‹ Les sept baisers de Buckingham [microforme]Chapitre 8 sur 24 · LA MONNAIE DE MADAME DE LANNOY · texte numérisé non relu

LA MONNAIE DE MADAME DE LANNOY

Anne d’Autriche s’ennuyait royalement dans le grand salon de son hôtel d’Amiens. Etendue depuis deux heures sur une chaise longue, elle s’y abandonnait à une nonchalance, à un abattement qui auraient pu faire croire qu’elle souffrait, si la limpidité de son regard et la merveilleuse fraîcheur de son teint n’eussent bien vite rassuré quiconque se serait inquiété de sa santé,

ses pieds était assise Sur un tabouret, et non moins nonchalante, la belle Catherine d’Angennes.

Paresseuse du Corps, quoiqu’elle ne le fût pas de coeur, c'était bien la jeune fille dont le comte de Fargy disait qu’elle aurait toujours l’énergie de résister, mais Jamais celle de triompher, La langueur rêveuse qui éteignait le feu de ses Yeux, la mollesse de ses Mouvements, indice de son caractère, ajoutaïent à sa beanté Ue Püissance irrésistible de volonté. Ses Pieds étaient si petits et si délicats, que

me

l’on comprenait en les admirant, la répugnance qu’ils semblaient éprouver pour la fatigue de le marche.

À quelque distance se tenait auprès d’une petite table un troisième personnage, raide, pincé, guindé, gourmé, empesé, dont les membres paraissaient être montés à ressort. .

C'était madame la comtesse de Lannoy, surintendante de la maison d’Anne d'Autriche

Elle s’occupait d’un travail à l'aiguille uniquement pour se donner une contenance, mais ses regards inquiets étaient plus souvent attachés sur la reine que sur son ouvrage

Elle ne paraissait nwi.ement s‘inquiéter de savoir si sa présence était agréable où importune., Attachée au servce de la reine, elle ne tenait pas d’elle, mais d’une autorité plus haute, des ordres qu’elle exécutait avec une désespérante ponctuaiité,

Depuis quelques jours surtout, de rouvelles instructions devaient encore avoir accru la rigueur de cette consigne, car jamais madame de Lannoy ne s’était montrée si inséparable d'Anne d'Autriche. Elle en était devenue l’ombre pour ainsi dire. Si la reine s’asseyait, la surintendante « asseyait. Si la | reine se levait, madame de Lannoy éprouvait le be-

soin de ne plus se reposer, Si la reine marchait madame de Lannoy marchait, et toujours assez près Pour que son oeil d‘Argus ne perdît pas un geste, un mouvement, un signe.

il fallait, pour qu’elle laissât à la pauvre surveillée un moment de répit, qu’elle eût à expédier un courrier au cardinal ou à éclaircir un fait suspect.

Depuis le matin, ces trois personnes étaient donc réunies dans le salon. La reine s’ennuvait, La comiesse surveillait. Catherine d’Angennes promenait lentement son regard de l’une à l’autre, comme si

elle eût épié le moment favorable de hasarder quelque chose. Evidemment, la présence de la vieille comtesse la gênait.

— Mignonne, lis-moi un chapitre de l’Alcidiane de M Voiture, — dit la reine — La fille d'honneur prit sur la table un rouleau de papier: c'était le manuscrit d’Alcidiane. Mais elle n’eût pas plutôt Parcouru trois ou quatre lignes que sa maîtreses l’interrompit :—A ssez;—dit-elle, —il n’y a pas d’intérêt dans cette histoire. (Ces personnages ne parlent point le véritable langage de a passion. Donne-moi cete broderie que j’ai promise à M. d'Amiens pour le maître-autel de son église. Au troisième point Ja main de la reine s’arrêta : — Mon Dieu! fit-elle en poussant un soupir, — que ce travail me paraît insipide aujourd’hui! veux-tu, petite, que nous essayions un peu de musique?

Mais la musique n’eût pas plus de succès que la lecture et la broderie, Anne d'Autriche retomba dans la même apathie qu'auparavant.

— Une promenade sur les remparts égayerait peut-être Votre Majesté? — dit la comtesse de Lannoy.

— Je ne sais.. peut-être...

— Je vais donner l’ordre qu’on fasse avancer le carosse et me préparer à accompagner Votre Majesté.

— Non... c'est inutile... ne prenez pas cette peine. Décidément, je ne me sens pas disposée à sortir.

Mademoiselle d’Angennes laissa échapper un léger sourire, La comtesse se mordit les lèvres.

— Votre Majesté est ce matin dans un accès d’humeur noire.

— C'est vrai... je ne me sens de goût à rien... Si je n’avais près de moi cette bonne Catherine, qui

ler quelà vieille

lcidiane honneur était le ; plutôt ses l’in- ’intérêt parlent ine-moi as pour > point {it-elle paraît

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,; qui

fait ses efforts pour me distraire, — ajouta la reiue en passant ses doigts roses et potelés dans la che-

Avelure cendrée de la jeune fille, — je crois que je

m'ennuierais horriblement. — Un éclair de haine jaillit des yeux de madame de Lannoy. Oh! oui,— continua Anne d'Autriche, — je regarde comme un

Brrand bonheur pour moi que la reine Anne de Breta-

gne ait eu l’idée d’instituer les filles d’honnour. J'aime dans mes jours de tristesse à reposer mon regard sur un jeune et gracieux visage. Et puis un coeur souffrant a besoin, pour être consolé, d’un coeur qui ne soit point desséché par les glaces de l'âge et de l'expérience.

— Je suis done heu-euse, — répliqua la comtesse d’une voix sèche et arrogante, — de pouvoir annoncer à Votre Majesté que sous ce rapport elle ne tardera pas à jouir d’une complète satisfaction.

— Veuillez vus expliquer, na chère madame de Lannoy. 5

— Un courrier de M. de Richelieu m’a remis ce matin de nouvelles instructions qui m'obligent de précéder Votre Majesté à Paris, afin de surveiller

{et hêter les améliorations que l’on doit pratiquer

dans sc; appartements . ;

— Et devons-nous être bientôt en deuil de votre chère présence, madame la comtesse? — interrompit vivement la reine avec un air d’affliction trop affecté pour ne pas laisser entrevoir son intention ironique.

— J'aurai la douleur, — répondit sur le même ton madame de Lannoy, — de prendre dans cinq jours congé de Votre Majesté.

— Je vais donc rester seule, abandonnée à moimême et sans mentor, — dit la reine 3 — mais c’est B une situation terrible.

— Rassurez-vous, madame, — reprit la comtesse,

HE

—- Afin de remplacer mes soins pendant mon absence, le roi désire que sept demoiselles d’honneu: qu? vous ont accompagnée à Amiens, et qu'on avait autorisées à résider dans la ville les jours où elles n’étaient- pas de service, soient à mon départ réunies en cet hôtel auprès de votre personne. — L: reine pâlit. — J'ai déjà donné les ordres nécessai- Tes, — poursuivit la surintendante — pour que l’on prépare les chambres des compagnes de mademoiselle d’Angennes. :

La reine garda le silence. Elle comprenait tout ce q u’il y avait de tyrannique et d’injurieux dans cette nouvelle mesur: inspirée par la haine et la défiance; mais elle avait trop de fierté pour se plaindre devant la comtesse. Elle aima mieux paraître ne pas saisir la portée d’un acte présenté sous les apparences d’une délicate attention.

En ce moment Je page vint remettre à madame de Lannoy une lettre pour la reine. ,

— Qui m’'écrit? — demanda négligemment Anne d'Autriche.

— C’est Madame, que les vents contraires retiennent sans doute encore à Boulogne, — répondit la comtesse. Puis, s'adressant au page, elle demanda quel messager avait apporté la lettre.

— C’est, — dit le Page, — monseigneur le duc de Buckingham en personne. Son Excellence est à cette heure chez la reine-mère, a laquelle le noble ambassadeur rend ses hommages.

— Buckingham! — s’écria involontairement la reine, dont le front se couvrit aussitôt de rougeur comme si elle avait trahi Par cette exelamation tout le secret de son coeur.

— Le duc de Buckingham à Amiens! — fit Ja

comtesse avec un air de s tupéfaction que sa longre

figure ridée rendnit tout à fait comique,

mon abhonneur on avai!

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Et, se levant précipitamment, elle sortit du salon dans un trouble qu’eût à peine justifié le récit d’une terrible catastrophe.

La reine n’était ni moins troublée ni moins émue ; elle éprouvait à la fois de la joie, de la tristesse et de la peur. Elle levait les veux au ciel et laissait retomber sur ses genoux ses mains jointes en s’écriant : ;

— Quelle imprudence! quelle imprudence! — Enfin cette agrande agitation se calma et la joie reprit le dessus. — Quel amour, Catherine, et quel noble courage! car, je n’en saurais douter, c’est pour se rapprocher de moi, pour me revoir encore une fois, qu’il revient ici, au risque de tomber dans quelque piège, au risque de ses jours peut-être!... car mes ennemis ne reculeront pas même devant un crime... et moi qui ai failli me trahir devant la comtesse... Aussi devait-il hasarder une démarche si hardie sans me prévenir?

— Que la faute en retombe sur madame de Lannoy, — interrompit la fille d’honneur. — Depuis ce matin j'attendais avec impatience qu’elle voulut bien suspendre un moment ses fonctions de gêolière, mais elle a tenu bon, et il m'a été impossible de vous préparer à la nouvelle de l’arrivée de Sa Grâce.

—Tu étais donc avertie de son retour?

— Ce matin, avant de me rendre ici, j'ai vu le comte de Fargy, qui précédait le conte de quelques heures seulement.

— Et quel est le motif si impérieux qui le raiène ? — demanda en souriant la belle reine

— Il espère de votre bonté, madame, que vous lui permettrez de lui dire un dernier adieu.

—Oui, sans doute, oui, Catherine, je ne saurais

Hlub| te cacher que je serai moi-même heureuse de Je re | voir.

— Ainsi. vous consentez?. ..

— Dôût la comtesse ne Pas tarir en objections 6 adresser un rapport foudroyant au cardinal, j’en. tends qu’il y ait réception ce soir à l'hôtel, et que l’amabassadeur d’Angleterre y soit admis. Es-tu satisfaite, mignonne?

Mademoiselle d’Angennes reg reine, qui détourna les yeux d’ puis elle reprit :

—Le duc ne borne point ces voeux — Que veut-il donc de plus?

d'Autriche d’une voix altérée,

sez compromise?

ji — Î] sollicite un instant d'audience, quelques mi- | : nutes dérobées à l’étiquette, Pour vous remercier du don précieux de votre portrait .

— Quelle folie! murmura la reine.

— Ce remerciement, i] ne Peut vous l’adresser

Présence de votre Coeur, — observa mademoiselle d’Angennes. ù

arda fixement lu un air embarrassé,

à cette faveur.

— répliqua Anne — Ne suis-je pas as.

— Oui, c’est une entrevue secrète —- reprit Anne d'Autriche avec à elle est impossible! Si nous étions rais perdue et lui aussi. Oublie-t-i] que l’honneur d’une reine? Tu dira que je ne puis consentir à ce que duc. Tu lui diras. + où plutôt non, ne Jui donne au- Cune réponse. Une défense à Buckingham ce serait irriter son désir. Il rêverait et exéeuterait pour arriver jusqu’à moi les projets les plus extravagants. Ma pauvre tête est si faible que je ne saurais comment repousser ses audacieuses tentatives... Evite M. de Fargy, Catherine T1 adviendra ee qu’il Plaira au ciel d’ordonner.

qu’il demande, gitation, — mais découverts, je sedonc ce que c’est s à M. de Fargy demande M. le

e de le re.

ections et nal, j’enel, et que Es-tu sa-

ement la barrassé,

e faveur.

ua Anne e pas as

ques mircier du

adresser noiselle

mande, — mais , je se- 1e c’est Fargy M. le ne auserait ur argants.

} com- Evite qu'il

Au milieu de toutes ces alternatives où la jetaient le devoir et la passion, la crainte et l’espoir, Anne d'Autriche vit s’écouler tumultueuses et rapides les heures de cette journée que l’ennui avait commencée d'une façon si monotone et si länguissante.

Le soir, elle se trouva seule avec mademoiselle d'Angennes.

— Que t’est-il arrivé, mignonne” — lui demandat-elle, en remarquant la tristesse de son regard et l’altération de ses traits. — Catherine, agenouillée aux pieds de la reine, prit une de ses mains qu’elle couvrit de baisers et de larmes. Anne d'Autriche insista: Tu pleures! mais quel est üvne le sujet de ton émotion? Vraiment, tu me jettes dans une inquiétude mortelle. Voyons, parle! ne cache rien, je veux tout savoir.

— Oh! ma chère maîtresse, quelle indignité!

— Encore quelque nouvelle persécution! . mais ne dois-je pas m’attendre à tout, bonne Catherine.

— Ce ne sont pas les persécutions qui m’affligent et m’étonnent, madame. Pow ‘es combattre, il ne faut que du courage et de l’adresse. Je sais d’ailleurs que madame de Lannoy est vendue au cardinal, et de sa part rien n’a droit de me surprendre.

— Du moment que tu avais une mauvaise nouvelle à m’annoncer, je soupçonnais déjà que Ja: comtesse n’y était point étrangère. Cette femme a une âme sèche, un coeur méchant, un esprit cruel. Elle n’est plus jeune; elle ne fut jamais belle, la jeunesse et la beauté chez les autres sont des épigrammes dont elle se venge.

— Mais manquer d’âme et de coe.ir quand on est jeune et belle!

— C’est une monstruosité.

— N'est-ce pas, madame?... Et voilà pourtant

le désolant spectacle que m’ont donné cette aprèsmidi toutes mes compagnes.

— Hélas! je t'ai plus d’une fois confié ce que je Pensais d’elles.

— Je vous croyais abusée par Ja défiance.

— J'avais l’expérience du malheur qui rend clairvoyante, Mais ne tiens pas si longtemps mon esprit enu suspens, et dis-moi de quelle perfidie mes demoiselles d'honneur se sont rendues coupables.

utes réunies chez madame de

Lannoy, qui vous avait fait appeler. Celle-ci, prenant un ton patelin et Caressant, nous a d’abord accablées de compliments l ajoutant qu’elle était chargée par de nous témoigner la satisfaction elle nous à dit périls comme vous l’é-

de vous de coeurs 7é-

plir à sa place les instructions elle à osé, sans que le moindre se Mmanifestât sur son visage, nous sance de ces instructions... Oh! m infernal Système de délation et — Tel qu’a pu le Concevoir RiLelieu — Et approuvé, ordonné par le roi!

— Par le roi! Que sa faib] de son ministre! KE ont-elles accueilli une pareille Communication ? — Par des Pivtestations de dévouement au roi et au Cardinal.

— Toutes?

— Toutes.

— Tu vois que je les avais bien jugées.

— Alors mon Coeur s’est soulevé d’indignation .

te aprèsse que je

nd clairn esprit mes deles.

ime de ci, preord act qu’eltémois a dit ous l’é- UTs Zédevoir ‘sonne, le remenfin ite ne nnaisit un

j'allais éclater... mais une pensée m’a retenue : on m’eût envoyée, et vous seriez restée seule, sans un regard ami pour deviner le vôtre ,sans un coeur où vous puissiez déposer vos secrètes pensées.

— Chère enfant!

—J'ai fait plus, j'ai menti, et mes protestations de zèle ont surpassé celles de mes compagnes. Dieu ne saurait punir le mensonge qu’on fait pour tromper les méchants.

La reine se leva et se promena quelques instants avec agitation; puis, s’arrêtant tout à coup, elle s'écria d’un ton résolu :

— Richelieu! Richelieu! c’est un défi que tu me portes; je l’accepte.

PNA

ot MADEMOISELLE D’ANGENNES SE LIVRE À UNE RE- VUE CRITIQUE ET ANALYTIQUE DE SES COM- PAGNES AVANT DE JUSTIFIER SON SUR- NOM DE NONCHALANTE.

les demoiselles d’hon- Pour les jours où illes . Cette mesure, com-

les reines, leur suite ; mis à i * ci nce: entassés avec leur -fami une seule pièce, quelquefois même dans un grenier, ils cédaient Pour uA prix fabuleux leurs appartements, leurs meubles et leur linge, et si grand était le bénéfice que malgré la gêne où cet état de choses les mettait, ils eussent voulu que le séjour de la Cour se prolongeât toute l‘année dans leur ville.

Fatiguée de la journée précédente, qu'elle regardait comme une journée de trouble et de grandes ions, mademoiselle d‘Angennes s'était jetée dans un large fauteuil : enfoncée, disparaissant pres-

nr.

ue au milieu de l’édredon, elle avait les pieds alpngés sur un coussin moelleux, les bras étendus ir ceux de son siège, la tête posée sur un oreiller, es yeux à demi fermés et, repoussant jusqu’au ravail de la pensée, elle se laissait aller avec délies à cette sorte d’engourdissement qui nest ni la eille ni le sommeil, ni la mort ni l'existence. . Cependant il fallut bien se résigner à sortir de ette position si remplie de héatitude et savourée vec tant de volupté. Une femme de chambre acourut annoncer qu’un gentilhomme, venant de la

Part du comte de Fargy, sollicitait la faveur d’être

ntroduit sur le champ. Le nom du comte l'argy tait un talisman irrésistible: mademoiselle d’Anennes se leva et donna ordre de faire entrer. Le

assé Ja MRentilhomme parut; mais, à peine l’eût-elle aperle petit Mu que, se retournant vers la femme de chambre des hô- Mvec une vivacité qui ne lui était pas habituelle, ; d’hon- Melle lui dit:

où illes — Sortez, laissez-nous!+— Puis, s'adressant à , com- Ml étranger: — Est-il bien possible que ce so: t vous, 8 pour onsieur le duc!

es de — Vous excuserez ma démarche, mademoiselle, ient-ils Mon prenant la peine de songer que, si M. de Fargy ec leur BMétait venu lui-même, comme c'était convenu, il même Mme faudrait mourir d’impatience une heure encore buleux avant de connaître la réponse que je brûle d’entenge, et dre de votre bouche.

ne où — L'heure se serait écoulée et vous n’auriez pas u que commis une imprudence; je n’ose penser à tout ce > dans Mu pourrait arriver si l’on vous avait vu entrer chez moi, qui déjà ne suis pas à l’abri du soupçon. egar- .— Je suis venu à pied, le feutre rabattu sur ma indes mmtigure, et personne, jc vous le jure, ne se sera avisé

jetée pres-

de reconnaître Buckingham sous la simplicité de ce costume.

— Je ne demande Pas mieux que de me laisser rassurer; je suis accablée par tous les tourments que j'ai eu à subir depuis hier,

— Mais, de grâce, ne me fuites pas languir; ]n reine consent-elle à me recevoir?

— Elle y consent.

— Oh] merci, merci! Et elle sera seule?

— Avec moi, monsieur le duc.

— Mais vous 6 Pas obligé de se n’hésitera pas; de moi les senti tent. Dites à ] son indulgence bonheur et de reconnaissance; que je voudrais, en ]1n À Payant de ma vie, lui donner une idée du prix que j’attache à la faveur qu’elle daigne m’accorder.

— Je serais au désespoir de vous affliger, monsieur le duc. Cependant je crains que vous soyez un peu propmt à vous réjouir : je vous avouerai même avec franchise que, si j'étais à votre Place, je verrais dans la réponse que vous ven

une marque de sym heur, et que je ne l'exécution d’un ;

—Mille obstacles s’opposent à son accomplissement.

— Je les briserai tous.

— Je vois dans votre assurance plus d’amour que de sagesse.

— Comme je dis je ferai, mademoiselle : approu- Vé par la reine, secondé Par vous, animé par l’appât d’une récompense inestimable, il n'y a qu’une chose qui me paraisse impossible, c’est que je ne réussisse pas.

ns » laisser urments

— La reine ne fut jamais gardée d'aussi près qu’elle l’est aujourd’hui. Madame la comtesse de Lannoy ne la quitte plus ni le jour ni la nuit, ni à l'intérieur ni au dehors.

—Je croyais avoir entendu dire que }: «ntes-

ruir; ln

ile? se retournait à Paris. o — Dans quatre jours seulement.

1e sera — Quatre jours! J'attendrai. :

parole M — Mais ce sera pis encore; au Jieu nc en dedans Mie, Yous en aurez six à combattre.

nspor- -— Veuillez vous expliquer. :

ai que M — Madame de Lannoy a pensé que ü bon- Mrléer, les sept demoiselles d'honneur ne seraien

en la ras de trop; nous allons donc, le jour de son dopurt,

prix Môtre toutes installées à l'hôtel de la reine; cependant

accor- cela ne fera que six surveillantes, car je ne compte pas, monsieur le due.

Mon: — Six jeunes personnes à gagner, à tromper ou ezun M: éloigner, ce ne doit pas être difficile, êm — Vous croyez?

em Surtout si tez à m’aid Ars — Surtout si vous consentez à m'aider.

ris — Je ne demande pas mieux.

Mademoiselle d’Angennes s’était replongée dans bon-

ivre MR °0n fauteuil. Buckingham, assis en face d’elle se disait intérieurement qu’il n'y avait peu de fonds isse- M faire sur le secours d’ une personne dont l'attitude

était s inonchalante : cependant il ne désespéra pas tout d’abord.

dus — Nous avons donc, D Vant nous?

— C’est bien peu.

— dit-il, — quatre jours de-

rou- : :

pât — C’est beaucoup; il ne s’agit que de les bien employer.

ho- ni de —

— *oHà le difficile,

OrSqu’on à un ennemi à combattre, le pre-

HE

mier point est d'étudier son côté fort et son côté fai. ble.

— Quant au côté fort, il est commun à nos six À

— Quel est-il?

— Un dévouement sans bornes aux volontés de M. de Richelieu.

— Et le côté faible?:

— C’est différent; chacune de ces dames a le sien,

— Six batteries différentes à faire jouer.

— Hélas! oui, monsieur le duc.

— Cet entretien paraît vous fatiguer?

— J’ai passé une partie de la nuit à causer avec Sa Majesté la reine, je suis sûre que je n’ai pas dormi six heures.

— Croyez, mdemoiselle, que si les instants n’étaient pas aussi précieux, je serais désespéré de vous importuner plus longtemps.

— C’est moi qui sollicite votre indulgence, monsieur le duc; et, quoique je me sente la tête un peu

‘lourde, je ferai en sorte de ne pas trop divaguer.

— Vous plaît-il que nous passions en revue les côtés faibles de ces dames? :

— Volontiers.

Buckingham tira des tablesses de ses poches et se disposa à prendre des notes. ù

— Quel nom inscrirai-je le premier?

— Celui de mademoiselle de Thémines, si vous voulez!

— Voyons ie côté faible de mademoiselle de Thé. mines. £

— Je vous le ferai conaître en vous racontant son aventure d'hier. :

— Je vous écoute.

— Il y avait grande réception chez la reine-mire. Mademoiselle de Thémines s’y trouvait; vous cemprenez que, dans ces circonstances solennelles,

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