DU FANTASTIQUE EN LITTÉRATURE. XXXIII
k convulsions d^agonie de ces peuples inquiets qui se dément contre une crise inévitable, Teffet d'un sommeil se- Iki, peuplé de songes attrayants qui la bercent et la délashit. C^^t la fontaine de Jouvence de Timagination. ^ France, où le fantastique est aujourd'hui si décrié par » arbitres suprêmes du goût littéraire, il n'étoit peut-être ta inutile de chercher queUe avoit été son origine, de knpquer en passant ses principales époques, et de fixer à ta noms assez glorieusement consacrés les titres culminants 0*sa généalogie ; mais je n*ai tracé que de foibies linéaicnts de son histoire, et je me garderai bien d'entreprendre CM apologie contre les esprits doctement prévenus qui ont Uiqué les premières impressions de leur enfance pour*S6 etrancher dans un ordre d'idées exclusif. Les questions sur d fantastique sont elles-mêmes du domaine de la fantaisie. Heu me garde de réveiller, à leur sujet, les misérables disntes des scolastiques des derniers siècles, et de transporter me querelle théologique sur le terrain de la littérature, hns l'intérêt de la grâce des féeries et du libre arbitre de *espritl Ce que j'ose croire, c'est que si la liberté dont on BOUS parle n'est pas, comme je l'ai craint quelquefois, une iéception de jongleurs, ses deux principaux sanctuaires sont dans la croyance de l'homme religieux et dans l'imagination du poëte. Quelle autre compensation promettrez-vous à une âme profondément navrée de l'expérience de la vie, quel autre avenir pourra-t-elle se préparer désormais dans l'angoisse de tant d'espérances déchues, que les révolutions ^i&portent avec elles, je le demande à vous, hommes libre )ui vendez aux maçons le cloître du cénobite, et qui portez ^ sape sous l'ermitage du solitaire, où il s'étoit réfugié à
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côte du nid de Taigle? Âvez-vous des joies à rendre aux res que vous repoussez, qui puissent les dédommager * perte d'une seule erreur consolante, et vous croy assez sûrs des vérités que vous faites payer si cher aux tions, pour estimer 4eur aride amertume au prix de la et inolTensive rêverie du malheureux qui se rendort sur songe heureux? Cependant tout jouit chez vous, il faut dire, d'une liherté sans limites, si ce n'est la conscience le génie. Et vous ne savez pas que votre marche triomphi à travers les idées d'une génération vaincue n'a toutefois tellement enveloppé le genre humain qu*il ne reste au de vous quelques hommes qui ont besoin de s'occuper d'i tre chose que de vos théories, d'exercer leur pensée sur progression imaginaire, sans doute, mais qui ne l'est peui être pas plus que votre progression matérielle, et dont prévision n'est pas moins placée que celle des tentatives votre perfectionnement social sous la protection des libe; que vous invoquez I Vous oubliez que tout le monde a comme vous, dans l'Europe vivante, l'éducation d'Achille, et que vous n'êtes pas les seuls qui ayez rompu l'os et te veines du lion pour en sucer la moelle et pour en boire le sang î Que le monde positif vous appartienne irrévocablement, c'est un fait, et sans doute un bien ; mais brisez, brisez cette chaîne honteuse du monde intellectuel, dont vofus vous obstinez à garrotter la pensée du poëte. Il y a longtemps que nous avons eu, chacun à notre tour, notre bataille de Philippes; et plusieurs ne l'ont pas attendue, je vous jure, pour se convaincre que la vérité n'étoit qu'un sophisme et que la vertu n'étoit qu'un nom. Il faut à ceux-là une région inaccessible aux mouvements tumultueux de la
DO FANTASTIQUE EH LlTTéRATUllE. XXXV
iT y placer leur avenir. Cette région, c*est la foi
ix qui croient, Fidéal pour ceux qui songent, et qui
mieux, à tout compenser, Tillusion que le doute. Et
faudroit bien, après tout, que le fantastique nous
quelques efforts qu'on fasse pour le proscrire. Ce
déracine le plus facilement chez un peuple, ce ne sont
h fictions qui le conservent : ce sont les mensonges qui
sent.
Première Journée.
Il y avsit une fois, à Danuis , un vieillard très-riche, très-riche, qu'on appelait le Bienfaisanl, parce qu'il n'usftit <le ses trésors que pour adoucir les maux du peuple, soulager les malades et les prisonniers, ou héberger les voyageurs; et il réunissait tous les jours quotques-uns de ceux-«i à sa
' Lu Quatre T«limim onl été [rahllét, dam rinnie LËci|i|iB pt sofUK BÉ^Tiiii , en 1 vol. in-S' da 304 faget et
table , car il n'était pas fier , quoiqu'il fût parvenu. Les plus anciens de Damas , se souvenaient qu'il y était arrivé bien pauvre , et qu'il y avait long-temps gagné sa vie à porter des fardeaux pour les marchands ; après quoi, ses petites économies lui permettant d'entreprendre le négoce à son propre compte , on Tavait vu s'élever au plus haut degré de prospérité sans donner
Voici ce qae dit Nodier, dam cette préface, sur la pensée qui lui a inspiré ce conte :
« J*ai consacré les Quatre Talismans à la classe de la société qui a le mieux compris, selon moi , ses obligations de la vie, et qui en tirerait le parti le plus raisonnable, si elle connaissait tous ses ayantages, c^est-àdire aux. ouvriers. J'ai voulu leur montrer dans un cadre trop étroit pour un tableau de cette importance, mais dont tout le monde peut agrandir la bordure à sa fantaisie, que les conditions de supériorité sociale les plus universellement reconnues, ajoutent fort peu de chose ou n^ajouteat rien au bonheur, et qu'il arrive même assez souvent qu'elle» le rendent impossible, tandis qu'il y a peu d'exemples d'un travail actif, obstiné, consciencieux, dirigé par Tenvie de bien faire, qui n'ait pas tôt ou tard trouvé en lui-même sa récompense légitime. Cette leçon est grande, consolante, salutaire, propre à désabuser les bons esprits de ces ambitions jalousés et déplacées qui précipitent les vieux peuples vers leur ruine, et qui sont Tunique secret des révolutions. Aussi n'aurais-je pas hésité à la soumettre aux respectables distributeurs du prix fondé par M. de Monthyon, si cette noble récompense ne paraissait presque uniquement réservée désormais aux vues philosophiques et aux supplications expérimentales, qui ont pour but le perfectionnement intellectuel et moral des fiainéants, des vagabonds et des forçats. Je conviendrai volontiers d'ailleurs, dans toute la sincérité de mon Ame, que la direction donnée en ce sens h l'accomplissement des intentions rémunératrices du bienfaiteur, ne saurait être plus impérieusement prescrite par les besoins de notre civilisation, et je ne crois pas le temps fort éloigné où l'on pourra la regarder comme un hommage rendu aux intérêts de la majorité souveraine, qui sont le principe et la lin de la nouvelle politique. »
u au moindre reproche , de sorte que personne ne enait ombrage de sa fortune , dont il ne semblait lir que pour en faire part à tout le monde.
[In jour , trois voyageurs fort mal en point et recrus ge.y de fatigue et de misèie, s*étant rencontrés au me moment à sa porte , pour y demander Thospité , les esclaves du vieillard leur donnèrent à laver vant l'usage , substituèrent à leurs pauvres haillons à leurs turbans délabrés des vêtements propres et >ents , et distribuèrent entre eux trois bourses ines d'or. Ils les introduisirent ensuite dans la salle festin , où le maître les attendait , comme il faisait is les jours , entouré de ses douze fils , qui étaient de lux jeunes gens rayonnants d'espérance , de force le santé » car Dieu avait béni le Bienfaisant dans sa lille.
îuand ils eurent fini leur repas , qui était simple , is copieux et salutaire , le Bienfaisant leur demanda r histoire , non pour satisfaire une vaine curiosité , nme le font la plupart des hommes, mais pour s'inmer du moyen de les aider dans leurs entreprises le les secourir dans leurs tribulations. Le plus ftgé trois , auquel il s'était adressé, prit donc la parole s'exprima ainsi :