‹ Les sept chateaux du roi de Bohème: Les quatre talismans (volume 2)Chapitre 28 sur 33 · LV · texte numérisé non relu

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6upputatton.

j Si je vais tout d'un trait en Bohême, dis-Jele matin à mon réveil — le calcul n'est pas difficile !

Mes aventures à l'amphithéâtre de Vérone demandent aii moins un volume ;

Mes promenades sentimentales et romanesques sur le lac de Come, un volume;

Fj'escapade que Breloque fit faire à cette fringante nonnette de laTorre de! Çonfizzi, un volume, à moins que je ne le garde pour mes confessions; mais le public est si pressé !

Je ne puis pas en conscience méditer en moins d'un volume sur les ruines de Venise. Je connais un libraire qui en ferait six.

En n'employant que trente-deux vokimes à la description consciencieuse de tout le pays, depuis lej basses lagunes jusqu'à la contrescarpe de Konigsgrat. — quand je ne partirais que de Trévise et du marché aux poissons, — il me faudrait bien ric-à-ric trente-six volumes préliminaires.

Je dois déclarer que celui-ci n'est pas compris dans le compte.

Or, si je donne une imwwV«è \»wl^ \ç>wj a la sensation, Vnc minute par i\ouv -a \vx \^e\e^v^vv:i\A^

DU HOl BE BOHÈME. 395

Une minute par jour à Tappréhension, Une minute par jour à la compréhension, Une minute par jour à la réflexion, ^

Une minute par jour à la discussion, ^ v^^ Une minute par jour à l'intuition, u^ ^%

Une minute par jour à la méditation, ^ V\ -

Une minute par jour à l'invention, <..''-^^'

Une minute par jour à la disposition.

Une minute par jour à la distribution.

Une minute par jour à l'exécution.

Et quatorze cent vingt-huit minutes à la distraction et au sommeil (c'est réellement la moindre mesure de délassement et de repos qu'on puisse dispenser à une vie occupée de labeurs si vastes et si sérieux) ; —

Cela fait quatorze cent quarante minutes dont je me départirais quotidiennement e» faveur de VHistoire du *" roi de Bohême et de ses sept chdteaax.

, Mais la composition du premier volume m'ayant coûté trente ans, trois semaines et quelques heures,- — nous ne compterons que trente ans pour éviter le calcul des fractions, — je ne pourrais guère fournir ma dernière livraison avant le mois de mars de l'an vingt-neuf cent neuf.

Et d'ici à l'an vingt-neuf cent neuf? — Ma foi! je reverrai Gervais auparavant. — De Milan à Chamouni, vous n'avez qu'une promenade, surtout en traversant la mer de glace par le pays d'Aoste, comme lady Very-Mad, et miss Frolicsome. — Et vous êtes à peu près sûr au moins de ne trouver ni les argoulets du fisc, ni les argousins de VaUldnce.

!296 histoire:

IDédolation.

C'était l'heure — c'était la place — et c'était le rocher. Seulement, Gervais n'y était pas.

Le soleil y donnait en plein, et toutes les pâquerettes étaient fleuries, et toutes les violettes parfumaient l'air. Il n'y avait pas jusqu'à la rose des Alpes qui n'eût repoussé.

Mais, Gervais n'y était pas.

Je m'approchai de son banc. Il y avait oublié son long bâton de cytise recourbé, noué d'un ruban vert avec des caractères imprimés en relief. Cette circonstance m'inquiéta.

J'appelai Gervais. — Une voix répéta : Gervais. Je crus que c'était Técho.

Je me tournai de ce côté , et je vis venir Marguerite qui menait un chien en lesse. Ils s'arrêtèrent. Je reconnus Puck, et Puck me reconnut à peine. 11 était tourmenté d'une autre idée, d'une idée indéfinissable. 11 avait le nez en l'air, les oreilles soulevées, les pattes immobiles, mais tendues, pour se préparer à la course.

— Hélas, monsieur, me dit Marguerite, auriez-vous vu Gervais ? —

Gervais? répondis-je. Où est-il?

Puck se tourna de yuow e;Cil4 eommc pour me re- {iHvdev , parce (^u\\ mc\\c\\V v^\YVvlvvvV\\A\sv\^^\v\v^^^^

DL nOI DE BOHÊME. 297

moi de toute la longueur de sa lessc. Je le flattai de la main, et il la lécha — et puis, il reprit sa station.

— Monsieur, me dit-elle, je vous remets bien maintenant. C'est vous qui lui avez donné cet épagneul qu'il aime tant, pour le consoler de la perte de son barbet qu'il avait tant aimé. Le pauvre animal n'a pas été huit jours dans la vallée qu'il a été frappé d'une goutte sereine comme son maître. Il est aveugle. —

Je relevai les soies du front de Puck. Il était aveugle. — Puck détourna la tête, lécha encore ma main, et puis hurla.

— C'est pour cela, continua dame Marguerite, que Gervais ne l'avait pas umené hier. —

Hier, Marguerite ! il n'est pas rentré depuis hier !

— Ah! Monsieur! c'est une chose incompréhensible, et qui étonne tout le monde. — Imaginez-vous que nous eûmes dimanche un grand orage, et qu'il arriva chez nous un seigneur, je jurerais que c'était un mylord anglais, qui descendait du Buetavec un chapeau de paille tout enrubané, et un bâton à glacier, embecqué de corne de chamois, mais mouillé, mouillé, mouillé!...

Qu'importe cela !

— Pendant que j'étais allé chercher des fagots pour le sécher, M. de Robertville resta seul avec Gervais.

M. de Robertville!...

— C'est son nom ; — et je ne sais ce qu'il lui dit. Mais, hier, Gervais était si triste! Cependant il paraissait plus pressé que jamais de venir à l'esplanade, si pressé que j'eus à peine le temps de jeter sa mante

bleue sur ses épaules, parce qu'\Y aN^ÀV \iea>Myavi:^ >$^

la veille, comme je vous ai dit, et que le temps était froid et humide, c Mère . me dit-îl quand nous soi^ * Urnes, je vous prie de retenir Puck et d'en avoir > soin. Sa pétulance m'incommode un peu , et vous ■ savez que si ta lesse m'échappait, nous ne pourrions » pas nous retrouver l'un l'autre. > Je l'amenai ici, et quand je vins le rechercher, je ne le trouvai pas. —

Gervais, m'écriai-je! mon bon Gervais!

— Gervais! mon fils GervaJsl mon petit Gervais! disait cette pauvre femme. —

Et Puckl 11 mordiût sa lesse, cl il sursautait autour de nous.

Si vous lâchiez Puck, lui dis-je, il retrouvcniit pculétre Gervais?

Je ne sais si j'avaU réflèdw À ce moyen ; mais in lesse était coupée

J'eus à peine le temps de m'en apercevoir. Puck prit son élan, fit quatre bonds, et j'entendis un bruit comme celui d'un corps qui tombe, dans le gouffre de TArveyron.

Puck! Puck!...

Quand je fus là, le petit chien avait disparu, et je ne vis surnager qu'une mante bleue sur le gouffre qui tourbillonnait.

I^umiltation

Depuis que don Pic de Fanferluchio s'était avisé que toutes les questions de critique verbale que pouvait soulever ma narration se réduisaient à la fameuse catachrèse, du ruban vert, il avait reposé sa tête sur le dossier, et il dormait d'un sommeil un peu agité, parce qu'il rêvait à trois étymologies, sur lesquelles son opinion n'est pas encore fixée, celle de Baccara, celle de Farandole, et celle de Calembredaine.

Je cherchai donc des yeux Breloque qui formait à lui seul tout mon auditoire (Victorine était au bain, ou ailleurs); et je remarquai avec plaisir qu'il ne dormait probablement pas. Il était debout :

J'allais l'interroger sur l'impression qu'avait ijrodiûte en lui l'histoire des amours de GetN^xs ^\. ^^v\^\fc>

mais je le surpris dans une de ces attitudes caractéristiques qui épargneraient les frais d'une question au bailli interrogant de Y Ingénu. Son bras droit était tourné en quart de cercle à la hauteur de sa tête, sa main tendue et largement déployée ;' sa bouche se relevait convulsivement dans le sens opposé, c'est-à-dire de droite à gauche, comme pour étouffer un bâillement sous une grimace ; et son épaule sinistre, qui est naturellement assez difforme, se rapprochait spontanément de son oreille, de manière à exprimer presque aussi distinctement que la parole une idée que vous traduiriez ainsi en langue vulgaire :

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