DE LEURS QUATORZE PALAIS
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Mais ma candeur naturelle répugne à ces artifices;
Un pastiche, un vrai pastiche , tout ce qu'il y a de plus pastiche...
Et cela me convient d'autant mieux que je ne savais pas ce que c'était.
Il ne tient même qu'à vous de me faire porter cette abnégation sincère de tout mérite personnel à sa dernière expression —
(Je parle à cette idée hargneuse, qui sort obstinément de sa niche à la fin de toutes mes pages, comme l'automate importun des horloges de Nuremberg.) .
Douce et pudibonde Modestie ! inspire-moi une concession si humble, si résignée, qu'elle désarme enfin la colère de mes ennemis !
Je l'ai trouvée!... — Je l'ai trouvée! —
Et je dois rassurer mes jolies lectrices — je n'écris point ceci dans le simple appareil,., dans le costume négatif d'Archimède. J'ai un habit bleu barbeau qui ne m'a ser\'i que trois fois... •
Ce n'est pas moi d'ailleurs qu'il s'agit de regarder. C'est la page suivante où vous trouverez le titre définitif de ce volume...
Définitif, autant qu'il est permis à l'homme d'attacher à une de ses conceptions cet adjectif téméraire...
Définitif, si Dieu et mon anévrisme le permettent...
Pauvre Théodore !
Itstoifc
ET
PISTICHE.
inùlatorei , tervtim pecm!
HORAT., Epitl. 1. XIX, 19.
Parie, CHEZ LES LIBRAIRES
ItU KOI UB HOHÊIIË.
Continuation
Quant aux imitateurs sbds ; conscience!...
Quant au singe bâte lier qui contretait sans goût ce qu'il voit sans intelligence, automate vivant dont la ' physionomie est une caricature et te rire une grimace. . .
Quantau perroquet maussade qui chante la chanion de Psapfaon parce que Psaphon l'a diantée, et qui croit inventer ce qu'il
Quant à la corneille effrontée qui se pare insolemment des dépouilles de quelque paon inconnu, et qui étale dans vos musées et dans vos académies une aigrette de diamants et des plumes d'or aux yeux d'azur qu'elle n'a point portées...
J'aurais plus tôt f^t de compter les chèvres de la Toralva, calcul qui épouvanta l'infaillible judiciaire de don Quichotte , et que les mathématiciens infinitésimaux les plus perspicaces , depuis le marquis de l'Hospital jusqu'au rédacteur du dernier Almanach des Ittuieê , ont sagement laissé à part.
Qui oserait se plaindre aujourd'hui qu'il y eût une
chèvi'e, une seule chèvre de trop dans le troupeau de la Toralva , et qu'elle y caracolât , la pauvre bête, à la manière des autres?...
On n'a jamais trouvé trop nombreux les moutons de Dindenaut — cependant ils se noyaient , tandis que les chèvres de la Toralva ne demandent qu'à sauter.
Et pourvu que ma chèvre passe dans le nombre.
— Elle n'est ni vieille, ni difforme, ni maussade — elle est propre, elle est élégante, elle, est mouchetée
— elle a 1^ sentiment de sa dignité naturelle et des bienséances de son sexe —
... Pourvu , dis-je, qu'elle défile le nez au vent, les narines entr'ouvertes pour aspirer de loin les fleurs et la rosée, la tête un peu inclinée sur la clavicule droite , parce que cela donne de la grâce. . .
Ou bien que , dressée sur ses jambes de derrière, celles de devant modestement recourbées sur ellesmêmes , le cou tendu , l'œil saillant , la bouche allongée et frémissante, elle puisse briser de temps en temps , au sommet d'un buisson qui n'appartient à personne , un de ces longs bouquets de feuilles ou de fruits parasites qui épuisent l'arbuste et ne l'embellissent pas...
Fructu capreolus volvitur gestiens croceo.,.
(C'était probablement le corymbe d'un sorbier avant la maturité.) —
critique impitoyable , on ne vous en demande pas davantage...
Messicui'S , voulez-vous permettre ? Place à la chèvre (le Théocrite !
Protestation
Plagiaire ! moi , plagiaire! — Quand je voudrais trouver moyen pour me soustraire à ce reproche de disposer les lettres dans un ordre si
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ou d'assujettir les lignes à des règles de dispositions si bizarres, ou pour mieux dire si follement hétéroclites!!!
Quand de si violentes inversions , je voudrais torturer les mots !
Ou marier incompatiblement des idées et des paroles ennemies- qui rugiraient de se rencontrer !
Quand je n*aspire qu'à vous emporter sur les ailes du Condor oriental au sommet de quelque montagne qui a bravé , inaccessible , l'invasion du déluge ; —
Ou à vous précipiter avec moi sur un coursier près duquel celui de Mazeppa ne ferait pas meilleure figure que le grison de Sancho , dans des profondeurs creusées cinq cent millions de lieues au-dessous du monde souterrain de Klimius... — Vous m'accuseriez de vous emprisonner par une
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lâche impuissance dans ce petit recoin de notre petite -" terre que Ton appelle la Bohême !...
Hélas ! je n*irai peut-être jamais en Bohême , quoique ce soit, je le jure sur l'honneur, le seul projet , dont je m'occupe aujourd'hui — et si j'y vais , j'y arriverai si tard que personne de cette génération et des vingt-deux générations qui la suivront, n'en pourra lire la nouvelle dans les affiches de Prague. — J'ai tant de choses à faire sur le chemin! D'abord, j'y suis bien décidé : je n'entrerai en Bohême que par l'Autriche. . .
En Autriche que par la Styrie...
En Styrie que par la Carinthie, où je dois une larme au tombeau vide d'Edouard...
En Carinthie que par la Camiole, ma seconde et ..chère patrie...
En Carniole que par l'Istrie, où, couchés sur les plages riantes du golfe bleu, nous égarerons à loisir nos yeux, ravis des bastides de Trieste à la tour d'Aquilée..:
En Istrie que par le pays de Venise —
Voilà Venise, et son port, et ses gondoles, et sa vieille mosquée chrétienne, et ses noirs palais, et les degrés de marbre où vit la trace du sang de Faliéro, rajeunie par les vers de Byron et parles pinceaux de Delacroix —
A Venise que par Mantouequi rappelle Virgile;
Ou par Brescia, qui rappelle la continence de Bayard (Puisse le ciel lui en savoir plus de gré que moi ! ) ;
DU KOI HE BOUÉMI':. 117
parBergame, qui rappelle un autre héros, plus te et plus populaire, dont vous reconnaîtrez les triotes à la queue de lapin qui flotte élégamment ir feutre blanc —
i vous m'en croyez, nous laisserons là Bayard pie en faveur d'Arlequin — Italie enfin que par le mont Saint-Bernard et la deChamouny, où je viensde pénétrer à reculons, radant avec une habileté merveilleuse dans des "S épouvantables , bien que j'eusse l'esprit douit distrait par le vertige, et par je ne.sais quel lir confus des aventures de Gervais et de Cee-
êtes-vous aussi disposés à les entendre.que moi aconler t Je ne suis venu que pour cela.
IDubttatinn.
i e n'y fais aucune opposition , d'il ► don Pic, moyennant que votre ' Cœcilianesoitpasaveu^e. — • (Elle l'est.)
■ J'ai en borreur ces fictions ' * sans naturel où le nom du » principal personnage vous indique d'avance le su- 9 jet et le but du récit , sans égard pour l'illusion qui » en fait tout le charme.
Et quel intérêt voulez-vous que j'accorde à la
> mort d'Hippolyte, aux infortunes d'Œdlpe et aux ) combats de Diomède , quand je suis si bien averti
> que le premier périra victime de ses chevaux furieux, « que les pieds enflés du second auront été traversés
> dans le jeune âge par quelque courroie sanglante, » et que le troisième est nominalement prédestiné à
> triompher des dieux mêmes ?
1 Ai-je besoin de l'histoire pour savoir que Phi- » lippe aimait passionnément les chevaux , et qu'A- ) lexandi-e a soumis les nations? N'est-ce pas une 9 mauvaise plaisanterie que d'appeler Augustule le » dernier de empereurs t
■ Je n'ai point d'objection à faire contre Nicias,
DU UOI 1)E BOUÈMET. Ii9
uisqu*il paraît que c-est en raison de ce nom qu*il
ut porté au commandement dans la guerre de Sicile.
< Et il n*y a probablement personne qui s*imaginc
jue le nom de Scaevola et celui de Codés leur avait
été donné, avant que le premier se brûlât le poignet
dans le brasier de Porsenna , et que le second se fit
bravement ci*ever Tœil à la défense d'un pont , qui
n'est pas toutefois le Pomt Emilius ou Palalinus ,
comme l'avancent quelques antiquaires saugrenus.
» Mais vous trouverez des gens qui ont fait d'ail-
n leurs d'assez bonnes études , et qui croient sincère-
ï> ment que l'homme dont l'éloquence fut longtemps
n la force du peuple s'était appelé Démosthènes dès le
» berceau, et que la nature avait inscrit les titres du
yi modèle des sages dans l'extrait de baptême , ou, si
D vous voulez , dans l'acte de naissance d'Aristide.
» Quand les moines et les clercs du moyen-âge s'a- » visèrent de faire passer sous des noms anciens les » loisirs de leur muse obscène et déréglée , eurent-ils » à désigner l'auteur d'un recueil de chants gracieux, r> badins et tendres, comme les modulations de la petite » flûte bocagère qui fait danser les jeunes *filles? ils » l'appelèrent TibuUe. Fut-il question d'un poète sou » pie, mignard et mordant qui se joue avec un moi » neau le nom de Catulle se présenta de lui-mém^ » Le volume faisait-il naître l'idée d'un arsenal ( » s'étalaient , sous mille formes hostiles , les armes I » les plus cruelles qui aient jamais, depuis Archi^ » que , ofiensé tous les états et toutes les mœurs j> la société, on l'attribuait à Martial.
190 BISTOIRE
» Quel critique judicieux serait assez crédule pour » adopter l'individualité d'un écrivain concis , presque » énigmatique , dont Fart est de cacher beaucoup d'i- » dées sous peu de mots, et qui s'appellerait Tacite?...
» Ou d'un déclamateur élégant, pompeux, sonore, » aux mots choisis et groupés en bouquets , aux phra- » ses à compartiments émaillés, et qui s'appellerait » Florus?... »
— Quoi, vous penseriez!... —
€ Inventions de studieux fainéants qui se délassaient » sagement des ennuis de l'oflSce, en composant des j classiques latins à l'usage de l'ignorante postérité ! % — Ce qui m'aiQige profondément, c'est que notre » sainte Eglise, dont l'infaillibilité est si avérée, ait pu » se rendre complice de ces frauduleuses maladresses, » en adoptant la fable criante d'un Hippolyte de se- » conde édition, d'un Hercule Christophore ou Porte- » Chrisiy et d'une prétendue Véronique ou Véritable » image, qu'on ne saurait nommer sans révéler la gau- » chérie impudente d'un faussaire —
» Oh ! si votre Csecilia était aveugle ! —
(On sait qu'elle l'est.)
» J'aimerais cent fois mieux qu'elle s'appelât Sapho » ou Lucrèce, Philis ou Dorimène, Radegonde ou » Débora, quoique j'aie tous ces noms en exécration.»
— Si elle s'appelait Eulalie?... —
)> Vous vous croiriez obligé à la faire parler avec » cette abondance redondante et maniérée qui ne vous x> est que trop familière.... »
— Je vous donne ma parole d'honneur la plus sa-
c^rée , comme disaient les euphuistes de la cour de Barras, que je ne sais pas un mot de ce qu'elle dira — c A la bonne heure. »
narration.
fayais parcouru avec un plaisir nouveau cette gracieuse forêt de sapins qui enveloppe le village des Bois. J'arrivais à cette petite esplanade , de jour en jour envahie par les glaciers, que dominent d'une manière si majestueuse les plus belles aiguilles des Alpes, et qui aboutit par une pente presque insensible à la source pittoresque de TArveyron. Je voulais revoir son portique de cristal azuré qui tous les ans change d'aspect, et demander quelques émotions à ces grandes scènes de la nature. Mon cœur fatigué en a besoin.
Je n'avais pas fait trente pas que je m'aperçus, non sans étonnement, que Puck n'était pas près de moi — Hélas! vous ne l'auriez pas décidé à s'éloigner de son maître, au prix du macaron le plus friand, de la gimblette la plus délicate — il tarda même un peu à se rendre à mon appel, et je commençais à m'inquiéter quand il revint, mon joli Puck, avec la contenance embarrassée de la crainte, et cependant avec la confiance caressante de l'amitié, le coips arrondi en demi
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cerceau, le i^gard humide et suppliant, la tête n si basse, (|ue ses oreilles traînaient jusqu'à terre celles (lu chien de Zadig... Puck était aussi i gneul. —
Si vous aviez vu Puck dans cette posture , vous n'auriez pas eu la force de vous lâcher.
Je ne me fâchai point, mais il repartit, puis il revint encore, et à me-
sure que ce jeu se renouvelait, je me rapprochais sur sa trac* du point d'at- Iraction qui l'appelait, jusqu'à ce qu'également attiré par deux sympathies parfaitement isngènes ou par deux pui tout à fait semblables , il resta immobile comme tant aimanté entre ses timbres de fer.
Sur le banc de rocher dont Puck me sépara une précision si exacte que le compas infaill La Place n'aurait trouvé ni d'un côté ni de Vt moyen d'insérer un seul point géométrique , et un jeune homme de la figui'c la plus aimable physionomie la plus touchante, vôlu d'une bleue de ciel, en manière de tunique , et la n mée d'un long bâton de cytise recourbé par l ajustement singulier qui lui donnait quelque i blance avec les bergers antlipies du Poussin. D