VI DU FANTASTIQUE EN LITTÉRATURE
tion. Il 66 trouva, par le fait de cette puissance qui s'ët révélée cm lui, magistrat et pontife, et s'institua au-dess do toutes les sociétés humaines un sanctuaire sacré duqi il ne communiqua plus avec la terre que par des instru tiens solennelles, du fond du buisson ardent, du sommet < Sinaï, des hauteurs de TOlympe et du Parnasse, des profo deurs de Tantre de la sibylle, à travers les ombrages d chênes prophétiques de Dodone ou des bosquets d'Égérie. 1 littérature purement humaine se trouva réduite aux chos ordinaires de la vie positive, mais elle n'avoit pas perdu Y lément inspirateur qui la divinisa dans le premier âge. Se lement, comme ses créations essentielles étoient faites, que le genre humain les avoit reçues au nom de la véril elle s'égara à dessein dans une région idéale moins imp santé, mais non moins riche en séductions; et, pour to dire, elle inventa le mensonge. Ce fut une brillante et i oommensurable carrière où, abandonnée à toutes les ill sions d'une crédulité docile, parce qu'elle étoit volontaii aux prestiges ardents de l'enthousiasme, si naturel aux pe pies jeunes, aux hallucinations passionnées des sentimei que l'expérience n'a pas encore désabusés, aux vagues pc ceptions des terreurs nocturnes, de la fièvre et des songt aux rêveries mystiques d'un spiritualisme tendre jusqi l'abnégation ou emporté jusqu'au fanatisme, elle augmer rapidement son domaine de découvertes immenses et me veilleuses, bien plus frappantes et bien plus multipliées q celles que lui avoit fournies le monde plastique. Bien toutes ces fantaisies prirent un corps, tous ces corps factit une individualité tranchante et spéciale, toutes ces indi dualités une harmonie, el\emoTià^\Tv\«rKv^^m\^\»x\\ws
DU FANTASTIQUE EN LITTÉRATURE. Vil
De ces trois opérations successives, celle de Tintelligence inexplicable qui avoit fondé le monde matériel, celle du génie divinement inspiré qui avoit deviné le monde spiri-
- tuel, celle de Fimagination qui avoit créé le monde fantasti- I que, se composa le vaste empire de la pensée humaine. Les
- langues ont fidèlement conservé les traces de cette généras . tion progressive. Le point culminant de son essor se perd â dans le sein de Dieu, qui est la sublime science. Nous appels ' Ions encore superstitions, ou science des choses élevées, ces '- ; conquêtes secondaires de Tesprit, sur lesquelles la science I- même de Dieu s'appuie dans toutes les religions, et dont le et nom indique dans ses éléments qu'elles sont encore placées L*,. au delà de toutes les portées vulgaires. L'homme purement )- rationnel est au dernier degré. C'est au second, c'est-à-dire it à la région moyenne du fantastique et de l'idéal, qu'il fau- 1- droit placer le poëte, dans une bonne classification philoso- 1- phi({ue du genre humain.
e, J'ai dit que la science de Dieu elle-même s'étoit appuyée
u- sur le monde fantastique ou superslant, et c'est une de ces
ts choses qu'il est à peu près inutile de démontrer. Je ne con-
r- sidère ici que les emprunts qu'elle a faits à l'invention fan-
s, tastique chez toutes les nations, et les bornes étroites que je
^ii. me suis prescrites ne me permettent pas de multiplier les
u exemples qui se présentent aisément d'ailleurs à tous les
r-. esprits. Qui ne se rappelle au premier abord les amours si mystérieux des anges, à peine nommés dans l'Écriture, avec
le
les filles des hommes, l'évocation dei Tombre de Samuel par
la vieille pythonisse d'Endor, cette autre vision sans forme
et sans nom, qui se roanifestoit à peine comme \Wi^ n^^«v«
^ m/use, et dont la voix ressembloit à un petil sovA^e, <»vy^
VIII DU FANTASTIQUE KN LlTTÉnATDRB.
main gigantesque et menaçante qui écrivit une prophétie mort au milieu des festins, sur les murs du palais de I thazar, et surtout cette incomparable épopée de TÂpoealy] conception grave, terrible, accaUah^ pour Pâme eom son sujet, comme le dernier jugement des races humaii jeté sous les yeux des jeunes Églises par un génie de pn sion qui semble avoir anticipé sur tout Tavenir, et s'inspi de Texpérience de l'éternité !
Le fantastique religieux, s'il est permis de s^exprii ainsi, fut nécessairement solennel et sombre, parce qu'il devoit agir sur la vie positive que par des impressions rieuses. La fantaisie purement poétique se revêtit au c traire de toutes les grâces de l'imagination. Elle n'eut p objet que de présenter sous un jour hyperbolique toutes séductions du monde positif. Mère des génies et des f( elle sut emprunter elle-même aux fées les attributs de 1 puissance et les miracles de leur baguette. Sous son pris prestigieux, la terre ne sembla s'ouvrir que pour décou) des rubis aux feux ondoyants, des saphirs plus purs ( l'azur du ciel ; la mer ne roula que du corail, de l'ambn des perles sur ses rivages; toutes les fleurs devinrent roses dans le jardin de Sadi, toutes les vierges des hoi dans le paradis de Mahomet. C'est ainsi que prirent m sance, au pays le plus favorisé de la nature, ces contes ori( taux, resplendissante galerie des prodiges les plus rares la création et des rêves les plus délicieux de la pensée, t sor inépuisable de bijoux et de parfums, qui fascine les si et divinise la vie. L'homme qui cherche inutilement i compensation passagère à l'amer ennui de sa réalité n'a p Jbahlemeni pas lu enc<>re len Mille et une Nn\u .
DU FADTASTIQOB BII LITTIËniMDne.
De l'Inde, c^ttemuse caprieieuw, & la riante pHrure, aux voiles li'inbaumés, aux chnnts magï- I (|iies, aux éblouissantes appari- B lions, arrêta son premier vol sur la Grèce naissante. Le premier e de la poésie Quissoitavec ses {inventions mystiques. Le ciel mythologique étoit peuplé par par Linus, par Uçsiode. Vltiude avoit complété ■De merveilleuse du monde sublime en rattachant à lier anneau les héros et les demi-dieux, dans uoe ans modèle jusque-là, où l'Olympe communiquoit iremtère fois avec la terre, par des sentiments, des des alliances et des combats. VOdyitée, seconde ) cette grande 1>ilogie poétique, et il ne me faut utre preuve qu'elle fut conçue parle génie sans riivoit conçu la première, nous montra l'homme en ivec te monde imaginaire et le monde positif, dans ;es aventureux et fantastiques d'Ulysse. Là, tout se lu système d'invention des Orientaux ; tout maniubérance de ce principe créateur qui venoit d'eni théogonies, et qui répandoit abondamment le sui sa polygénésie féconde sur le vaste champ de la emblable à l'habile sculpteur qui, des restes de loni il a formé la statue d'un Im^itei oa à!>xi\ k^\é/asse à pétrir sous ses doigls les Î0Tmei\ïa»«(»
s DU FA^TA6TtQttE EH I.ITTÊRATOIIE.
mais naïves el caractéristiques, d'un grotesque, et qui provise, sous les traits diiïonnes de Polyphême, la carica classique d'Hercule. Quelle prosopopëe plus naturelli plus hardie à la fois que l'histoire de Carybdç et de Scy N'est-ce pas ainsi que les anciens navigateurs ont dû se présenter ces deux monstres de la mer, et l'effroyable tr qu'ils imposent au vaisseau inexpérimenté qui ose lei leurs écueils, et l'aboiement des vagues qui hurlent en b
F^ïJSs^^,
dissant dans leurs rochers? Si vous n'avez pas entendu p 1er encore des mélodies insidieuses de la syrène, des chantemenis plus séducteurs d'une sorcière amoureuse vous captive par des liens de fleurs, de la métamorphose curieux téméraire qui se trouve tout à coup saisi, dans i île inconnue aux voyageurs, des formes et des instii