté à terre, et nonobstant il fut massacré et dépouillé sans être jamais secouru de nul des siens. Ledit sieur de Curzieux dit, pour son excuse, qu'il avoit exprès commandement dudit sieur de Téligny de ne partir point du lieu où il étoit que luiniême ne le vînt quérir; et aussi qu'il ne pouvoit avoir connoissance de ce que leurs coureurs faisoient,
cause d'un petit haut, qui étoit au-devant de lui. » ^
Manque de courag
dans certains ci
* V. Rabutin, liv. IX, p. 684, 705, 706, 708. — Coligny, p. 76, « P. 64.
La plainte de Coligny csl iliscrfete; l'accusation de Rabutin, au sujel lie labataiile perdue à Gravcliucs, est plus nette : « L'on accuse aucuns des chefs et quelques cnmpagfoies avoir fail mauvais devoir, ainsi que les ennemis mêmes Tout rapporté et témoigné. »' Henri IV nomme à sa sœur les gentilshommes qui se sont le plus distingués k Fontaine-Française, et il ajoute : " Aussi y en eut d'autres qui ne firent pas si bien, el beaucoup qui firent très-mal, » ' Si d'ordinaire les princes donnaient l'exemple de la bravoure, il y en eut un qui fut soupçonné d'en avoir donné un tout différent, à la bataille de Pavie ; on dit à François I" H comment le duc d'Alençon (le premier mari de Marguerite de Valois) s'en étoit fui, et lors s'écria, comme un homme décueilliéde son sens : — Ah! beau-frère, ce n'est point l'honneur et l'amour qu'on vous a fail. Ah ! ma sceur, que vous en serez dolente ! Alençon ! Alençon ! la fuite ne demeurera pas impunie. » "
Une telle faute pouvait être rare, surlout dans les rangs élevés, mais elle était grave : i J'ai vu, dit Brantôme, ' faire une demande el dispute, à savoir, s'il est permis de punir des poltrons qui ont fui des batailles, combats, et rendu des places par poltronnerie. » Brantûnie assure que les théologiens soute-
' Kabulii), liv. XI, p. 748.
I T. IV, p. 365.
" Macquéreau, liv. V. ch. XXIV, p. 142.
* J«. d'Aussun, l.IV, p. 19.
l'esprit et les mœurs MIUTÂIRES. 411
naient le contraire : « Pour quant au monde, certainement ils sont punissables » ajoute-t-il, en citant plusieurs exécutions capitales. Le Guidon des gens de guerre contient un chapitre * intitulé : De la peine et punition que doit avoir un capitaine qui s'enfuit dune bataille : « Un capitaine qui s'enfuit d'une bataille, y est*il dit, et qui laisse vilainement sa troupe ou sa bande, il doit avoir, sans mais ni si, la tète coupée, afin que là punition soit exemple aux autres qu'ils devront mieux vouloir mourir en vaillamment combattant, que perdre leur honneur et acquérir honte et infamie, pour s'enfuir méchamment. »
On a une telle crainte de passer pour l&che qu'on serait tenté d'étaler son courage avec ostentation. L'homme vraiment courageux n'a pas besoin de forfanterie ; il ne sait pas d'ailleurs ce qu'il éprouvera en face du danger ; il se rappelle et il reconnaît qu'il a été ému à certains jours : Monluc ne se flatte que d'avoir maîtrisé cette émotion, mais il l'a éprouvée : « Quelque mine que je fisse, je n'étois guères plus assuré et eusse bien voulu être à planter des choux. » * L'âme n'est pas toujours dans les mêmes dispositions ; M. de la Trémouille « eut cet honneur et bonheur d'avoir porté le titre de chevalier sans peur et sans reproche. Beau titre, certes, qui le peut garder et entretenir jusqu'à la mort! Mais ce maudit honneur est tant sujet à se casser qu'il n'y a verre qui le
« Liv. III, p. 165.
soit davantage, de sorte que, encore après !q trépas, il est disputabio, et surtout celui des gens de guerre ; je m'en rapporte à eux pour savoir ce qu'ils diront. Ah ! eombicn s'en cal-il vu et de nos pères et de nos temps, que l'on a tenus les plus braves et les plus vaillans du monde et portant le litre de gens sans peur et sans reproche, qui l'ont bien effacé par grandes fautes et poltronneries et avoir ou toile appréhension quelquefois du danger qu'ils s'en sont fuis vilainement pour échapper! » ' Au moment de la Saint- Barlhélemy, d'Aubigné se promenait avec quatrevingts soldais de sa compagnie, » parmi lesquels ÏI y en avoil ordinairement une douzaine des plus braves cl des plus déterminés qui fussent en France, u Ils éprouvèrent une panique enentcndant pousser des cris; (I D'où nous conclûmes tous que Dieu ne donnoitpas le courage et l'entendement, mais qu'il ne faisoit seulement que le prêler. »' Le courage dépend de bien des circonstances : « Il y en a qui sont braves et vaillans à cheval et les autres à pied et non achevai, les uns bons pour les batailles et rencontres, les autres pour les assauts et les brèches. Je laisse à discourir lequel est le plus honorable. M. de Guise étoit pour l'un et pour l'autre. » ^
Personne ne se connaissait mieux en courage que
' Brantôme, M. de ta Trémouilte, I ^ D'Aubipné, p. /iTS.
- BranlOme, (, cit.
M. de Guise le Grand, comme on rappelait de son temps. Quand il rendit compte à Charles IX et à Catherine de la bataille de Dreux, '< une chose fit-il que Ton trouva très-étrange, qu'il loua force capitaines et des grands, que Ton savoit très-bien qu'ils avoîent gentiment fui ; dont la Reine et aucuns de ses plus privés lui en demandèrent après la cause et la raison. Il dit que c^étoit une fortune de guerre, laquelle possible ne leur étoit jamais advenue ne adviendroit, aussi que pour une autre fois ils se corrigeassent et eussent courage de faire mieux ; mais pourtant il passoit légèrement 'sur leurs louanges, autant comme îl pesoit bien celles-là de ceux qui avoient très-bien fait : si bien qu'il étoit très-aisé à juger là où il flattoit et où il disoitle vrai. » *
Le courage n'est pas tout Tesprit militaire, s'il en est la principale partie : il faut encore d'autres qualités pour faire le bon soldat, le bon capitaine et surtout le bon général. Bayard, « combien qu'il fût tenu un des plus hardis hommes du monde, avoit bien une autre chose en lui même autant à louer, car c'étoit un des vigilans et subtils guerroyeurs qu'on sût trouver. « « Rien ne lui man-
* îd., M. de Guise le Grand, t. IV, p. 247. — Cf. id,, M. d'Aussun, iô., p. 8.
' Le loyal serviteur, ch. LXIII. — ,Cf. ch. XLIV : « Il faut que tout lisant cette histoire sache que le bon chevalier étoit un vrai registre de batailles, par quoi tout homme, pour sa grande expérience, s'en tenoit à ce qu'il disoit. »
41i LIVBE IV. — CHAPITRE IV.
quait : » De conduite, c'étoil un Fabius Maximus ; d'entreprises subtile:^, un Coriolanus ; de force et de magnanimité, un Hector... Es guerres, a eu toujours trois excellentes choses cl qui bien affièreul â parfait cbevalier, assaut do lévrier, défense de sanglier el fuite de loup. »' 11 ne? faut pas moins que l'exemple de Bayard et l'autorité de son historien pour mettre la fuite de loup parmi les trois excellentes choses qui conviennent au parfait chevalier. On est moins surpris d'apprendre qu'en tout temps il cultivait avec le plus grand soin les exercices militaires. ' Rabutin parle de « jeunes hommes qui avoîent le feu à ta tête, et qui ne chercboient que nouvelles entreprises », mais qni se soumettaient" toujours à laconduitc de vieux routiers de guerre et capitaines usités et expérimentés. » ' Brantôme prise aulr* chose que le courage, et dit du premier maréchal de Biron : « Entre toutes ses perfections de guerre, c'éloit un homme qui reconnaisaoil le mieux une assiette et logement de camp et place de bataille ; il s'entendoit très-bien à cartiger el en faire lui-même de cartes et les deviser a. d'autres. Je l'ai vu conuoître mieux des pays et contrées que plusieurs autres gentilshommes même de la contrée, jusques à nommer de petits ruisseaux, qu'ils no savoient et ne connaissoienl pas. » ' Une qualité précieuse est la force
> (6., ch. LXVÏ.
> Ib., ch. XXI.
^ Ltï. Il, p. 5ii.
' M. le maréchal de Biron, t. V, p. 156.
l'esprit et les mœurs militaires. 415
d'âme, qui fait que Thomine de guerre... s'efforce de jeter hors de sa mémoire toutes choses tristes, afin qa elles n'aillent affoiblissant cette première fureur qui est en lui, qui souvent le rend redoutable. » *
Les fatigues et les travaux mettaient la force d'Ame Les fatigues et
^ Une épreuve plus rude que les belles escarmouches ;
^épreuve réussissait souvent: « Des princes et grands
seigneurs et généralement jusques aux plus petits
P^ï^toient la terre et la hotte pour remparer en telle
diligence et sollicitude qu'à l'endroit où ils pensoil que
'^ brèche seroit faite...,» dit Rabutin.' Salignac-Féne-
lo x^ atteste aussi qu'à Metz les princes et les seigneurs
^ cJe remparer ne s'y sont aucunement épargnés. »'
A^^ siège de Guines, M. de Guise « lui-même, pour
^^^Çmenter les courages et servir d'exemple à ch-a-
^'-^xi, se présentoit le premier et avoit aussitôt la main
^ X^'outil et à tirer et pousser le canon, que le moindre
P^ CDnnier de toute la troupe. » * De même au siège de
^txion ville : « M. de Ne vers ne s'y employoit point
^^ Vilement en qualité de prince, pour non-seulement
y ^liommander, mais, comme le moindre soldat de la
"-"^^upe, n'en bougeoit jour et nuit... Aussi avoit-il tel-
^ La Noue, ch. XX, p. 314.
"^ Liv. IV, p. 577.
^ Rabutin, liv. X, p. 731.
lemenl gagné le cœur des hommes que, élant suivi île plusieurs gentilslionimes et soldats,il n'y avoit cfllui, depuis le grand jusijucs au petit, qui volontairement n'y mit la main. » ' C'était parfois l'intempérie des saisons qui exerçait la constance : Rabutin parle d'un campement fait le 31 octobre 1335, par un froid extrême, sous une véritable tempête : « A quoi la grandeur et magnanimité des courages de princes et grands seigneurs, jusques aux moindres soldats résista tant que la force humaine se peut étendre, » ' Sully parle d'un autre duc de Nevcrs qui voyagea toute la nuit, » élant dans son carrosse, un manchon à la main, dont il se bouchait le nez et la bouche. » '
Aux bouillans courages du siècle, les fortifications inspiraient quelque dédain. D'Aubigné dit aux Français:
Vos aïeuï d&laignoicnt forts et villeB froiitiùres. L'ennemi, aussitôt comme entré, comt)attu, FaÎBoit à la campagne essai de leur vertu. (Maintenant)
Nos cœurs froids ont besoin de se voir emmurés ; Nos exceliens desseins ne sont que garnisons Que nos pères fuyoient comme on fuit les prisons. '
' Id., liv. XI, p. 741. — Cf. Duvillart, liv. V, t. IX, p. 381, racontant le siège de la citadelle de Casai. » Rabutin, liv. VlII.p. 60i.
' Gh. XXXIV, p. 90.
' D'Aubigné, Tragiques, 1, Misères, p. 19.
l'esprit et les 3IŒURS MILITAIRES. 417
On ne craignait pas seulement de perdre sa réputation de bravoure derrière des murailles ; on s'y ennuyait. Bayard commandait dans une forteresse ; « ennuyé d'être si longtemps en cage sans aller voir les champs » , il dit à ses compagnons : « Messeigneurs, il me semble que nous croupissons trop ici sans aller voir nos ennemis. » Français et Espagnols sortent, les uns de la place, les autres du camp, le même jour : < Et telle fut la fortune des deux capitaines que, au descendre d'un tertre, se vont voir les uns les autres environ à la portée d'un canon. Je ne vous saurois dire lequel fut le plus joyeux, mèmement quand ils aperçurent que leur puissance étoit pareille. » * L'historien raconte « comment le bon chevalier, durant le siège ' (de Padoue), fit une course avec ses compagnons, où il acquit gros honneur. » * L'exemple de Bayard trouvait naturellement des imitateurs ; en 1510, la garnison de Legnago fit une Course : «Gantiers grand désir avoit de faire course et -cuissi d'attraper ce beau butin. » Mais il se fit battre : « Il n'est rien de si certain que c'étoit toute fleur de chevalerie qui sortoit de Legnago quant à la hardiesse, mais jeunesse éloit avec eux de compagnie. » '
1 Ifi loyal Serviteur y ch. XIX.
s /&., ch. XXXV.
» /&., ch. XLI. — Cf. Rabutin, liv. IV, p. 576. Au siège de Metz, les « gentilshommes les plus hasardeux qui vouloient faire acte digne de mémoire ou par souvenance et amour de leurs amies âlloieût roïnpre leurs bois et donner coups d'épée jusque dedans
Desj. s. m. 27
ils
Aussi n'élaiUce pas dans les villes assiégées que les volontaires se rendaienl avec le plus d'empressement ; il entra à Sainl-Quentin i- quelques gentilshommes pour leur plaisir, mais bien pou. •> '
L'ardeur guerrière l'emportait dans certains cas, lorsque le slfege avait de l'imporlauce et promettait de la gloire. En 1536, une armée de défeuse fut organisée pour conserver Turin et « plusieurs gentilshommes de grosse maison... s'y voulurent enfermer pour acquérir los et bruit et faire service au Roi ot à la chose publique. » * Duvillart cite un trait analogue, qui se passa aussi en Piémont, ■ de manière qu'à vue d'œil la crainte du mal qui nous menaçoit écbauiïoit de tous cfttés ces àmcs généreuses à le repousser par un courage dévot et intrépide. » ^ Que de volontaires au sîëge de Metz, et des plus illustres ! *