L'AMBITIEUSE
voire geste. Esl-ce pour éteindre la parole ou pour allumer les lèvres?
JuLiA. — C'est pour que vous ne parliez plus de choses folles!
Stany. — Alors, je lAche tout : les comités, les réunions; je restaure la propriété, je redeviens réactionnaire!...
JuLiA, sérieuse, les yeux dans les siens. — Je n*ai pas peur que vous fassiez cela!
Stany. — Pourquoi?... Que m'importe sans vous?
JuLiA. — Et votre avenir?
Stany. — Est-ce qu'il y a un avenir d'homme sans une aurore de femme? Est-ce que je peux mnrcher seul vers celui que vous avez éclairé?
11 raltire à lui.
JuLiA, se iroublant. — Mais il m'est impossible...
Stany. — Allons donc ! Vous n'êtes pas de celles dont la volonté s'arrête à une formule! Vous avez voulu, en me choisissant, être la créature de quelqu'un... Soyez-la jusqu'au bout. On ne fait de la création qu'avec de l'amour.
Sans répondre, elle se laisse prendre, serrer contre lui. L'expression du visage se transfigure sous un autre désir que celui de l'ambition.
Stany, radieux. — Enfin, le marbre s'anime! Est-ce qu'elle ne vaut pas tous les pouvoirs ofû-
ciels, cette autre puissance qui, de toute la force de ma vie, bouleverse la vôtre?
JuLiA, très bas. — Si.
Stany. — Est-ce qu'il y a une jouissance de vanité qui vaut l'angoisse de cette minule?
J^ULiA. — Non!... (Souriant, toute donme.)- Mais après?... l'autre?
Stany. — Gourmande!
De»» mois après;
Jassin, entrant chez. Stany. — Mon cher député ! . . .
Stany, furieux. — Ah! oui, je vous conseiUe de me- parler de ça!
Jassin. — Comment!... Moi qui venais aussitôt mon retour te féliciter non seulement de; tonélection, mais de tes premiers succès oratoires. Et tu te plains! Tu as tout pour toi : la veine et l'amour!
SrAN-Y. — Ne soyez pas ironique, mon cher maître, car je suis exaspéré. Cette femme, qui a réussi à faire de moi un député d'avant-garde co'ntre mes goûts et conU-e mes idées, ne me laâ'sse plus maintenant une minute de répit. Il faut que je sollicite, que je protège, que je prépare des rapports, que je suive des intrigues,, que je fonde des groupes... C'est infernal!... Et le seul amour que j'aie — puisque vous m'en parlez — c'est qu'entre deux baisers on me souflîe le cane-
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vas d'une interpellation! Eh bien! j'en ai assez, j'en ai trop!... C'est vous qui m'avez fourré dans le guêpier où je suis, sortez-m'en !
Jassin. — Très simple! Démissionne. Julia te lâchera. . . automatiquement ! . . .
Stany, calmé. — Au fait!... Je n'y avais pas pensé... Mais le motif de la démission?
Jassin. — Quelques grandes phrases : « Que la Chambre est trop étroite pour l'horizon de ton apostolat... » Que lu retournes à de « chères études », etc. On ne t'en voudra pas, puisque tu fais une place.
Stany, s'asseyant à son bureau. — Je rédige immédiatement. {Il écrit sa lettre de démission, la fait approuver par Jassin, et la donne à un domestique pour qu'elle soit envoyée.) Mais à Mme Portier-Rigaut, que dire?
Jassin. — Écrire aussi. J'ai été dans une situation un peu pareille, je me rappelle un texte. (Dictant.) « Très belle amie, je ne veux pas que vous appreniez par les journaux la décision irrévocable que j'ai prise — et exécutée — de donner ma démission de député. En moi, maintenant, une seule idée a absorbé toutes les autres, celle de votre amour, et je tiens à ne plus vous devoir qu'aux seules raisons qui vous ont fait me choisir, lorsque je n'étais rien. » Là-dessus, une tendresse de style pour finir, et signe. Tu peux être tranquille, c'est de la bonne cassure.