INTRODUCTION. V
tendu et prétendu exclusivement, de dicter aux hommes une règle de conduite ; on se demandait, d'autre part, si ses préceptes n'étaient pas trop sévères pour pouvoir être suivis, si Tidéal qu'elle ne se contentait pae de proposer aux fidèles, qu'elle déclarait leur iniposer, n'était pas chimérique, et si un enseignement qui demandait trop à l'homme devait être pris au sérieux. On alla plus loin, quand on vit pendant de longues années commettre des crimes au nom de la religion; on l'accusa de donner des leçons funestes, trop faciles, celles-là, à mettre en pratique et trop bien écoutées. On se dit qu'il fallait chercher ep dehors d'elle l'équité, la tolérance, l'humanité, le respect du pouvoir social et dos droits individuels; elle ne semblait propre qu'à faire des fanatiques ; la douceur des mœurs et la sécurité même des relations semblaient subordonnées à cotte condition que, les croyances religieuses devenant moins solides, on se bornât à unis philosophie indulgente, formée par les observations que nous fournit la vie de chaque jour et par les pensées que nous avaient laissées les anciens.
Les dispositions du siècle inspirèrent naturellement les écrivains, Montaigne en particulier ; leur morale fut indépendante dans toute la force du terme, car elle ne dépendait pas plus d'un système philosophique que d'une foi religieuse. Le siècle donna naissance à l'école, et, comme il arrive toujours, l'école agit sur le siècle. Les hommes qui ne mettent pas tout-à-fait leur moralité d'accord avec leur morale cherchent vo-