‹ Les sept siéges de Lille, contenant les relations de ces siéges, appuyées des chartes, traites, capitulations et de tous les documents historiques que s'y rattachent, avec trois plans aux époques de 1667, 1708 et 1792Chapitre 12 sur 15 · SlXliMB SlâGB · texte numérisé non relu

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afin qu^ils eussent le temps de se reposer. La disposition étoit de plus , que la tranchée seroit ordinaire'» ment relevée à quatre heures du soir , afin que lea officiers qui reléveroient pussent , pendant le jour , visiter leurs ouvrages , et examiner ce qu*il y auroil à faire pendant la nuit , et pendant qu^ils y seroient.

Les trente bataillons de la grande armée devoieni avoir trois nuits , à dix bataillons , avec un lieutenant général , un major général , et deux brigadiers , ci des travailleurs comme les Impériaux.

Les attaques et cas extraordinaires doivent se par les grenadiers et par des détachcmens de toute Tarméc. Enfin voici le reste de la disposition.

Si la nécessité demande qu'on mette à la queue de la tranchée quelques bataillons , on se servira de ceux qui seront le plus à portée.

Selon le terrain on postera derrière les épaulemeni à la queue de la tranchée , la réserve de la cavalerie , soit à droite , soit à gauche , et même à cAté , comme le général de la tranchée le trouvera à propos ci convenable pour le service.

Le major de la tranchée sera chargé de tout le nécessaire de la tranchée , et aura soin que le général qui entre dans la trancliée » trouve tout prêt pour pousser le travail , selon qu'il sera tracé par les directeurs , ou ingénieurs.

SIXIÂHE SIÈGE. 351.

Les directeurs des approches formeront , tous les matins, un mémoire de tout ce qu'ils auront besoin vers le soir , dont le major de la tranchée sera informe de bonne heure, et même avant 'que la tranchée soit relevée, afin qu'il ait le tems d'avoir tout à la main« Les facines et les gabions seront menez jusqu'à l'entrée de la tranchée , par le commissaire des facines , à qui on donnera cent chariots du moins pour relever les chariots et chevaux.

Les facines seront portées par les travailleurs jusqu'à la tète de la tranchée. Les colonels , et ofiiciers d'ar* tillerie seront chargez de faire les batteries , après avoir été informez des directeurs des approches , des ouvra** ges qu'on veut attaquer ^ âoit pour battre en brèche y ou pour abattre les défenses.

On se servira des ingénieurs pour la sape , en atten* dant qu'on puisse les attacher aux ouvrages.

Les travailleurs seront commandés par deux lieutenans colonels , et deux majors ; et pour cent cinquante hommes , un capitaine , un lieutenant , un enseigne , et quatre sergens.

Les généraux majors , qui doivent relever la tran* chée , iront le matin , avec les majors des régimens , dans la tranchée , pour examiner la situation des pos» tes^ et pour y former les bataillons qui doivent monter*

Les officiers feront ce que lés directeurs de la tran-

352 smiiiE siège.

chée leur demanderont. Si c*e8l une attaque qui proie, ib le feront h l'instant , et en avertiront le général de tranchée après ; mais si c'est une affidre qui ne plresie pas , les officiers et les directeurs avertiront ledit ^ néral auparavant.

Les directeurs de la tranchée étoient, monsieur de Rocque , monsieur du Mey , monsieur de Lougueoé , monsieur Hertelt , monsieur de Choom.

Le 22, aîant été résolu d'ouvrir la tranchée, on commanda dix bataillons, un lieutenant-général, deui géDé» raux-majors , quatre mille travailleurs commandem pat deux lieutenans-colonels ^ deux mdjors , vingt-trois OÊh pitaines, et des subalternes et sergens à proportion Jbii bataillons étoient , trois impériaux , quatre palatin»^ trois hessois. On forma trois attaques, dirigées, Tiaie par Mr. de Rocque , aiant sa droite près Finondalkm de la citadelle , et sa gauche prés la Deule ; la gandw étoit dirigée par Mr. du Mey ; sa gauche à la Deule , au delà de la chaussée de Menin. On commença Ji travailler sur les onze heures du soir. L'ennemi ut s'étant apperç6 que tard qu'on travailloit , ne fil cm peu de feu , et par conséquent peu de mal ; car wom n'eûmes que quelques blessez. On tira cette nuit une ligne de près de quinze cens pas. Monsieur le colonel Schendorff fut nommé par son altesse sérénisiinM le Prince Eugène , major de tranchée , aîant aooi loi deux aides-majors.

Le 28 Tennemi fit une sortie avec qudqiMi betafl*

sixiiiis siti^B. 353

Ions ; mais sana effet, s^étant retiré à Fapproche desgar^' des danoises, qui marchoient pour les chasser.Monneur de Bettendorff lieuteuant général montant la tranchée, aîant voulu prendre un chemin qui lui paroissoit plus court , fut enyelopé par quatre hommes , qui étoient habillez de toile , et fut conduit dans la ville. La nuit on poussa quelque boîaux ; et la première parallèle fut continuée jusqu*à la rivière , du côté de Tattaque gauche. Deux batteries furent dressées , l'une de trois pièces devant tirer à la chapelle fortifiée ', l'autre de sept pièces pour battre une maison retranchée , et environnée de marais , près de la rivière , où Tennemi avoit un autre poste. On fit aussi un pont de communication , et on commença une batterie de quarantehuit pièces de canon. Des deux premières l'ennemi fut salué à la pointe du jour.

Le 24 trois cens grenadiers furent commandez pour emporter la chapelle fortifiée , qui nousincommodoit : ce qui se fit avec beaucoup de bravoure ; car un capitaine aîant marché avec cent grenadiers du côté du front , le major avec les deux cens autres grenadiers les prirent par la gorge du retranchement , k la bveur de la nuit ; et après quelque résistance , et la mort de presque tous les officiers ennemis, onl'emporta , et de cent grenadiers qui y étoient , il ne s'en échappa pas un. Tout fut pris , tué , ou blessé. G*étoit deux compagnies du régiment de Couquin. De nôtre côté , nous eûmes quarante hommes hors de combat. A la droite , ceux qui gardoiedt la maison fortifiée , aîant apperçû qu*on tiroit une ligne pour les envelopper ^

354 SnCIÂHB SÏÉGEé

se retirèrent » et rabandonnërent. Monsieur le colonel Schcndorff , et monsieur du Mey furent légèremenl blessez.

Le 25 il se fit à la droite un boîau de communication pour une seconde parallèle , qui fut commencée et continuée jusqu'à la chaussée, de même qu'une batterie de mortiers et aubizerts qu'on dressa le long de la même chaussée ; mais avec beaucoup de lenteur » à cause d'un moulin à vent fortifié qui nous incommodoit. De l'autre c6té de la seconde parallèle on dressa trois batteries , l'une de canons , l'autre de mortiers , et la troisième d' aubizerts , tant pour ruiner le moulin , que pour battre les défenses des autres ouTragcs.

Le 26 on continua à la gauche une ligne jusqu^à la rivière ^ malgré une sortie de quatre cens hommes, que l'ennemi fit pour reprendre la chapelle, laquelle » effectivement f ils emportèrent , et en chassèrent les nâtrea , parce que monsieur More capitaine de» gardes bollandoises reçut un coup de fusil au travers du corps ; mais son altesse sérénissimc le Prince d*Orange , qui ne manquoit aucune occasion de se signaler , marcha brusquement à la tête de deux bataillons , ei obligea l'ennemi à se retirer en confusion.

La seconde parallèle fut poussée jusqu'à la rivière , et le matin du 27 entre les sept et huit heures , nos principales batteries commencèrent à tirer avec une vigueur extraordinaire , et à battre les deux fiMses des deux bastions du corps de la place. Entre les deux

sitikvE sKgb. 355

ouvrages à cornes ^ prés la porte d'eau , deux batteries de mortiers et aubizerts jouèrent. En même tems on s'apperçut ^ pour la première fois , qu*ils nous jettoient des bombes , et cela de seize mortiers à la fois ; ils redoublèrent aussi leur mousqueterie ; mais tout cela ne nous fit pas grand mal , n'aïant pas eu plus de cinquante blessez ce jour-^-li.

Le 27 un second pont de communication fut fait joignant notre parallèle ; et on commença à s^apperce* voir que les brèches ètoient déjà pratiquables, l'ennemi Valant faitèprouver par des soldats : aussi.ceuxqui s^entendoient dans la manière d'attaquer une bonne place , disoient qu'il eût beaucoup mieux valu ruiner les défenses , et ne pas tant se presser pour faire bréchè. Monsieur le général Wallrens dit , en descendant la tranchée le 28 , que la brèche étoit montable , ce qui l'ètonnoit , yû qu^on étoit fort éloigné. Les ouvrages de la nuit furent aussi perfectionnez.

Le 28 deux cens grenadiers furent commandez pour attaquer le moulin fortifié , à l'attaque droite vis à vis de la seconde parallèle , ce qui se fit à trois heures du matin. Les nôtres chassèrent d'abord quarante grenadiers qui y ètoient : mais peu après Fenneild sortit du chemin-couvert avec quelques bataillons et en chassa nos gens. De nôtre côté on fit une seconde tentative , et à nôtre tour F ennemi en fut encore chassé , ce qui ne se fit pas sans perte de part et d'autre ; car cette expédition nous coûta bien cent vingt hommes tant tuez que blessez. Enfin , k la pointe du jour nôtre

356 SIXliHB 8I^E.

logement n'étant point achevé , et nos gens se trodyant trop exposez , nous fûmes obligez de Tabandonner , Tennemi y reprit poste ; on avança une ligne pour couper leurs communications avec la contrescarpe » mais Taîant apperçû , ils abandonnèrent le poste , et y mirent le feu , comme ils avoient déjà fait à un autre sur la chaussée dTpres : on travailla à deux batteries pour ruiner les defienses.

Le 29 les batteries de Tattaque gauche 8*avancérent à la droite , on en dressa une pour les sorties ; celles des ennemis nous incommodoient plus que jamais , et le feu de leur mousquetterie fut si grand , qu'en profitant du clair de la lune , ils nous firent un mal considérable , car nous perdîmes près de deux cens hommes.

Le 30 les ouvrages se perfectionnèrent aux deux attaques , et à la gauche une troisième parallèle fut commencée.

Le 31 malgré le grand feu de Pennemi Ton commença la sape , et Fouvrage fut poussé jusqu'à quatre vingt pas de la palissade de Touvrage à corne de h droite » à la gauche on travailla plus lentement : cette nuit-là on perdit quelque monde , et un capitaine impérial fut tué de nôtre propre canon , de même qu'un grenadier suisse.

Le 1*' septembre la sape s'avança de vingt pas aux deux attaques , et quantité de facines furent apportées à rentrée de la même sape pour s'en servir plus commodément ; les bombes des ennemis mirei4 ^ feu à

deux denoa nu^^^ins k poiidre sans {loiirfaiil fdre mal k : persoime. Un déderjteui* yenxt de la ville rapporta que le fossé n'avoit que six pieds de profondeur , et nos ingénieurs dirent qu'on pouvait le saigber ; le ménie déserteur dit, quede vingt bataillons qui étoiçnt dans la place / il y j^n. avoit toujours neuf qui avoient la garde ; à la droite on. avança à vingt^inq pas près de la contrescarpe , et à la gauche au double', ou environ»

Le 2 Tannée de son altesse sérén^^ime Milord Duc s^ avança prés de Péronne ( l ) à dçux heures d'ici , et cela , sur Tavis que mônkieur le duc de Vendôme s'étoit approché et joint avec monsieur le duc de Berwick. On apprit qu^il a voit laissé à Gand , et à Bruges , sous les ordres de monsieur le comte de la Afptte 9 vingt babillons et quelques escadrons ; que le reste de Vannéq de monsieur le duc de Vendôme ^ joint avec monsieur le duc de Berwick , fprpioit un corps de cent vingt bataillons , et cent quatrevingts escadrons , ce qui de* voit être eitiploié pour nous obliger à lever le siège*

Le 3 une bombe des ennemis tomba entre deux chariots qui étoiehi chargea désnôtircâ , y «mit le feu , les fit sauter , et fit périr le^ pauvres chartiérs et leurs che-; vaut ; Ton travailla , tant à la droite qu^à la gauche , à élargir les tranchées , et à les perfectionner.

Le 4 à la pointe do jour leë asaiégiex jettérent dans nos sapes qualité de pola à feu , quinousbruléreïitqueU ques gab;oftifl , et leuiB grenades nous tuèrent , ou blessèrent vingt hommea , tbut ccte à la droite. On f pprii

358 siiiiifB sriGE.

que l'ennemi avoil jelté à Douai un bataillon de Sénéterre avec huit cens chevaux et six cens blesses de la bataille d'Oudenarde. On fit ce même jour un détachement du siège de vingt-cinq bataillons impériaux , anglois, ou hollandois , et de soixante-dix escadrons^ tout cela pour marcher à Tarmèe d'observation ; mais Finfanterie reçut contr'ordre en chemin , et la cara* lerie revint le lendemain.

Le 5 la sape fut poussée à la droite jusqu^à la palissade à la gauche , à peu près , pendant le jour on les perfectionna.

Le 6 la grande armée se rangea en bataille prés de Pèronne sur quatre lignes , savoir , six brigades d*iniaiiterie furent postées dans le centre occupant deux vilUr ges , le reste fut employé , tant à mettre sur les ailes , qu'à former une ligne , puis trois lignes de cavalerie ; cependant , pour éviter toute surprise , et pour nMire pas obligé de laisser le détachement du siège que lors qu'il y auroit effectivement apparence de combattre , il fut ordonné de faire quelques retranchemeqs sus avenues du camp ; au siège nos gens découvrirent à la chapelle quarante-trois tonneaux de poudre de œnl livres chacun.

Le 7 Tassant de la contrescarpe aiànt été résolu , on commanda deux mille quatre cens grenadiers, deux mille quatre cens fusiliers , quatre colonels , quatre Keuteoans-colonels , autant de majors , trente capilaines , et des subalternes à proportion , puis quatre

snuim sxéq^ 359

mille travailleurs , avec deux lieutenàns-colonels » deux m^ors, TÎDgt capitaines , et autant de lieutenans et d'enseignes , tout cela pour les deux attaques , le tout commanifjlé par modsie ur le lieutenant-général Wilken», qui aToit la tranchée. Toutes les troupes se rendirent au rendez-vous , près lé parc d'airtillerie , et elles entrèrent ensuite dans la tranchée , afin qu^on fit la dis^ position , et que chacun ^At lé poste qu'il devoit attaquer » et cela étant bit entre sept et huit heures du soir, le signal aîàntété donné par trois coups dé canon de la grande batterie ^ il s'en suivit une déchargea générale de toute n^tre artillerie^ tant canons, que mortiers, etaubiserts^ tout cela afin dé favoriser noti gens , qui marchèrent droit à la palissade afin d'en chasser les ennemis , et de s'y loger : du c6té de l'ennemi, on:s'étoit mis en état de nous bien recevoir ,* aiiant. déjà été avertis dès le matin , comme je le sus après Tattaque, ainsi le feu fut violent et nos troupe» eurent beaucoup à souffrir avant d'être en état de pouvoir, à leur tour, Caire mal à Penàemi ; mais enfin , étans arrivez au bord de la palissade, nos grenadiers commencèrent à Jetter leurs grenades , et puis à faire grand feu dé leurs mousquets , ce qui fit un bon effet , et alors le feu redouUa du côté de Tennemi , et sur tout de ceux qui se trouvèrent tant aux ouvrageêr qu'aux remparts ; mtoîs les nôtres n'aîant point ralenti le leur ^ et cdmmeiiçant à sauter dans le chemin-cou*vert afin de presser l'ebnemi et l'obliger à se retirer , ceux-ci se voiant ainsi preèsez et aiant presque perdu tout leur nu)nde , ce qui restoit se retira -. alors on se logea sur^qudques anf^es nafllans, et les trsvailleiikv

360 siu^jn nltefi.

étant part» à portée , on commença à w couTrir. Je remarquai pendant toute l^attaque que leur plus grand feu Tenoit de leurs remparts ; je parlai même à quatre officiers qui venoient d'être pris , qui me dirent , qu*en effet les remparts avoient été fort garnis. Je ne doit pas oublier que le jeune Prince Philippe de Hesse» Philipstat , capitaine dans le régiment d* Anhalt-2^rbts, 8^ est fort distingué , et que son logement étoit un des meilleurs ; on le crut mort pendant la nuit , et le bruit en courut dans la ville ; mais il revint cbarg6 de gloire. Le détachement des grenadiers prussiens y souffrit aussi beaucoup , car de cent soixante-dix hom» mes qu'il avoit , il n'en ramena que quarante. Le Prince Guillaume , frère du Prince Philippe , accom* pagné du sieur Bada , jeune volontaire de douze ans , qui Tavoit toujours suivi à la tranchée , et dans toutes les attaques , pensèrent y être tues d'un boulet de canon qui les frisa , en passant au milieu d'eux , et tua un volontaire qui étoit derrière eux : toute Tattaque en général fut fort chaude , et nous eûmes trois mille œnt tant tuez que blesses ; l'obscurité ne contribua pas peu à nâtre perte et à n6tre malheur. On n*éte&« dit pas assez le logement , cela causa quelque cenlu* sion , et empêcha de distinguer Tami d*avec Peanemi; tous les travailleurs n'étans pas aussi au terrain qu*on leur avoit marqué , plusieurs s'étans retirez avec kt blessez , cela fut cause qu*on manqua de gabioni et de facines , et même de travailleurs. Ceux qui se méloient de raisonna de tout , souvent sans rien codnottre , prètendoient , qu'emporter la contrescarpe ^toit se loger au moment par tout , et occuper, tant

sixiAmb sntoB. 361

les angles rentrans que les saillans t mais ceux qui 0*entendent bieà dans la manière d'attaquer , saTenI par ayance que cela étoit impossible , et qu'en embrassant un terrain de trois poligones , ce qui fait deut mille pas communs , c* étoit assez faire que d'embrasser les angles saillans ; pendant ce tems-là toute Tannée fut sous les armes et fit la patrouille au delà de la ligne de drconvallation.

Le 8 une batterie fut élevée sur la palissade à la pointe de Fouvrage à corne de la droite. Trois pièces de canon tirèrent à la face gauche de cet ouvrage , qui nous incommodoit. On avança le logement le long de la rivière , et on poussa une ligne jusques sur l'angle saillant du chemin-couvert de la contre-garde » lequd fut fait depuis le siège , vers Pattaque gauche. Le logement des angles saillans de Touvrage à corne fut perfectionne ; et depuis la chaussée de Menin une ligne fut continuée vers la face du ravelin contre^gardé , à cinquante pas près. Son altesse sérénissime le Prince héréditaire de Hesse vint au matin voir le travail qu'on avoit fait.

Le 0 à Tattaque droite , le logement fut poussé depuis Tan^ saiUant de Touvrage à corne , vers le ravelin contre-gardé , aîant de deux pointes commencées une ligne de communication à droite et à gauche : à Tattaque gauche , on s'étendit aussi vers le ravelin , et à quelques pas prés de son angle.

Le 10 » sur la droite , la ligne de communication fîtt

362 SIXIBMB SIÈGE.

GODlÎDuée depuis Vouvrage à corae , elle raydia* Deux batteries furent commenoèes, Tune de cinq pièces de canon , et Fune de quatre mortiers ; la première^ pour tirer au front de l'ouTrage à corne, et l'autre , à la contre«garde. À la gauche , on avança la ligne jusqu'au chemin-couTert de la contre-garde , de même que les logemens des angles saillans , et la descente du fossé des contre-gardes. Deux batteries furent aussi commencées , Tune de trois pièces, afin de battre en brèche la face droite de la contre-garde , et Tautre de six mortiers , tant pour tirer à cet ouYrage , qu*au ravelin contre-gardé.

Le 11 , TaprésHnidi, le même détachement , qui afoit été fait le 4, commandé par le Prince d*Orange, eut encore ordre de marcher pour joindre la grande armée dans ses retranchemens , qui étoient garnis de cent pièces de canon placées à ses angles , sur ce que celle des François , après s'être approchée à sa yùè , commençoit à canonner le quartier de son altesse sèrènissinie milord duc de Marlborough. A nôtre arrivée au camp , nous fûmes placez à la droite du retranchement. Ce même jour , la garnison de Lille fit une sortie , sans succès , aïant été repoiissèe. Le major général Woltrosoven fut blessé , allant relever la tranchée.

Le 12 au matin, entre trois et quatre heures , les François attaquèrent un de nos postes avances prés du bourg de Scklin appartenant au duc de YendAme , ou nous avions trois cens hommos commandez par un major, que Milord Duc y avoit lait avancer, afin de savoir

iQini que l'ennemi ayaoçeroil.; Ce major aToil ordre dé se retirer à 1 approche de T^nepti , et de metlre le feu audit poste, afin que Tennemi ne«*en prévalût pas ; ce qui fut exécuté. Cependaiot» Joule l^rmée resta sous les armes ; mais çon altesse sérénissime le Prince Eugène retourna le soir en son quartier , pour y cou*' cher. On apprit que les assiégea ayotent lait une sortie considérable , mais qu'elle ne leur ayoit pas réussi , d'autant que les nôtres les laissèrent bien approcher sans faire leur ieu^ et le firent ensuite si à propos que Tennemi y 80uffiri^y^çt fat obligé de se retirer, avec perte. Monsieur le duc de Vendôme continua cependaAt à faire tirer sur notre gauche , avec pi^ès de quarante pièces de canon ; et cela avec plus de chaleur qu'auparavant* On s'apperçut qu^ls retranchbie&l leur gauche, et qu'ils élevoient des batteries; ce qui fit crpire qu'ils se retireroient. Pendant que cela se passpit , milord d'Albemarle arriva , et rapporta qu'on avoit laissé à Courtrai , le grand convoi , venu de Bruxelles , fort de quatre cent chariots , et de vingt- (nnq pièces de canon. Il ramena trente escadrons qui avoient servi d'escorte à le convoler.

Le 13 l'armée resta dans la même situation. On con* tinua de travaillera élever un parapet avec des iacines \ à élargir le fossé » et à l'approfondir de deux pieds. On apprit que l'ennemi avoit lait une sortie ; mais q^Hls étoient rentrez au plus vUe. Monsieur le duc de Bourvgogne fit courir le bruit qu'il vouloit nous attaquer par huit endroits à la fois ; ce qui pourUInt ti'arriva pas. Toute rinfanterie venue du siège ^ s'en retourna

364 SlXlillB SIÈGE.

à son camp ; mais la cavalerie campa derrière la grande armée , à un quart-d*heure proche. Lors que nous tprivâmes avec Tinfanterie , je trouvai que le travail avoit été poussé lentement à Tattaque droite. Les deux dernières batteries furent perfectionnées , et on travailla à la descente du fossé de l'angle saillant de la contre* garde , et à commencer deux mines , ou sapes , pour faire sauter la muraille extérieure du fossé , lors qu'on voudroit y prendre poste. Une autre sape fut commencée un peu plus loin , sur la gauche , entre Foitvrage à corne , et plus prés du ravelin.

Le 14 la dernière batterie de trois pièces , sur tk droite , fut achevée. La ligne devant Touvrage contre* gardé s^avança jusqu'au bord du fossé , et elle fut pool» sèe vers la pointe de l'ouvrage à corne. A la gauche , les deux mines furent achevées , et la troisième continuée ; l'on poussa aussi un boiau du cAlè des brèches de la ville.

Le 15 à la droite , la ligne plus avancée fut poussée jusqu'à la rivière. A la pointe du fossé de la contre^ garde , et vis à vis la brèche , Ton avança , le 16, une sape le long de la muraille extérieure du fossé , pour nous fraîer un chemin pour monter à Tassaut. Les quatre batteries tirèrent , tant celles de la gauche , que de la droite , et firent un feu continuel , tant pour ruiner les défenses , que pour élargir les brèches.

Le 17 les travaux furent perfectionnez aux deux attaques , et le travail aux mines se continua* A la

SltlftlfE StlGB. 365

droite » la moraine dû fonë ftit ouverte , et Top commença à le combler.

A la droite aussi les mines s'ayanbérent ^ de même que le pont sur le fossé , quoi que les ennemis ne négligeassent rien pour rempécher , aïant pour cet effet jette pendant la nuit des cordes goudronnées tout allumées , qui mirent le feu au bout de nôtre galerie. Gela n'empéchà pas que Ton ne commandât seize grenadiers pai' bataillon , et quelques fusiliers , pour donner Tassant aux deux cohtre-gardes ; mais là digue!, ou pont de celle de la gauche , n*étant p&s entièrement fait , et d*aiitreB contre-tems arrivez en firent remettre Téxécution. JJotk commença , sur la ^udhe , à y élever une batterie de huit pièces , tant pour battre le ravelin , que pour tirer à la (ace opposée du bastion droit du corps de. la place ; et une nouvelle mine fiit commencée poar s'avancer vers la gauche de la contre-garde. L*armée .ennemie décampa , et marcha par sa gauche pour aller camper à Pottem , le long de TEscaut , afin de nous couper la communication de Bruxelles. On apprit qu'ils avoient arrêté tous nos vivandiers , quoi qu'ils eusseht tous de bons passeports y qu'ils avoient bien paîé.

Le 18 le fossé fut achevé de combler à la droite , et la galerie, qui étoit bonne et bien faite , et les mines furent fort avancées. On voulut joindre le logement , depuis Touvrage à corne , jusqu'à celui qui est devant le bastion : ce qui ne pût réussir. A la gauche , une mine s'acheva , et Fon continua de travailler à Vautre^.

366 sixi&ME suioB.

on tâcha aussi de se rendre maitre d'une travcne , entre le ravelin et Fouvrage à corne. Le trayail n'aiant pas été achevé , ni même bien fait , on fut oblige , à trois heures du matin , de Tabandonner ; ce qui fit croire qu^on n^avoit pas bien compris ce qu'on avoit voulu faire ; d^autant qu'après avoir emporté un poste, qui devoit être avantageux, et où de braves gens avoieni péri , il étoit de l'intérêt , ou de ne le pas attaquer , ou de le conserver. Je puis dire que ce que j'ai ou! ladessus m'a paru le plus raisonnable ; c'est qu*on n*a pas connu la place avant que de l'attaqpier ; qa'on a méprisé nôtre ennemi , et qu'on a crû que c'étoit asses de faire brèche , pour l'obliger à recevoir une honnête capitulation ; qu'on a fait la brèche trop tôt , ce qui ne doit pas se pratiquer à l'égard d'une bonne place» et qui a une bonne garnison pour la défendre. L'égalité entre les directeurs a pu contribuer à quelque lenteur , et l'envie a pA faire qu'on n'a pas asseï raisonné , ce qui cependant ne devoit pas être négligé. Nous avons eA , jusqu'ici , trente ingénieurs , hon de combat , et un directeur mort. Milord Duo arriva au camp 9 et fut dtner chez son altesse sérénissime le Landgrave de Hesse , où ensuite , avec le Prince Eugène y et Messieurs les Etats , il y eut une grande eon* férence.

Le 10 les logemens des ouvrages attaques sur la droite furent joints , et on commença d'y travailler à la descente du fossé du ravelin de l'ouvrage à corne. A la gauche , on attaqua de rechef deux traveracs du chemin-couvert ; mais il fut difficile d'en consohrer une.

SIXliMB SlËfiB.: 367

La ligne sur Le 'fossé de là conlre-garde fut diângéé , à cause qu'elle étoit trop sur Ui pbînle/ Trois piécfes de canon furent dressées sur ran^e saillant de là contrescarpe de la contre^garde ^ pour tirer à la brèche du bastion droit du corps de la place ; mais on ne put s'en servir , parce qu'on étoit trop enfilé , et que plusieurs canonniers furent tuez ou blessez au moment qu'ils voulurent charger le canon.

Le 20 mille grenadiers furent commaûdez pour atta^ quer les deux contre-gardes! du ravelin , entre les deux ouvrages k come , et les deuk bastions du' corps de la place ; mais l'ennemi jetta tant de grenades /pots à feu , et cordes goudronnées , que cela mit le feu à nôtre digue , ou pont ; ce qui fut cause qti-on remit la partie au lendemain. On crut alors que l'armée ennemie s'étendoit depuis Tournai , jusques à Gand > tout le long de l'Escaut , et qu'ils Csisoient retrancher les hauteurs d'Oudenarde. Cdle dé son altesse séré^ nissime Milord Duc étoit à Lanoi.

Le 21 le même détacbema:it du jour précédent cooh mandé par monsieur le baron Sébéga colonel commandant le régiment de Yartnes^ avec deux mille travailleurs , eut ordre d'attaquer les deux contre-gardes ; et de s'y loger. Les grenadiers^ et les travailleurs étant entrez dans la tranchée , et chacun aîant occupé le poste par où il devoit aller à l'attaque ; alors on donna le signal par une décharge générale de toute l'artillerie ; et cela fini , nos gens sortirent » et l'attaque commença, tant h la droite qu*à la gauche ^ et ce &it bieii4M' un feu

368 tlXIKMB SiriOB.

des plus violens , ce qui dura assex long-lems. Biais enfia , à la droite les Impériaux en chassèrent en partie rendemi , et se logèrent en un coin , sur la brédie de ladite contre-garde ; mais à la gauche, on fut repoussé : car le feu y fut plus considérable , tant du ravelin que du bastion ; ce qui obligea nos gens de se retirer. Il faut aussi remarquer que la galerie n'ètoit pas asses large , et que ne pouvant passer que deux hommes de front , et la nuit ne permettant pas de distinguer ceux qui faisoient leur devoir , d^avec ceux qui ne le fisisoient pas , cela ne contribua pas peu à ce qu*on ne fit rien. On ne laissa pas de perdre bien de braves gens. Le colonel qui commandoit eut beau se donner mille peines pour faire avancer ceux qui dévoient marcher pour soutenir , cela fut inutile : enfin il reçut un coup de mousquet , ce qui l'obligea de se retirer. L'ennemi jetta beaucoup de pots à feu , ce qui mit encore le feu à nôtre galerie. Pendant tout ce tems là , son altesse sérénissime le Prince Eugène fut h une batterie fort avancée, où il reçut un coup de mousqurt à la tête qui ne fut pas dangereux , parce que son altesse sérénissime portoit un chapeau de castor , qui arrêta le grand effort de la baie. Le Prince Eugène ètmt . lors qu*il reçut ce coup , entre le Prince d*Orange et le Prince héréditaire de Hesse , dont Tun le couvrit de son chapeau.

Le 22 Ton perfectionna les travaux à la droite , rà on s'étoit logé sur un coin delà contre-garde. On continua la descente du fossé , au ravelin de Fouvrage à corne. Milord Duc étant venu s'aboucher avec noa

généraux , on résolût de faire ^nir ^atve cens gre* nadîers de rarmée d'observation , afin' que , conjoin» tement avec les nôtres, l'on attaquât les contréNga^^es^, et ce qui restoit du chemin-couvert : Mais les grena* diers de la grande année étant arrivez trop tard y oh remit l'exécution.

Le 28 trois cens grenadiers du siège et auUnt de fusi-^ liers furent commandez , afin qu*avec les quatre cens de la grande armée, on put emporter les oontre-gardes. A midi , Tennemi fit un sortie ; mais il se retira sans avoir rien entrepris , et en confusion. L'on donna de nôtre côté deux fausses alarmes , en faisant grand feu de nos batteries. L'assaut se donna enfin entre 7 et 8 heures , et nos gens furent droit à Fennemi,. qui de son côté fit fort grand feu ; mais il ne fut pas si violent qu'à Tordinaire: car après quelque résistance , on se rendit enfin mattre des contre-gardes ; mais Tennemi conserva deux coupures , qu^ilavoit fiutâubout intérieur. On se logea aussi sur la palissade de la pré-' miére coupure. Gomme à celle du raveliii de l'Ouvrage à corne de la droite on ne fit que pousser son logement , nous perdîmes deux cens cinquante hommes , tant tuez que blessez ; du nombre des premiers fut le lieutenant-colonel du régiment du Prince d'Orange , qui fit tout ce qu^on pouvoit attendre d'un brave homme et d'un officier expérimenté.

Le 24 on apprit que l'on avoit déti^ebé dt Tannée d'observation, six bataillons, et autant d'escadronspour aller à Ostende , afin que , de concert avec, les Anglois

370 SIXIÈME siitoB.

débarques à cette place , on pût avoir un comroi , n'eu pouvant plus tirer de Bruxelles , l'armée ennemie occupant tous les passages le long de TEscaul. L'on apprit que monsieur de la Motte avoit fait ruiner recluse des trois-fontaines , sur le canal de Bruxelles , et qu'ensuite il s'étoit retiré. Une batterie fut faite pour empêcher les petits bateaux des ennemis de porter aucune provision à ceux qui étoient restez dans les bouts de contregarde. Un déserteur venu la nuit de la ville , rapporta que ceux qui étoient dans le ravelin ne seroient plus relevez , qu'il y avoit dedans un capitaine qui Tavoit demandé , et avec lui cent hommes ; mais qu'en cas d'attaque , monsieur le maréchal de Bouflers le feroit renforcer d'encore cent. On travailla aux mines pour faire sauter les coupures des contregardes y et celles des angles du chemin-couvert , entra la contregarde et l'ouvrage à corne.

Le 26 et 26 on ne fut emploie qu'à perfectionner les logemens qu'on avoit déjà faits , et à pousser le travail des mines.

Le 27 les travaux avancèrent fort , quand on ne fut occupé qu'à élargir les ouvrages commencez. Quelques paîsans eurent ordre de faire des facines avec des pierres dedans. L'on se servit pour cela du bois verd qui étoit auprès de Marquette, entre la Marque et la Deule. Tous les ingénieurs furent commandez pour se trouver chez le Prince Eugène.

Le 28 on fut emploie à continuer le tnnnil été

jixifafE nteB. 371

oûnefl , tant à la droite , qu'à la gaudie ; oui eottunença

utie ouT^tare à la contregarde de la gauche p6ur pouvoir faire n6tre galerie, afin d'attaqiier le ràVelin. Lf ennemi découvrit, à la contregarde de la droite,' nôtre raine. Le Prince Eugène mangea en public pour la première fois depuis sa blessure. Son altesse sèrénissime le Prince d'Orange visita là tranchée et le travail des mines.

Le 29 on acheva deux batteries, vis i visde Touvrage à corne , l'une de troià pièces , ràùtre de deux , pour abattre le pont de communication dû iravdiii avec le chemin- couvert. Le soir Ton fit sauter une mine de la gauche, et Ton prit poste sur les deux coupures de la contregarde. On continua aussi à la droite la sape le long du chemin-couvert , tirant vers une placé d^armes vis à vis la brèche du bastion de ladite attaque. Le soir Tennemi garnit les deux bréchet de grands arbres , et cela pour en rendre Fabord inaccessible'.

La nuit du vingt-huit au vingt-neuf , sur les douze heures de nuit , un détachement de dix-huit escadrons et de cent quatre vingts grenadiers ennemis arrivèrent à la ligne de drconvallatibn , sur la chaussée de Douai. Au moment que nos sentinelles apperçûrent la cavalerie , ils crièrent , qui va là? Les François qui avbieùt eu soin de mettre à la tète dé la troupe quelques officiers et cavaliers qui pavloieht la Tatigae Wlletnande , ne manquèrent pas de répondre Ami : et de l'armée de Marlborough. La vedéte qui voîoit le verd au chapeau des François , qui Tavoient mis centre les ré^és

372 Sfxiim si^gb.

de la bonne foi de la guerre , demanda seulement le signe 9 mais on ne lui donna pas le temps d'oroir la réponse ; car au moment ils aTancérent au grand trot , et entrèrent au plus Ttte tirant droit à la TÎlIe ; et déjà plusieurs escadrons étoient passez , sans que Fallarme tùi donnée. Elle se donna enfin , et le régiment de dragons de Wigenstin , des troupes palatines , courani aux armes , les uns moitié habillez , les autres en chemise , ils commencèrent h faire feu ; et peu après on entendit un bruit terrible , et l'on ^it une grande fiame : c'est que chaque cavalier de l'ennemi avoit derrière lui en croupe un sac de toile , où il y aToit dnquante livres de poudre ; et ce grand bruit Tenmt de ce que le feu s'ètoit mis à quelques sacs ; il est à croire qu il arriva que quelques cavaliers n*avoient pas bien attaché leurs sacs , et que par le mouvement du trot , les sacs étoient tombez sur la chaussée ; que ceux qui suivoient les premiers aiant fait du feu avec le fer de leurs chevaux , cela y avoit mis le feu y et causé tont le mal. Quelques autres cavaliers qui crûrent que le feu s ètoit mis derrière leurs camarades et non pas à terre , coupèrent leurs sacs et les jettérent , afin d^èviter le malheur qui ètoit arrivé à leurs camarades ; et ce fut le second bruit qu'on entendît , qui fut encore plus considérable que le premier. Enfin , il s'en fit un troisième, qui fit trembler la terre aux environs p et cela jetta F épouvante et la confusion parmi eus , et fit faire volte face à ceux qui suivoient , afin d'éviter de périr. Ce fut le fracas le plus terrible qu'on puisse imaginer : car à plus de trois cens pas aux environs , on ne ^oioit que têtes , bras, et jambes , tant

snuiiiB siBGB. 373

dliommès , que de chevaux : jamais on n*a vu un plus triste spectacle ; des hommes à demi brûlez , d^autrea les deux bras emportez , et d'autres qui semblqient avoir été jettez d'une montagne en bas , et qu*on avoit écrasez : plus de soixante personnes y périrent , et bien quatire*vingts chevaux. On prit cinq oflEiciers prisonniers , parmi lesquels se trouva le major du régiment dé Saint Agnan , qui nous dit que le même malheur leur étoit déjà arrivé prés de Douai , où une compagnie étoit sautée par la faute d'un cavalier qui avoit fumé. 11 sauta encore quelque poudre auprès de la ville : mais nous ne pûmes savoir si le mal fut considérable. 11 entra dans la ville , autant que je Tai pu savoir , quatorze cens hommes , et non pas quatre cens , comme plusieurs Font crû : tout cela commandé par monsieur le chevalier de Luxembourg. Quelquesuns ont aussi crû qu'ils n* a voient pas tous des poudres : mais une preuve quUIs en avoient , c^est qu^ils ne pensèrent point à se deffendre > et quMls n*eurent d^autre but que de gagner la place ; ce qu^ik firent aussi. Le Prince héréditaire de Hesse monta à cheval au premier bruit , pour charger Tennemi ; mais il arriva trop tard. On poursuivit ceux qui 8*étoient sauvez ; mais il ne fut pas possible de les atteindre.

Le 80 Ton détacha de la grande armée quatre cens

hommes , pour Armentieres, qui dévoient être relevez

tous les quatre jours. On perfectionna aussi les travaux;

et à la droite , la sape fut continuée le long du chemin •

couvert , et beaucoup de facines furent apportées dans

les boîaux , jet on en fit un magazin.

374 SIXliMB SIÉOB.

Le I*' Octobre la descente du foné de la contregarSe au ravelin , fut continuée afin de le combler et donner Fassaut. L*on fit aussi un amas de fadnes pour cela , de même que de sacs à terre. L'ennemi qui étoit dans les bouts de la contre-garde de la gauche » demanda qu'on Toulût le laisser retirer ; ce qui lui fut refusé.

Le 2 toute la journée fut emploîée à préparer toutes choses , pour , pendant la nuit , faire nâtre galerie. Pour cet efiet , deux ouvertures furent ouvertes à la muraille de la contregarde , et toute la nuit on tra* vailla à la galerie , et nous eûmes le bonheur que Tennemi ne s'en apperçut que vers la minuit ; parce que le général de tranchée avoit ordonné qu'on fil grand feu , ce qui fut exécuté , jusqu'à ce qu'un capitaine laissa ralentir ses gens , ce qui donna le tems à Tennemi de s*appercevoir que nous travaillions à nâtre pont. Alors ils firent un feu enragé , et nous tuèrent et blessèrent bien de nos gens : ce qui montre que la moindre négligence, dans ces sortes d'occasions, cause souvent bien du mal : qu'on ne sauroit être trop attentif à son devoir : qu'à la guerre tout est de conséquence , et qu'on doit prendre garde jusqu'aux moin^ dres choses : que quand il arrive du mal au poste qu'on occupe , celui qui commande a toujours à en répondre 9 et à se le reprocher , sur tout » si c'est par aa faute ou négligence : qu'on ne sauroit trop estimer un brave homme qui s'applique à son devoir , et qui en faitaon tout : qu'on devroit moins donner à la faveur , el plus au mérite.

Le 3 l'on commanda quatre cens grenadiera , autant

snuftMS siisiÊ» 375

de funKers > ffattie de Tarmée d'obserràtion , et partie de celle du^iége, pouf dotinet Tassaut au rateUn. Tout cela étoit cottimandé par tm colonel, un lieutenantcolonel et uq màjôr, huit capitaines, et des subalterne» à proportion : Il y aToit aussi deux cens trayail^ lieurs pour faire le logement , au moment que nos gêna en seroiebt maitres. Lé colonel reçut ses ordres de monsieur de Welkens lieutenant-général qui aToit la tranchée ; si bien qu'à pea prés h douze heures , c^edt à dire au tems qu'on devôit relever la tranchée , on fit les dispositiofiis pour Tattaque , afin de trompér l'ennemi. Pour cet effet même on deffendit de donner atfbun signal, comme on avoit accoutumé; mais le général ordonna que lors que tout seroit prêt , Ton fit monter un sergent avec doute grenadier? > puis un lieutenant avec trente ; un capitaine devoit suivre ^ et prendre à la droite de la face ^ un autre suivre aussi avec cinquante grenadiers , et prendre à lagabche,' puis un troisième ensuite/ Le lieutenant-colonel aussi avec cinqutante greliadiers : le major devoit aussi mon^ ter avec cinquaiite fusiliers , et aller droit au cavalier du ravelin , et le colonel avec le reste » devoit fermer "la marche , et faire main basse éur tout ce qu'on rencontreroit^ et puis &i)^6 son logement. Tout cela fut exécuté âvec' bëtfucobp de bravoure et de bonheur j car le sefgeiitàiÉnt monté à la brèche le premier , il trouTa Tennetni quj dttimoit : il resta quelques minu^ tes sans être suivi , el istftis entrer; mttis .«^étant apperçA' que neuf grenadier étbiëût là auprès de lui y alors il ne balança plus d'entrée*; et de frapperaveosa hallè^ barde /à dfOit6 ^i à gauche. Ceux qui le «uivoieal

376 41^UàMB S1ÉGB«

aîant en même lema donné feu sur ceux qui vouloienl 8e deffendre ; cela jeta l'épouyante sur ceux qui étoient accourus aux armes , qui ne songèrent plus qu'Ji «e sauver , les uns dans un petit bateau , les autres à la nage , sur tout s'étant apperçûs que nos grenadiers augmentoient à tout momeqt , et que tous étoient déjà dedans ; plusieurs furent tuez, d*autresse noîérent» et quelques autres furent pris ; du nombre desquels fut un lieutenant , qui dit qu'il savoit bien qu*on de- Toit attaquer , mais que ce ne devoit être qu'à cinq heures du soir , que monsieur le maréchal dc Bouflocs aToit déjà fait avertir Tofficier qui commandoit , aiani avec lui cent hommes , et qu'il seroit renforcé à temt : et c'étoit sur cela que l'oflEicier avoit laissé reposer tes gens y qui se trouvoient fort accablez depuis dix^sepl jours qu'ils y étoient commandez^ ce qui prouT» qu'il est bon d'ordonner une chose , et d^en faire exécuter une autre , afin de tromper son ennemi , ooouno monsieur de Boufilers Ta été dans cette occasion. Peu après, Pallarme se donna ; et alors ce fut un fai des. plus violens. J'ai été dans la contre-garde , et je me suis trouvé à quelques actions vigoureuses ; mais je n'ai rien vu d'égal , et Tennemi nous fit tant de mal , qu^en moins d'un quari-d'heure nous eûmes plus de cent cinquante hommes hors de combat { le sa^or Mackay blessé dont il est mort , monsieur de Boileu lieutenant-colonel , commandant le régiment de Vanderbeek reçut quatre coups de mousquet » deux au bras droit , un à la tète , et un qui traversa ses habits à la ceinture. Ce grand feu mit la confusion parmi nos gens, et plusieurs voulurent regagner nôtre pont, pour

fflLïftltR SI^B. 377

ûMé Ift contre-garde l'mais lefibobs -'soins de monsieur le colonel Wencoste commandant le régiment Dennof prussien , et la manœuvre du lieutenant-

colonel , qui , quoique blessé resta , les arrêta. Une bombe des ennemis tombée sur nAtre souterrain , en boucha le passage ; et cela contribua beaucoup à retenir nos gens. Dti cAté de Tennemi, ils ne furent pas si heureux ; car tîne des nôtres étant tombée sur la courtine du bastion de la gauche^ mit le fèu à quarante tonneaux de poudre et à seize cens grenades , ce qui leur fit beaucoup de mal , et nous avons crû , que tant Tattaque , que le malheur , cela leur avoit tué ou blessé trois cens hommes. De nAtre cAté , nous eûmes trois cens cinquante hommes hors dis combat. Sur les cinq heures le colonel et son monde furent relevez par un détachement des régimens de la tranchée. Toute la nuit fut emptoiée , tant à faire mieux nAtre logement, qu^à mettre notre galerie mieux en état , afin de pouvoir aller au ravelin , avec moins de danger. Ceux qui étoient dans le bout des contregardes Tabandonnérent. L*on trouva sur le cavalier du ravelin cinq pièces de canon de bronze , dont trois éloient en état de tirer. Monsieur le général Welkens fut légèrement blessé.

Le quatrième jour fut emploie à nettoïer le cata* lier y et à perfectionner, tant la galerie , que le logement du ravelin. On travailla à la mine qui devoit faire sauler Fangle saillant de la contrescarpe , vis à vis de la brèche , cda à Tattaque gauche. A la droite on continua la sape ; et à une place-d'armes près , nous étions maiires de toute la contrescarpe » c*esi

378 SIXIÈME SliGB.

à dire depuis le raTelin de Touvrage à oorne , jutqu*k la contre-garde.

Le 6 Ton travailla à la mine de la gaoche , et à uq parapet au cavalier , afin d^étre en état de fidre feu à revers sur ceux qui étoient daos la contrescarpe. Oa commanda aussi cent grenadiers , et autant de fusi* liers , pour emporter ce qui resloit de la contrepcarpe de la gauche. On fit jouer une mine , mais elle ne fit aucun effet , aîant été trop courte de plus de vingt pas, ce qui empêcha de se loger où il faloit, quoi que nos gens fissent tout ce qu'ils pouvoient , et il falut so loger assez loin , par la bonne résistance de l'ennemi. Nous perdîmes soixante hommes tuex , ou blesses : mais sans son altesse le duc de Uolsteyn-Beek , on en eût bien perdu davantage ; car il empêcha les fusiliers de sortir , parce que cela auroit été inutile ; quoi que l'ennemi, qui avoit sans doute été averti , fit phis grand feuqu^àTordinaire : ils firent aussi sauter deux mines ; mais elles ne firent aucun mal. Son altesse sérénissimo le Prince Eugène , qui se donnoit toujours beaucoup de peine , et qui s'exposoit trop , pour un grand général y visita tous les nouveaux ouvrages ; et ensuite il fut donner Tordre à Tabbaîe de Marquette , à son ordinaire. Le 6 , monsieur de Roque directeur de Tattaque droite , marqua une place pour une batterie , tut pour achever de ruiner les defienses , que pour ballie la grande brèche. II rapporta qu'il avoit fait travailler à deux mines , afin de faire la descente dans le chemincouvert. A la gauche , on continua la sape assem bien ; Ton apprit que monsieur le duc de Vendâme éloît allé

sixiinB- siBGR. 379)

du cAté de Gand , avec on corps de^n ar« mée. Le Prince d* Auvergne fut détaché du siège avcfemille chevaux pour faire une course dans T^ois. Use tint une eonf&rènee chez le Prince Eugène ,^ou messieurs les députes des Etats se trouvèrent , de même que monsieur de Cadogan pour son altesse sèrénissime Milord Duc. Après csla on sut que Ton avoit fait un gros détachement de Farméed* observation , pour aller du côté de Rousselaer, afin de prêter la main au convoi qu'on faisoit venir d^Ostende. Monsieur le général Spar qui avoit la tranchée , fit perfectionner les logemens du ravelin , qui étoit trop exposé au feu des remparts.

Le septième jour fut emploie à élargir les logemens de la gauche , oii Ton avoit fait sauter une mine. On fit aussi charier des facines , pour les avoir plus à portée ; et Ton travailla k la batterie du ravelin. On avoit aussi commandé des grenadiers pour emporter le reste des traverses du chemin-couvert ; mais nos mineurs aïant découvert deux mines de Pennemi y dont Tune était chargée » cela en suspendit Fexécution.

Le 8 on découvrit encore une mine à la gauche ^ de même qu'un magazin de grenades , dans un endroit du ravelin. Du côté de la gorge on attaqua la place» d'armes du chemin «couvert , après avoir fait jouer deux mines; et on se logea dans les trous qu'elles firent , après avoir essuie un grand feu.

On reçut avÎB que monsieur le duc de Vendôme

380 SRIÊUB SIJÎ6H.

marchoit du câtë de Bruges , aTec cinquante-deux bataillons , et soixante escadrons , afin de nous couficr la communication d'Oslende , et qu'il Touioit aller prendre poste à Oudenbourg , afin de ne te confier qu'à lui-même : rexpërience lui aîant fdt foir que le précédent convoi , non seulement étoit passé , mais que même le corps des troupes de monsieur de la Motte avoit été battu. Nous apprîmes aussi que Mîlord Duc étoit aussi allé avec soixante bataillons et cent soixante escadrons pour combattre monsieur le duc de Vendôme : cependant , ayant que de mardier^ Milord ordonna à douze bataillons , et à vingt escadrons » de marcher au siège pour occuper un poste sur le chemin de Douai. On apprit aussi que la cavalerie ennemie au nombre de quinze cens chevaux , qui étoît dans la place , vouloit sortir et se retirer. C'est pourquoi son altesse sérénissime le Prince Eugène , qui étoit attentif à tout , ordonna qu'on retranchât toutes les avenues , pour couper leur retraite. L'on fit attaquer quelques traverses du chemin-couvert , entre le rave» lin et le grand fossé. La mine aîant encore été trop courte , nos gens en chassèrent en vain l'ennemi ; Us y revinrent bientôt. Les nôtres furent encore à la charge ; mais ils furent repoussez , et essuîérent un grand feu des remparts , ce qui les obligea de se retirer , et on ne se logea qu'aux trous que les mines avoient Csilt.

Le 9 on avança la sape vers ledit chemin-couvert , afin de chasser Fennemi , avec des grenades » ce qui ne réussit pas. La batterie du cavalier tira sur ceux de la place-d* armes , du chemin couvert de la gauche , vis à vis de la brèche.

SIXIEME sîim. 381

Le 10 les nourtiiles de Pannée furent , que^^on-^ sieur le duc de Vendôme ayoit fait couper une digue » prés de Nieuport , et qu*il avoit ainsi inondé le paîs ^ et cela pour empécber nôtre conToi de venir d'Ostende: car comme il ne yoùloit plus se mettre au hazard d^un combat , il se relira à Tapproche de Milord Duc , qui Youloit rattaquer.Oa crut pourtant que malgré toutes les précautions quil avoit prises , cela n^empécheroit pas qu'on ne reçût le convoi de munitions. La sape fut continuée ; du côté de la droite , Fennemi jetta beaucoup de grenades , et cela nous incommoda : II fit aussi une petite sortie , et renversa quelques gabions. Â la gauche , on avança lentement , et on élargit les boïaux qu'on avoit fait la nuit précédente.

Le 11 Ton travailla à la sape , sur ce qu'un ingénieur prussien dit qu'il pourroit chasser l'ennemi de la place-d'armes. Il avança effectivement Fouvrage , de plus de trente pas , et l'auroit poussé plus loin s'il n'eût été blessée L'ennemi fit grand feu et beaucoup de bruit , pour sortir , afin d'interrompre le travail , ce qui en effet réussit y et on ne le poussa pas plus loin. Quantité de facines furent apportées pour combler le grand fossé quand il en seroit tems.

Son altesse sérénissime le Prince de Brunswik-Ernest de Beverent , colonel conunandant le régiment d'Anhalt-Zerbts prussien , reçut un couprde mousquet à la joue gauche , et prit cela le plus tranquillement du monde , et d'une manière à faire connottre son mérite et sa fermeté. C'éloit justement la onzième tranchée

384 sixiiME siiGE.

Le 16 on continua à mener le canon sur la contrescarpe ; et TouTerture pour saigner le fossé réussit , et Teau coula à souhait , Tis-à-yis du bastion delà droite. On commença aussi à faire apporter aux batteries tout ce qui étoit nécessaire pour faire un feu continuel , lors qu'on commenceroit. Son altesse sérénissime le Prince Eugène visita tous les traTaux nouyeaux , et fut ensuite à Marquette , donner Tordre.

Le 1 7 la descente du fossé fut continuée , et on fut en état de commencer la galerie , par quatre sorties. La batterie de six pièces tira avec succès , au flanc du bastion de la droite. A la gauche, on perfectionna les deux chaudières de mortiers , et aubizerts , et elles furent achevées. On fit à chaque batterie un amas , tant de bombes , que de poudres et de pierres , afin que disant grand feu , on pût travailler à la galerie avec moins de risque. On élargit tous les boîaux , de même que la tranchée , et quantité de facines , furent apportées pour être à la main. Le Prince d'Orange visita toutes les batteries , avec monsieur le brigadier Kepel qui avoit la tranchée.

Le 18, les batteries, tant de la droite que de la giu» che y furent achevées , et l'on compta pour lors quarante-deux pièces en batterie , vingt mortiers , et dix aubizerts. Le magazin à facines fut continué à la tête de la tranchée , et Ton fit couper , près de Marquette , trente mille pièces de gazon , pour servir à combler le fossé. A la gauche , les descentes du fossé fiireot continuées. L on apprit que son excellence mmisîeur

sixiiME siiGB. 383

fossé ; et on en acheva une. La sape fut poussèeVers la place*d'annes tirant yen le rayeUn dé l'ouvrage è corne.

fl

Le 14 Ton fit attaquer le chemin-couvert derrière la contregarde de la gauche , et on s'en rendit maitre. Nous y perdîmes Un lieutenant et 30 hommes ; l'en-^ nemi se voulant sauver avec un petit bateau pént^ excepté trois ou quitte qui se sauvèrent, on fit trois prisonniers. On tira une ligne jusqu'au batardeau , afin de saigner le grand fossé , et faire écouler les eaux entre les deux contregardes. Son altesse sérénissime le Prince Eugène visita les tranchées , et ordonna de les nettoîer et de les élargir.

Le 15 à six heures du matin, Tennemi qui étoit dans la place-d'armes , c'est-à-dire , derrière une traverse , fit grand bruit ; et quelques-uns sortirent pour renverser nôtre ouvrage. Nos gens crurent en effet qu'ils alloient sortir ; et comme il n*y avoit que douze hommes et un sergent des nôtres dans la sape ', ils se retirèrent ; ce qui donna lieu à l'ennemi d'avancer, et de nous renverser une partie de Touvrage , et puis ils se retirèrent , et nos gens rentrèrent et rétablirent le mal qu'on y avoit fait. Peu après nous fîmes sauter une mine : mais s' étant trouvée trop courte , elle ne fit aucun effet. A la droite , on en fit aussi sauter une t mais elle ne réussit pas mieux ; elle devoit faire sauter l'angle saillant d'une petite place-d'armes, et cela n'arriva pas. On apprit qu'il étoit arrivé à Menin , cinq cens tonneaux de poudre , et autres munitions , et cela à travers Tînondation , sur de j^etites chaloupée et des radeaux , et qu'on en attendoit davantage.

384 smiME siioB*

' Le 16 on continua à mener le canon sur ta contrescarpe ; et Touvertiire pour saigner le fbssé réussit , et Teau coula à souhait , Tis-à-vis du bastion delà droite. On coinmença aussi à faire apporter aux batteries tout ce qui étoit nécessaire pour fiure tin feu continuel , lors qu'on commenceroit. Son altesse sérénissime le IVince Eugène visita tous les travaux nouveaux , et fut ensuite à Marquette , donner Tordre.

Le 17 la descente du fossé fut continuée , et on fut en état de commencer la galerie , par quatre sorties. La batterie de six pièces tira avec succès » au flanc du bastion de la droite. A la gauche, on perfectionna les deux chaudières de mortiers , et aubizerts , et elles furent achevées. On fit à 'chaque batterie un ainas , tant de bombes , que de poudres et de pierres , afin que faisant grand feu , on pût travailler à la galerie avec moins de risque. On élargit tous les boîaux , de même que la tranchée , et quantité de facines , furent apportées pour être à la main. Le Prince d'Orange visita toutes les batteries , avec monsieur le brigadier Kepel qui avoit la tranchée.

Le 18, les batteries, tant de la droite que de la gau« che f furent achevées , et l'on compta pour lors quarante-deux pièces en batterie , vingt mortiers , et dix aubizerts. Le magazin à facines fut continué à la tète de la tranchée , et Ton fit couper , près de Marquette , trente mille pièces de gazon , pour servir à combler le fossé. A la gauche , les descentes du fossé furent continuées. L on apprit que son excellenoe monsieur

smiME' nifiK. 385

le ▼ell-maféchal dfChneAttAj ginénil de Famêcl; étoH mort à son quartier de Rounetàen , aptes i&yoir donné Tordre , et ngné celui d^aboUir lés piques ,■ de toute l'infanterie de TEtat , et fut généralemenlrc^tté de toute Tannée^ à cause des bons serrices qu'il avoit toujours rendus à TEtat. Le feu prit à iin magasin de cinq cens de nos grenades / et cela par les pierres que Fennemi jettoit. Qua^ tonneaux de poudre eurent le même sort.

Le 19 on apprit queTennemiaToit fait venir deux galères ; et même quelques petites galiotes , de Nieiiport , afin de nous empêcher de recevoir aucune pro-^ vision ou munition d'Oslende , par Hnondation , qui jusqu'alors nous avoit été favorable. L'on, travailla avec chaleur aux prépératîis , afin d'avoir tout à lai main pour combler le fossé , et cela à la droite oommte h la gauche. Celui qui commandoit à Lessihguen se laissa surprendre avec sa garnison , qui étoit de prés de mille hommes, comme nous Tapprimes avec tnen du regret.

Le 20 toutes les descentes furent prêtes à percer : car on ne laissa qu'un pied de terre pour ne pas laisser voir à repneqii l'endroit où on voiiloit travailler. On mena encore quelques canons sur les batteries , afin de faire la brèche à la courtine , et au flanc du bastion de la droite ; et cinquante-cinq pièces furent disposées sur la contrescarpe , tant à la droite qu'à ,1a gauche du ravelin contre-gardé y et trentefix mortiers et aubiMrts , afin que de ooncert oa fit brèche , et qu*oa

386 sniin sdEge.

élargit celles qui étoient déjà oommenoies. L*on âe^ Toit battre la face , le flanc et la courtine du bastion de Tattaque droite , et ruiner le retranchement du bas^ tion de Tattaque gauche. L'ennemi mit à Tentrée de la nuit le feu aux bois de la brèche du bastion de la gauche ; et cela pour en rendre Tabord inaccessible , mais cela ne pouYoit pas être d'un grand service ; car quelques bombes auroient suffi pour faciliter de monter à Tassant.

Le 21 ne fut emploie qu*aux préparatib des galeries ; et six cens travailleurs furent emploîez les uns à porter des facines , les autres , des sacs h terre , et à élargir les boîaux qui conduisoient aux sorties qui devoient être ouvertes h rentrée de la nuit : ce qui lîit exécuté ; où Ton emploïa six cens volontaires qoi étoient , douze par bataillons , six capitaines p an lieutenant-colonel , etdouxe lieutenans , ou enseignes» et vingt-quatre sergens. L*on fut asses heureux ; car l'ennemi ne s'en apperçut que tard , et dans le lems que Touvrage étoit fort avancé. L'on avoit commencé, tant à la droite , qu à la gauche , et Ton avoit travaillé avec beaucoup de diligence : mais un mousquet de ceux de la gauche s'étant lâché par malheur , cela donna l'allarme ; et alors l'ennemi fit un feu continuel, et nous tua, ou blessa cent vingt-huit hommes , et cinq officiers. A la droite deux ponts furent achevés , et un troisième commencé et fait à moitié. On en fit un à la gauche , et le second à deux pas prés de celui de la droite , et couvert par le batardeau , et à la gaudie de même. On ne perdit à la droite que vingt hommei.

sixiiifB si^GE. 387

et point d'officiers. Le Prince Philippe de Hesse-Pfailipster , qui 8*étoit si bien distingué à Tattaque de la contrescarpe, fut emploie toute la nuit à la gauche, à faire travailler à la galerie , où il y ayoit un lieutenant-colonel , et deux autres capitaines. 11 est à remarquer que les facines manquèrent dans la nuit : car sans cela les deux ponts auroient été également achcTezc On eut soin de mettre un aqueduc environ au milieu du fossé sur la digue , afin qu'en cas que l'ennemi eût pu donner de Teau , au moins elle pût s* écouler , el que cela n'empéchàt point le travail d'avancer , et de donner TÂssaut.

Le 23 nôtre artillerie fut très-bien servie : et Ton fit un grand feu tant du canon que des mortiers , de même que de nos aubizerts , qui ne laissoient pas de jetter des pierres ; ce qui n'incommodoit pas peu Tennemi. De leur côté , il nous en jettoient en quantité ; mais sans faire beaucoup de mal. Enfin , monsieur de Boufflers voîant que la brèche de la courtine avançoit à vûê d'oeil , qu'on alloit travailler de nouveau à perfectionner nos galeries , et qu'on seroit dans vingt-quatre heures en état de donner Tassant général , ordonna à monsieur le brigadier Malbois , d*aller faire battre la chamade ; ce qui se fit à quatre heures après-midi , après avoir tenu deux mois entiers la tranchée ouverte , et avoir fait une belle defiense , qui lui fait honneur et à sa garnison. Monsieur le général de Spar parla avec monsieur de Malbois ; et Ton convint des otages. Les nôtres étoient , monsieur le brigadier du Troussel , monsieur le colonel de Scbendorf , et moftr

sieur le major Mau » qui furent meneft par monsieur le baron de Spar à la porte de la Madeleine , et reçus par monsieur le marquis de Survile lieutenant-général, qui remit à monsieur le général Spar , monsieur le brigadier Malbois , monsieur le comte de Belle-lsle colonel , et monsieur de Château-Neuf lieutenant-colonel , qui furent conduits par un officier à l'abbaie de Marquette , où étoit son altesse sérénissime le Prince Eugène. Une partie de la nuit fut emploiée à régler les articles de la capitulation ; et elle fut signée le len* demain après-midi , et Ton nous livra la porte de la Madeleine. J'appris , étant dans la place , qu'elle coA* toit à Tcnnemi sept mille hommes tant lues que blessez , du nombre desquels étoient deux colonels. De nôtre c6té nous y avons perdu onze mille neuf «na quarante-six hommes. Son altesse sérénissime le Prince Eugène blessé , monsieur de Welkens lieutenant-général, monsieur de Yolkershoven major-général , auaa blessez.

Monsieur de Wassenar brigadier a été auiù bleaiè.

Le 24 monsieur le maréchal de Boufflers fit entrer une partie de la garnison dans la citadelle , et le rerte eut ordre de se tenir prêt à y entrer. Le vingt-cinq on ordonna aussi à la cavalerie qui étoit entrée dans la place avec la poudre , de se tenir prête k partir le lendemain pour Douai.

Le 25 monsieur de Soufflera se retira dans la citadelle avec le reste des troupes de la garnison , consislMit

sixiim SfiçM^, 391

serre , un colonel , un lieutenaat-cplond y un major; (jles capitainef , .et des suballernea à proportion. Monsieur Isînga , colonel des troupes des états , fut nommé major de la ville de Lille , aîant sous lui quatre aides* majors.

Le I*' novembre les eaux haussèrent extrêmement : la gauche de Tesplanade en fut toute couverte , et Ton fut oBligé de faire une coupure pour les £ûre écouler.

Les 2 et 8 Ton avança beaucoup le travail ; car on prit poste à la droite , fort prés de la contrescarpe , et Ton tira une h'gne de plus de cent pas /avec peu de perte. Ceux dû siège furent renforcez de neuf bataillons. Monsieur de Roques fut nommé pour avoir la direction du siège.

Le4 , à la gauche Ton poussa le travail^ afin de le joindre avec celai de la drmte ; tout cela à la demisâpe : et il fut fort avancé , et nous n'eûmes que quel* qiies blessez.

Le 5 Ton fit deui batteries ; mais il ne fut résolu de s* en servir que lors qu*on auroit gagné entièrement le premier chemin-çpuyert.

Le^ 6 tet 7 ,' là'sàpe fut continuée , et poussée à la droite jusques à la pointe de Tangle saillant de la contresç^pe^j Lp - cp^imissaire des f acines eut ordre de faire ^poeper ]|;>eauco^p^de gabions et de facines , afin de les iavjQkif à la .main pour s'en servir.

Leâ ro^^qofitinua à-.pousser la sape , comme aux moiçns ,c|b;^gi^e^. 4^ premier fossé. L'ennemi ne£t

390 ffinutaiB siâoR.

gauche , afin d'aller dans la tranchée , de ce cAlè*Ui , sans être tû. La trëTC fut jprolongèe jusqu'au tingthuit au matin.

Le Tingt-huit fut emploie à perfectionner le travail et à élargir la tranchée de Tesplanade: L'ennemi de de son côté travailla aussi tantli mettre des palissadea où il en manquoit , qu'à faire ses batteries. Phisieura de nos officiers s'avancèrent à la barrière de la palissade de la contrescarpe , et parlèrent avec les officiers françois. Chacun disoit pour lors , que M. le maréchal de Boufflers youloit nous céder la citadelle , à condi"tion , qu'eii casque la France fût en état de reprendre la ville , alors nous roidrions aussi la citadelle. Ce raisonnement ètoit fondé sur ce qu'on avoit prolongé la trêve : car elle le fut encore jusqu'au yingt-neuf après midi. Son altesse le Prince Eugène fit chanter le Te Deum dans l'église de St Pierre, pour l'heureuse rédition de la ville. Son altesse milordducde l|Iarlborough alla avec le Prince Eugène reconnottre la citadelle ; et le soir ils furent avec le Roi Auguste à la comédie.

Le 29 le travail s^avança : et l'on travaiUn à une I^atterje du côté (Je la droite. L'après-midi l'ennemi commença à tirer , parce que la trêve ètoit finie. Leur, canon nous tua un soldat , et emporta les jambes à deux bourgeois.

Les 80 et 31 il ne se passa rien de considérable , excepté qu'an lieu d'un colonel , qui avoit la tranchée, le Prince Eugène ordonna qu'il y auroit un brigadier» avec douze cens hommes , et huit cens hommes de ré-

sixiiioB mii»t 391

servie' ^ ,qn colonel , un lieuleiiaDt-oplend , un major; 4e8 capitainef y .et des subalteroea à proportion. Monsieur lânga I colonel des troupes des états , fut nommé major de la ville de Lille , aîant sous lui quatre aides« n^ors.

Lé I** novembre les eaux haussèrent extrêmement : la gauche de Tesplanade en fut' toute couverte , et Ton

fitft cibligé de faire ane coupure pour les faire éeouler.

I^es 2 et 8 Ton avança beaucoup le travail ; cajr oh

prit poste à la droite , fort près de la contrescarpe ,

et Ton tira une ligne de plus* de cent pas , avec peu

de perte. Ceux dû siège ftirent renforcez de neuf

bataillons. Monsieur de Roques fut nomnâé pour avoir

k direction du siège.

Le4 , à la gauche Ton poussa le travail^ afin de le joindre tivec celui de la drmte; tout cela à la demisape : et il fut fort avancé , et nous n'eAmcs que quelques bleMez. '

• Le 5 Von fit deut batteries ; mais il ne fut résolu de.:$*e|i servir quelprs qu on auroit gagné entièrement lo.prenuer chenun-çbuvert.

IJe^'6 tst 7%' là 'sape fui continuée V et poussée à la droite jusques à la pointe de Fangle saillant • de la çpp^esc^jjjÇf; ii|S; çpjnmissaîre des facines eut ordre de {f^i^e ^vnefiex J|;>f9U90^p,de gabions et de fadaes , afin de les ^jt^i k la vv^ Jfour s'en servir.

,', Le 8 rc^i.<)Ofitiaua^jkM pousser la sape , comme aux ^spifn^ de ;fi)igqer, ,1^ prèmi L'ennemi iie£t

392 smiME siioB.

presque pas de feu ; et Ton remarqua qu*à faltaque de la yille il avoit plus tiré de coups de canon par jour y qu'il n'en tiroit pour lors de mousquet.

Le 0 fut emploie tant à pousser la sape , qu*à une ouverture pour saigner le fossé. L^ennemi fit une petite sortie ; mais sans effet.

Les 10 et 1 1 Ton poussa la sape à la droite , et Von fit un nouveau logement sur la contrescarpe , sans perte que de quelques blessez. A la.gaudie lV>avrage 8*avança plus lentement.

Le 12 plusieurs batteries furent achevées et prêtes à tirer , mais on ne s'en servit point. Son altesse le Prince Eugène , et le Prince d'Orange » visitèrent tous les ouvrages , et allèrent ensuite à la comédie.

Les 1 3 , 1 4 et 1 5 l'ouvrage s'avança tellement » qu'on se trouva maître de presque tout le chemin-couvert ; et cela avec peu de perte , monsieur de Roques aiaot si bien ménagé le monde , que jusques ici le siège ne nous coûtoit pas quatre cens hommes. On travùlla à une coupure pour faire écouler l'eau du fossft , dans celui de la ville. L'on fit aussi un amas considérable de facines pour combler le fossé quand il en seroit tems.

Le 16 son altesse le Prince Eugène ordonna qu*on attaquât une place-d'armes ; et elle fut emportée , avec perte seulement de trente honunes tuez et six blessez.

Le 17 fut emploie à perfectionner le logement du jour précédent. Le Prince d'Orange vint avec le due

de Hoktein visiter la Iruichée. Le Roi Auguste donna le] soir un BAagoifique régal aux dames. Monsieur de Mey lieutenant colonel du régimœt de Mettrael fi^t tué d*un coup de fusil. G'étoit un fort brave homme , qui avoit servi long-tems, tant en France^ qu'ea Hollande.

Le 18 l'ennemi fit deux sorties ; mais avec peu d'effet, s^étant retiré lors que nos gens voulurent les charger. Ils renversèrent d'abord quelques gabions ; mais voîant qu'on alloit les charger , ils rentrèrent dans la ville (1 ) . Trente hommes qu'ils avoient encore dans le premier chemin-couvert Tabandonnérent , et se retirèrent dans Tautre.

Le 19 toutes les dispositions èîant été faites pour passer le fossé , cela fut exécuté sur deux ponts qu'on fit à la droite pour cela : et Ton prit poste Sur le glacis du second chemin-couvert : et cela se fit avec peu de perte ; car l'eniiemî'ne fit qu'un foible féu. Nous eûmes environ cinquante hommes hors de combat.

Le 20 trois ponts furent encore faits afin d'être plus en état de prêter la main à nos gens , et d'aller aulravail avec moins de peine et de risque. L'on perfectionna aussi le logement. Monsieur de Surville lieutenantgénéral reçut un coup de fusil au travers du corp^. , dans la place.

Le 21 l'ennemi fit deux sorties; mais il fut repoussé avec perte. L'on travailla à étendre les Ipgemens , tant à la droite , qu^à la gauche ; et ils furent poussez assev

(1) L'aateur a Ttola dire tias doute , dmu h dt$4€Ue.

394 AXiinB sntoB.

loin , avec perte de quelques blessex. Monsieur le général de Sailemburg visita tous les travaux » el S. A. alla ensuite dtner à Fabbaîe de Loos , cbeft son altesse le Prince Eugène.

Le 22 fut emploie à élargir le nouveau logement et à perfectionner le pont. Son altesse le Prince d*Orange et monsieur le baron de Spar , vinrent visiter le logement , et y ordonnèrent quelques nouveaux ouvrages.

Le I*' décembre Ton continua le logement sur le second chemin-couvert ; et il fut poussé avec peu de perte , Fennemi ne faisant que peu de feu. L*on apprit qu^il devoit partir le 3 un convoi d*Ath pour venir au siège , afin qu*on ne manquât de rien.

Les 2 et 3 l'on étendit la sape tant à droite , qu% gauche. L'ennemi ne tira pas un coup de canon ; et ainsi nous n'eûmes que quelques blessez ; cependani Touvrage s'avança extrêmement.

Les 4 , 5 et 6 nous occupâmes entièrement le second chemin-couvert. Tout le travail s'étant poussé avec peu de perte , Ton commença à marquer un terrain pour faire de nouvelles batteries sur la contrescarpe , «fin de battre en brèche , en cas que monsieur le maréchal de Boufflers voulût attendre jusqu'à Textrémitè.

Le 7 Fcnnemi nous jctta beaucoup de grenades » et fit phis grand feu qu'à Tordinaire^ de la mousquette> rie ; mais cela nous fit peu de mal. Monsieur de Roquet ordonna qu'on travaillât aux batteries , et recomiut le moîen de saigner le fossé.

sixiivB AiifiB* 39&

Le 8 Voa continua, à traTaillet aux batteries et aux. moîens de sécher le fossé ; mais sur les sept heures di» matin , monsieur le maréchal de Boufflers fit battre la chamade 9 et demanda k capituler. Si bien que les otages furent donnez de part et d'autre. Du côté de Tennemi y fut monsieur le comte de Bellide brigadier , monsieuiT Gharase lieutenant-colonel , et monsieur Bussi major. Du nôtre , monsieur Wartenslebcn brigadier, monsieur Hamilton lieutenant-colonel, et monsieur de Burch major. Tout le jour se passa à régler les articles de la capitulation : et elle fut enfin signée le 0 décembre. Tout ce qu'on put remarquer de plus surprenant k ce siège , et qui n'étoit pas arrivé assurément depuis long-tems y c*est que Ton a chargé les batteries » sans en avoir tiré un coup ; ce qui rendra ce siège encore plus extraordinaire^ et plus remarquable dans rhistoire. Toutes les troupes en général y ont servi avec beaucoup de zélé et de patience : et nos illustres généraux y ont pris beaucoup de peine , et y ont été fort exposez.

Capitulation militaire de la ville de Lille.

Il y ton po«r plu grtnde ikdlité une cspitokiioii ptrticiKere poor la garnisoD , et une pour les magUtrati , habitattf , étnU , ci antres ooips de la Tille «t cUteknie de LîUe.

AETxcLia pmoFOiis vova BUfcmB uk txlui te i.nxi avz akliu*

1. Il sera accordé six jours k compter du jour que -^iZl', V^ capitulation sera signée pour donner avis à mon-

U trait r la sof imison

396 ffiUÊMB SIÉGBt

tt pùUT entrer selgoeuF !e duc dc Bourgogtie de l'état oîi se trouve desquels trois jours ladite villc , pouf recevoir l'hontfcur de ses ordres, et expireront le 25 attendre le secours que l'on peut espérer ; et au cas

octobre a midy , , , . j t» • .• j •

pouravoir le temps T^^ le secours n amve pas dans 1 expiration des six de relever les pos- jours marquez , la ville sera remise aux alliez , et la fait aucun acfc gamison se retirera k la citadelle. Pendant lesdits

iTostiiitc entre la jours il uc scra fait aucuu acte d*ostilitë de part ny

Tille et la citadelle , . , • • , , -

jusqu'au 20 Qcto- d'autrc , m battene , m tranchée, ny aucune sorte are, et la porte d'ouvrage; et afin qu'il n'arrive dc part ny d'autre

do la Magdelcine ii i iiji*.

sera remise le 23 Qucun desordre enlfc les troupes pendant ledit temps , flpn's-midy,*ans les troupes dcs allicz occuperont seulement la porte

çuil soit permis .-ii ii ii.««i* ». m

h qui que ce soit du premier dehors de la porte de la Magdeleme , et la des troupes des al- gamisou gardera la porte de la demie-lune , 'et celle de fa ville , et pour '^ ville nommée porte de la Magdeleine , sans que ficlailyamrasous fesditcs trouDcs dcs alHcz puisseut entrer dans la vDle

ia voûte de ladite , . , . ^ ,. ^ ^-..

porte une àarnvre qu aprés que la gamisou sc scra entièrement retirée qui séparera les jg^g j^ citadelle , cc quî se fera à jour et heure maf-

troupes des aluez * •

d'avec celles delà <JUeZ,

çamison.

Accordé moyen- H • Quc tous les officiers , soldsts , dragous et autres , nuHt queU trans^ ^qJ^ Françoîs ou estrangers de telle condition et qualité

port soit aux de- , , " ^

ppnsduennenàs, qu'ils Soient , lesquels sont malades , ou blesses , tant

dans les hôpitaux de ladite ville , que dans les maisons particulières des bourgeois , cabarets et autres , seront transportez à Doûay avec les médecins , chirurgiens , apotiquaîres , et les autres personnes qui ont été établies pour en prendre soin : et qu'il leur sera donné par les alliez des batteaux , et autres voitures suffisantes, avec les escortes et passeports nécessaires pour y être conduits en seureté , aussi-bien que les valets et équipages dçsdits malades et blesses , six jours aprés

la gignature dé la préseDle capituliition y el{)ar1e che-< min le ^lus èourt. . : i : ; • *

i leurs III. Que ceux desdits malades et blessèx'qui ne soni ^* pasen état d'être transportez, resteront dans ladite ville dans les mêmes logemens qu^ils occupent présentement jusques à leur entière gueri'son ; et il leur sera fourny des vivres et des medicamens aux dépens des alliez selon leur caractère , et après leur guérison , il leur sera fouiiiy des pa^ports et des voitures pou^ être transportez à Doûay en seuretè , et par le chemiil le plus court.

nopen- IV. Quc nul officfor malade^ blessé > ou autreipent ircot- "® pourra être arrêté poiyr dettes , ny pour aucun rsseu' autre prétexte, que ce puisse être , mais c]p'il sera donné des sçur^tez à ceux qui jus^iiero^ leur être légitimement deu pour en être payé, .

ouraw V. Que toi|s les contracts et (^ligations {f|its entre

]rrf^ l'S François et les bourgeois de ladite Tille, seront

exécutez de bopne foy de part et d'aptre selon leur

forme et teneur , aussi^-bjep que œux qui aurçql é^

. firrétés avec les magistrats de ladite v^le.

k sortir VI. Quc Ics chcvaux et équipages des officiers "*^ '^"^ commandant dans la place et des trotipes de la gar- I la ci- uison , commi^isairea des guerres , ingénieurs , officiers d'artillerie , directeurs et commissaires des vivres et autres , aèrent conduits à Doûay ou; k Toumay , en S£ureté avec escorte I im jour av wt (|ue lu gfurpisqa

398 SIUÈME SUiGE.

entre dans la citadelle , et par le chemin le plus court ; et sous aucun prétexte on ne pourra les fouiller , arrêter , ni faire aucun tort ausdits équipages, ni à ceux qui les conduiront.

Accordé. yy q^^jj ^^ permis aux of&ciers de Tétat major de ladite ville de se retirera Doûay avec leurs familles , effets et équipages , ausquels il sera foumy à leurs frais des voitures nécessaires pour le transport de tout ce qui leur appartiendra , avec une escorte ou passeport pour les y conduire en seureté , et par le pluf court chemin.

Aaordé. VIII. Que Tou scra libre de renvoyer à Doûay les détachemens de carabiniers et de cavalerie k cheval , armes et bagages , avec tous les officiers dudit détachement , qui sont entrez dans ladite ville depuis le siège avec l'escorte nécessaire pour leur seureté , et par le plus court chemin.

AiconU, IX. Que toutes les femmes , enfans , familles des officiers , soldats et autres des troupes de France de quelque qualité et caractère gu*ils soient , pourront aussi se retirer à Doûay avec leurs effets , où elles seront conduites avec une escorte suffisante par le plus court chemin.

Arconic s'il n'y X. Quc nul officicr dc la garnison de tel caractère lf^\i].lcaia6i'e ^"'*' puisse étrc , ny les troupes ne pourront être inau jtaicmcHt. quietcz uy recherchez pour le dommage , br&lemeni »

ou démolition des maisons des faubourgs , cl du

dedans de la ville.

juxiim SIÈGE. 399

ordé, XP. Que Ton ne pourra reprendre les chevaux qui ont été pris i la guerre , et achetez par les officiera et boui^eois.

pris par

^^»* XII. Que les prisonniers faits pendant le siège seront rendus de part et d'autre acompte , homme pour

ange

'- ^0» homme' et caractère pour caractère.

iiége,

%rges XIII. Quc Ics officicrs dc la gouvernance du souerotti ^^f QÎi^ baillage de Lille seront conservez et maintenus ; ci dans rheredité et exercice de leurs charges , avec les ceux Appomtemens , gages et augmentations de gages , ^ en droits, privilèges, et exemptions , profits et émolumens qui leur sont attribuez par les édits et ordonnances en la forme et manière qu'ils en ont joûy , ou dû jouir , de même que les suppôts qui y servent.

ordé. Xiy. Que les ostages donnez de part et d*autre pour la seureté de Texécution de la présente capitulation seront rendus réciproquement après Tentiere exécution d'icelle.

irdé. XV. Que les sieurs de Buisseret et le Roy commissaires des guerres , et inspecteurs des hôpitaux , resteront avec les malades et blessez pour en prendre soin , et les conduire à Doûay avec leurs effets et équipages. Que le sieur de Yanderlinden , receveur des contributions et passeports , pourra se retirer à Doûay ou à Tournay avec sa famille , ses domestiques et effets , ausquels il sera donné un passeport ou escorte j^our s^y rendre en seurétë , et par le pludcourt chemin.

400 5IXlilIB fiUteR.

AcconU. XYl. Qu'il aéra aussi permis au sieur Pajot , directeur des postes , et à ses commis de se retirer à Doûay ou à Touraay avec une escorte ou passeport pour •*7 rendre en seureté , par le plus court chemin.

Accordé. xvn. Que les officiers et domestiques de S. A. E." de Cologne pourront sortir de ladite rille arec leuim familles et effets pour aller joindre sadite A. E. area une escorte pour les conduire à Doûay ea seuidë » et par le plus court chemin.

Accordé, ci XVIII. Que tous les bourgeois et autres babitans de moines. ladite ville , tant François qu^autres , de l'un et de

l'autre sexe , de quelque qualité et condition qo^ib soient , pourront continuer d'y demeurer , ou d'en sortir dans trois mois a?ec leurs familles et effets pour se retirer où bon leur semblera , sans qu*il leur toit fait aucun tort , soit qu*ils ayent été dans le commeree ou fait d'autres employs quels qu'ils puissent être ; ao* quel effet il leur sera accordé gratis les sauf egardes et passeports ^ dont ils auront besoin.

Accorde pour XIX. Dés quc la capitulation sera signée , il ^maf» 24 octo* permis d'envoyer un oiEcier exprés à monseigneur le

duc de Bourgogne pour avoir Thonneur de lui en aller rendre compte ; et il sera délivré un paas^ort audit officier tant pour se rendre prés de monseigQeiir le duc de Bourgogne , que pour son retour à la citftdelle de Lille.

U sera lai^aé dans la ville des ostages ou autres seu* X>m

sixnbiE siiGX* 401

our le payement des dettes qui y ont été con- •»" eommissmrg 9 de la part de Sa Majesté trés-Chrëtienne , et ottage, ostages y resteront jusques à Fentier payement. ç^ ^^^ ^^^

cuti de bonne foy,

remettra les clefs des magasins , tant des yîvres ^.^ ^,.^ ^^^ ^^ I munitions à ceux qui seront commis à cet effet , ^ ^roU perttmneê

1 1, •«* ii..i • cotntmses pour cê'

leur découynra de bonne foy toutes les mmes ^ ^^^ J^^^ 2^

Urroient y avoir» gonjktion par mn

plu» grand nom^ are.

ime Ton a accordé que ceux qui veulent sortir . Accordé «pour aller en France, Ton prétend rccipro- i^s^euou^ nt que ceux de Lille ayant des effets ou actions '»«»« '««»• appar-

, • ^ .• f 1 tiennent iegiiim^

nce les en puissent retirer , sans qu'on leur y ^^^^^^ jcun obstacle ou empêchement , mais au con^ oute aide et secours.

fcme on accorde encore le temps jusques au US Accordé comma e à la garnison de rester dans la ville ^ on sou* ; « pouvoir envoyer des commissaires , ausquels ntrera de bonne foy les magasins des vivres , et '

iiitions.

double à Lille le vingt-troisiénie octobre mil us huit. Signez ,

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