‹ Les sept chateaux du roi de Bohème: Les quatre talismans (volume 2)Chapitre 3 sur 33 · DU FA2<TASTIQUE EN LITTERATURE. XI · texte numérisé non relu

DU FA2<TASTIQUE EN LITTERATURE. XI

une bête sauvage, demandez-en des nouvelles au peuple i à Homère. La descente du roi d'Itaque aux enfers rapîlle, sous des proportions gigantesques et admirablement iéatisées, les goules et les vampires des fables levantines, ue la savante critique des moderhes reproche à notre nouelle école ; tant les pieux sectateurs de Tantiquité horaériue, auxquels est si risiblement confiée chez nous la garde es bonnes doctrines, sont loin de comprendre Homère, pu e souviennent mal de Tavoir lu !

Le fantastique demande à la vérité une virginité d'imagilation et de croyances qui manque aux littératures seconiaires, et qui ne se reproduit chez elles qu'à la suite de ces révolutions dont le passage renouvelle tout; mais alors, et quand les religions elles-mêmes, ébranlées jusque dans leurs fondements, ne parlent plus à l'imagination, ou ne lui portent que des notions confuses, de jour en jour obscurcies par un scepticisme inquiet, il faut bien que cette faculté de

oduire le merveilleux dont la nature l'a douée s'exerce sur un genre de création plus vulgaire et mieux approprié aux besoins d'une intelligence matérialisée. L'apparition des fables recommence au moment où finit l'empire de ces vérités réelles ou convenues qui prêtent un reste d'âme au mécanisme usé de la civilisation. Voilà ce qui a rendu le fantastique si populaire en Europe depuis quelques années, et ce qui en fait la seule littérature essentielle de l'âge de décadence ou de transition où nous sommes parvenus. Nous devons même reconnoître en cela un bienfait spontané de notre organisation ; car si l'esprit humain ne se complaisoit îDcore dans de vives et brillantes chimères, quand il a toudié à nu toutes les repoussantes réalités du monde vrai.

XII Ot FANTASTIQUE EN LITTÉHATURE.

cette époque de désabusement seroit en proie au plus violei désespoir, et la société offriroit la révélation effrayante d'u besoin unanime de dissolution et de suicide. Il ne faut doi pas tant crier contre le romantique et contre le fantast que. Ces innovations prétendues sont l'expression inévita ble des périodes extrêmes de la vie politique des nations, < sans elles, je sais à peine ce qui nous resteroit aujourd'hi de rinstinct moral et intellectuel de l'humanité.

Ainsi, à la chute du premier ordre de choses social doi nous ayons conservé la mémoire, celui de Tesclavage et de 1 mythologie, la littérature fantastique surgit, comme le song d'un moribond, au milieu des ruines du paganisme, dar les écrits des derniers classiques grecs et latins, de Lucie et d'Apulée. Elle étoit alors en oubli depuis Homère ; ( Virgile même, qu'une imagination tendre et mélancoliqu transportoit aisément dans les régions de l'idéal, n'avoit pî osé emprunter aux muses primitives les couleurs vagues ( terribles de l'enfer d'Ulysse. Peu de temps après lui, Sén< que, plus positif encore, alla jusqu'à déposséder l'avenir c son impénétrable mystère dans les chœurs de la Troadi et alors expira, étouffée sous sa main philosophique, la de nière étincelle du dernier flambeau de la poésie. La muse i se réveilla plus qu'un moment, fantasque, désordonnée, fr nétique, animée d'une vie d'emprunt, se jouant avec d amulettes enchantées, des touffes d'herbes vénéneuses et d os de morts, aux lueurs de la torche des sorcières de The salie, dans Y Ane de Luâus. Tout ce qui est resté d'elle d puis, jusqu'à la renaissance des lettres, c'est ce murniu confus d'une vibration qui s'éteint de plus en plus dans vide, et qui attend une impulsion nouvelle pour recomnie

ou rAMTASTIQUB EN LITTERATUIŒ. Mil

:«r. Ce qui est arrivé des Grecs et des Latins devoit arriver X)ur nous. Le fantastique prend les nations dans leurs anges, comme le roi des aulnes, si redouté des enfants, ou lient les assister à leur chevet funèbre, comme Tesprit familier de César; et quand ses chants fmissent, tout finit.

Notre littérature moderne ne fui pas moins soumise que la littérature latine à Tesprit d'imitation. Mais l'invasion des Maures, si favorable, en ce point, au développement moral du moyen âge, avoit déjà transporté sur notre sol le génie vivace et producteur des jeunes poésies. Sans cet évcnement, la littérature classique, soigneusement perpétuée jusqu'à nous par le zèle admirable des moines, se relevoit tout entière et sans intermédiaire du sein de la barbarie, au premier appel d'une société avide des lumières de l'esprit, iet c'est ce qui advint plus tard, quand l'imprimerie eut jeté

à foison dans la circulation les œuvres de l'antiquité, c'est* iMire une création littéraire toute faite. Singulière époque, où une génération de savants et de poètes reproduisit tout a coup les sophistes d'Alexandrie, les grammairiens du Bas- Empire et les versificateurs de la décadence romaine, comme ,mi peuple d'Épiménides, inspirés d'une religion, d'une ci- Hlisation et d'une langue mortes, et qui ne diiïéroient en Vdque sorte d'eux-mêmes que par cette langueur d'orga- >tt et d'imagination qui trahit l'abattement d'un long sommai. A leur aspect, le fantastique s'évanouit ; mais il éclailut seul FEçrope depuis quelques siècles. C'est lui qui avoit dnrenté ou embelli l'histoire des âges équivoques de nos jcnnes nations, peuplé nos eli<nteaux en ruine de visions ■mystérieuses, évoqué sur les donjons la figure des fées pro'-

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