‹ Les sept cordes de la lyreChapitre 30 sur 47 · LE DIEU INCONNU J · texte numérisé non relu

LE DIEU INCONNU J

— Vieillard, j'ai senti les blessures de Torgueil e^ la satiété des plaisirs, et, comme je suis jeune encore^ et que la tristesse me gagne, j'ai invoqué le ciel pour qu'il me rendit mes joies premières; mais c'est en vain que j'ai sacrifié à toutes les divinités qui pouvaient me secourir. — En vain j'ai fatigué de mes pieds les marches de ton temple, ô Vénus ! je t'ai présenté six couples de jeunes colombes d'Afrique plus blanches que le lait; j'ai touché de mes mains tremblantes et de ma bouche flétrie, au sein de la statue de Junon Victorieuse^ la ceinture d'or incrustée de pierreries, image de celle que tu lui prêtas, dit-on, pour ressaisir l'amour de son immortel époux, le maître des dieux. Tu ne m'as pas rendu le pouvoir de plaire^ déesse oublieuse I et Junon, la fière souveraine de l'Olympe, ne m'a pas inspiré l'orgueil qui console de l'amour. — En vain j'ai brodé des voiles de Tyr pour te les présenter^ ô Pallasl tu ne m'as donné ni la sagesse, ni le goût des études et des travaux I Hébé, c'est à toi que j'ai fait les plus riches offrandes, à toi que j'ai sacrifié des génisses sans tache et des agneaux d*un an. Le temps n'est plus où ta main invisible effaçait au front de tes privilégiées les premières rides qu'y imprime le temps ; où ta tendresse faisait chaque matin refleurir les roses sûr leurs lèvres. Tu laisses les larmes creuser mes joues, et la couleur de riris s*étendre autour de mes paupières. — toi^ Cupidon, fils du Soleil, ne t'ai-je pas sacrifié le premier-né du lièvre, avant qu'il eût goûté le thym et la sauge dans les montagnes I N'ai-je pas fait venir de Grèce des myrtes éclos dans les bosquets d'Amathon te et de Gnide, pour en semer les fleurs sur ton autel? — Amour, 6 Amour! m'as-lu assez oubliée!

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