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lectrices, ouvert un refuge impénétrable, dans le creux des rochers ou sous les créneaux des murs abandonnés, à la formidable famille des vouivres et des dragons. C'est lui qui avoit allumé sur leur front les feux de rcscarboucle, quand ils traversent rapidement le ciel comme une étoile qui tombe; lui qui égaroit les voyageurs au bord des eaux stagnantes, sur la trace capricieuse du follet; qui consoloit leur veillée rustique dans la cabane du bûcheron, au coin d'un âtre hospitalier, par les jeux inoffensifs des lutins; qui entretenoit de douces promesses les espérances crédules des jeunes filles, et de doux loisirs la rêverie sédentaire des vieillards, hélas! sitôt déçue par la mort. (Le fantastique étoit partout alors, dans les croyances les plus sévères dé la vie comme dans ses erreurs les plus gracieuses, dans ses solen* nités comme dans ses fêtes. Il occupoit le barreau, la chaire et le théâtre; il s'asseyoit avec Albert le Grand dans les stalles du sanctuaire ; avec Agrippa , dans le cabinet du philosophe; avec Roger Bacon et Paracelse, dans le laboratoire du chimiste, et introduisoit la nécromancie et rastrologiei judiciaire jusque dans le conseil des rois. Son influence nff: sera jamais oubliée en littérature, où elle produisit les récitfi naïfs des légendes, où elle anima d'une pompe si imposaritdj la chronique des tournois, des batailles et des croisades, Ql elle se répandit à pleins bords dans les gabs des vieux cobI teurs et dans les fabliaux des trouvères. C'est à elle qQjj nous devons les romans de chevalerie, espèce d'épopée nommée, dans laquelle se confondent avec une harmonk inexprimable toutes les scènes d'amour et d'héroïsme A\ moyen âge; amour sans exemple, dans lequel on ne sdji qu'admirer davantage de la pudique tendresse de l'aim^
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oq lie l'entliousiasmo passionné de l'amant; lieroïsmc idéal,
qui avoît tout u combattre la bravoure des hommes de ^rre, la colère des rois paladins les embûches de la tra bison, les bouleversemenls de la nature domptée pir la mafpe, l'intervention de mille puissances inattendues, modifiéeSBous des aspects toujours nouveaux, au gré de l'imagination inventrice du romancier, par tous les accidents pottibles de la fatalité, et qui trtomplioit de tout. Ce n'étoit plut Junon, Neptune ou Vénus excités, comme dans la théogonie païenne, à la perte d'un homme : c'étoit l'univers entier personnifie sous une multitude d'individualités difrénntes, et luttant contre un guerrier couvert, pour toute d&nse, de son courage, de son amour et de son bon droit. Ce n'étoit plus la querelle honteuse et sanglante de deux pnplec aidâmes à se détruire pour la cause ou pour la ré-
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[laration du rapt et de l'adultère : c'était le procès moral di juste et de Tinjuste, débattu dans Tintérét général de hommes entre le ciel et l'enfer, sous les yeux d'une Hélèn qui en étoit le prix, et non pas l'objet, et qui, plus heu reuse que l'autre, pouvoit se dévoiler sans rougir devant le ileu\ camps. Ce fut là, il faut en convenir, une merveilleus poésie», un ordre d'inventions tel que si les anciens avoien eu les Amadis, nous ne parlerions peut-être pas d'Achille une imagination tout à la fois grandiose et charmante, qu'oi ne renouvellera plus, et qu'on regrettera toujours, comm cette jument de Roland, qui étoit si belle, si forte, si agile qui imprimoit si puissamment son pied sur le sable de li lice et du champ de bataille, dont la main des princesse avoit brodé la housse et les hamois, et qui est morte.
Si j'étois capable de ressentir quelque mouvement de haim contre Cervantes, je lui reprocherois peut-être d'avoir con tribué plus que personne à nous ravir (nes délicieuses fantai sies du génie des siècles intermédiaires, qu'il brisa aussi fa cilement que don Quichotte avoit fait les marionnettes d Ginésile ; mais je suis obligé de convenir que cette œuvr de destruction, qui nous a valu d'ailleurs un des plus beau: livres qu'ait produits l'imagination des modernes, étoit prc bablement la condition indispensable de sa destinée litté raire. Quand les fables d'un peuple ont vieilli, l'impitoyabl instinct de changement qui réside en lui se manifeste à soi jour et à son heure, et il vient manifester aux hommes, pa des signes certains, qu'il faut recommencer la vie social sur nouveaux frais, sans égard aux traditions et aux sym pathies du passé. 11 déchaîne alors des esprits de dérision poussés d'une haine irréfléchie, qui se font des hochets d(
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ce que tous les siècles antérieurs ont vénéré, et qui jouent avec ces débris d*une civilisation expirante, en proférant des paroles d'ironie et de dédain, comme Hamlet, pesant la cendre des morts et analysant dans le crAne d'un fou les ressorts -de rintelligcnce, à la fosse d'Yorick. C'est ainsi que Lucien fut envoyé à la fin du paganisme, Cervantes après la chevalerie, Érasme et Rabelais avec la réforme, et Voltaire au-devant des révolutions politiques qui alloient accompagner la grande conflagration du christianisme. Quand un or- ' dre de choses ineurt, il y a toujours quelque ingénieux démon qui assiste en riant à son agonie, et qui lui donne le ï coup de grâce avec une marotte.
r. Le premier génie fantastique de la renaissance par ordre de date, et aussi par ordre de supériorité, car, dans les chefsu d'œuvre qui le révèlent, le génie n'est pas progressif, c'est li Dante. Il arriva de lui-même, et tout seul, au dernier créih puscule d'une société finie, à la première aube d'une société lih commencée; et quoiqu'il eût ouvert la carrière, il la remài plit toute. Il est vrai qu'il plaça le théâtre de sa terrible rri fantasmagorie sous la protection des croyances de son temps ; u^ nais il le fit sien par les passions, par les acteurs, et même re par les détails de la scène, qui ne sont ni homériques, ni lé| virgiliens, mais dantesques. On trouve souvent aujourd'hui
3 des critiques pleins de goût qui déplorent l'erreur de cette nuignifique imagination, et la confusion apparente de cette tai fJkWe poétique^ où le Virgile du moyen âge prend pour inï\i docteur dans l'enfer chrétien le Virgile du paganisme. rt Cette idée est cependant le pivot de sa composition, et c'est n. dlecpii la rend sublime. L'enferd'une théogonie particulière de tvoit été trop étroit pour une si large invention. Il falloit
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que Dante s'y préâpitât, sur le torrent des siècles, sans n nagement pour les formes circonscrites d'une timide épop< et ce qu'il a conservé des idées universellement reçues est contraire une concession très-ingénieuse et très-légitime roytisme de son époque, qui étoit de sa propre nature u des pièces essentielles de la Divine Comédie, mais qui : pouvoit en former Tâme exclusive dans cette conception géant. Aussi l'enfer de Dante ne ressemble à aucun des i nombrables enfers que la sombre mélancolie des poètes inventés, et qui rappellent plus ou moins entre eux le va in face du monachisme et la ehambre des tortures de l'ii quisition. Dans son architecture colossale, il contient to les enfers, et il est propre à recevoir pendant les siècles été nels toutes les générations des méchants. Cette créati( atrabilaire ne doit pas être mesurée au compas de l'artiste aux unités du rhéteur. Sa grandeur est dans sa liberté sa frein, dans le droit conquis de faire jouer incessamment si le miroir à mille facettes de l'imagination tous les aspects i la vie, tous les reflets de la pensée, tous les rayons de l'ara Il ne faut lui chercher, je ne dis pas un modèle, mais i objet de comparaison que dans l'Apocalypse de saint Jeai il faut moins lui chercher des imitateurs heureux dans 1 siècles qui l'ont suivi ; car c'est ici l'œuvre spéciale d'u époque, et l'homme de génie qui Ta conçue étoit à lui se l'expression d'un siècle dont on ne peut séparer son indi^ dualité sans la mutiler. Ce qui a passé de lui dans des écr modernes, comme le rêve du parricide, dans les Volem comme la prosopopée désespérante de Jean-Paul où Jésu Christ vient révéler le néant éternel aux âmes innocent des limbes, comme la vision incomparable du condamn