‹ Les sept baisers de Buckingham [microforme]Chapitre 20 sur 24 · E FE FF · texte numérisé non relu

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apanage, l’immortalité, et dont l’amour est immortel comme leur existence.

— Un sylphe! s’écria mademoiselle d'Hautefort.

— Oui, je suis un sylphe, un fils de l'air. Ma puissance et ma nature t’expliquent comment je me suis introduit près de toi et pourquoi tes yeux ne sauraient m'apercevoir. Si maintenant tu me demandes dans quel dessein je suis venu, Je te repondraïi: C'est l’amour qui m'a conduit.

— L'amour!

— Hélas! oui. Un soir que je me livrais avec d’autres sylphes à nos jeux ordinaires dans les réions supérieures, je pris tout à coup un rapide essor pou échapper à la poursuite d'un de mes frères, et je vins m’abattre sur la terre, dent jamais encore je ne m'étais approché. Je me trouvai dans un magnifique jardin dont les fleurs me rappelèrent les plus vives couleurs de l’arc-en-ciel, en même temps que je m’enivrais des douces émanations dont elles embaumaient l’air. Voltigeant de branche en branche, de calice en calice, dans ce lieu enchanteur d’où je ne pouvais me résoudre à m'’éloigner, J'arrivai près d’un bassin au bord duquel étaient assises plusieurs filles de la terre. Toutes étaient belles; mais il y en avait une qui surpassait les autres beautés autant que la rose surpasse en parfum les autres fleurs, et, pour la contempler, j’oubliai le parterre brillant, les ombrages frais, les suaves senteurs, j’oubliai ma demeure céleste, mes frères, j’oubliai tout : je l’aimais.

— Vous, enfant de l’air, aimer une fille de la terre! N'est-ce donc pas un amour insensé, impossible?

— Quand le besoin se fait sentir de consulter la prudence, l’amour est déjà venu, et il est trop tard. Nos lois d’ailleurs ne sont pas impitoyables: elles

nous permettent d’aimer les enfants de la terre: elles nous offrent même les moyens de trouver le bonheur dans ces amours en nous faisant aimer. Pour acquérir le droit de nous révéler à l’objet qui nous séduit, il suffit de souscrire à une condition.

— Ft cette condition? quelle est-elle?

— la voici: après avoir ouvert notre coeur à la beauté dont nous sommes épris ,si elle agrée notre amour, nous devons lui faire deux propositions, et de son choix dépend irrévocablement notre sort.

— Il suffit que l’une de ces propositions vous soit favorable pour que vous n’ayez jamais de danger à courir!

— Ah! — reprit la voix avec un accent passionné, — être malheureux par celle dont on est aimé, n'est-ce pas encore du bonheur?

— Vous excitez bien ma curiosité: quelles sont donc ces deux propositions?

— De nous aimer sans demander à nous voir, où d'exiger que nous nous manifestions sous une forme visible avant de prendre l’engagement de nous aimer.

— Mais il me semble, si je me wonvais jamais dans le cas de faire un pareil choix, que je ne serais pas fâchée de voir avant de m’engager.

— Et alors le pauvre sylphe paraîtrait à vos yeux sous une forme humaine qu’il ne quitterait plus : il serait déchu de sa puissance et de son immortalité.

— Oh! non, je me rétracte et ce choix ne serait pas le mien, — fit vivement mademoiselle d’Hautefort ; — je ne voudrais point payer son amour d'une aussi noire ingratitude. .. Mais, si l’on consentait à se faire aimer sans voir, qu’arriveraitil?

— Le corps de la fille de la terre mourraït, et son âme, emportée dans le royaume des génies, sur les

ailes du sylphe, se transformerait en sylphyde pour s’abandonner à pamgis aux transports d’un amour immortel comme elle,

— Mais si c’est là le bonheur pour le sylphe, ce doit être aussi celui de la fille de la terre? Ah! s’il y avait jamais eu des femmes soumises à cette épreuve, je ne doute pas qu’elles ne se‘soient résoues à aimer sans voir.

— Toutes ont voulu voir avant d’aimer...

— Et moi, je jure... Mais que dis-je? et à quoi bon faire un serment que je n’aurai jamais l’occasion de tenir?

— Pourquoi pensez-vous donc que je suis venu près de vous? — fit tendrement la voix. —. Oui, charmante fille de la terre, ajouta-t-il avec un accent passionné, — oui, c’est toi qui m’a fait oublier c’est pour toi que s’est allumée en moi une flamme qui ne peut plus s’éteindre. Sans toi, la puissance m'est inutile et l’immortalité m’obsède... avec toi je trouverais des charmes à la souffrance et même à la mort. Parle, 6 bien-aimée, tire-moi d’une affreuse perplexité, accepte d’abord mon amour; tu me condamneras après, si tu le veux, à la triste condition desthommes : qu'importe, pourvu que je puisune heure seulement être aimé de toi!

— Tu le seras éternellement, c’est mon corps qui mourra! — s’écria mademoiselle d'Hautefort dans an transport qu’elle ne put maîtriser.

— Qu’entends-je! il serait vrai?

— Je t’en fais le serment.—La musique se faisait toujours entendre, mais à peine perceptible, comme une mélodie venant du ciel. Tout à coup les lumières s’éteignirent et mademoiselle d’Hautefort se trouva plongée dans une obscurité profonde. Alors elle sentit comme un souif!e léger qui caressait son visage; puis deux lèvres effleurèrent les

siennes; puis elle n’entendit et ne sentit plus rien. — Cher sylphe, — reprit mademoiselle d’'Hautefort après quelques moments d'attente, — pourquoi ve silence? pourquoi cette obseurité? m’aurais tu abandonnée déjà?

— Je n’ai pas cessé d’être près de toi, — répondit la voix.

— Eh bien! qu’attends-tu pour m'emmener?

n’as-tu pas reçu mon se” ‘ent? Ah! qu’il me tarde de quitter cette terre où l'amour n’est qu’un mensonge!

—Ton voeu sera bientôt exaucé; je vais te quitter pour aller faire connaître {on choix au roi des génies. Après-demain je serai de retour, ear je dois te laisser deux jours de réflexion; après-demain donc, trouve-toi dans cet oratoire aussitôt que le soleil sera couché. A neuf heures, tu m’appelleras une fois, et tu repasseras dans ton souvenir tous les chagrins qui ont affligé ton existence terrestre; à dix heures, tu in’appe!leras deux fois, ta mémoire te tracera tous les instants de bonheur dont s’est embelli ton passage sur la terre; à onze heures, tu m'appelleras trois fois, et, mettant en balance la somme du bien et celle du mal, tu décideras si tu dois tenir ou rompre l’engagement que tu as pris. À minuit, tu te coucheras, et-je viendrai, prêt, selon ton désir, à te délier de ton serment ou à enlever ton âme dans l'éther. Mais, songez-y bien, il faut que tu sois exacte au rendez-vous. Si tu y manquais, à minuit, en quelque lieu que tu fusses, tu serais immédiatement frappée de mort, et du même coup nous serions tous les deux plongés pour l’éternité dans les ténèbres des profondeurs de Ia terre. Ainsi le veut le roi tout-puissant des génies.

La voix se tut, et cette fois ce fut pour ne plus se faire entendre, En vain mademoiselle d'Haute-

fort essaya de renouer un entretien qui la charmait, elle n’obtint plus de réponse

Mais de tendres et gracieuses rêveries bercèrent doucement sa pensée jusqu’au moment où le sommel vint clore tout à fait ses paupières uppesanties.

Le lendemain, elle ne se réveilla que très-tard dans la matinée. D'abord son esprit ne [ui retraçu qu’un souvenir Vague et confus de l'événement de la nuit; puis ses idées s’éclaircirent peu à peu; elle se rappela une à une toutes les circonstances de son entretien avec le ‘ylphe, et le charme de sa voix qui brillait encore à son oreille, et le parfum des fleurs, et Ja suave musique dont il lui semblait entendre toujours les délicieuses mélodies, et l’aveu que le fils de l’air lui avait fait de son amour, et je serment par lequel elle s’était engagée.

Mais comment croire à un pareil prodige, sur-

tout lorsqu'il n’en restait aucune trace? car la chambre de mademoiselle d'Hautefort était ce jourà ce qu’elle l'avait vue la veille: rien n’y était changé. Ce n’était done qu’un songe, un beau son- ‘86 sans doute, qu’il n’en était que plus urgent d'oublier. Mademuiselle d’Hautefort ne s’y résignait qu’à regret, et quelques larmes perlaient méme sur ses joues lorscg’elle aperçut une rose au pied de son lit; c'était une rose artificielle, mais si artistement imitée, qu’elle la prit au premier as- Pect pour une rose naturelle. Elle la saisit et l’en approcha de son visage pour en respirer le parfum : à peine l’eût-elle touchée, que les pétales s’écartèrent e tlaissèrent voir dans le coeur de la fleur ces mots écrits en poudre de diamant sur un fond d’or: “Fille de la terre, n’oublie pas l’heure du rendezvous !??

Aussitôt la joie rayonna dans les veux abattus de

ait,

èrent somesan-

-tard traça it de ; el- »s de

sa fum blait l’aour,

surla urtait onent esinéau ais asen mn ;

mindemoiselle d'Hautefurt. Ses joues pâles se colorèrent d’une vive rougeur.

— Ce n’était point un rêve! — s’écria-t-elle ‘ransportée de bonheur. Et, baisant mille fois les caractères tracés au fond de la rose: — Oublier! oublier l'heure du rendez-vous?.., Est-ce possible quand il s’agit d’un amour qui ne finira jamais,

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