‹ Les sentiments moraux au XVIe siècleChapitre 33 sur 36 · WO LIVRE IV · texte numérisé non relu

WO LIVRE IV

jours quelqu'un qui soil de l'ordre de l'inobservance, " '

Si les excès sont trop communs, si les vices sont trop répandus, si l'on en vient à les respecter comme les conséquences habituelles de la vie militaire, i) ne faut pas croire cepondant que personne n'y échappe la noblesse d'âme et la pureté de conscience se re- Irnuvenl toujours quelque part ; il y a des héros, i! y a des chevaliiirs,

La guerre est cruelle. Quand une place est prise de vive force, ceu.v qui résistent encore, ceux qui ont résisté sont souvent massacrés ; l'épéc du vainqueur n'épargne même pas toujours les habilans qui n'ont pas porté les armes; 'ainsi s'explique le nombre de quarante mille personnes tuées à la prise de Brescia, en 15J2,* de trois mille, " jusque» aux petits enfans et les prêtres dedans les églises et partout, à la prise

' Simond Renard à l'Empereur, avril 155t. — Granvelle.t. IIl, p. 51fl.

* En 1510, à k prise -de Montcelle, >• fureot mis en pièces totikceux qui étoieni dedans ; eln'y avoit point de gens de guerre dedans, lors tous vilains, lesquels ces aventuriers prirent (Fleurante, ch. XVIII). Il — Quand les impériaux s'emparèrent de Péronne, en 1537, « il y mourut de toutes gens, tant de gens de guerre citadins que pionniers, environ quatre mille cinq cens hommes, et ne l'ut pardonné ni à femmes religieuses ni enfans ; car v de quelle gracieuseté uaent les lansquenets, quand ils sont victorieux (du Bellay, liv. VIII, p. 671). «

• Fleurange, ch. XXVIII.

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de Chivasso, en 1515.* Les cruautés s'excusaient quelquefois par les représailles ; en 1522, les défenseurs de Novare furent presque tous « pendus et étranglés, » mais « après avoir confessé les cruautés qu'ils avoient commises aux François, comme de leur avoir mangé le cœur, leur ouvrir le ventre tout vifs et dedans faire manger l'avoine à leurs chevaux, avec plusieurs autres inhumanités. » *

Il y a des hommes cruels par tempérament ou par habitude, et il y a des hommes qui deviennent cruels à un certain moment. Laissons de côté les traits de barbarie qui accompagnent inévitablement les désordres d'une autre nature, les outrages faits aux femmes ou le pillage. M. d'Estrée « sentoit bien son vieux aventurier de guerre du temps passé, dont il avoit fait profession, où il avoit appris d'être un peu cruel. » ^ Un des Brissac « étoit trop cruel au combat et prompt à y aller et à tuer, et aimoit cela jusque-là qu'avec sa dague il se plaisoit de s'acharner sur une personne à lui en donner des coups jusque-là que le sang lui en rejaillissoit sur le visage. » * La cruauté était, dans une certaine mesure, érigée en système. Le guidon des gens de guerre enseigne qu'il faut être cruel au commencement de la guerre : « Au commencement de la guerre, on dit que c'est une bonne

* /A., ch.XLIX.

« Du Bellay^ liv. II, p. 367.

» Brantôme, M. d'Estrée^ t. III, p. 75.

* Id,, Les couronnels, t. VI, p. 131.

432 uvhk iv. — chapithB iv.

chose se montrer cruel ; car la crainte que l'on a de sa cruauté contraindra les villes de leur rendre et en sa merci {sic), lesquelles, privées de cette crainte, voudroient essayer, au moins la plupart, quelle scroit l'issue de la fortune de la guerre, qui apporterait peut-être un merveilleux dommage k ses gens. A cette cause, je le conseille que lu te montres sévère et cruel au principe et commencement de ton entreprise et de la guerre, si lu en veux parvenir bientôt audessus, et faire ainsi que Tamburlanus. duc et capitaine des Scythes. »'

L'auteur du Guidon teuait, à la page précédente, un langage quelque peu différent ; « 0;/'// faut ouïr les prières des humblement requérons. — Un bon capitaine ne doit jamais rejeter, repousser ou mépriser les requêtes et prières à lui humblement et bénigne- ■ menl faites; mais les doit ouïr toujours humainement ^ et bénignement. Car rien n'est plus louable à un ca — pitalne que clémence et humanité, par laquelle lcs>^ courages encore malveillans et ires de ses ennemî^a peut attirer et llécliir à son vouloii-. »

S'il est une nation chez laquelle la guerre elli mècïie n'étouiïe pas l'humanité, il semble que ce si la nôtre. Les Français étaient émus, lors du siège ^ Metz, quand ils voyaient la dureté des chefs Esg:».

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gnols envers leurs soldais, « la presque innumérable quantité de gabions et vastadours qu'il (le duc d'Albc) faisoit bâtir et emplir continuellement sans repos, ne faisant cas de la vie de ces misérables personnes non plus que de bêtes brutes et exposées à la merci de l'artillerie et contre les batteries de la ville. » ' L'historien s'émeut aussi sur l'état où l'empereur, en parlant, laissa son armée, « les uns en leur quartier, les autres où ils pouvoient, en si grande indigence et niisèrequeje ne fais point de doute que les bêles n}êmes, voire les plus cruelles, n'eussent eu quelque pitié de ces misérables soldats, tombant, chancelant par les chemins par extrême nécessité, et le plus souvent mourant près des haies et au pied des buissons, pour être proie aux chiens et oiseaux ; ce qui à plus forte raison doit émouvoir les cœurs des personnes î'^e fortune a rendues tout heureuses en ce monde, îv^e jamais ne sentirent ou essuyèrent les duretés de ^^- guerre ; et, quand ils en parlent le ventre plein et ^^ verre au poing, parmi leurs plaisirs et délicatesses, ^^^ tir semble que ce soient noces ou voluptés exercer ^^tétat, qui ne consiste, parmi mille et mille périls, ï Vi'au danger de l'âme et du corps, s'il n'est justement ^^ prudemment exercé. » La sympathie fut aussi ac- ^^"ve que prompte; les secours furent prodigués aux ^'^nombrables malades laissés par le duc d'Albe ; tous ^*y employaient, « M. de Guise, les princes quiétoient

. * Rabutin, liv. IV, p. 576.

Dfisj. S. M. 28

434 LivriE IV.

dans MpIz, cl g;énéralemi!nt Iob autres, jusque^ aux simples soldats fraDQois. » ' On aiiraîl pu exturminer l'armée du marquis de Braiitlehourg, que l'armée impériale no pouvait plus secourir; par compassion, on la laissa s'échapper. '

Trouvions-nous chez nos ennemis des dispositions aussi généreuses ? Nos historiens les accusent souvent ; Rabutin se plaint do la cruauté des Bourgoignons, c'est-ft-dire des impériaux : « Mieux adviendroit de tomber enlre les griffes des bètcs brutes que se lier en leur miséricorde et pitié. » ^ Le duo de Guise vil son frère, le duc d'Aumale, véritablcmemont maltraité par l'ingrat marquis de Brandebourg, qui le tenait prisonnier.' Mais on sait quelles marques de respect reçut Bayard, blessé à mort et entouré d'ennemis ; il est vrai que le marquis de Poacaire crut nécessaire de placer des gardes à ses cfttés ; « Et leur commanda qu'ils ne bougeassent d'auprès de lui et sur la vie qu'ils ne l'abandonnassent qu'il ne fût mort, cl qu'il ne lui fill fait aucun outrage, ainsi qu'est la coutume d'aucune racaille de soldats, qui ne savent encore les courtoisies de la guerre, ou bien des grands marauds do goujats, qui sont encore pires, cola se voit souvent aux armées.»' Tout le monde,

' Cf. Salignac-Fênelon, p. 51 ; Mém. sur VieiUeviUe, liv, IV, oh. XXVII.

» Rabutin, l. cit., p. 581-583.

' Liv. I, p. 534 eL 535.

' Mém. sur Viemevitle. liv. IV, ch. XXIV, - BranlOme, M. de la Palice.

dans le camp impérial, ne méconnut pas la noble conduite du duc de Guise à Metz : « Voyez, dit Brantôme, • de quelle importance elle servit quelque temps après à nos François, au siège de Thérouanne, à laquelle un rude assaut étant donné à nos gens par lui faussés et emportés, étant prêts à être mis tous en pièces, comme Tart et la coutume de la guerre Te permet, ils s'avisèrent tous à crier : — Bonne guerre, compagnons, souvenez-vous de la courtoisie de Metz ; — soudain les Espagnols courtois, qui faisoient la première pointe de Tassant^ sauvèrent les soldats, seigneurs et gentilshommes, sans leur faire aucun mal, et reçurent tous à rançon ; et ce jgrand duc> par sa clémence, sauva ainsi la vie à plus de six mille personnes. » Les Espagnols, à leur tour^ reçurent h Bovines, la récompense de l'humanité qu'ils avaient montrée à Thérouanne. ^

Quand nos soldats oubliaient l'humanité^ les chefs savaient la leur rappeler. Vieilleville en vit un jour qui éventraient les cadavres pour y chercher de l'or qu'ils croyaient avalé : « Tigresque canaille, leur dit-il, ' quel opprobre faites*vous à nature? quelle abominable cruauté avez-vous aujourd'hui exercée au christianisme ! et de quel déshonneur avez-vous avili les armes et foulé aux pieds la bonne renommée de notre

« Id., M. de Guise, t. IV, p. 190.

« Rabutin, L VI, p. 610.

3 Mém, mr Vieilleville, Uv. IV, ch. XXXII. — Cf. i6., iiv. V, ch. XXI.

436 UVBE IV. — CilAPITHB IV.

nation, qui est eslimée la plus courloisc de toutes celles de l'univorH '. Je jure à Dieu que vous en mourrez .' » Le serment fut lenu.

Dans les guerres civiles, il ne se produisît que trop de traits de barbarie ; les chefs eurent encore de la peine à modérf^r la fureur des soldats, quand ils ne donnaient pas le mauvais exemple. Un protestant, tué par ordre de M. de Villebon, avait été laissé nu tout le jour et le lendemain jusques à quatre heures, « avec telle inhumanité qtie personne ne s'ingéra de l'enterrer, craignant d'offenser le gouverneur, d'autant qu'ils savoient bien que ce coup s'étoit fait par son commandement et semblahiemenl par dédain de sa religion. » Vieilleviile le fil enterrer. ' Ce fut le grand honneur, en même temps que l'habileté de Henri IV, d'être humain en toutes circonstances et de forcer les autres à l'être comme lui. '

Ce n'est pas seulement envers ses ennemis qu'on a l'occasion de se montrer humain ; Rabulin vante les largesses faites par le duc de Nevers, après la bataille de Saint-Quentin, aux pauvres soldats, gentilshommes, blessés et sans ressources, ■' ainsi que les précautions prises par le duc de Guise à Calais pour ne sacrifier puiut inutilement la vie de cens qui servaient sous lui, ' A la prise do Thionville, tandis que M. de Nevers

' Ib., liv. IX, ch. X.

• P. Cayet, CAr. nov., liv. !I, p. 236, 231, 262, 263, etc.

» Liv. IX, p. 701.

'Liv. X, p. 731.

l'esprit et les 3IŒUHS MILITAIRES. 437

veille à la sûreté des habitans, M. de Guise au-dehors s'occupe des soldats et organise le service d'ambulance. * En 1562, Soubise commandait à Lyon : « Se voyant assiégé, et qu'il n'avoitplus de vivres que pour quinze jours, il se résolut de mettre hors les personnes inutiles, comme les femmes, les enfans et les pauvres, qui étoient en nombre de sept mille, ce qui étant prêt à être effectué, M. Viret, ministre, vint à lui pour lui remontrer la pitié que ce seroit de mettre un si grand nombre de gens à la boucherie, à quoi le sieur de Soubise lui répondit : — Je le sais bien, et ai tel regret d'être contraint à ce faire que le cœur m'en saigne ; mais le devoir de ma charge le porte, car il vaut mieux perdre ce nombre que le tout !.. — A quoi le ministre lui répondit : — Je sais, monsieur, que selon le droit de la guerre vous le devez faire ; mais cette guerre n'est pas comme les autres, car le moindre paU' vre qui soit ici y a intérêt, puisque nous combattons pour la liberté de nos consciences, et parlant je vous supplie, au nom de Dieu, de ne le point faire, et ai une ferme foi qu'il vous secourra par quelque autre moyen. — Quand le sieur de Soubise vit cet homme de bien parler ainsi, il lui dit : — Encore que, s'il advient du mal en ce faisant, je fasse tort à ma réputation et qu'on die que je n'aurai pas fait devoir de capitaine, si est-ce que sous votre parole je le ferai, ayant assurance que Dieu bénira ce que je fais. -— Et ainsi

t Liv. XI, p. 744.

. — niAPlTRE IV.

ne fui mis porgoane hors Lyon ; el lors il envoya à Ûombes, doal il lui fut envoyé doux mille charges de blé. » ■

L'insolence des soldais n'est pas, à ce qu'il semble de loin, un bien gratid mal, surtout si on la compare à la cruauté ; mais c'était un des plus vivement ressentis, car c'était un des plus fréquemment signalés. Nul n'était à l'abri même parmi les compatriotes des soldats: « On a remarqué, écrivait un ambassadeur de Venise, ' que, quand un liommo du peuple a été soldat, il devient insolent, et veut commander dans la maison à son père et à ses frères, lil disposer en maître de tout. » Quand les princes lorrains se soumirent h Henri IV, <• ayant su que quelques soldais qui s'étoient donnés au\ Espagnols avoicnt fuit quelques insolences selon la coutume des gens de guerre;, ils se jetèrent sur eux et les tueront. » "

Entre ennemis, au moins, entre ennemis appartenant également aux rangs supérieurs de la société, on ne s'en tient pas à l'humanité; on va souvent jusqu'à la courtoisie. Au siège de Pavie, en 1S24 etl52S,« on échangeait des cadeaux. Montmorency envoya au marquis do Montfercat un épagneul ; lo marquis do

' Mémoires de la vie de Jem de Parthenay, anlievfique siew de Soubisc, p. 65-67.

' Bongars, I. XCIX, p. 37^.

l'esprit £t les mœurs militaires. 439

Mantoue, qui traitait le maréchal dCeoccellerU frère^ lui offrit des sacres (faucons) pour la chasse. » * Pendant les guerres civiles, le duc d'Aumale, ayant rencontré la princesse de Condé et TAmirale, leur fit dire qu'il ne combattait pas les femmes, qu'elles pouvaient passer tranquilles, et que leurs laquais ne seraient pas inquiétés non plus. On blâma le prince de Condé d'avoir, peu de temps après, retenu en prison la fille du duc d'Aumale. ^

La cupidité n^était pas le moindre des vices que Ton La cupidité, reprochait aux gens de guerre, aux chefs comme aux soldais. Brantôme a beau dire, en se reportant à quelques années en arrière : « De ce temps Tavarice n^étoit si grande parmi nos gens de guerre, l'honneur les maîtrisoit du tout, * ' Lui-même raconte qu'il « a vu autrefois un vieil maître de poste dans Novare... Il me louoit fort ce grand-maitre de Chaumont et disoit qu'il étoit un fort honnête homme de bien, mais un peu trop sujet à son profit. » ^ L'avarice existait dès le commen-

^ M, Décrue, op, ciUj p. 35.

* Toscane f t. III, p. 557 et 558.

* Jlf. deSalvoison^ t. IV, p. 110,

^ M, le grand-maître de Chaumont, t. III, p. 5. — C'était un proverbe que Milan avait fait Meuillan et que Châteaubriant avait défait et perdu Milan, parce que « des gains et profits que fit M. le grand-maitre de Chaumont, quand il en étoit gouverneur, en fit faire le château et la maison de Meuillan en Bourbonnais, qui est Tune des belles et superbes que Ton sauroit voir, », et que Mme de Châteaubriant protégeait son frère Lautrec, qui perdit le Milanais (/{{., M. de Lautrec, t. III, p. 27).

I 440 UVUE IV- tlUPlTllE IV.

cernent du sii-cle : elle ne disparut pas avec le temps ; elle se manifesia dans les troubles civils comme dans les guen'es étrangères ; c'est encore Branlôme qui dît que Monluc « servit Irès-bicn le Roi en ses premières guerres civiles ; aussi y gagna-t-il bien la pifece d'argent, et lui qui auparavant n'avoit pas grandes finances se trouva à la lin de la guerre avoir dans ses coffres cent mille écus, dont pour ce ne voulut avoir la totale extermination des liugucnots, disoït-on, il'aulanl qu'il tenoil celle maxime qu'il ne falloit jamais abattre du tout ou déraciner un arbre qui porloil de beaux et bons fruits. • ' La Noue conslalaît avec tristesse celte avidilé universelle, en ajoutant : « Toutefois, quand on vient à examiner plusieurs actions particulières d'icelle (do la guerre), on Irouve qu'il ^ s'y commet des abus merveilleux, au moins parmi ^ nous, car la plupart de ces avenluriers mettent peu de .^^ ditTérence entre les amis et les ennemis, et plusieurs .s=±~^ fois s'esl vu l'ennemi pauvre recevoir miséricorde, eL#^^ l'ami riche être dévalisé et jeté dedans les ondes, euxacan; présumant par le vice de cruauté cacher celui d'avarice. ^».s6

' Id., M. de Honlue, l. IV, p. 31. — Mooluc rapporte cepeiTT-.^» g^ dant que les églises protestantes lai otVrirent trente n '" ' '~

^ j point les armes conireeiieB;iirepoQtin^ j

mcnasBDt de mort ceux qui lui adresseraient une pareille ulTre. C> répliqua ft celte menace en portant la somme À quarante mille ëcL.*^ ^^^ Ua capitaine conseillait à Monluc de les prendre et de les pré':^»au Koi pour Taire la guerre aux protestans. Monluc écarta auK«-j ce conseil. Il se vante d'avoir ainsi montré que l'avarine ne Ip. *

é de s'être e

sait pas manquer â son devoir, lui qui a eie accuse ac s être e cbi par de coupables extorsions (Liv. V, t. II. p. 353 et suiv,).

l'esprit et les mœuhs militaires. 441

Mais le ciel, qui a des yeux et une bouche, ne laisse pas, après avoir vu ces inhumanités secrètes, d'en faire des manifestations publiques, et, davantage, d'en pré- <^ipiter justement aucuns dans leurs propres abîmes où ils avoient enseveli injustement le trafiquant innocent. P * L'intégrité était assez rare pour devenir un Mérite, et Catherine de Médicis, après avoir parlé de Vieilleville, disait « que c'étoit grand dommage 9U.'il n'y en avoit pour le moins une demi-douzaine ^^ ses semblables, pour mieux et plus fidèlement con- ^ ^ire toutes choses, n'étant avaricieux, ambitieux, con- *^^ ssionnaire ni pillard. » *

Le pillage et la concession sont, en effet, les deux ^^rmes sous lesquelles se manifeste Tavarice.

Après la victoire, après la prise d'une place forte ^^Xi d'une ville, le pillage. Les exemples en sont in- ^Xomb râbles dans toutes les guerres que la France eut ^ soutenir avec l'étranger ; il fallait la générosité d'un -Fayard pour renoncer à ce qui n'était regardé que ^omme un droit ; ' l'usage fut suivi, disons mieux, la ^ègle fut appliquée dans les guerres civiles. Les plus grands personnages y trouvaient leur profit, comme ^es derniers soldats. Les secrétaires de Sully enregistrent avec le plus grand soin tous les bénéfices qu'il a obtenus en ce genre : m Vous gagnâtes (au sac de Vilîefranche de Périgord) quelques mille écus en or par

^ La Noue, ch. XXVIII, p. 333.

* Mém, sur Vieilleville, liv. IX, chap. XXX ; v. zô., Hv, VII, ch. iXVlI, Libéralité de M, de Vieilleville,

* Le loyal serviteur, ch. II.

4i2 LIVHE IV. — CIUPITRE IV

Je plus grand hasard qu'il tsal possible : car un vieillard étant poursuivi par cinq ou six soldais, passant dûvanl vous, se jeta entre vos bras, vous priant do lui sauver la vie cl de vouloir prendre sa bourse, pour laquelle on le poursuivoit, qu'il aimoil mieux que voua eussiez qu'un aulre. "' La ville de Caliors est prise, en 1580, après cinq jours et cinq nuils de combat : Il Au pillage de laquelle on ne s'épargna pas, et en votre particulier vous gagnâtes, par le plus grand bonbeur du monde, une petite boite de for, que nous croyons que vous avez encore, que vous baillâtes lors à l'un de nous qualrc à porter, et, l'ayant ouverte, trouvâtes quatre raille écus en or dedans. »* Quel regret d'avoir un jour manqué Joyeuse ! « Vous vous pens&les tous désespérés, car c'étoit une défaite infaillible, laquelle, outre la gloire, vous eût mis pour cinq cent mille écus de butin cl prisonniers, d^ Quand le prince auquel Sully s'est donné, au lieu d'être un chef de parti, est devenu le roi de France, les sentimons et les actions du serviteur ne cbangent pas. Dans une attaque contre Paris, Sully pénètre, avec un certain nombre île royalistes, dans le faubourg Saint-Germain : u Vous nous dites lors : je suis las de frapper et ne saurois plus tuer des gens qui ne se défendent point; lors l'on commença à piller : vous et huit ou dix des vôtres ne fîtes qu'entrer et sortir de

' Cti. Vlll.p. 17, > Ch. XI, p. 26.

" Ch. XXllI,p. 56.

l'esprit et les mœurs militaires. 443

six ou sept maisons où chacun gagna quelque chose, et y eûtes par hasard quelques deux ou trois mille écus qui vous furent baillés pour votre part. » * Henri IV îiyant pris Louviers, la ville « fut toute pillée, le principal butin étant en toiles et en cuirs, et en eûtes quelques mille écus pour votre part. » ' Le duc de Sully, arrivé au terme de sa glorieuse carrière, ne croyait certes pas avoir quelque chose à perdre de sa bonne renommée, en rapportant si exactement les diverses occasions qu'il avait eues de s'enrichir.

L'espoir du butin, on ne saurait se le dissimuler, contribuait puissamment à stimuler le courage,^ et les généraux qui voulaient exciter leur armée ne manquaient point de leur présenter cet appât : « Mes amis, disait le roi de Navarre avant la bataille de Coutras, voici une curée qui se présente bien autre que vos butins passés : c'est un nouveau marié ^ qui a encore Targent de son mariage en ses coffres; toute l'élite des courtisans est avec lui. Courage ! U n'y aura si petit entre vous qui ne soit désormais monté sur des grands chevaux et servi en vaisselle d'argent. Qui n'espéreroit la victoire, vous voyant si bien encouragés ? M *

S'il y avait une considération qui pût mettre quel-

« Ch. XXIX, p. 70.

« Ch. XXXII, p. 84.

3 V. Du Bellay, liv. II, p. 403.

^ Joyeuse, quoique alors marié depuis plus de six ans. ^ Lettres j t. II, p. 308. L'authenticité de ce discours n'est pas cçrtaiDe.

444 LIVHE IV. CHAPITKË IV.

qupfois obstacle au pillago, ce ii'éLail pas de la cooscienco qu'elle était tirée, c'était de l'intérôt militaire ou poiiliquc. Eii 1512, les Français renoncèrent au siège de Ravenne : « El Dieu leur en aida bien, car, s'ils l'eussent prise, jamais n'eu eussent retiré les aventuriers, pour le pillage qui eût été peut-èlre occasifin do perdi-e la balaille, » ' Cliarles-Quiiil disait « qu'il navoil point envie de s'approcher de Paris, ni le saccager, de peur que le sac, si opulent cl si grand, enrichît et engorgeât si fort les soldats que, après, élanl devenus riches, ils ne voulussent plus tenir le rang de soldats, mais de princes, cl tous se fussent retirés chez eux tenir cet élat, et lui demeurer seul. Quelle rodomontade espagnole ! Sur quoi il y a une belle matière de discours, savoir, s'il est bon que le .^ soldat s'enrichisse tant et s'engorge de biens, tant:^ par sac de grande ville que d'autres lieux. >' L'avan — tage qu'il y avait à enflammer l'ardeur était grand ^ mais le pillage et ses fruits portaient un coup terribl J aux plus essentielles des verlus militaires. "

L'opération ne se Faisait pas toujours avec tlisce~- p nement. Quand on entrait en vainqueur dans u^tn.. ville où l'on avait un parti, « on pilloit aussi bî^c*j amis qu'ennemis, » comme à Alexandrie, enlSlS.

' Le loyal serviteur j ch. LU.

* Brantôme, Le grand roi François, t, III, p. 163.

' V. dans Mergey, p. 266, le récit de la prise de Caen par/»£» protestaiis, dont il était : » Nous trouTfLnies la ville bien munie 9Jb^ principalement de bons vins..,

' Fleuraiige. cli. XSXV,

L ESPRIT tlT LKS MŒURS MILITAIRES. 443

O^ ïlo s'en tenait pas non plus à prendre ce qu'on VTO^^^il à la suite d'un fait d'armes, à exercer ce que Yoti Regardait comme le droit de la victoire. L'avidité, \TOip Souvent excitée et même excusée par un besoin véritable, dans un temps où les services accessoires étaient fort mal organisés, se manifestait dans les i ïïiarches militaires et aux dépens des habitans les P'us inoffensifs. Une des ordonnances du maréchal "^ Brissac porte : « Que nul n'ait à piller ou à saccaê'Gt les villages ou cassines^ soit en marchant ou se- J^urnant; courir aux poules, ou à prendre vivres de ^On hôle, ou des vivandiers, si ce n'est en payant de êTf é à gré; et moins de prendre fourrages, si ce n'est ^OTsque l'armée campera : le tout, sur peine d'être P^Lssé par les piques. » *

Encore, dans ce dernier cas, la guerre fournit-elle ^* ^explication que ne donne plus la victoire. Mais c'est *c>uvent en temps de paix, c'est sur le sol même de la E^:«:ance, c'est parmi les Français eux-mêmes que le E^i liage fait aussi ses victimes : « Et dès lors, dit Cl. tialon,« à la date de Tannée 1S67, fut le pillage mis ^ ^as par les gens de guerre des deux partis : et firent ^^^us à qui mieux pilleroit et rançonneroit son hôte, \ Vzigeant bien en eux que qui plus en pilleroit, plus en ^-xiroit. Les gens de guerre du camp catholique, excepté le pillage des églises et saccagemens des prê-

< Duvillart, liv. Il, t. XXVIII, p. 463. « P. 517.

1res, étoieDt au reste aussi médians cl quasi plus quo lea huguiiiiola. " Cliarles IX fah i< rassembler un bon et gros camp, qui ne fui prêt si tôt qu'il en eût bien été besoin, parce que les capilainea et gens de guerre s'amusoienl à piller et rançonner le pays et leurs hôtes fort rudement et plus que paravant... Les gens de guerre roboient les chevaux des laboureurs pour monter à cheval, et ne les pouvoiL-on retirer de leurs main» qu'à grande somme de rançon : et où le cheval éloil au gré du soldat, ne falloil parler de le ravoir ni do le poursuivre, f ' Les paysans, privés de leurs monlnres, << sans qu'il en fùl fait aucune punition par justice, » en étaient réduits u laisser les lerres sans culture, * Le vin, le lard « et autres biens » n'étaient pas plus respectés que les chevaux, et les soldat! (I payoient en coups de bâton, si ceux à qui ils prenoient ce bien y pensoienl résister. » '

Le mal avait existé de tout temps ; ' il iie devait paiS cesser au seizième sii.>cle.

' Id., p. 539.

' Id., p. 546.

' Le duc d'Orléans écrivait, le M aoùl 1484, à Charles VIII 11 Monseigneur, j'ai trouvé par deçà le peuple au grand désespoir pour la pillerie des gens d'armes et m'en suis itiforraé, mais j'ai reconnu que les grandes plaintes sont venues des gens de pied, leequels on a fait aller et venir trois ou quatre fois sans que besoin en fût, et y a eu un petit ordre jusques ici.,. (Archives des missions scientifiques et littéraires, 2' série, l. II, M. le comte de la Perrière, Mpport sur les recherches faites à la Bibliothèque impiHate de Saint-Pétersbourg, p, 381). »

l'esprit et les mœurs militaires. 447

La concussion était assez fréquente pour être con- i^«s

^ ^\ ^ COUCUSSIOI

sidérée comme naturelle, presque légitime. L'un des grands mérites de Vieilleville fut de s'en abstenir et de la combattre résolument. La compagnie du maréchal de Saint-André, avant que Vieilleville en eût la lieutenance, ne pouvait pas marcher et s'en faisait toujours dispenser : c Et, afin que l'on ne pense pas ce que dessus être impossible, et qu'il est malaisé à croire que les commissaires des guerres eussent ainsi laissé butiner l'honneur et l'argent du Roi, vu qu'il y va de leur vie, je réponds qu'il en avoit un à sa dévotion, quand la compagnie étoit au père du maréchal, V^i éloit commissaire des guerres, provincial de Dauphiné, auquel le fils avoit fait donner l'état, nommé La Gatelinière, qui faisoit au père autant de passedroits et plus qu'il n'en eût su demander; car il les passoit tous, absens comme présens; et la plupart des armes et chevaux étoient d'emprunt ; en quoi il faisoit Taveugle...» * Ces abus avaient duré une dizaine d'années sous François P', et ce fut le maréchal lui-même qui voulut y mettre ordre, quand il hérita de la compagnie. Vieilleville, qui lui avait rendu ce service, ne se montra pas moins scrupuleux quand il devint chef, et, gouverneur de Metz, il prit les mesures les plus sévères pour forcer ses subordonnés à se montrer honnêtes. * Il leur en coûtait : les capitaines

* Mém. sur Vieillevilley liv. II, ch. XVII. « Ib,, liv. V, ch. XXXII.

" eussent bien désiré qu'il lui eût plu modérer en quelque chose la rigueur qu'il avoit tenue aux montres (lernit'ies : — Commcnl! dit-il, êtes-vous esclaves de l'argent ? Je vous avise que vous ne ferez Jamais acte digne de vertu, si ce vice vous domine : car l'avarice et l'honneur sont incompatibles, s '

Le connétable de Montmorency fit, d(!ux ans avant sa mort, une ordonnance, « qui éloit très belle, mais peu pratiquée, qui éloit que, lui disant que la plupart des commissaires et conlrûleurs des guerres éloienl grands larrons, et qu'ils faisoient passer les montres ainsi qu'on vouloit pour de l'argent, et après leRuï, ayant affaire des compagnies, les trouvoit si petites, mal ornées et piètres et mal composées que le Roi n'en pouvoit pas tirer pour un double de service ni de combat; et pour ce M. le connétable avoit ordonné qu'aux provinces et pays oii se feroient les montres, scroient-j choisis du Roi par lettres-patentes un ou deux gentils — hommes des principaux de la province ou du pays ^ qui eussent beaucoup pratiqué les guerres, et eus — 7^. mêmes assistoient aux montres, les faisoient faire di vant eux et servoiont de commissaires eux-mêmes 1 contrôloient à ce qu'ils voyoient à redire, et puis t envoyoîenf le rapport au Roi et à M. le connétable, bien que, lesdites montres étant ainsi réglées et poi passées par compère ni par commère (comme on dit^ les compagnies se rendoient belles et complètes et di-

' /*., liv. VI, cti.I.

l'esprit £T les MCEURS MIUTAIRES. 449

gues de faire service au Roi ; cela se pratiqua une fois Ou deux, et puis plus. Cette ordonnance étoit bonne, si elle eût été continuée. » *

Monhic combat par ses exhortations le mal que le connétable cherchait à détruire par ses ordonnances : « Je sais bien que vous me direz : — Et que ferons- 'îous, si nous n'épargnons de l'argent et gagnons sur i^ paie des soldats? Quand la guerre finira, nous irons à l'hôpital ; car le Roi ni personne ne fera compte de nous, et nous sommes pauvres de nous-mêmes. » Crainte vaine, répond Monluc, les « capitaines vail- ÏB.ns et sages, grands entrepreneurs et exécuteurs » étant si rares : « Nous sommes-nous, nous qui som- 'ïïes en vie, enrichis de la paie de vos soldats ? Avons- ^ous acheté de grands biens des larcins que nous ^vons faits en nos charges?... (ceux qui ne l'ont pas f^ît) pour cela sont-ils méprisés ? Vont-ils à l'hôpital? *-^e Roi, la Reine, Monsieur, et tous les princes et sei- ^ïieurs de la cour font tant de compte d'eux, pour ^ 'estime que tout le monde a de leur valeur, qu'ils ga- &ïxent le devant à beaucoup de grands seigneurs.,. A ^H homme de bien et vaillant jamais rien ne manque. ^^r je voudrois fort savoir si pour cela je suis allé à ^* hôpital, et s'il ne m^a cent fois plus profité d'avoi^ ^^rvî mes Rois et maîtres en toute loyauté que tous \^s larcins que j'eusse su jamais faire... Le bien vous vient lorsque vous y pensez le moins : un seul bienfait

* Brantôme, M. le connétable Anne de Montmorency, t. IH, p.

Desj. 5. M. 29

du Roi vous vaudra plus que tous le-s larcins que vous sauriez faire, '

Il PD était, d'ailleurs, dans toute l'Europe comme en France. Le 30 janvier 1S41, Marillac annonce à François 1" l'exéculion de lord Léonard Grcy; un des griefs allégués contre lui était que, lieutenant du roi d'Angleterre en Irlande, u il avoit défraudé les soudards d'une partie do ce qui leur étoit dû et aussi du temps auquel ils dévoient recevoir paiement, dont s'en étoient ensuivies quelques nnitineries, dommageables au service de son mattrc. n'

C'était encore la cupidité qui transformait les soldats do Bussy d'Amboiscenfaux monnayeurs.^ ' La cupidité empêchait la stricte exécution des oi^ dres les plus importans. Sully, parlant du siige de ^ Paris, dit : « Si le Roi eût été bien servi et que la plu — part des capitaines et gens d'autorité n'eussent pointf^^ permis l'entrée dos vivres pour en retirer des échar--» pes, plumes, étoffes, bas de soie, gants, ceintures, clia^s peaux de castor et autres belles galanteries, il leur eù^^ . été impossible d'attendre le secours du prince (E:* Parme. » *

' Liv. I, t. I, p. 5 et 6.

' Correip. poliUgue, p. 317.

^ L. cit.. p. iBl. — Toscane, t. IV, p. 200.

» Ch.XXXI, p. 78.- Cf. oh.XXXIll, p. 84: ..Le Roi avoil faire des dërensea expresses de ne laisser aller aucuns vivre commodités ù, Paris ni à Rouen, nonobstaot lesquelles les goim neura des villes et surtout de celles qui éloienl sur les rivières, ^ cordant eDBsmbte pour profiter, donnoieat jourDellemeDt des ] seporls pour faire passer vivres, denrées el marchandises de r*arit à Rouen, »

Les vices se tiennent ; la cupidité produisait sou- >^ent la violence et lacruISLuté ; on menaçait facilement 4e mort celui qu'on soupçonnait de cacher des objets précieux, et la menace se réalisait ; tout au moins employait-on les plus mauvais traitemens pour arracher le secret. Les prisonniers formaient la partie la plus recherchée du butin ; on devait les mettre à rançon ; ^^ se les disputait avec acharnement, et d'autant plus qu'on les connaissait ou que Ton croyait les reconnaître pour des chefs, pour de riches seigneurs ; chacun prétendait avoir fait la capture; dans la chaleur de ^a discussion, pour y mettre fin, pour s'assurer qu'un ^Utre n'aurait pas le bénéfice de la proie, tout à coup ^'un des réclamans tuait celui dont la possession était ®i avidement recherchée ; François I" lui-même, à I^avie, « craignoit que, pour les querelles que déjà il "^oyoit entre les Impériaux pour le butin, étant rendu, ir dépit l'un de l'autre, ils le tuassent. » *

Il y a un vice qui se joint comme naturellement à L'immoralité l'civarice ; il y a deux mots qui viennent presque toui ours ensemble comme dans cette phrase de Brantôme ^ propos de la prise de Lens par l'amiral : «'Où furent commises les pilleries et paillardises que les ennemis surent bien reprocher, et sur ce prendre sujet d'en 3- voir leur revanche et à faire la guerre à leur tour. >;2

* Du Bellay, liv. II, p. 407.

* Brantôme, M. de Guise, t. IV, p. 2H,

Isct V faït 1 -t de "

Le connétahlc « haïssoït fort les voleurs et paillards g les faisoit fort bien punir et brancher. Qu'eùt-il fait aujourd'hui parmi nos gens de guerre ? Son prévôt r la connélablic eût été employé par lui tous les jours à faire force penderies cL crois que bien souvent les cordes lui eussent failli, s'il se fût voulu acquitter de sou état... >■

C'est dans les villes prises d'assaut, dans les pays occupés militairement que l'honneur des femmes est le J plus exposé; ily a une espèce nouvelle de pillage, qui 1 semble permise comme l'autre ; on en citerait encore J des exemples à l'infioi; nous parlerons plutôt des ordres ^~ contraires donnés parnos cIiefs,ou des efforis faits par -:^-j eus pour s'opposer à ces excès. A la prise de Brcscia, ^ ^ Bayard fut le prolecleur de la femme chez laquelle il*" ^ j était logé et de ses deux filles. Gaston de Foix i. \îw *3fi retourner les dames au logis avec leurs maris,»' Un(».«-3n ordonnance de Brissac, en Piémont, c'est-à-dire, et» ^:xi pays occupé, punissait de mort « tous violeurs de fil- # £1 les ou femmes."' A Vallimont, le duc de Nevers, •'\ilwJ^ix étant fait rapport comme nos soldats avoient amem»- ^oé des bois grands butins avec grand nombre de femm»4 et jeunes filles, sachant que, en cette fureur de gueri'e, difficilement se pourroient-elles sauver < rantir de forces et ravissemens, ji les fit rassembler un même lieu et leur donna des gardes. ' A l'assaa

' ld.,M.le coaniltable A.de Montmorciicfi.l. III, p. 3U. * Le loyal serviieurj ch. L.

» Duvillarl, t. XXVIII, p. 452.

» Rabutin, Hv. VI, p. 607.

l'£Sprit et les mœurs militaires. 453

de Rouen, François de Guise, <( étant sur le rempart, recommanda trois choses: Thonneur des femmes, la vie des bons catholiques qui étoient là-dedans par force et nécessité, et nulle merci des Anglois, anciens ennemis de la France. » * Mais les chefs ne pouvaient pas toujours faire ce qu'ils voulaient ; en 1562, dans le camp protestant « se commit un acte très vilain d'un forcement de fille par un gentilhomme, dont la qualité et brièveté de temps empêchèrent de faire le châtiment, ce qui fit que beaucoup de gens de bien prirent ^e là un mauvais présage de l'entreprise. » *

Le danger était à peine moins grand dans le pays ^ême auquel appartenait l'armée, en France, dès que *es soldats français étaient réunis : « Les filles et jeu- ^^es femmes eurent fort à faire à défendre leur pudicité, »*

On sait qu'un grand nombre de femmes de mauvaise ^iB accompagnaient presque toujours les armées. En "^^^97, quand les Espagnols évacuèrent Amiens, « après ^ux venoient environ mille femmes de petite qualité ^ïitre lesquelles il y en pouvoit avoir environ quatre ^ents de la ville, qui suivoient volontairement. »* Ce

* Brantôme, M, de Guise, t. IV, p. 239.

. ^ La Noue, ch. V, p. 285.

L ^ A Coutures-dès-Bray, où Ton avait refusé, en 1562, de rece-

k "Voiries compagnies royales (Cl. Haton, p. 280).

Il * P. Cayet, op. cit.Jiv. IX, p. 133. — Cf. Gisors, p. 114 ; il y \ ^^l dit que les Espagnols sortirent d'Amiens avec t tout ce qu'ils M ^voient voulu et pu emporter, comme aussi grande quantité de fem- V lues et filles de ladite ville les avoient suivis de gré à gré.»

4B4 tiVfie ir. — chapitre it.

supplémoni de Irain pouvait devenir tr^s incommode. Un général, cerlaiiiemenl moins sensible au scandale qu'à la géue, Strozzï, " voyant ses compagnies embarrassées par trop de.. . et ayant fait faire plusieurs bandons pour les chasser, et voyant qu'ils n'en faisoîenl rien, ainsi qu'on les paanoil sur les ponts de Ce, il en fit jeter du haut en bas plus do huit cents pauvres créatures, qui, piteusement criant ii l'aide, furent toutes noyées par trop grande cruauté, laquelle no fût jamais trouvée belle dos nobles cœura et même des dames do la cour, qui l'en abhorrèrent élrangeraent et l'avisèrent longtemps de travers... Du depuis, lodiL Slrozzi s'en repentit fort, comme il me dit, s'escnsanl sur la police qu'il falloit observer. Si est-ce que lui n . ses fauteurs ne lïrenl guëres bien leur prolil depuis BtÉ tout ainsi qu'ils avoient aimé et pourchassé la mort d ces pauvres créatures, de même Dieu leur envoya Vji leur, qui, bien qu'il défende bien fort ce vice de pail* lardise, il abhorre ce vilain genre do mort; car possible aucunes se fussent converties ol eussent aervi Dieu comme il s'en esl vu force.» '

L'une des plus importantes recommandations données par le Guidon des gem de guerre, c'est qu'il faut être chaste en la guerre: « Oiasleté en guerre tellement d'un chacun est louée et approuvée que sans elle nul n'est digne d'être nommé seigneur ou capitaine...n "

' BratitOme, Lei Couronnels, l. VI, p. 132.

L ESPRIT ET LES MŒURS BnUTAlRES. 455

H était bien difficile que ces conseils aussi sages que moraux fussent observés fidèlement ; les armées de l'ancienne Europe ne se guérirent jamais tout-à*fait ^ d'abus qui se produisirent jusque dans celles de l'émigration. *

On peut de Timmoralité rapprocher Tivrognerie. L'ivpogn« L'ivrognerie était justement redoutée de nos généraux. Une des prescriptions de Brissac était de ne permettre pas « qu'aucun traînât après lui cette vénérable l^outeille dont Tltalien et l'Espagnol font tant de repi'oche aux François, et toutefois à grand tort, car, Çviand l'un ou l'autre peuvent boire ou manger aux dépens d'autrui, ils donneroient quinze et une chasse ^11 plus grand gourmand qui soit en France. » ' Mais le goût n'était pas facile à dominer. Quand, en 1562,1e ^oi et M. de Guise quittèrent le Havre pour secourir Gorbeîl et Paris contre les huguenots, « tout le camp prit courage de se retirer vers les bons vins françois,

. * V. M. le duc d'Aumale, op, cit. t. III, p. 286 ; t. IV, p. 25.

* « Les émigrés promènent, en dépit du malheur, à travers toute TEurope, les vices aimables de l'ancienne cour, assaisonnés par la licence des camps. Toutes les relations privées confessent ou trahissent la vérité à cet égard : — A peine les tambours ont-ils battu le rassemblement, écrit un officier d'Hohenlohe, à son départ d'Anspach, que nos rangs se sont trouvés formés des deux sexes ; OD a eu bien de la peine môme à séparer quelques couples ; nos soldats, qui avaient aussi leurs maîtresses. les ont vues nous suivre jusqu'à dix lieues, notre première couchée. » (Correspondant, 10 juin 1885, M. L. Pingaud, If/i chevalier errant au XVUI^ siécle^ Le comte Roger de Damas, p. 832). » DuviUart, liv. II, t. XXVIII, p. 407.

me

■ CHAPITRE IV

étant tous liodés et lassés de boire le cidre de Normandie, 11 ' Monluc redoute, pour les gens de guerre, l'ivrognerie aulant que le jeu et l'iramoralilé. '

Les camps engeudrent la licence, et la licence à son lour enfante l'impiété. En Piémont, Brissac rendit une ordonnance ainsi conçue : « Premièrement, que nul ne soit si hardi de blasphémer le nom de Dieu, ni de la Vierge, sur peine, pour la premifere fois, de chevaucher le canon et, pour la deuxième, d'avoir la langue percée ; — que ceux qui déroberont ou souilleront les églises, soit en marchant ou en prise de villes, soient punis de mort, n^ Quand vinrent les guerres de religion, il ne fallait pas s'attendre h ce que les signes d'une croyance ennemie fussent respectés par des vainqueurs ; œuvre salutaire en même temps qu'opération lucrative, voilà ce qu'était pour les protestans le pillage des églises ; on n'y vit pas régner souvent l'ordre qu'imposa Mouvans à ses soldais Provençaux. * Ce qu'il y eut de tout à fait scandaleux, c'est que les catholiques ne montrèrent pas toujours plus de respect, ni pour leur foi, ni pour

" Cl, Haton, p, 3(fi.

' Liv. 1, t, I, p. 30 et Buiv,

^ Duvillart, liv. Il, t. XXVIII, p, '.52.

' Hegnier de la Planche, p. 291,

l'esprit et les mœuks militaires. 457

'<^s monumens ot les objets de leur culte : « Qui croi- ^^, disait Villeroy à Mayenne, * que vous combattez pour la foi catholique et pour le soulagement du peuple, voyant à votre suite Dieu mal servi comme il est, son saint nom blasphémé, les églises pillées, même folles que nos adversaires avoient conservées?... » En ^ ^89, la petite ville de Gerberoy est prise par Fou- ^Xierolles, au nom de Henri IV; les soldats, « soit ^vi'ils fussent calvinistes ou sans pitié,... forcèrent ^ église et la pillèrent, emportant les ornemens, les ^^.lices et les reliques. Le matin venu, on composa ^Arec eux, tant pour la rançon des habitans que pour ^^ s ornemens de l'église, qu'ils relâchèrent moyen- ^^nt quatorze cents écus. »' Peu de temps après, les *^igueurs, s'emparant de Gournay, ne montraient pas plus de respect pour Téglise collégiale ; ils dépouillèrent aussi sans scrupule Tévêque de Beauvais et lui firent subir les traitemens les plus injurieux, s'attirant par là une punition céleste. '

La foi et les pratiques sombraient avec la vertu dans ce grand naufrage : « Et furent auxdits gens de guerre catholiques toutes bonnes mœurs corrompues, tant en religion qu'en conversation, et commencèrent à se dépraver quasi du tout, sans plus servir Dieu, tant es dimanches que jours ouvrables, sans plus aller

* Histoire du château et de la ville de Gerberoy, de siècle en siècle, par M.Jean Pillet, chanoine de Gerberoy, A Rouen, 1679.

' Id,, ih», p. 249 et suiv.

ouïr la messe ni le divin service, à manger chair en carême, jours de jeûne, vendredis et autres jours indils pour l'église Romaine calliolique. » '

On comprend sans peine quel fléau la guerre est pour le paya où elle eat portée. L'armée la mieux disciplinée a de dures exigences, car il n'y a pas toujours de mauvais dessein chez les gens de guerre ; le Jetnie Aventureux ei ses hommes « ne vouloient faire nul mal au pays, fors seulement vivre. »' Mais il en coûte cher au peuple " qu'il faut manger en dépit qu'on en ait. » La nécessité excuse tout ce qu'elle impose; elle force à prendre, comme elle force à tuer ; h Si je n'en eusse ainsi usé, on m'eût bailla des nasardes, et le moindre consul de village m'eût fermé la porte au nez, si je n'eusse toujours en le canon à ma queue, car chacun vouloit faire le m^tre. »' Celui qui parle ainsi ajoute : « Mnv; chose puîs-jc dire avec vérité : que jamais lieutenant de Roi n'eut plus pitié de la ruine du peuple que moi, quelque part que je me sois trouvé. » Quand celui qui a de tels sentimens est entraîné à des excès, le vrai coupable, ce n'est pasiui, c'est la guerre elle-même, ou plutôt c'est celui qui l'ordonne, et Monluc, si attaché qu'il soit &

' Cl. Hoton, p. 517.

' Fleurange, th. XXXIl.

' Moulue, liv. VII, t. III, p. 499.

l'esprit et les mœurs militaires. 4S9

18 rois, ne craint pas de dire : c Les veuves et orphe- ^ ^ :11s que nous faisons tous les jours nous donnent 5" ^^utes les malédictions dont ils se peuvent aviser, et, force de prier Dieu et implorer Taide des saints, iielqu'une nous en demeure sur la tête : mais certes s rois en pâtiront encore plus que nous, car ils le ous font faire,... et n'y a mal duquel ils ne soient ause, car, puisqu'ils veulent faire la guerre, il faut ayer pour le moins ceux qui s'en vont mourir pour , afin qu'ils ne puissent faire tant de maux qu'ils but. » Il y a, d'ailleurs, bien des choses que la nécessité xie justifie pas, que l'on ne peut même pas excuser par la passion ; on ne se contente pas de piller, on dévaste ; on ne prend pas seulement, on brûle ; on ruine jtisqu'à l'avenir.

Ceux qui entrent dans un pays s'y livrent souvent aune dévastation inintelligente et brutale. En 1512, les Français, pénétrant en Navarre, y « gâtèrent et dissipèrent tous les biens, rompirent les moulins et firent beaucoup d'autres choses, dont ils eurent depuis grande indigence ; car la famine y fut si forte que beaucoup de gens en moururent, et si n y eut jamais eu armée si grande nécessité de souliers, car une méchante paire, pour un laquais coûtoit un écu. » * En 1522, les Impériaux saccagèrent la ville de Gênes « sans y rien épargner, dont le seigneur Prosper (Co-

* Le loyal serviteur^ ch. LVI.

■ CHAPITRE IV

^itioii des dOB ttoupes

passage.

loona) fui fort mal content; car il cspéroil que, si ello n'eùl él« saccagée, il en poiivoiL tirer argent comptant pour le: paiement de son armée. Toutefois je pense, dit du Bellay, ' que ledit marquis (de Pescaire), de fait délibéré, le permit pour avoir la faveur de ses soldats et leur donner curée. » Le marquis n'était pas celui des deux chefs qui, en cette circonstance, comprenait le mieux l'intérêt de la guerre.

C'est une triste condition pour un pays que d'avoir à supporter un passage,' à plus forte raison un séjour de troupes, soit d'une armée en voie de formation,'soit degarnisons. Les garnisons, qui devaient faire l'envie des villes au dix-neuvième siècle, ont fait leur horreur au seizième. On refusait souvent de ^^^ recevoir les soldats ; on était trop heureux, quand on

^^k était, par faveur spéciale, dispensé de cette charge;

^^H on aimait mieux rester sans défense contre l'enne-

^^H mi ;* Henri lY, entrant dans Clermont, « n'avoît au-

^^H trement pillé la ville, siuon qu'il y avoit laissé garnî-

^^^P Les populations n'osent pas toujours se plaindre,

^^^1 <c de crainte que le feu mis en leurs maisons par la

^^H vengeance du soldat ou gendarme courroucé de leurs

^^^1 pasi

» Liv. II, p. 372.

* V. les démarches faites pour empêcher !'> passer par la ville de Giaors {Gisors, p. 20|.

' Toscane, t. IV. p. 269. — Cf. Cl. Hoton, p. 937. ' Eu i596, les habiUns d'Amiens « n'aToient vouli le garnison pour leur défense [Gisors, p. 1 12). )■ = !b., p. 40.

de Henri IV de

l'esprit et les mœchs militaires. 461

plaintes ne leur ôte ce que parle pillage ils n'auroient pu empêcher. » * Il ne reste alors qu'à se soumettre en profitant de l'occasion pour expier ses propres fautes ; Olivier de Magny « était certain que, en lui envoyant cette épreuve, en le forçant à vivre au milieu des hommes d'armes, Dieu avait voulu le punir, pour les vers légers qui avaient commencé sa réputation. »' Si Ton sait subir la nécessité et que Ton s'y prenne à temps, on se rachète, on paie une espèce de rançon, à peine déguisée sous le prétexte de fournir à Tentrelien et à la solde des compagnies^ ' ce qui n'assure pas tout à fait que les désordres ne recommenceront pas le lendemain. Si les maux deviennent tout à fait intolérables, il arrive parfois qu'on abandonne sa demeure, au risque de se faire dépouiller plus sûrement encore du peu qui y reste. *

Ceux qui souffrent ne montrent pas toujours des dispositions si commodes pour ceux qui les laissent ou qui les font souffrir. Les peuples passent de la lassitude à l'exaspération. Ils appellent de leurs vœux un libérateur; ils ne demandent qu'à changer de maître. Villeroy, parlant des succès du roi de Navarre,

* Tavannes, liv. II, p. 461.

- M. J. Favre, op, ct7.»p. 43.

3 M. Joubert, Bussy d'Amboise, p. 50, 57, 59 et suiv.

* Cl. Haton, p. 280 et 890. — En 1575, la ville de Paris remoii • trait au Roi « que la licence étoit si grande parmi les troupes et surtout dans le régiment des gardes, que les paysans, ne voyant plus de sûreté pour leurs biens ni pour leurs vies même, étoient obligés d'abandonner leurs campagnes (De Thou, Hist., liv. LXI, t. VII, p. 297). »

462 uviiE IV. — (

dit : " De quoi nous devuns à bon droit d'aiilanl plus nous accuser nous-mêmes que les catholiques - qui assistent ledit roi de Navarre ; car par nos déporlemeas nous les avons plulùl eiïarouchés et dégoûtés^ de notre parti que conviés d'y entrer; ils ont élâl constitués prisonniers, rançonnés, pillés en leurs , maisons et bafoués partout, nonobstant vos commandémens et déclarations ; dtt sorte qu'ils ont reconnu n'y avoir avec nous aucune sûreté pour eux ; davant- J lage, vos gens de guerre ont vécu si licencieuscmeaC et débordement qu'ils nous ont fait haïr, s'il m'est J permis d'ainsi le dire, de Dieu et des hommes. >• '

On en vient à la révolte ouverte. Sans aller toujours jusqu'à s'insurger contre l'aulorité royale, les populations cherchent les moyens de se défendre elles-mêmes contre les malfaiteurs qu'elle leur envoie sous le nom de soldats ; tantôt les paysans prcnoeut les armes et tuent tous ceux qu'ils rencontrent : ' tantôt on levé, comme en Anjou, une compagnie de chevau-iégcrs.'

' Avis de M. de Vilieroy A il. le duc île Mayenne, publié à Paru après la mort du ttoi, nur la fin de l'an 1589, p. 660,

> Toscane, t. IV, p. 196. En 1589, il laut une véritable eipédition pour écraser les Gautiers, a troupes des paysans, ainsi nommÉB de La Cliapelle- Gautier, qui deui uns auparavant avoient ■ commeDcÉ à prendre les armes, pour défendre leur liberté contre les entreprises des troupes qui couraient la province (de Thou, Hwi.. liï. XCV, l. X, p. 600). -

• M. Jouberl, op. cil., p. 217 : Pièces juiti/icativei, délthéra- Hon en oisemblée générale det fiaroisnes, sur la proposition, de laver U1K compagnie de chcvau-légers pour réprimer les courses et pillages dans les campagnes du pays d'Anjou, 1577.

l'esprit et les mœurs MIUTAIRES. 463

vin

Une partie des désordres et des maux que nous .p stvons signalés tient à Tétat de guerre ; une trêve ' pou.1 les suspendre, la paix les fait cesser ; nous avons obs dît plus haut quels vœux ardens le pays formait pour paix ^^ paix, surtout dans la seconde moitié du siècle. •'^ctîs il y avait des gens dont les désordres faisaient le Plctisir et le profit, c'étaient naturellement les gens de &\3.orre, et ils formaient des vœux tout contraires. Un Pï*înce ou un général n'était pas libre de conclure une ^^^ve ou une paix, qui devait faire cesser un régime ^ ^ licence trop agréable à son armée : « On n'a pas J ^^êré à propos, écrivait Bongars en novembre 1593, * ^^ confirmer par un édit public une trêve de tant de is, de peur d'exciter quelque trouble parmi le comn des soldats, qui ne sont guères contens de cette X. »

<;ju on soit à la guerre ou qu'on soit en temps de ^^-ix, il y a des mesures à prendre pour assurer un ^^^dre, qui n'est pas moins exigé par l'intérêt de la ^i^cipline que par l'équité, par l'humanité.

Sans doute les désordres tiennent en grande partie pa ^ ce que la solde est payée irrégulièrement, les ser- ^^Ces accessoires mal assurés, et cela en tout pays.*

» L. LXXV, p. 279.

' V. Du Bellay, liv. III. p. 411, rapportant que la garde royale, en Espagne, s*est mutinée, parce qu'elle ne recevait pas sa solde.

dcl

En 1514, La Trémouîllo, gouverneur de Bourgogne, avait eu à préparer la défense de la province contre les Suisses ; nai'^ fois « l'appointement -i fait avec ceux-ci, il renvoya l'arrière-ban et la plupart des hommes d'ordonnance, maïs il ne put rien obtenir du Roi pour le paiement : « Par quoi ils faisoient les pilieries et mangcries dont le Roi a ouï les plaintes, lesquelles veuoîcnt beaucoup plus tôt â la notice dudit gouverneur ; mais il ne savoit et ne pouvoît bonnement punir et reprendre lesdJls gens d'armes de ladite raangerie, là ofi ils n'avoient eu paiement du Roi. Par quoi de ladite plainte, ledit Roi et ceux qui étoient autour de lui en étoient causes. > Les soldats qui furent chargés de réprimer les désordres en commettant à leur tour, différentes mesures furent prises, mais non pas seulement des mesures de rigueur. Une lase fut établie, " qui n'est pas si grande que celle du marché, ni si petite que le marchand ne se puisse sauver sur toutes les marchandises et vivres dont les gens d'armes ont affaire. »' Monluc a raison, quand il dit : « Il est impossible de faire ces charges sans faire mal, si ce n'est que le Roi ait ses coffres pleins d'or pour payer les armes ; encore, ajoute-t-il avec raison, y aura-t-il prou à faire. » * En effet l'exact paiement de la solde n'est pas une suffisante garantie d'ordre : « La noblesse et gens de guerre, disait le chancelier au Parlement, " ne pou-

" Mftrillac, p. 151 bI 152,

» Monluc, Uv. Vil, [. cit. Cf. Tav

' De la Place, liv. II, p. 47.

iv. IV, p, 461.

Voient être retenus, pour être bien payés, d'oppri- ^^r le peuple ; et, si leur paiement étoit reculé, ils Pi*enoient là-dessus excuse de leurs violences. »

Il faut bien que le pouvoir songe aux moyens de Moyc répression. Quand le Roi est à la tête de son armée, d Voit les abus de trop près pour les pouvoir tolérer; il ^^ffit qu*il désire la victoire pour sentir combien ils ^^ compromettent; comme prolecteur de tous ses *^jets, comme chargé de veiller au bien général, qui, **^îlleurs, se confond avec lé sien propre, il n'y sau- ^^it demeurer indifférent : « Mon frère, écrit Charles IX ^^ roi de Navarre, gouverneur de Guyenne, en 1573, Vai fait mon édit de pacification en intention de lettre mes sujets en repos et les délivrer des vexations de la guerre. Toutefois je suis averti que mon pauvre peuple ne laisse d'être opprimé et affligé autant que jamais par plusieurs compagnies de gens d'armes et aucuns soldats et gens de guerre à pied, qui tiennent les champs, vont rôdant le pays et font les maux et extorsions innombrables sous couleur de se retirer en leurs maisons, dont je suis très-déplaisant ; et d'autant plus parce qu'il me semble que la licence a pris telle habitude et autorité, ou que la né* gligence soit telle que personne s'ingère d'y remédier, comme si tout étoit abandonné et à la discrétion des méchans ; chose qui me pèse à bon droit tellement sur le cœur et m'est si importante que je ne serai jamais content qu'il n'y soit pourvu comme il

Desj. s. m. 30

appartient. » • L<i faible Hetiri 111 essaya parfois de remplir le même devoir, mais que de défaillances ! ' Henri IV seul pouvait remédier au mal des désordres militaires comme aux nutres ; encore ses efforts n'étaient-ils pas toujours couronnés de succès. "

Une des principales parties du capitaine est de maintenir la discipline parmi ceux auxquels il commande, dans l'intérêt militaire au moins autant que dans l'intérôt moral. Los généraux y travaillent ou y réussissent sissez rarement pour que leur tentative ou leur succbs paraissent étonnans et soient signalés d'une manière spéciale. En 1509, l'ordre de l'armée française dans le Milanais fait l'admiration d'un envoyé florentin. * Plus tard « ne se peut nier que durant tout ce voyage," et tant que les enseignes (du Roi) ont été déployées aux champs, que n'ait commandé ol observé une justice tant grande et sévère en son camp que les ennemis et étrangers s'en émerveilloient... « H y avait k l'arrière-gardc trois ou quatre cens hommes d'armes « pour faire suivre ce qui venoit après, ou pour empècber que les vilains et Marangets ne détroussassent ceux qui ne pouvoient aller si tôt que les premiers, on les bagages qui

• Lettres de Henri IV, t. 1, p. 56.

• M. Joubert, op. cit., poMÎm.

• V. Cisors, p. m.

' Toscane, t. III, p. 305 et 339.

' L'expÉdilion qui aboutit à la prise de posseEsioa d ËTËcbés.

l'esprit kt u3 mœurs miutaires. 467

demearéa et arrêtés par les chemins par accident. » * Si les désordres n'étaient pas toujours prévenus, ils étaient souvent réprimés avec une grande rigueur. ' Quand Henri II fut entré en possession de Metz, « sur les plaintes formées contre Tinsolence des soldats, il leur fut défendu, sur peine de la vie, de rien prendre qu'en payant, d'insulter leurs hôtes en aucune manière, de les quitter sans les avoir entièrement satisfaits et enfin de tirer jamais Tépée contre eux. Le connétable tint la main à l'exécution de cette ordonnance pendant toute la guerre. » ^ On ne se risquait pas souvent à enfreindre les ordonnances que le connétable rendait ou appliquait. Plus tard, quand la ville de Metz fut assiégée par Charles-Quint, les Français, pour conserver ce qu^ils avaient acquis, firent « plusieurs belles ordonnances sur la forme de vivre des soldats, h, ce qu^ils eussent à converser paisiblement avec les habitans de la ville, sans leur faire ou dire mal, ne prendre aucune chose qu'en payant... »^ Après le siège levé, le duc de Guise veilla soigneusement à ce que tout désordre qui aurait été commis malgré ses ordonnances fût réparé. ^

Les bonnes résolutions des généraux ne peuvent pas toujouri^ être mises à exécution. De Thou, qui

.* Rabutin, liv. I, p. 545.

« Id., ib., p. 547 et 548.

8 De Thou, HisL, liv. X, t. II, p. 228.

* Salignac-Fénelon, p. 5.

5 Ib., p. 56.

n'cHt pas suspect de partialité en faveur de la Ligue, dit : H Le duc de Mayenne éloit dans le Maine, où ses troupes commettoienl toutes sortes de cruautés et de violences conlr-e les habitans de la campagne, sans qu'avec la meilleure volonté du monde le duc pût y apporter remède. » '

A la suite des guerres, il fallut employer souvent une partie do l'armée à combattre l'autre, et de véritables expéditions militaires furent entreprises ponr faire cesser les désordres, extrémité pénible qui avait plus d'un danger. En 1514, Charles do Bourbon, le futur connétable, fut mis à la tète de forces assez considérables pour rétablir l'ordre dans le duché de Bourgogne ; il n'eut pas de peine h venir à bout des aventuriers; mais ensuite ce furent ses propres soldats qui lui furent dénoncés : « Lesdites compagnies qui étoient en garnison auxdites bonnes villes faisoicnt plusieurs grandes pilleries, tant sur les villes de leur garnison que sur le pays d'environ. »' En 1522, ce fut dans une grande partie du royaume qu'une lâche analogue fut confiée au connétable de Bourbon et aux maréchaux de France, notamment h Montmorency. '

On n'arrivait jamais à maintenir un ordre assez rigoureux pour que la présence des troupes ne pes&l pas lourdement sur les populations; on cherchait du

Ilisl., liv. XCV, t. X,p.60O.

Marillac, p. 151.

M. Décrue, op, cit., p. 34. ,

l'esprit et les mœurs miutaires. 469

moins à leur procurer un soulagement en répartissant le fardeau : « Ledit sieur Roi, voyant la ruine du Boulonnois, la cherté qui est en la Picardie, le long séjour que les quatorze enseignes de vieux soldats y avoient fait, entendant que la duché (de Bourgogne) et la Champagne pourroient mieux porter la décharge desdits soldats, leur avoit fait passer celle part sous capitaines paisibles, bien conditionnés et entendant combien il importe de ne souffrir telles insolences. » *

* Granvelle, t. III, p. 516, Simon Renard à, TEmpereur, avril

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