‹ Les sentiments moraux au XVIe siècleChapitre 6 sur 36 · VI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

VI INTRODUCTION

lontiers à rétablir Tharmonic en conformant leur morale à leur moralité. Il est agréable de ne se croire pas obligé à ce qu'on se dispense de faire, et Ton aime & se débarrasser de croyances qui donnent encore des scrupules, quand elles n'imposent plus de frein. D'ailleurs, il n'est pas nécessaire de supposer un parti-pris ; c'est tout naturellement qu'on se laisse aller à de nouvelles idées, soit philosophiques, soit religieuses, où Ton trouve moins de gêne ; on y est incliné par l'habitude ; on penche à ne pouvoir comprendre qu'il soit mal d'agir comme on agit couramment ; il répugne de considérer comme des coupables des personnes pour lesquelles on éprouve de la symp'athie, que l'on voit estimées de tout le monde, qui ont le prestige de la grâce et du succès. On demande à ce qu'on ne cesse pas encore de regarder comme la vérité d'abord de transiger avec la nécessité, puis d'abdiquer en faveur d'une autre vérité.

Mais on ne rompt pas facilement avec des traditions plus de dix fois séculaires; la religion demeure encore puissante sur ces âmes qui voudraient bien se passer d'elle. La foi s'affaiblit, mais elle ne s'éteint pas ; la règle est violée plutôt que méconnue ; on la critique ou l'on s'y soustrait plutôt qu'on ne la nie. La vue du danger, les coups du malheur, l'approche de la mort ramènent vers le Dieu qu'on a oublié dans la plénitude de la santé, dans l'enivrement de la force, de la lutte et de la victoire. On n'attend même pas toujours l'heure de l'épreuve ; la pensée de la religion se mêle

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