‹ Les sept baisers de Buckingham [microforme]Chapitre 11 sur 24 · VE · texte numérisé non relu

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noy. Mais votre retour à Amiens, monseigneur, ne permettrait plus aucun soupçon d’atteindre monsieur le comte. On a dû supposer que, si le message exigeait une réponse,, vous étiez chargé de l’apporter.

— N'importe, — dit M. de Fargy. — Du moment que les agents de Son Eminence me savent dévoué aux intérêts de la reine, ils doivent tenir à s'emparer de moi; ils voudront essayer de m'’arracher des aveux par la violence et la menace; ils voudront faire de riñi un délateur comme eux. — D'ailleurs, — continua-t-il d’une voix sourde et frémissante, — il est encore un dernier motif que j> n’osais avouer; mais à cete heure où le péril menace et gradit à chaque minute, où ma liberté va doute m'être ravie, il faut que je parle.

— Qu'est-ce donc? — reprit le comte avec effort, que Son Eminence convoite pour un de ses parents votre main et votre héritage, mademoiselle d’Angenes.

— Ma main à un parent du cardinal, à un ennemi dc notre bonne reine! — répéta avec angoisse la fille d'honneur. — Je le savais ,mais j’avais refusé cette alliance indigne.

— Votre main et votre héritage, Catherine, voilà ce qu’il veut. Ainsi, ce bon parent ne serait pas fâché, ayant un prétexte de s’assurer de ma personne, de se débarrasser du même coup d’un ennemi politique et d’un rival dangereux pour le gentilhomme auquel il veut vous donner. Il aime tant sa famille, ce grand cardinal.

Mademoiselle d’Angennes se leva.

— Quoi qu’il fasse, -— dit-elle avec fermeté — vous pouvez être assuré, monsieur de Fargy, que son désir ne s’accomplira pas, n’eussiez-vous pour ga-

rant de ma promesse que ma haïne pour tout ce qui le touche de près ou de loin.

Votre amour pour le yeux une plus sûre cau Buckingham ÿ — mais,

Yélation, je c ù que la sûreté de

rieusement compromise,

Vous voulez me faire mourir d’épouvante, monseigneur! — s’écria la belle enfant.

— Je dis la vérité, mademoiselle. Si le comte veut sortir de l’hôtel, il trouverait à la porte Rochefort et ses hommes: s’il reste, on viendra le chercher ici...

— Et d’ailleurs, — ajouta-t-elle en rougissant, — il ne pourrait Y rester que jusqu’à ce soir. … Mon Dieu! mon Dieu! comment done faire? Ai.

dez-nous, je vous en supplie, monseigneur, vous que l’on dit si habile en ruses de Cour et en stratagèmes d’amoureux !

duc sour:t de l’expression naïve avec laquelle mademoisele d’Angennes lui adressait cette singulière prière. Puis, se tournant vers le comte :

— Je ne vois qu’un moyen de vous tirer d’embarras, — lui dit-il; — mais il s’agit d’une détermination à prendre sur Je champ, et peut-être allez-vous hésiter?

— Il n’hésitera

ce

moyen de salut ême!

Mais Buckingham n’eût pas le temps de répondre.

Une fille de service entra, annonçant que M le

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vomte de Rochefort demanduit à être introduit auprès de mademoiselle d'Angennes.

— Le comte de Rochefort! — répétu celle-ci consternée. — Plus d'espoir! M. de Fargy est perlu.

— Le comte est-il accompagné? — demanda aussitôt Buckingham.

— 1l est seul, — répondit la fille de service.

— Eh bien! — dit mademoiselle d’Angennes, congédiez-le... trouvez un prétexte... Je suis indisposée... il m'est impossible de le recevoir.

— Y songez-vous, mademoiselle? objecta Buckingham; — si cet homme ignore que M. de Fargy est ici, votre refus le lui apprendra. Mon avis est au contraire, que vous le receviez afin de savoir ce qu’il veut obtenir de vous. Il s’agit seulement de nous cacher pendant le temps que durera sa visite.

— Oui, vous avez raison, dit — mademoiselle d'Angennes passant du découragement à l'espoir avec la surprenante mobilité des femmes... — Mais où vous cacher?... Ah! dans ce cabinet. — Et elle alla ouvrir la porte d’un petit cabinet noir où Buckingham et M. de Fargy se placèrent tant bien que mal. Puis, ayant retiré la clef, elle se renfonça dans son fauteuil en murmurant: — Que d'événements, grand Dieu! c'est à en mourir.

Elle n’était pas encore revenue de son trouble lorsque le comte de Rochefort entra.

C'était un homme de trente à quarante ans, de belle taille et de figure régulière, ayant des manières polies et le son de voix des plus agréables. Du moins paraissait-il ainsi dans cette circonstance. Nous n’avons point la prétention de tracer le portrait de cet agent. Protée qu’on pouvait voir dans la même journée moine, soldat, bourgeois et grand seigneur, beau ou laid, jeune ou vieux, élégant ou

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