XI
Los divers Les senlimens nui se réunissent pour former l'esprit
sentimons , . »
dont se forme militaire sonl divers ; le pur devoir est rarement prédominant ; Coligny ne se laisse pas détourner de Sainl-Quentin par ceux même qui lui disent « qu'il
les tentes des ennemis et couper les coHages, exécutanl choses Étranges et non ouïes de notre mémoire. >:
' Rabutio, liv. IX, p. 702. — Cf. Colignv, p. 68.
» Du Bellay, liv. VI, p. 565.
» Liv. IX, l. XXX, p. 201.
' Salignac-Fénelon, p. 2. 13, 17, 22, :î6, 48, 57. — Cf. De Thou, Uist., liv. XI, t. II, p, 312.
l'esprit st les mœurs MIUTâIRES. 419
pou voit faire plus de service dehors ; » peu importe ; « commandé d'y entrer, » il y entre * Il est vrai que l'idée du devoir se présente souvent sous la forme saisissante de Tamour du Roi, qu'elle commence même, des le début du siècle, à prendre celle du patriotisme.
C'est quelquefois le désir d'effacer un souvenir pé- i>«sir d'effa
, , UQ souven
nible qui enflamme le courage. Un envoyé Florentin pénible. rend compte de l'ardeur extraordinaire qui fut déployée à la bataille de Ravenne, « parce que le grand cœur des Français, dont le nom retentit dans toutes les parties du monde, ne pouvait supporter d'avoir été quatre fois vaincus par les Espagnols, et que, désirant se laver de cette honte, ils ne cherchaient et ne demandaient qu'à mourir ou se venger. » * Après la bataille de Saint-Quentin, une partie de l'armée se retira à la Fère, « étant tous les princes et seigneurs si harassés et exténués qu'il leur eût été impossible de soutenir le moindre choc du monde. » Cependant, sur le bruit que le connétable avait échappé, ralliait du , inonde et recommençait la lutte, «s'élevèrent tellement leurs esprits et courages qu'ils recoururent incontinent aux armes, et n'oyoil-on plus partout que demander harnois et chevaux et trompettes sonner à cheval, ayant chacun recouvré ses forces et sentimens pour venger la honte précédente. » ^
* Rabutin, liv. IX, p. 683. — Cf. Coligny, p. 60. » Toscane, t. II, p. 581.
3 Rabutin, Uv. IX, p. 697.
LIVIIE IV, — CHAPITHI
La gloire du pays touche les cœurs, mais c'est aussi el peut-être avaut tout à la sienne propre que chacun songe. On veut n faire autant d'exploits d'armes qu'Homère et Virgile en disent d'Achille et Ulysse. » '
Au désir de la gloire se joint l'ambition. Les deux senlimcns se confondent chez Monluc, regrettant d'avoir perdu ses cnfans et de n'avoir plus une bonne santé ; s'il en était autrement, "je penserois, dit-il, avec l'aide de mes amis, pourvu que la France fût en paix, acquérir quelque coin du monde ; que si je a'avois un gros morceau, pour le moins en aurois-je quelque lopin. Au fort, je ne pcfdrois, que les frais el la vie, que je liendrois bien employée, puisque c'est pour acquérir de l'honneur. »
Il y a des témoins dont la présence ajoute à l'honneur et assure des récompenses. On s'exalte à l'idée que l'on combat sous les yeux d'un prince, à plus forte raison sous ceux du Roi. Il ne s'agit que du duc de Nevers dans ce passage de Habutin ; » Ne faut douter que la présence de ce prince ne leur crût le cœur et la volonté de faire chose bonne et honorable, n ' Le même auteur s'étonne qu'un assaut ail échoué, quand MM.de Condé et d'Engbien y assistaient.' En 1536, le dauphin arrive au camp drossé pour faire lover le siège de Marseille, et l'ardeur redouble ; ' elle va jus-
' id., ]iv.VlI,p.640.
ï Monluc, liv. VII, p. 400.
= Liv. I, p. 532.
* Liv. VII, p. 656.
> Du Bellay, liv. VII, p. 668
- Cf. M. Décrue, op. cil,, p. ;
l'esprit et les mœurs militaires. 421
qu'à la témérité en présence du Roi, devant le château de Hesdin, en 1537.' Mais aussi un puissant stimulant manque aux expéditions lointaines ; le frëre de Brantôme, M. de Bourdeille, disait, en Ecosse, à ses compagnons, qui, d'ailleurs, se conduisaient fort bien : « Ah ! Messieurs, ce n'est rien, ce que nous faisons ici, si le Roi ne nous voit ainsi bien faire. Car mieux vaut rompre bien à propos une lance contre son ennemi devant son Roi et à sa vue que de gagner une bataille ou prendre une ville hors de sa vue et en son absence, et même à cinq cents lieues de là ; car la renommée ni la reconnaissance n'en sont si grandes. »*
Le désir de s'enrichir se joint à celui de s'illustrer s'enrichir et de s'agrandir. Nous venons devoir qu'on est altéré par l'appât du butin, comme par Tespérance de la gloire. Il y a cependant des âmes qui seront assez hautes pour ajouter le sacrifice de la fortune personnelle à tous les autres ; on dépensera son argent en même temps qu'on exposera sa vie. Quand d'Aubigny fut envoyé à la conquête de Naples, en 1501, « combien que ledit comte (Louis de Bourbon) n'eût charge aucune, néanmoins pour s'exercer aux armes et chercher le chemin de la vertu, il fut conseillé d'aller à la dite conquête et, du congé du Roi, y alla à ses dépens. ))' On emporte quelquefois du butin, mais quel-
* Du Bellay, liv. VIII, p. 662.
« Brantôme, M. d!Essé, t. lïï, p. 390.
^ Marillac, p. 130.
([tiofoiH auHfii on en laisse aux onnentis. Les généraux ut lus ul'llciurij supérieurs puÎBcnt souvent dans leurs propros buursDS, (jui no sont pas trop bien garnies, pour fournir au plus jirossé, quand l'argcnl du Roi se faitalloridro. Lors do ta bataille de Cérisoles, des iiimncos du nioudil seignour d'Enghicn étoiont si rnurlps, ijn'il n'y avoit plus rien entre les mains, ni de» Iri^soriurs, ni d'hommes du camp ; par quoi celle arrivée (des volontaires) fui commode, car. pour ôlro goiiM dn maison, cliacun avoit apporté le fond du coffre, lequel soudain inondil seigneur d'Enghion vida de Imira boites, pour conleuUr les soldais, altendant In venue do l'argenl du Roi. » ' Au désir de la gloire, des grandeurs ot de la ricliesse, il convient d'ajouter un cerluin goiM d avonturcs. que signalent tous nos (èrrivains, Ce goilt lie vient pas toujours de la même cause et ne prend pas rliei tons la raéme forme. Les nobloA oui tt» grands desseins, fout de grands rêves; ils oherdieul dos ejtploits semblables à ceux qu'ils ont lus ou qu'où leur a lus. quelquefois dans l'histoire, Kouv«nl (Uns les pommes et dans les romans ; ils espèrent it beaux iVlablisAcmens, sinon des royaumes, cotnniv ils saveni qu'on en obleuait jadis par un grand m^rilv, to^jours aidé d'une bouue nùmï. au moins des K«fs, ct>iuuw ils voient qu'on s'en taille dans les p«ys cott^uùt Ans trtews» «omom on en trouve dans les vill«s pm«s d'«ss«al, <l«s iHKcms qui valent mieux
«DaMIvr.Kv. X.m19ft.
l'esprit et les mœurs militaires. 423
que des trésors, des pensions que le prince accorde, quand aux services viennent se joindre ou suppléer la chance et la faveur. Dans les rangs inférieurs^ on ne pense guère à la gloire et aux honneurs, mais on se préoccupe des profits pécuniaires ; on compte sur une certaine licence de vie dans les camps et dans les garnisons ; les obligations militaires accomplies dispenseront de toutes les autres ; à la certitude du la* beur quotidien on préfère de périlleux hasards, aux^ quels on se flatte d'échapper.
Parmi les sentimens qui contribuent à inspirer le goût des armes, on ne s'étonnera pas de trouver IV mour : il faudra même faire une place et une grande à la galanterie, au désir de mériter les louanges des dames. Gaston de Foix « avoit de coutume, pour Tarnour de sa mie, de ne point porter de harnois.fort la oliemise, depuis le coude en bas jusques au gantelet,» ^t, haranguant la gendarmerie, il disait « qu'ils verx^oient ce qu'il feroit pour l'amour de sa mie. »^ La jeunesse, nous l'avons vu, sortait des places de guerre « pour rompre leurs lances pour leurs dames. »^ Quand les guerres civiles remplacèrent les guerres étrangères, les sentimens ne changèrent pas ; les huguenots eux-mêmes avaient le cœur sensible : « Au fort du combat, dit d'Aubigné,' je pris mon épée de la main gauche, pour éteindre de la droite un bracelet de che-
* Le loyal serviteur, ch. XXIX.
» Du Bellay, liv. X, p. 779. - Cf. Rabutin, liv. IV, p. 576.
- CIIAPITKE IV.
veux (le ma maîtresse qui y étoil attaché et qui brûloit d'une arquobusade qui l'avoit touché et embrasé. Le capilaino du Bourg:, à qui j'eus à faire, me manda, entre autres choses, aprfes le combat, qu'il s'éloit bien aperçu de ce que j'avois fait, et, pour me marquerune inirépidilé pareille à la mienne, il avoit alors dessiné un monde et une croix avec la pointe de son épée sur le sable, i> Il était jaste qu'un combattant amoureux trouvât un adversaire courtois. La vie portait l'empreinlo des légendes fabuleuses, et la réalité ne se montrait pas trop indigne de l'idéal : « Et pourquoi, disait Branlôme,' tant de braves chevaliers errans de la Table Ronde el tant de valeureux paladins de France du temps passé ont entrepris tant de guerres, tant de voyages lointains, tant fait de belles expéditions, sinon pour l'amour d«s belles dames qu'ils servoient ou vouloient servir, » L'imagination s'excite encore davantage, lorsque l'expédition se fait dans l'inlér(';t même d'une noble dame; c'est ce qui arriva à Bayard, quand il secourut la comtesse de la Uirandole contre le pape Jules II : » Mes enfans, dit-il à ses soldais,' vous allez au service des dames; montrezvous gentils compagnons pour acquérir leurs grâces et faites parler de vous ; la place où vous allez est très bonne et forte, et, si le siège y vient, vous aurez honneur à la garder. Et plusieurs antres joyeux propos
' Les dames,
' Le loyal aerviteur, ch. XLK.
l'esprit et les mœurs militaires. 425
leur disoit le bon chevalier pour leur mettre cœur au ventre. »
n en était à la fin du siècle comme au commencement. Sully rapporte que les cavaliers sortaient de Marmande en criant: « Çà, cavaliers, un coup de pistolet en l'honneur de la maîtresse ; car votre cour est trop remplie de belles dames pour en manquer. » Les ennemis reculent suivant Tordre qu'ils avaient reçu : « Comment, cavaliers ! sera-t-il possible que des gens qui se disent marcher sous la bannière de Mars et d'Amour tout ensemble se retirent ainsi fuyans, sans avoir donné un seul coup d'épée que sur des pauvres manans que vous avez trouvés hors les portes? »* En 1590, Henri IV écrivait à M"'^ de La Roche-Guyon : « Je vous écris ce mot le jour de la veille d'une bataille... Bien vous puis-je assurer que, si j'y meurs, ma pénultième pensée sera à vous et ma dernière à Dieu. » *
Quand la guerre est interrompue, on aime à en reproduire rimage, et c'est encore un moyen de plaire aux dames ; on leur montre son mérite et on l'exerce. Le loyal serviteur ne manque pas de raconter « comment le bon chevalier fit crier dedans Aire un tournoi pour l'amour des dames, où il y avoit pour le mieux faisant un beau bracelet d'or et un bel diamant pour donner à sa dame. » '
« Ch. XII, p. 27.
« Lettres, \. III, p. 244.
» Ch. X. Cf. ch. XIII et XIV.
- CHAPITPE IV.
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^■*^"f^re*^*"** Il est sîngulibronieni utile à la grandeur d'un aou-
r les princes veraïn de cultiver celle disposiUun à prendre les ar- I pour ^ '
l tenir fi'sprit nies dont il aura presque ccrlainemeiiL à tirer parti
* militairt i ■ n ■
en éveil. quelque jour. Elle se perd, ai die n est pas entretenue : a Beaucoup de personnes, dit Habutin, ' selon leurs qualités el commodités, par le temps de paix et de repos, s'étoicnt tant relâchées et abandonnées à leurs aises el voluptés, que, advenue celle soudaine entreprise, pour peu do peine et de travail étoient abattues el demeurées sous le fais; depuis, la conlinuation et accoulumance nous a rendus usagers de nécessité. » La pais: a ses inconvéniens ; •> C'est dommage de laisser cliLïmer si braves gens, ni plus ai moins que de laisser rouiller une belle, claire et luisanle épée. » * Le désir de fournir aux gens de guerre l'occasion de s'exercer et de se distinguer n'est pas sans influence sur bon nombre des expéditions enlrC' prises au seizième siEicle. En 1515, nie Roi, se voyant paisible de tous côtés, jeune, riche el puissant homme, et de gentil cauir, et gens autour de lui qui ne lui déconseilloient pas la guerre, qui est le plus noble exercice que puisse avoir un prince ou un gentilhomme, quand c'est une bonne querelle,,, » ' Henri II expli-
t Liv. II, p. 546.
' Brantôme, tes Courcnnels.
' Fleurange.ch. XLVIII.
l'esprit et les mœurs militaires. 427
que, en 15Si, pourquoi il se décide à la guerre : « Et, quand le voyage ne seroit entrepris que pour réveiller l'ardente jeunesse qui est à ma suite, de plusieurs princes et seigneurs qui sont à présent inutiles, encore ne trouverois-je 1^ dépense mal employée. » ' C'est un vrai titre de gloire pour un souverain que d'avoir mis souvent les armes aux mains des hommes courageux. Fleurange dit* que Maximilien « étoit bon prince et réveiiloit toute la chrétienté; car, quand il ne pouvoit faire quelque chose, si montroit le chemin aux autres ; et doivent tous gens de guerre être navrés de sa mort. »
Les princes ont ainsi que le souverain un rôle h jouer, un devoir à remplir. Monluc recommande h Monsieur d'avoir des attentions pour les hommes de guerre : « Quand le capitaine verra que vous ne fai" tes compte de lui, ni n'en avez souvenance, il pensera que vous vous contentez de la fortune que Dieu vous a donnée et qu'il ne faut plus espérer que vous veuillez être plus grand que vous êtes, et faut que chacun pense de se retirer en sa maison, sans se soucier plus des armes... Instruisez vos secrétaires de vous en faire souvenir, car les dames ou le plaisir de la cour vous en ôteront la mémoire : vous êtes jeune, je vois bien qu'il faut que vous goûtiez le plaisir du monde, il est raisonnable que vous sachiez que c'est : ainsi
* Mém, sur Vieilleville, liv. IV. ch. X. 2 Çh. LXL
Combien la vi.
militaire cstilangvreuK
la vertu.
428 LIVflE IV. — CIIAPITIIE IV.
avons-nous fait eL feront cens qni viendront après nous ; mais allez-y sobrement. » '
g a. Les mœurs militaires.
■ L'esprit militaire est un ctîlirit do dévouement et de ' sacrifice. Co sont, bien souvent, les scntimens les plus nobles qui contribuent à le former ; à son tour, il n'en devrait pas former d'autres. Mais, d'une part, à son origine même, il n'est pas toujours pur de tout fâcheux alliage, nous l'avons vu; d'autre part, la vie militaire est bien dangereuse pour la vertu ; l'on yrencontre tout ce que condamne la morale, et chez les chefs comme chez les soldats. De Thou fait l'éloge funèbre du marquis de Marignan dans les termes suivants : i< Ce fut un homme d'un esprit vif, mais fourbe, robuste de corps et infatigable dans les exercices miiilaires, accoutumé aux veilles et aux travaux : en un mot, si l'on excepte son humeur féroce et cruelle et sa cupidité insatiable, il doit saus contredît être mis au nombre des grands capitaines de son siècle. Au reste, quoiqu'il aimdt extrêmement k piller, il faisoit néanmoins un bon usage de ses exactions, qu'il employoit à vivre magnihquemenl et JL bâtir de superbes édiSces. Il passoit souvent les-; jours et les nuits dans les jeux de hasard; ce que je^ bl&merois peut-être davantage si ce défaut n'étoit ordinaire aux gens de guerre, » ' On voit que de vices
' Uï. VU, p. 400.
» De Thou, Hiil., liv. XVI, 1. 11, p. tl2l.
l'esprit et les mœurs militaires. 429
faisait excuser le métier militaire ; aussi ne ménaget-on pas Tadmiration à ceux qui, par extraordinaire, en sont exempts. L'Estoile déplore la mort de la Noue, « qui étoit un seigneur regrettable à jamais de tous les bons François, tant pour sa vaillance singulière, bon conseil et sage conduite que pour la grande probité et crainte de Dieu, vertus rares aux capitaines de ce siècle. » * Aux témoignages, qui pourraient être innombrables, se joignent les aveux. Monluc est heureux de jouir d'un peu de repos dans sa maison : « Afin, dit-il,' de demander pardon à Dieu des offenses que j'ai commises. Oh ! que si sa miséricorde n'est grande, qu'il y a de danger pour ceux qui portent les ^^Qies, et mêmement qui commandent; caria néces- Site nous force à faire mille maux... » D'Aubigné, aans une grave maladie, « faisoit dresser les cheveux * la. tête aux officiers et compagnons qui le venoient Visiter, en confessant les excès et pilleries qu'il avoit cottimis, avec les soldats qu'il commandoit. » '
Le connétable de Montmorency lui-même, si con- ^^ pour sa sévérité, répondait un jour à une plainte ^^ l'ambassadeur impérial, en l'avertissant « qu'il ne ï^Uoit pas toujours requérir en soldats une sainteté ie vie, et qu'il n'y en eût toujours quelqu'un qui déclinât la vraie obéissance et discipline militaire, comme se voit entre cordeliers conventuels, qu'il y en a tou-
* T. XLVI, p. 308.
« Liv. VII, t. III, p. 499.