‹ Les sept chateaux du roi de Bohème: Les quatre talismans (volume 2)Chapitre 5 sur 33 · DU FANTASTIQUE EN LITTÉRATURE. XIX · texte numérisé non relu

DU FANTASTIQUE EN LITTÉRATURE. XIX

dans le roman psychologique de Victor Hugo, c'est une émanation locale, partielle, inextensible, incommunicable au- |ourd'buî, qui agit avec toute la puissance du principe dont elle est sortie, mais sur un point borné, dans une circonstance rare, et à travers un milieu insensible, ainsi que le feu d'un soleil .qui s'éclipse et qui enflamme encore la poudre à travers une lentille de glace. Le monde que la civilisation - nous a fait n*en permet pas davantage.

Ainsi la tradition révérée de la Divine Comédie n'a pas j produit un ouvrage remarquable du môme genre chez le . peuple de la terre qui sait le mieux l'apprécier. Elle est [^ restée comme un monument inviolable et inaccessible dos r temps reculés, à la frontière extrême de la littérature ila- ,j. Vienne, et le respect qui s'attache aux choses sacrées paroît ^ la défendre à jamais de l'impuissante témérité des copisti^s. ^ Lanouvelle mine d'invention qu'exploitèrent tour à tour dans ^. le môme pays l'esprit, l'imagination, le génie, et puis cette j, industrie infaillible d'imitation qui s'attache partout à la suite ,^, des muses créatrices, et qui finit, dans les temps qu'on apyj pelle classiques, par se parer de leurs couronnes, étoit comj, roune à l'Europe entière ; mais l'Italie avoit seule encore le 1^ privilège d'imprimer à ses découvertes un sceau immortel, jjj, parce que sa langue étoit faite. Il lui appartenoit d'enrichir ^y. nos chroniques et nos romans des beautés faciles d'une ver- ^ |, sification libre et gracieuse ; et en les soumettant au mètre ,^. harmonieux de ses octaves, elle les affranchissoit d'ailleurs y.^. du reproche le plus sérieux d'une critique maussade, qui toj^ léroit jusqu'à nouvel ordre, par condescendance pour l'anj J tiquité, les mensonges rhythmiques. Pour se servir du lan- ^(.^ W familier de cette poésie, il seroit aussi aisé de compter

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les étoiles du ciel et les sables de la mer que les épopée chevaleresques du plus ingénieux de tous les âges littéraires Les curieux en conservent plus de cent qui sont antérieura à l'Arioste, et que TArioste a fait oublier, comme Homère avoit fait oublier les rapsodies de ses prédécesseurs inconnus. Quelle imagination, en effet, n'auroit pas pâli devant cettf imagination prodigieuse qui asservissoit, en se jouant, à aei combinaisons pleines de grâce, de fraîcheur et d^originalité, les traditions d'une histoire obscure, et les délicieuses réte* ries d'une mythologie nouvelle, injustement négligée? Oni: dit qu Hésiode avoit été nourri de miel par la main des filles du Pinde. Oh! ce sont les fées qui ont nourri TArioste à*^ quelque ambroisie plus enivrante, et qui ont communiquée ses divins écrits Tinvincible séduction de leurs enchantements I Gomment douter de la magie, quand le poëte, magicien lui-même, vous entraîne à son gré dans des espaces moins familiers à Tintelligence de Thomme que ceux où il a égaré Thippogriffe, quand ses chants se ressentent d'une inspiration surnaturelle, et semblent provenir d'un autre monde? Pénétré de Tétude des anciens, il ne dédaigne pas d'enlever quelques lambeaux à leur dépouille, mais ne n'est jamais sans les assortir à l'air, à la physionomie de ses par* sonnages et à la libre allure de ses compositions. Il est encore indépendant quand il obéit, encore neuf quand il imite, et il ne se soumet à l'invention des autres qu'en satiété de sei propres inventions , dont la profusion le lasse et le rebute. C'est qu'il a dérobé l'écrin d'Alcine ou les trésors secret» des mines du Gattay, et que la pudeur de l'opulence lui en* seigne à mêler de temps en temps des richesses plus vulgaires à celles dont il dispose avec trop de facilité. Après l'Arioste

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et ses foibles copistes, le fantastique ne se montra presque plus dans la littérature italienne, et rien ne se comprend nieax. C'est qu'il Ta voit épuisé.

Qui croiroit que cette muse de Tidéal, fille élégante et fastueuse de TAsie, se réfugia longtemps sous les brumes de h Grande-Bretagne? Épouvantée peut-être des pompes mélancoliques du Nord dont le théisme lugubre Tavoit portée jusqu'au trône d'Odin, et des vaporeuses fictions de TÉcosse, où la harpe du Barde ne se marie qu'au fracas des claymof^ et aux mugissements des tempêtes, elle chercha bientôt à se reposer dans une de ces imaginations vives et riantes pji avoient égayé de leurs chants voluptueux les premières !§tes de son berceau/Shakspeare vint, qui cx)nnoissoit à peine lans Fenceinte de son île, orbe loto divisa, suivant Texpresion de Virgile, les merveilles du monde physique, mais |ui les avoit aperçues dans quelque vision sublime, et qui »mprenoit les prodiges du royaume du soleil, comme s'il y îût été promené en songe dans les bras d'uHe fée ; car Shakipeare et la poésie, c'est la même chose. Spencer n avoit fait pie de lui tracer le chemin ; il l'élargit, le prolongea, l'emlellit de spectacles nouveaux, le remplit, l'inonda de nourelles figures, plus fraîches, plus aériennes, plus transparentes que les apparitions fugitives des rêves du matin ; il y mena les danses romantiques d'Obéron, de Titania, et des génies qui, d'un pied plus léger que celui de Camille, touchent aussi le gazon sans le courber; il y sema ces fleurs embaumées de parfums célestes qui s'ouvrent, aux tiédes chaleurs de l'aurore, pour recevoir le peuple nocturne des esprits, et se referment sur lui jusqu'au soir, comme des pavillons enchantés; il répandit dans l'air des lumières incon->

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nues, accorda des lyres célestes qui n'avoient jamais vil Toreille des hommes, suspendit l'orchestre mélodieux d'i aux branches émues de Tarbrisseau, cacha le nid invis de Puck dans un bouton de rose, et fit sourdre de toui pores de la terre, de tous les atomes de Tair, de toutes profondeurs du cie), un concert de voix magiques. Dan innombrables couleurs de la palette, et dans cette multi de remuantes sympathies que la parole ébranle jusqu'au I de Tâme, tout appartient à Shakspeare. Quand son pim a fini de caresser les formes séduisantes d'un sylphe, c'( lui seul qu'il est réservé de tracer les proportions gigai ques et grossières du gnome sous les traits de Caliban déguiser le satyre antique sous l'attirail burlesque de Fais et de suspendre le croquis de Michel-Ange au tableau licieux du Corrége. Si Dante et l'Arioste ne vous ont pas core offert toutes les conditions essentielles de l'indivic lité d'un demi-dieu, arrêtez-vous à celui-ci : incessu pa\ Ce que tout le monde ne sait que trop de notre littéra nationale répond d'avance aux questions qu'on poui me faire sur les progrés qui y étoient promis au po fantastique. Ce n'est pas sur le sol académique et class de la France de Louis XIII et de Richelieu que cette ! rature, qui ne vit que d'imagination et de liberté, poi s'acclimater avec succès. Les mensonges brillants du g y auroient été aussi mal reçus que la vérité. L'empire d pensée y appartenoit, de par la Sorbonne et Aristote, aux servants d'une muse guindée, qui traînoit avec privilégi roi, sur le théâtre de la cour et dans les salons de l'hôte Rambouillet, les oripeaux de l'antiquité travestie. Rac inspiré sur ses vieux jours du génie des livro^ saints,

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n, par exception, jeter dans ud récit téméraire la grande lire du spectre de Jésabel, et Voltaire crut avoir poussé ez loin l'audace du chef d'une opposition sociale qui cher- )it la nouveauté en tout, quand il eut fait hurler queles alexandrins à travers un porte-voix par l'omhre tragie de Ninus. Nous avions eu nos chroniques et nos roman:; chevalerie; mais ces respectables truchements du moyen

!e parloient une langue surannée que personne n'étoit

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plus capable d'entendre, et les chevalierade la Table-Ronii attendirent longtemps, pour obtenir à TŒil-de-Bœuf qudqoi chose de Taccueil auquel ils avoient été accoutumés ptf Charlemagne, qu'un introducteur coquet eût substitué rhi-|s bit françois à leur lourde armure de fer, et le talon rouge à leurs bruyants éperons. Les personnages ainsi accoutrés pir M. de Tressan ressemblent à peu près à leur type héroïque et naïf, comme la lanterne du clown, dans le Songe étwm nuit dété, ressemble au clair de la lune.

Ce seroit être injuste cependant que de refuser au grairf siècle la seule palme qui eût manqué à ses triomphes si vaatés, et bien qu'il Tait outrageusement repoussée, Tavenir plus juste la lui décernera peut-être en compensation de h gloire avortée de Chapelain, et des admirations un peu amo^ ties qui couronnèrent jadis le sonnet de Voiture, le triolet de Ranchin, et le madrigal de Sainte-Âulaire. Cette productioi digne de faire époque dans les plus beaux âges littéraires, (;e chef-d'œuvre ingénue de naturel et d'imagination qui fera longtemps le charme de nos descendants, et qui survivra, sans aucun doute, avec Molière, la Fontaine, et quelques belles scènes de Corneille, à tous les monuments du règne de Louis XIV, ce livre sans modèle que les imitations les plus heureuses ont laissé inimitable à jamais, ce sont les Contes des Fées, de Perrault. La composition n'en est pas exactement conforme aux règles d'Âristote, et le style peu hguré n'a pas offert, que je sache, aux compilateurs de nos rhétoriques beaucoup de riches exemples de descriptions, d'amplifications, de métaphores et de prosopopées; on auroit même quelque peine, et je le dis à la honte de nos die-» tionnaires, à trouver dans ces amples archives de notre lan*-

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le des renseignements positifs sur certaines locutions inat lutumées, qui, du moins pour les étrangers, y attendent icore les soins de Tétymologiste et du commentateur ; je 3 disconviens pas qu'il en est dans le nombre, comme : *ire% la cordelette et la bobinette cherra, qui pourroient 3nner de graves soucis aux Saumaises futurs; mais ce qu'il

a de certain, c*est que leurs innombrables lecteurs les imprennent à merveille, et il est visible que Fauteur a eu

modeste bonhomie de ne pas travailler pour la postérité, ael vif attrait d'ailleurs dans les moindres détails de ces larmantes bagatelles, quelle vérité dans les caractères, iielle originalité ingénieuse et inattendue dans les péri- 3ties ! quelle verve franche et saisissante dans les dialogues ! ussi, je ne crains pas de Taffirmer, tant qu'il restera sur otre hémisphère un peuple, une tribu, une bourgade, une ^nte où la civilisation trouve à se réfugier bontre les invaons progressives de la barbarie, il sera parlé aux lueurs du )yer solitaire de l'odyssée aventureuse du Petit Poucet, des engeances conjugales de la Barbe Bleue, des savantes malœuvres du Chat Botté; et l'Ulysse, l'Othello, le Figaro des nfants vivront aussi longtemps que les autres. S'il y a quel- |ue chose à mettre en comparaison avec la perfection sanj^ achesde ces épopées en miniature, si l'on peut opposer (|uel- |ues idéalités plus fraîches encore aux charmes innocents lu Chaperon, aux grâces espiègles de Finette et à la tou- 'hante résignation de Grisélidis, c'est chez le peuple luiiiéme qu'il faut chercher ces poëraes inaperçus, délices taditionnelles des veillées du village, et dans lesquels Per- *ault a judicieusement puisé ses récits. Je ne disconviens )as qu'on a savamment disserté de nos jours sur les Contes

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4e* Fées, qu'on a voulu en trouver l'origine bien loin, « qu'il ne ticnl i^u'à nous de croire but la foi des érudils Peau d'âne esl une importation do l'Arabie, que Biijueli la Hoappe n'cxureuil pas le droit de fief sur ses vieuï is^

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