LES DONS DUELS FONT LES BONS AMIS
rie ; i
cei- : Le jour commençait à poindre. Nos deux cava-
des liers jugeant qu'ils avaient gagné suffisamment
per À de terrain permirent à leurs chevaux de souffler E lans un moment en allant au Pas, et songèrent à se dé-
dommager du silence auquel les avait forcés In précipitation de leur course.
Ce fut le prisonnier délivré qui ent tien, 61 témoignant sa rec rateur.
— Le service que je vous ai rendu, — répondit celui-ci, —peut vous paraître très-important, mais, pour la peine qu'il m'a coûté, je me déclare indigne de tous ces remerciements. Qu'ai-je fait, après tout? J'avais quatre adversaires à combattre, Au Premier, qui avait besoin d'argent, j'ai fourni l’occasion d’en gagner: j'ai fait boire le second, qui avait soif; j'ai procuré au troisième une heure ou à deux d‘amoureux entretien. Vous voyez que dans ( tout cela j'ai fort peu payé de ma personne.
à — Si ce n’est sans doute avec le quatrième, dont vous ne parlez point. Qu’avez-vous done fait de celui-là ?
— Je l'ai laissé pendu an erce, où € brave soudard remplace avantageusement le quartier de
ama l’entreonnaissance à son libé-
boeuf qui à fait les frais du souper de son escouade.
— Est-il possible! — reprit l’ex-prisonnier,
— Mu foi! le digne sergent fera le bonheur de ses archers quand ils reviendront de leurs parties de plaisir, car il se livre à cet exercice inaccoutumé d’une mine si piteuse que je ris encore en y pensait. Mais, à propos de figure grotesque, je regrette de n'avoir pas un peintre sous la main pour Crayonner celle du cardinal au moment où il apprendra le dénoûñement de son aimable espièglerie,
— Maître Gonin sera furieux.
— Et par conséquent aussi gracieux qu’un chat qui vient de tremper ses moustaches dans une jatte de vinaigre.
— L'autant pus que, même avec le sourire sur les lèvres, c’est un Adonis qui à besoin d'être considérablement revu et corrigé à l’aide de fard et de faux cheveux.
— Je vois d'ici le saint homme grincer des dents et fulminer contre nous les anathèmes les plus orthodoxes suivant le catéchisme des mousquetaires.
— Absolument comme ferait maître Satanas en se voyant enlever une âme qu’il aurait cru piquer &u bout de sa fourche.
— Je ne vous cacherai pas, mon gentilhomme, que, malgré tout l'intérêt que m'a inspiré votre situation, c’est surtout l'espoir de faire enrager le cardinal qui m'a engagé à vous être utile.
— Vous le haïssez done bien?
— Mais non, — dit l‘inconnu en souriant, — je ne lui souhaite pas grand mal, puisque mon plus vif désir serait de le voir canoniser cette année
—Comptez alors sur moi, monsieur, — répliqua l'ex-prisonnier en riant, — pour travailler de tous
ir de irties putupengretpour aperie.
chat jatte
r les idéaux
ents orres. en uer
ne,
tre le
e vif
ua us
mes efforts à procurer le lus tôt possible à maître Gonin cette ineffable béatitude.
— Je conçois que, après le péril auquel vous venez d'échapper, vous vous regardiez comme le débiteur de Son Eminence.
— Oh! s’il ne s'agissait que de cela! — soupira le jeune homme.
— C'est-à-dire que votre ressentiment date encore de plus haut.
— Du jour où pour la première fois j’ai senti mon coeur battre dans ma poitrine, mes joues pâlir et le sang se tourner dans mes veines, — répondit avec feu l’ex-prisonnier : — et croyez bien que ce n’est p&s en mettant l’épée à la main contre un ennemi que j'ai ressenti une pareille émotion, mais en ramassant l’éventail que la plus jolie main du monde venait de laisser tomber, et en effleurant de mes doigts cette main blanche pour lui remettre son sceptre
— Ah! irés bien, -— dit l'inconnu en jetant sur SOD Compagnon un regard à la fois bienveillant ct rêveur, — j'aurais été surpris, je l’avoue, que l’amour ne fût pour rien dans l'aventure d’un jeune Cavalier de si galante tournure.
— Oh! comprenez, monsieur, que je fais un peu d'état du reste. M. Armand-Duplessis-Richelicu, qui rampait doucement sur les marches du trône, à agi comme la vipère qui trouve un homme endormi au pied d’un arbre, dan: un bois. La vipère entoule ses anneaux autour des membres du dormeur, et, quand elle l’éveille en le mordant de ses petites Jents aiguës, le pauvre diable est garrotté. Notre honoré roi Louis XIIT sommeillait dans son chiteau de Saint-Germain on rêvant chasse et fauconñicrs, en se faisant lécher Jes mains par ses léviiers et en tambourinant, des ongles contre les car-
reaux quand il pleuvait, Pendant ce temps-là, le cardinal faisait peu à peu sa besogne de roi, si bien qu’il a pris l’habitude de penser que le fils du Béarais n'était qu’un Mannequin de parade dont la main n’était bonne qu’à signer ses édits, et voilà tout. Aussi M. le cardinal fait-il la paix ou la guerre. Ce grand Capitaine écrit Les traités d’alliance. Ce grand homme d'Etat dirige les siéges et dicte le plan des batailles, Si le roi se souvient qu’il a une épée au côté, son ministre lui permet d’aller se battre comme un soldat à la tête de sa maison, et de s’enivrer une heure de la fumée de ses mousquets. Que m'importe cela, à moi, simple gentilhomme! Le cardinal fait mieux. Son système est de fâucher la noblesse au profit de la royauté, et de renouveler en nouveauté l’apologue de Tarquin, parce que cette royauté c’est lui qui en exerce les fonctions. Eh bien! je me révolte contre cette politique odieuse et je la combats, sans qu’elle m’inspire de haine personnelle contre lui. Il'anc> des édits contre le duel et condamne l’excès du Courage et le sentiment de l’honneur comme un crime lâche et vil, Eh bien! Je suis maître de me battre ou de fuir comme un poltron les occasions de querelle. Je ne m’expose aux rigueurs de l’édit que si cela me Convient en toute connaissance de cause. Mais, morbleu! que maître Gonin ne se mêle pas de nos affaires de coeur! Permis à lui de casser du bout de son sceptre usurpé les épées qui se croisent rt de faire mordre à la hache du bourreau le cou des gentilshommes, mais non de s'établir l’inquisiteur des £res. ;
— Vous avez raison, mon j Connu qui paraissait sympat l’indignation du fougue
— Comment :- -
age
plus libre d’aimer la femme pour qui seule on aura des yeux pleins de flamme, un coeur palpitant d'émotion et de trouble, pour qui on traverserait un sentier couvert de charbons ardents afin de pouvoir l'étreindre plus tôt sur sa poitrine! Il faudra que M. le cardinal vous ait octroyé la permission de parler à cette femme, d’effleurer ses cheveux, d’interroger son regard, de serrer sa main ou de la défendre même contre quelque agression insolente! —C’est pousser un peu loin en effet l'amour de la domination que de vouloir tyranniser les coeurs.
— Oui, monsieur, telle est l’odieuse prétention dx cardinal. On aime, on est aimé; tout est d’accord, le rang, la fortune, la naissance; et parce qu’on n’est ni le partisan n° le serviteur...
— Prononcez l’espion, c’est le vrai mot, — dit l'inconnu.
— Oui, l’espion de Son Eminence, il faudra voir ses rêves de bonheur s’évanouir comme une bulle de savon qui crève, et sa bien-aimée, sa fiancée, celle au doigt de qui on ä déjà passé la bague de sa mère, s’agenouiller à l’autel, pâle, froide, tremblante, demi-morte, les yeux baissés, la voix éteinte, et devenir la femme d’un homme plus dévoué aux intérêts et aux vengeances du cardinal-roi?
— C’est monstrueux! — s'écria l’inconnu.
— C’est intolérable ! — reprit l’ex-prisonnier, — et quand je devrais mettre le feu au palais Cardinal..…
— Diable! vous allez vite en besogñé; imuis il me semble que vous n'êtes pas encore réduit à ce genre de distraction. Si j’ai bien compris le sens de vos paroles, vous êtes aimé.
— Oh! heureusement c’est que toute la puissance du ministre ne saurait empêcher.
— Alors vous devez être tranquille, car les obs-
— Hélas! je suis plus inquiet que je ne l’ose le montrer.
— Pourquoi cela?
— Parce que ma maîtresse a un tout petit dé.
faut, que Je célèbrerais volontiers si J'étais déjà Son mari, mais qui m'effraye tant Que je suis seulement son amant, Flle Manqgre d'énergie, Que Richelieu lui intime l’ordre d’epouser un autre que moi, elle n’obéira Pas, mais sa résistance n'ira pas jusqu’à triompher de la volonté du tyran en m'’é- Pousant malgré lui.
— Allons! votre sort n'est pas tout à fait désespéré. L'assurance d’être aimé doit soutenir votre Courage. Mais peut-être ne pouvez-vous obtenir la félicité de voir celle que vous aimez?
— Il faudrait done qu’on la cloîtrât! s’écria im- Pétueusement Je jeune homme, — et encore les cloîtres ne sont-ils pas des forteresses imprenables.
— Vous êtes heureux de voir si facilement votre maîtresse, — qit l'inconnu &vec un soupir profond, 77 Mais je conçois votre chagrin si vous ne pouvez Jamais avoir d'entretien secret avec elle, de ces entretiens où deux coeurs s’épanchent, Sans oeil indiscret qui les épie malignement, sans témoins im- Portuns qui g'acent les paroles des amants et les forcent à calculer chaque geste et chaque sourire.
— Je ne puis, en effet, lui parler que trop rarement, — dit lex-prisonnier, —— une fois tous les soirs au plus!
L’inconnu éclata de rire.
— Et vous vous Plaignez ! — s’écria-t-;l. Mais ce n’est plus Pour vous qu’une question de temps!
— Mais, monsieur, vous ne comprenez donc pas que je n’ai d’autre soleil que les yeux de ma maîtresse, que là où elle n’est pas tout devient obscur autour de moi! L’air que je respire m'est amer s’il se le n’a pas passé-par ses lèvres. Or je subis les supplices de Tentale. Je vois ma chère Catherine comme je verrais un portrait insensible. Je lui parle comt dé: me un poëte parle à son Iris, et un fou à l'étoile dont il est amoureux.
— Avec cette indifférence que votre étoile ou Ri- votre Iris vous rénond. ie — Oui, mais je ne vuis la presser sur ma poitri-
us ne et la faire frissonner sous mes baisers, Est-il un né. amant plus malheureux que moi?
— Que diriez-vous donc, mon cavalier, de celui qui ne peut pas même voir la femme qu’il aime, ctse qui est forcé de 1 adorer de loin comme une déesse + dans le sanctuaire de laquelle il n'est pas permis
d'entrer, qui doit désirer des ailes ou l’anneau qui D rend invisible pour trouver moyen de s'approcher A d elle! Telle est vourtant ma destinée. Je suis dé- . voré d’un amour impossible pour une beav*< si tre fière, si illustre, si difficile, d’un rang si éleve at
id : si séparé de la foule, que c’est presque un crime de > l’aimer. O damné Richelieu?
ee — Ah!il y à aussi un cardinal dans votre affai- — re? Je conçois que vous vous teniez pour battu. me) — Pour battu! répéta avec un accent strident et m- =. à 1 moqueur le fier inconnu, — non pas, mon gentil-
: homme, jamais personne n’a fait reculer celui qui vous parle, et Richelieu fût-il cent fois plus puis- 4 sant et plus haîneux, je le vaincrais. Je remuerai e ciel et terre, s’il le faut.
— Voilà parler! s’écria le jeune homme avec en-
ts thousiasme. — Oui, remuons ciel et terre pour con-
quérir nos maîtresses. Ah! monsieur, si vous con-
naissiez toutes les perfections de la mienne! Quelle âme? et comment vous décrire le charmant ovale de son visage, sa bouche ronde, petite et vermeille, son menton bombé, ses Jeux aux coins délicieusement allongés.. .!
— Àssez, monsieur. Je suis persuadé du mérite de votre Iris. Mais que votre désespoir serait plus vif encore si elle était douée de l’éclatante et incomparable beauté de la dame pour qui j’ai résolu
e donner ma vie?
— Voudriez-vous par b:sard lui accordrr la eu- Périorité sur ma maîtresse, monsieur! Sachez done que je regarderais comme une insulte qu’on osât même lui Supposer une égale.
— Oh! Tassurez-vous, — reprit dédaigneusement l'inconnu, — mademoiselle Catherine ne peut pas être l’égale de la dame dont je parle
Le jeune homme se mordit les lèvres, et, jetant un regard enflammé :
— Monsieur, — dit.
Provocation, — le cal ver est la plus grande que je puisse vous do service que vous m'avez rendu. = e Sang monta aux joues de l’inconnu en entendant cette sorte de menace.
— Je serais désespéré, — dit-
qu’une si faibl
— Monsieur, pas à bout, ou Jj'oublierai que vous rateur.
— Si vous vous trouvé offensé Par mes paroles, j> vous déclare que les vôtres ne m'ont pas moins lessé.
— Et c’est vou: qui allez me demander répara-
Quelle ale de eille, ieuse-
érite
plus t inésolu
| sudonc osât
ent pas
ant
tion, n’est-ce pas? — dit le jeune homme en portant la main à son épée avec joie.
— Vous avez deviné juste, mon camarade.
— Aux épées donc! Vous vous conduisez noblement, monsieur, et ce défi, qui me tient quitte envers vous, change mon esti:ne à votre endroit en admiration. Je suis fier de me mesurer avec un si généreux adversaire.
Et il tira son épée du fourreau.
—Bien, monsieur, — dit l’inconnu.— Vous m’6tez un grand poids de l'esprit, car je commençais à craindre d’avoir obligé un lâche.
— Un lâche! — répéta le jeune homme indigné.
—Je suis à vos ordres, monsieur.
Les deux amis tronsformés si subitement 2n furieux adversaires mirent aussitôt pied à terre. Après avoir attaché leurs chevaux à deux troncs d’arbres, ils choïsirent pour terrain une petite clairière séparée de la route par un ruisseau et une haie d’églantiers: puis, se plaçant en face l’un de l’autre, ils se firent courtoisement le salut d'usage.
Tout à coup l’inconnu s’écria :
— Un instant, monsieur, si j’en juge par vos manières et vos paroles, je dois assurément vous tenir pour un excellent gentilhomme. De mon côté je crois que vous ne dérogez pas en croisant le fer avec moi. Néanmoins il serait plus galant de ne pas nous charger comme des laquais et de spages sortant du-cabaret, sans nous faire connaître à qui nous avons affaire.
— Rien de plus juste, monsieur, — dit l’ex-prisonnier. — Je me nomme le comte de Fargy.
— Et moi, monsieur, — dit l’inconnu en s’effaant avec grâce, — je suis le duc George Williers de Buckingham. — Monsieur de Fargy resta immobile d’étonnement: — En garde, monsieur! —
HE
Le comte s’avança vers lui et salua profondément :
— Monsieur le duc,— dit-il, — je me suis conduit comme un icolier, et j’ai parlé comme ‘un étourdi et un Présomptueux, Je vous prie d’agréer mes excuses
Buckingham recula avec un geste de dédain
— Je vous aimais mieux tout à l'heure l'épée à la main et l'éclair dans les Jeux Vous êtes un gentilhomme trop poli, monsieur le comte de Fargy
Ce dernier jeta son épée derrière lui, et, se croisan les bras sur sa poitrine, répliqua fièrement :
— Insulter un cavalier désarmé ce n’est pas une action digne de Vous, monseigneur, Le motif de notre querelle n’existe plus depuis que je sais votre nom, car 4na maîtresse, pour laquelle j'étais prêt à me battre à outrance, ne pouvait céder le pas qu’à une seule femme dans le monde .
— Et cette femme? — demanda le due touché d’une vive curiosité.
— C’est la noble dame dont vous vous êtes déclaré le chevalier, Monseigneur.
nt la poignée
de son épée et se demanda s’il n'avait pas affaire
à un espion du Cardinal. Puis, tournant ses yeux Vers son étrange adversaire :
— Monsieur, reprit-il avec un Sourire d’ironie —
votre courtoisie envers la dame de mes pensées me
touch au dernier Point. Permettez-moi cependant
us dépée, — im, — in pou-
fondé- S cone un igréer
in
ay ai
de vous faire observer que je ne l’ai poiut nommée, et que chercher à la deviner est une indiscrétion que je me verrais forcé de considérer comme une nouvelle offense.
— J'admire la délicatesse de vos sentiments, monseigneur.
— Et moi l’étendue de votre perspicacité, monsieur le comte.
— Vous pouvez compter sur tout mon dévouement, et je n’aurai pas dit deux paroles que vous serez rassuré sur mes intentions et que vous remettrez tranquillement l'épée au fourreau.
Le duc sourit légèrement.
— Croyez-vous done, monsieur, aue j'aie peur ou que je sois plus défiant que vousf — dit-il d’une voix altière. Et il jeta à son tour son épée à dix pas derrière lui. — Maintenant dites-moi ces deux mots magiques qui me feront voir en vous un ami dévoué.
— Je vous dois avant tout un âveu. Ne croyez pas un mot du conte que j’ai forgé pour vous expliquer les motifs de mon arrestation.
— Ainsi ce duel, cet adversaire laissé sur le terrain...
— Pure invention, monsieur le duc.
— Allons! les duels ont du malheur aujourd’hui. Mais cette fuite précipitée, ce cheval mort de fatigue!...
—Tci nous rentrons dans le domaine de l’histoire. Mon pauvre alezan, je le regrette beaucoup, mais j'avais deux graves motifs pour lui faire brûler la route. D’abord la prudence, car je craignais la poursuite des émissaires du cardinal, et l'évènement a prouvé que j'avais raison : ensuite le désir de hâter le bonheur du gentilhomme auquel était destiné le message dont j'étais porteur.
Puisque vous m'en avez fait mystère au moment où j'allais travailler à votre délivrance.
— Si secret, monseigneur, — reprit Fargy, — que Richelieu, qui eût donné le palais Cardinal, ses chats, ses cinq poëtes et la moitié de ses trésors Pour en avoir Connaissance, m'aurait fait mettre à la question ordinaire et extraordinaire avant d’en obtenir la moindre preuve.
— Et cependant vous allez me confier à moi Je nom du mystérieux Personnage qui vous n chargé d'une mission si importante ! — s écria Buckingham au comble de la surprise,
Monsieur de Fargy regarda à son tour autour de lui, et, se:rapprochant de l'Anglais, dit à voix basse:
— C’est un Message de ma gracieuse SOuveraine, madame Anne d'Autriche,
— Message bien secret, — dit Buckingham, —
duc. — Buckingham se découvrit et devint
OR ublie done Pas, elle ne méprise sé lever les VEUX sur sa beauté qi » Comme l'aigle ose regarder en - fait un rêve exextravagant, me $ i tn pensée un
itieux, criminel, inso- ’aurait eu qu’un
mot à me dire, un geste à fuire pour me renvoyer comme un mendiant ivre, comme un fou échappé loin de sa présence. Et voilà que cette reine a eu pitié de moi, elle a consenti à n’être pour moi qu’une jeune et belle femme; elle m’a envoyé, au risque de son honneur, sous les yeux de ses ennemis, cette image ravissante que j’ai tant souhaitée et que je n’osais plus attendre. Je pourrai done contempler sans cesse ces traits divins qui ont souri au délire de mon amour. O trésor inestimable! c’est à genoux, c’est le front courbé dans la poussière que j'aurais dû te recevoir! Mais je veux t’élever un autel secret, te vouer un culte de tous les jours, de tous les instants; je t’adorerai comme le symbole de la perfection sur la terre,
L’impétueux Buckingham était sincère dans l'emportement de sa passion; il pleurait et riait à la fois, enivré d’une félicité indicible, Tantôt il tenait le portrait à distance comme si ses yeux n’eussent pu en supporter l'éclat: tantôt il l’approchait avec ardeur de ses lèvres et le couvrait de baisers. Le comte ne put s'empêcher d’être attendri en assistant à ces témoignages brûlants de l’amour du beau duc, il lui dit:
— Votre bonheur est étrange et surnaturel, monsieur le duc, mais vous le méritez.
La voix de Fargy tira Buckingham de son extase, et, recouvrant un peu de calme, il lui répondit :
— Comte, vous ne vous étiez pas trompé. Vous avez maintenant en moi le plus dévoué de vos amis. — Puis, après un moment de réflexion, il reprit : — Si je ne revois pas la reine, il me faudra mourir. Je veux la revoir une fois, une seule fois avant de quitter la France.
— Y pensez-vous, monseigneur! — s’écria Fargy