‹ Les sept baisers de Buckingham [microforme]Chapitre 7 sur 24 · FE · texte numérisé non relu

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effrayé de cette soudaine résolution. — Songez aux dangers...

— Aux dangers! Je n’en connais pas, — dit Buckingham éperonné par ce mot toujours malsonnant à ses orcilles. — Je ne m'embarquerai pas sans avoir revu Anne d'Autriche, dût Richelieu me signifier mon congé, dût le roi Louis XIII insulter en moi l’ambassadeur d'Angleterre, dût la guerre éclater entre deux peuples et la foudre m’écraser! Qu'on attache une nuée d’espions aux talons de mes bottes, je saurai les dépister. Qu’on dresse une muraille de mousquetaires autour du palais de la reine je la franchirai. Que m'importe de mourir, Pourvu que j'arrive jusqu’à elle avant que la dernière goutte de mon sang ait coulé, avant que l’agonie puisse m'empêcher de lui répéter ce doux mot: ‘Je vous aime!” Ah! M. de Richelieu me traite de fou! eh bien? j'agirai en fou, je mourrai en fou, mais le fou aura été aimé de celle qui a fait du cardinal un bateleur et qui s’est moqué de lui et de ses soupirs grotesques.

Fargy laissa le due exaspéré débiter d’un trait cette tirade de fureur, car il savait que ce spirituel cet héroïque, cet élégant seigneur Poussait souvent l’audace jusqu’à la témérité et la passion jusqu’au délire. Mais dès que Buckingham eût fini de parler, il lui dit avec ce sang-froid qui a tant d’empire sur les têtes exaltées :

— Ainsi, monseigneur, vous ne craindrez pas de compromettre la reine, que dis-je! de la perdre méme aux yeux du roi et du monde entier, pour la récompenser de la bienveillance qu’elle vous n témoignée?

Un nuage sombre plissa le front du noble anglais

— Vous êtes un fidèle serviteur, monsieur de

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Fargy, — reprit-il enfin, — mais ne cherchez pas à me dissuader, Mon coeur n'aurait pas la complaisance de vous écouter, Rassurez-vous cependant. George Williers ne fait pas trophée de l'honneur des femmes. Je prendrai, pour revoir Anne d’Autriche, toutes les précautions nécessaires, Je partirai de Boulogne aujourd’hui même pour Amiens. Les prétextes ne me manqueront pas. Je solliciterai de madame Henriette quelque message... fût-ce le plus insignifiant... une lettre pour la reine mère. où n’aura pas de soupçons. Maintenant je vais vous demander une preuve du dévouement que vous m’avez promis.

— Parlez, monseigneur, — dit Fargy.

— Les émissaires du cardinal vont sans doute vous chercher à Boulogne. Reprenez sur-le-champ l1 route d'Amiens. — Le comte s’inclina et alla détacher son cheval. — La reine saura donc par vous, murmura le duc d’une voix altérée, que j'ai reçu son portrait?

— Elle saura avec quelle joie, monseigneur.…..

— Et vous lui u;rez que, dût-il m’en coûter la vie, son humble serviteur jouira encore une fois du bonheur de se jeter à ses pieds.

— Je le lui dirai.

— Dieu vous garde, monsieur de Fargy!

— Bonne chance, monsieur le duc!

Et les deux gentilshommes, après s’être serré la main, sautèrent lestement sur leurs chevaux et se mirent à galoper dans deux directions opposées.

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