‹ Les sept siéges de Lille, contenant les relations de ces siéges, appuyées des chartes, traites, capitulations et de tous les documents historiques que s'y rattachent, avec trois plans aux époques de 1667, 1708 et 1792Chapitre 3 sur 15 · PREMIER SI^GE · texte numérisé non relu

PREMIER SI^GE

pour tenir la guerre contre le Roy , et contre le Conte Guillaume. Tantost que le Roy ouït ce , il appareilla ses osts : et vint assiéger Thierry dedans la ville de Tlsle : et y livra maint grand assaut : et s'eflbrcea de prendre la ville de Tlsle : mais à la fin le Roy vit bien que rien n*y exploiteroit , si laissa le siège et s'en alla en son pais.

( Chronique de Flandre, pu6Uéê par Denis Sauvage).

NoT4. ToQf les étfnetnens antérîears à|te siège sont lentement rapportés dans les annales de Buielin. On peut surtout consulter Gualbert , syndic de Bruges , qni a écrit une ois de Charlet-'ltmBon , comte de Fia»'drt, ( Elle se tronte tradnite dans la collection des historiens français de M. Gnizot ).

A la mort de TiUiistre Baudouin , comte deFlandre et empereur d*Orient , les provinces de Flandre et de Hainaut devinrent le partage de Jeanne, sa fille aînée , enfant de sept ans , qu'en partant pour la croisade il avait confiée à son frère le comte de Namur, nommé par lui régent de ses états. Celuici , plus occupé du soin de sa fortune que de bien remplirsamission, résidait habituellement en France, ainsi que la reine Mathilde , comtesse douairière de Flandre , veuve de Philippe d'Alsace ; « qui fut la X» cause , dit Oudegherst (1)9 que la commune , x> comme destituée de pasteur , emprint mesmes le X» gouvernement , de sorte qu'il n'y avoit en brief » aucune forme de république , qui ne fut corrompue

(1) ÀnnaUttU Fhndr9,Umt7,p, 49. Edition cU Letbroustarl.

2S BEUXIÈIIE SIÈGE.

ï> entre les Flamens. Les gouverneurs subalternes n n'avoyent plus d*authorité ; les conseillers n'esx> toyent point esleus comme auparavant ; les max> gistrats ne se créoyent solempnellement , et n'y D avoit plus personne qui se souciast des affaires » publioques ; ains un chascun tendoit à son proufGt » particulier » . Philippe-Auguste » cet habile politique dont toutes les actions tendaient à l'affermissement du pouvoir royal , eût saisi avec plaisir cette occasion de s'emparer du gouvernement de la Flandre , s*il n'eût pas été alors empêché par une entreprise non moins importante , celle de réunir la Normandie à la couronne de France. Ne voulant pas néanmoins laisser subsister une anarchie de dangereux exemple , il envoya en Flandre Philippe de Namur , après s*ètre assuré de sa fidélité en lui accordant la main de sa fille , la princesse Marie » veuve d'Artus » comte de Bretagne. Le nouveau gouverneur , dont l'ambition était satbfaite , laissa sa jeune pupille entre les mains du roi , et revint s'attacher sérieusement à rétablir l'ordre dans notre province. Le principal motif qui avait porté le monarque à ne pas se dessaisir de la garde de la jeune comtesse , était la crainte qu'elle ne fit un mariage préjudiciable aux intérêts de la France qui étaient contraires à ceux des Flamands. L'alliée naturelle de ceux-ci était l'Angleterre, d'où ils tiraient les laines indispensables à leurs manufactures qui avaient pris un accroissement considérable pendant l'espèce

DEUXIÂME SIÈGE. 33

d'interrègne sunrenu après le départ de Baudouin. Le mariage de Jeanne était donc une œuvre politique de la plus haute importance. De concert avec la reine Mathilde ( 1 ) » aïeule de cette princesse , Philippe-Auguste donna sa main à Ferrand ou Fernand de Portugal , second fils du roi Don Sanche I, Une des premières clauses du contrat était la cession à la France des villes d*Aire et de Saint-Omer , acquises au comte de Flandre par le traité de Péronne, en 1199. Ni les Etats , ni les barons de Flandre n'avaient été consultés pour ce mariage, qui eut lieu à Paris en 1211. On était certain d'avance de leur refus ; aussi , craignant que lo nouveau comte , arrivé dans ses états y ne trouvât des prétextes pour annuller un acte contraire aux vœux du pays , le prince Louis , fils du roi , et comte d'Artois, qui devait profiter de la cession des deux villes , rejoignit en route les deux époux et les retint prisonniers à Péronne , jusqu'à ce que ses troupes fussent en possession d'Aire et de St-Omer. Ferrand dissimula cet affront ; mais il en conserva un ressentiment secret qui n'attendait qu'une occasion pour éclater. Cette occasion se présenta bientôt, lorsque Philippe-Auguste , voulant passer en Angle* terre avec une armée formidable , convoqua tous ses

( 1 ] Mathflde, veaye de Philippe d'Alsace, portait le titre de reine ^ •nÎTant Tusage do temps , parce qu'elle était fille de roi. Don Sanche I ^ roi de Porto {^al , père du comte Ferrand , était ion frère.

grands vassaux pour l'aider dans cette entreprise. A rinjonction de son suzerain , le comte de Flandre répond qu'il n'ira rejoindre ses étendarts qu'autant qu'on lui rendra les deux places justement regrettées des Flamands , puisqu'en cas de guerre elles ser-* Vaient de forteresses aux bandes qui ravageaient tout le plat pays. Le roi, qui avait à cœur son expédition d'Angleterre , offre à Ferrand une indemnité équitable pour les deux villes. Celui-ci refuse et confirme par là les bruits qui couraient qu*il avait secrètement fait alliance avec le monarque anglais. Tendant ce temps , des arrangemens diplomatiques viennent suspendre l'expédition. Philippe , au lieu de dissoudre son armée » la dirige toute entière sur la Flandre. Siger II, châtelain de Gand , et Jean de Nesle, châtelain de Bruges, tous deux cautions du comte Ferrand dans le traité de cession, demeurent dans le parti du roi. Celui-ci s'empare de Cassel , dTpres et de tout le pays jusqu'à Bruges , tandis que sa flotte , composée de douze cents navires pénètre dans le port de Damme, alors réputé pour le premier port du monde, et le rendez-vous des commercans de toutes les nations. Les cor^aires Bretons et Normands s'y gorgent 3e richesses. Pendant ce temps Philippe-Auguste s'empare de Bruges et court assiéger Gand ; mais , informé que Ferrand , renforcé des troupes amenées d'Angleterre par Guillaume de Salisbury , attaque sa flotte , il quitte aussitôt le siège de Gand , fond sur ses ennemis , les

i>EtnuiifB siiav. $^

met dans une déroute complète^ et livre aux flamm^ le reste de ises vaisseaux , la ville de Damme et tout le pays environnant. Il revient ensuite sur Lille , qu'il prend après trois jours de siège ( 1 ) t et retourne en France en laissant dans cette demièra ville une nombreuse garnison.

Pour mieux s'assurer la possession de cette place qui avait déjà une assez grande importance , le roi ordonna la construction d'un fort près de l'église de St-Maurice , qui à cette époque se trouvait encore en dehors de la ville ( 2 ) ; puis il y laissa le prince Louis son fils , Gauthier , comte de St-Pol , Henri , maréchal de France ^ et avec eux ses meilleurs chevaliers.

Dès que le roi fut retourné dans ses états, Ferrand , qui s'était retiré dans les îles de Zélande-, en sortit avec une armée de Frisons et de Hollandais que lui avait amenée Guillaume » comte de Hollande* n reprit successivement Damme , Bruges , Gand et plusieurs autres villes. Ypres le reçut avec de grands témoignages de joie. Sur ces entrefaites , le prince

( 1 ) Nous avons cm detoir réunir sona nn mâme iilre cette premî^ prise de Lille par Philippe- Angnste et celle qni va suivre « bien qne ce fussent véritablement deux sièges , parce qne la connexité d'époque et de circonstances semble ne donner à oe double drame qu'une seule et mémo action.

( 3 ) C'est sans nul doute oe fori, appelé de Dêrgnau^ qui a doiyi4 •OD Bom à la place désignée •»jourd'h«î par odui de dêt R9finHm9*

DBUXliMl êliùE.

lôuis sortit de Lille^ se retira en France avec nne

grande partie àt ses hommes. <c Fat-*il, dit Buzelin« ^ » rappelé par le toi y ou excité par la crainte , c'est

«9" » ce qui est toat-à-Mt incertain » , Toujours est-

Q qti^il ne laissa que deux cents hommes pour la

garde de Lille.

Grande fut la joie du comte Ferrand en apprenant ce départ qui le laissait à-peu-près mattre du pays, n se dirigea aussitôt d'Ypres vers le château d'Er* quinghem^ur-la-Ly s qu'il ne put parvenir à prendre . Forcé d*y renoncer il s'approcha de Lille , comptant ^me les bourgeois lui en ouvriraient d'eux-mêmes les portes ; mais ceux-ci , trompant son attente , refusèrent de le recevoir et , après quatre jours de vaines tentatives , pendant lesquels il ne se fit aucun mouvement en sa faveur, il jugea à propos de remettre son entreprise à un autre temps. Plus heureux devant Tournai , il ne tarda pas à soumettre cette place dont les dissensions des habitans lui facilitèrent l'entrée. Reprenant alors ses premiers desseins sur Lille , quoique malade d'une fièvre ardente , il se fit conduire en litière et parcourut en vainqueur les environs*de cette place. A cette nouvelle , les Lillois sentirent se réveiller en eux le souvenir des ' lient d*amour et de devoir qui les unissaient à leurs

anciens souverains ; par une détermination subite , exécutée avec vigueur et promptitude , ils chassèrent les Français de la viHe et y reçurent leur comte , §mB calculer les dangers auxquels ils s'exposaient.

DIUTlàME 8IÉ6E. !f$

Cependant Hugues d'Athies ^qui commandait 1% garnison Française , s' étant retvë dans le fort de Dergnau , à peine achevé , fit savoir au roi la défection des habitans de Lille. Philippe entre alors ea fureur et jure d'en tirer une vengeance éclatante. Il revient en Flandre avec une armée , marche droit sur Lille et investit la place. Le comte Ferrand la défend en personne ; mais , après trois jours d'attaque , les Français pénètrent dans le fort par la porte extérieure. De là ils se répandent dans la ville et y mettent le feu. Toute résistance devenant inutile ^ le comte se voit contraint de prendre la fîiîte ; tons ceux à qui il reste assez de force pour se soustraire aux flammes et au fer des ennemis suivent son exemple ; mais les vieillards , les femmes , les enfans y enveloppés par l'incendie , poussent en vain des cris déchirans ; voués à la mort la plus horrible ils trouvent leur tombeau sous les débris enflammés de leurs habitations ; et s'ils essaient de sortir de l'enceinte de feu qui les renferme , des soldats impitoyables les y rejettent. La rage de ceux-ci ne connaît plus de bornes » l'élément destructeur n'agit pas assez promptement à son gré ; il faut que des. machines de guerre viennent en aide à l'incendie. Les édifices qui lui résistejk sont tirés à bas avee de longs crochets. Maisons» palais » églises même ^ toat s'écroule et s'abtme par les ordres du souverain qui se prétend le défenseur de la foi catholique et des droits du Saint-Siège. Pour punir de leyaux

Bourgeois , qu*il n'irait soumis que par la force , d*être rentrés sous Tobéissance de leur seigneur naturel , il faut exterminer ceux que leur sexe ou leur âge ont nécessairement rendus étrangers à cette prétendue trahison. II faut détruire de fond en comble une ville opulente qu'il eût été plus sage de mieux garder. Dfaut en effacer jusqu'aux moindres traces pour que ce terrible exemple demeure comme un monument étemel de l'aveugle colère d'un prince injustement irrité ! — Hais heureusement pour sa propre gloire cette éternité ne fut pas de longue durée; car, aussitôt l'ouragan passé , les Lillois revinrent chercher parmi les décombres encore fumantes la place de leurs habitations , qu'ils réédifiërent avec la promptitude que permettaient les constructions de ce temps ; et leur ville agrandie de deux paroisses ( celles de St-Maurice et de St- Sauveur ) , embellie par de nouveaux monumens , sortit radieuse du milieu de ses cendres et entra dans fmB nouvelle ère de prospérité que les règnes des comtesses Jeanne et Marguerite ne firent qu'accroître pendant 1a plus grande partie du treizième siècle.

BKuxiiMB siin.

mères JmtUlcatiflfc

Il ne nous reste anoun acte relatif aux évènemeii8 qae nous venons de décrire ; mais des autorités nombreuses nous servent de garants. Nous citerons d'abord Guillaume le Breton , auteur de la Philippéide , témoin oculaire de la célèbre bataille de Bouvines cpi suivit de près Tincendie de Lille, Aucun bistorien du temp(s n'était à portée d'être mieux informé que lui , mais il faut , dans le fragment qu'on va lire , faire la part des exagérations permises à un poète et de la prédilection naturelle au cbapelain du roi pour son auguste maître , ce qui dut contribuer à le rendre involoQtairement injuste à l'égard des vaincua.

GUILLAUBIE LE BrBTON ( 1 }.

PinLiPFKioB chant DC.

Dein , contra pacti juramentique tenorem , Çuo super sese conatrinserat Insula régi , Ferrando fœdue ferit y et clam nocte reductiê Proditione série , portarum claustra reçludit . Cumquesuis intrçducit legionibu$ipsum, Francigenœ verà | quos rex dimiserat illic Municipes , patriœ custodes , proditiosos Ut %ensêre dolos , cautè se in turre receptant ,

(1) Collection des hÎBtoriens ait France, tome XVU , p. 239. BitwJkm, GmUo-FImnd. Hi. t , p. 49.

30 DKUUiMB SltfGS.

Arreptisquâ armit êùliid virtute reiiêtunt Ferrando , Flandrisque suis ; $ed impete primo ,' Dum suheunt armii nondum sua corpora tecti , Non omnêspoiuêre neeia vitare perielum , Quin aliqui fuerini capti , plerique perempti. Inierêà curtu fesiinant agmina rapio , Quœ rex iratus partes educit in iîlas , Inounctanier avens correpto tempore caris Auxilium con ferre suis , quos hostis in arcto Sicpremit f ut pressis spesjamsit nulla saîuiis. Qui cùm venissent , muros indagine factd Cingere non curant ^ ne sit mora forte pertclo , Dum cives instant Fronças excludere turri. Es improvisa , quœ solis respicit ortus , Ad portam veniunt , strictoque repagula ferro Confringunt ; vaîvas summd vi cardine verso Discludunt , murosque prias quàm scander e fas sit ïndigenis , vicos subeunt , primoque furore Ignihus appositis , pulcherrima quœque domorum In terram faciunt procumbere , vertice verso : Sicque fit ut fiant majora incendia damno dvibus infidis , quàm ferrum aut dextera pugnans, Sufficit excessus ulcisci sola dolosos Vulcani rabies , quam spirans Molus auget : Neo tantùm junctos lateraliter improba vicos Incinérât ; verum , procul inde volante favilld , Quicquid habebatur pulchri inter mœnia , flammes In nikilum redigit unoijtiolentia puncto, Cum domibus pereunt omnes , vitare perielum Quos infirma vetat œtas aut débile corpus : Qui pedibus , qui fortis equo fugiendo recedit* Segemino retrakens hostis flammœque furofi » MêfOit Fêrrandum dumos et dévia qtêofquo

HEUXIÂMB SIlfGB. 31

M9ntê iuhiipavidd , ialos ad litnina porta Semper habetu « vulius non audens flecterê retroê Meve labaiur , aut passum forte vel unum p9rdat ien9; lœvam seu destram vis sinit horror Respicerê : esse loco se tutum non putat ullo ; Jmmperimi , jam jamque capi sibi visus , ad omnenh Qui venit à tergo y strepitum pallescit , et omnis , Neglectâ fade , sanguis subit aibdita cordis » Ut lateat , trepidoque ferat solatia cordi. Sic metuens metuendo metu pœnam luit ipso , Pcenaque fit prœsens pœnœ formido sequentis. Plus tamen adjuvit fortunœ dextera victos , Quàm fuga vel cursus quo se salvare studebant» Humida nam tellus carecto fœda palustri Et viscosa tegens limoso viseera piano , Interiore sinu subeunte calore vaporans In noctis faciem converterat aéra , tristes Eshalans misto nebulas humore calori , Ut vecti visus vis se vectoris ad aures Estendat , nec quis prœcedat , quisve sequatur , Quis veniaijustà , poterat dignoscere quisquam» Vnde sequi tantùm licuit nostratibus illos , Que villœ dabat usque furens incensio lucem , Cùm médias solper nebulM lucere nequiret; Jnnumeros tamen occidunt , pluresque retentant , Quos res perpétues emptori cuilibet omnes Vendidit in serves , et vinsit stigmate jugi. Insula tota périt miser œ servata ruina.

Quicquid enim in totâ sibi flamma cremabUe villa Repperit , ùbsumpsit : reliquum instrumenta deorsum Ferrea dejiciunt terra , strictique ligones. tfeo turris y quàm res fabrioaverat , intégra mansit , Kê quid ibi maneat kabitabile dénué Flandris*

32 DEUTiiMB svicu.

La PuaippÉiDB , par Guillaume le Breton , traduction de M. Guizoty chant IX , page 278.

Ensuite , et au mépris de son traité et de la teneur du serment par lequel la ville de Lille s'était soumise au roi , cette ville conclut un autre traité avec Ferrand , et lui ouvrant traîtreusement ses portes, au milieu de la nuit et en grand secret , elle introduisit dans ses murs Ferrand et son armée. Aussitôt que les Français , que le roi y avait laissés pour la garder et la défendre , eurent reconnu cette trahison , ils se retirèrent prudemment dans la tour , et, prenant les armes, résis^ tèrent avec leur valeur ordinaire à Ferrand et aux gens de la Flandre. Mais dans le premier moment , lorsqu*îIa se précipitaient dans la tour , sans avoir revêtu leurs armes ^ tous ne purent échapper au péril qui les me-» naçait ; quelques uns donc furent faits prisonniers ; et beaucoup d'autres frappés de mort.

Le roi cependant ramène aussitôt son armée dans ce pays et s'avance d'une marche rapide, impatient de porter secours sans le moindre retard à ses amis , que Tennemi serre de près , tellement qu'il ne leur reste plus aucun espoir de salut. Les Français , dès qu'ils sont arrivés , ne s'occupent point à prendre toutes les mesures pour investir les murailles , de peur que le moindre retard ne soit fatal , puisque les citoyens font les plus grands efforts pour expulser de la tour les autres Français. Tombant à l'improviste sur U porte qui fait face au levant ; ils brisent les barrières de fer , font rouler les portes sur leurs gonds de viva

DEUXIÈlfE SIÈGE. 33

force , et avant même que les habilans aient eu le temps de monter sur leurs remparts , ik pénètrent dans les rues , et dans le premier mouvement de leur fureur, répandant les flammes autour d'eux ^ ils abattent et renversent sur la terre les plus belles maisons. Cet incendie devient pour les citoyens infidèles une plus grande occasion de dommage que ne pouvaient être le fer ou les bras des combattans. Les fureurs de Yulcain , animées par le souffle d'EoIe , suffisent à tirer vengeance de tant de perfidie ; la flamme dévo* rante ne se borne pas à consumer sur les côtés les rues qui se communiquent , et bientôt , les étincelles volant au loin , tout ce qu'il y a de beau dans Tenceinte des remparts se trouve en un instant anéanti par la violence de l'incendie.

Eu même temps que les maisons, périssent tous ceux à qui les infirmités de Fâge où la faiblesse du corps refusent les moyens d'échapper au danger. Ceux qui peuvent se sauver , fuyant à pied ou à Taide d'un cheval vigoureux , évitent à-la-fois la double fureur des flammes et de Vennemi , et s'élancent à la suite de Ferrand , le cœur rempli d'épouvante, à travers les broussailles et en rase campagne hors de tous les sentiers , se croyant toujours près des portes fatales , n'osant porter la tête en arrière , soit pour ne pas tomber , soit pour ne pas perdre un seul mouvement de leurs pieds. L'effroi leur permet à peine de regarder à droite ou à gauche ; aucun lieu ne leur parait un asile assuré ; ils se croient déjà sur le point d'être tués ou faits prisonniers; au moindre bruit qui se fait

34 Bsuxi&m siiQB.

entendre derrière eux ils pâlissent ; tout leur sang dk^ daignant leur visage, se retire au fond de leur cœur pour s'y cacher et porter quelque consolation à ces cœurs tout tremblans. Ainsi remplis de firayeurs ils expient leurs fautes par leurs frayeurs mêmes , et la crainte d'un châtiment futur deyient un châtiment présent.

La main de la fortune cependant vient au secours des vaincus , plus que n'eût pu le faire la fuite , ou la marche rapide' en laquelle ils mettaient l'espoir de leur salut. En effet , la terre humide , toute couverte de joncs de marais , et cachant ses entrailles puantes sous une plaine fangeuse , s'évaporait par Teffet d^une chaleur intérieure, et, changeant l'atmosphère en nuit épaisse , exhalait des brouillards , formés d'un mélange de chaleur et de liquide , de telle sorte que Tœil du conducteur pouvait à peine atteindre à l'objet qu'il conduisait , et que nul ne pouvait distinguer ce qu'il y avait devant, derrière lui, ou à câté de lui. Les nôtres donc , ne poursuivirent les fuyards que tant qu'ils purent s'avancer , à la lueur de l'incendie de la ville , car le soleil ne pouvait luire à travers les brouillards. Ils tuèrent cependant un grand nombre d'hommes et firent encore plus de prisonniers , que le roi vendit à tout acheteur pour être à jamais esclaves, les marquant ainsi pour toujours du fer brûlant de la servitude. Ainsi périt toute entière la ville de Lille, réservée pour une déplorable destruction. Car tout ce que la flamme put trouver à dévorer dans T enceinte de cette ville ^ elle le dévora , le reste fut renversé par les

BEFXlim SIÈGE* «15

inslrumens de guerre et par les durs boyaux ; la tour même que le roi ayait construite ne demeura point débout , afin qu'il n'y eût désormais en ce lieu aucun point où les gens de la Flandre pussent habiter.

Itécit de la prise de Lille par Philippe-Augnste l suivant Jacques de Guise. Édition française de 1631. Troisième vol. chap. CXII. F"" 82, recto.

En ce temps fut le conte Ferrand de rechief encores conseillé qu'il yroit assaillir la ville de Lisle. Car Loys , filz du roy sen estoit party et ayoit laisse aucuns hommes darmes au fort chasteau qui sappelle Regniau , lequel est auprès des murs de la Tille , et estoit tellement compose que on poVoit yeoir de ladicte yille entrer et yssir Flamens en la yille de Lisle. Ledit conte Ferrand yint deyant et la print ou moult peu de gens y eust doccis, et aussi ne fut point pillée. Quant la chose fut aucunement appaisee il assiégea le chasteau de Bigniau. Incontinent les nouvelles de la prinse de Lisle yindrent au roy de France lequel assembla ses batailles et sen yint hastiyement yers Flandres. Le conte Ferrand ayant qu'il se peust partir de Toumay comme deyant est dit estoit moult fort malade de fi^yres et le ayoit convenu porter en une littiere vers Lisle. Et quant il sceut la venue du roy €t voyant Finconstance de la ville , et que le roy firan- <jiement, et sans difficulté par le chasteau de Regniau povoit entrer en la ville luy comme bien conseillé print sa littiere et s'en alla à Gand et aucuns de la yille prindrent leurs biens et sen allèrent avec luy. Adonc

36 rauxiiMB iniGB.

bien peu de temps après entra le roy dedans ledit chasteau et en la ville, et pource qu'il trouva si peu de gens la fist brusler. Apres il fist abbatre le chasteau Darkinghen et le chasteau de Cassel puis sen retourna en France.

Do SAC DE Lille. Extrait de r excellent Mémoire eur la bataille de Bouvines , par le chevalier Ld>on« — Lille 1835 , p. 67.

On lit dans presque toutes les histoires contemporaines et modernes , que le roi détruisit cette ville pour punir les habitans de leur trahison , ou Téquivalent de ces paroles ; nous demandons de quelle trahison ces historiens ont entendu parler PFerrand était, à la vérité , vassal de la couronne de France à cause de son comté de Flandre ; mais les Flamands étaient sujets de Ferrand. 11 n'appartenait point au suzerain de qualifier son vassal de félon , de confisquer son fief de son autorité privée , et de délier ses sujets du serment de fidélité ; il devait pour cela appeler Paocusé par-devant le conseil des Pairs qui décidait la question. Le conseil étant composé de grands vassaux, on sent qu'il fallait des motifs fondés pour obtenir un jugement conforme aux conclusions du roi. Or, aucune de ces formalités n'ayant été remplie , à Fégard du comte de Flandre , la ville de Lille , tombée au pouvoir du roi et occupée par ses soldats , n'était point un événement qui dût apporter de changement dam la fidélité que les Lillois devaient à leur comte. Tant

que le corps de troupes du prince royal avait èouirert la Flandre Walonne , les bourgeois de Lille se trou-^ vaient forcés de ne prendre aucune part à la guerre. Sollicités par lesagens du comte, lors du premier investissement , ils refusèrent de se tourner contre la gai'-' nison française ; mais abandonnés pour ainsi dire à leurs propres forces par la levée du camp du prince Louis , craignant avec raison les suites d^une prisé d'assaut, ils ouvrirent leurs portes aux soldats flamands qui , du reste , étaietit leurs compatriotes ; i)s ne se portèrent à aucun excès contre les 200 lances fran^ çaises en garnison dans la place , qui purent se retire^ librement dans le fort ded Raigneaux. Ils ne furent donc coupables, à notre avis, d^aucukie félonie, d'aucune trahison ; la prise de Lille ne peut être imputée qu'aux Français eux-mêmes qui devaient y entretenir une garnison suffisante pour sa défense. Mais, disent ces historiens , le roi , en rappelant son fils , avait confié la défense de la place aux habitans^ et ils abusèrent de cette confiance pour la livrer au comte de Flandre. Singulier raisonnement! Mattre de fait delà place, le roi pouvait-il délier, ipso faùto^ les Lillois du serment de fidélité à leur souverain , et suffisait-il de dire aux habitans quMt mettait leur ville sous leur sauve-garde et les placer ainsi dans la cruelle nécessité de combattre leur prince, leurs compatriotes? Certes, pour que les Lillois eussent été dans Pobligation de défendre la ville contre Ferrand^ il eût fallu , ou qu'ils eussent accepté volontairement , nous ne dirons pas

rhonneur , mais la charge pénible qu'il avait plu au

3S DEUXIÉHE SIRGK.

roi de leur imposer, ou qu'ils se fussent donnés YoIon« tairement à lui.

Si la place eût été munie d'une garnison française assez nombreuse pour la défendre et que les habitans eussent facilité sa reddition par des pratiques cachées , ou par une révolte ouverte au moment des attaques , la question se présenterait d'une manière difTérente ; mais les accuser de trahison dans la cruelle position où ils se trouvaient , c'est prétendre excuser un trait de barbarie par un sophisme. La vérité est que cette malheureuse ville fut victime du ressentiment du roi irrité de la destruction de sa flotte et du changement survenu dans ses aOaires. Le siège ne fut point long et opiniâtre comme le dit un auteur moderne. Insula post triduum modica fuit obsidione. (*)

Âthius « qui commandait la garnison française reti* rée dans le fort des Raigneaux , introduisit les troupes royales par la porte du fort qui donnait dans la campagne, après trois jours d'attaque et après Tincendie des habitations extra muros. Le feu fut des plus horri* ble. Le fort des Raigneaux qui était construit en semi* dur avec des poutres croisées et chevillées selon T usage du temps et h peine achevé , fut tellement endommagé par les tourbillons de flammes, qu'il se trouva hors de service quand on vint à rebâtir la ville sur une plus large enceinte. Les brasiers amoncelés des maisons qui étaient alors en bois , avaient échauffé la terre

(*) Philip^dos GniHelim Armorici, lib. IX.

DBDiliHB snâfii. 30

bitumineuse, & l'endroil oîi aoDt aujourd'hui les rues Basse et de la grande Chaussée , de manière que lesul brûlait encore plusieurs jours après la destruction ; la fumée qui s'élevait dans les airs formait UD nuage épais qui répandait dans les campagnes, i plus de Iroia lieues sous le vent , une odeur de tourbe.

TBOisiènDB siéeE.

PHiLippB-Lfi*BEL régnait alors sur la Franée , et à cette époque , quelques cités commencèrent déjà à perdre cette indépendance politique qu'elles avaient conquise ou obtenue pendant les siècles précédents, indépendance qui donnait à leurs mœurs un caractère d'individualité et à leurs forces une grande puissance d'action pour la défense des droits de la commune. Si on en excepte Gand et Bruges , qui traitaient de puissance à puissance avec leur souverain , la plupart des villes de Flandre se trouvent mêlées comme des instrumens passifs à des guerres où leur importance en hommes et en armes n'est plus en rapport avec les masses imposantes que les rois mettent sur pied pour appuyer leurs desseins. On sait quels furent les démêlés de Philippe-Ie-Belavec Edouard I roi d'Angleterre , et comment celui-ci t pour se ven«

4s TROISitMB SIliGI.

ger de la confiscation de la Guyenne y suscita àe$ divisions au nord du royaume. Guy de Dampierre ^ comte de Flandre y dont les états étaient sans cesse en butte aux attaques de voisins ambitieux ou jaloux, et qui avait besoin d'appuyer sa puissance au dehors par des alliances respectables (1)» avait promis sa fille Philippe en mariage à Edouard fils du roi d'Angleterre; mais cette princesse était filleule du roi de France , et Philippe-le-Bel témoigna le désir de voir sa filleule et de l'embrasser avant son départ pour l'Angleterre. Le comte de Flandre, trompé par les apparences bienveillantes du message , partit avec la comtesse sa femme pour aller présenter leur fille à la cour de France. A peine y furent-ils arri-. vés que le roi Jetant sur son vassal des regards cour-; roucés 9 lui reprocha sa félonie pour avoir voulu enfreindre la loi de l'état , qui voulait que tout princa ou haut personnage du royaume demandât l'asseor: timent du roi, avant de contracter aucune alliance par mariage, sous peine d'être dépossédé de ses fiefs (2) ; après l'avoir retenu quelque temps prison-^

( 1 ) Une des caoïei principales de la propension des Flamands à s'allier avec l'Angleterre sabsisUit tonjoars; c'était le besoin des laioet anglaises. Ainsi le comte Guy en accordant sa fille an (Us d Édooard, servait les intérêts de son peuple beaocoap plos encore <^ue les siens propres.

(2) L'existence de cette prétendue loi, alléguée par lea historiens français, n'a jamais po êtn prouvée. Dans le cas ci -dessus , le comte Guy ayant été absous par la cour des Pairs , Taccnsation qui pesait sv laj

TROISliBIS' SiéGB. 43

nier ^ Pbilippe-Ie-Bel permit enfin au comte de Gu j de se retire^ en Flandre , à condition qu'il laisserait sa fille à la coor de France pour plus de sûreté de la promesse qu'on avait exigée de lui de rompre le mariage projeté. Le comte , pour recouvrer sa liberté 9 prit le parti de dissimuler dans cette circonstance la profonde indignation que lui causait le procédé arbitraire du roi.

U se bâta de regagner son comté et là , après s'être prémuni contre toute attaque, il envoya au pape des ambassadeurs pour*lui demander justice de la tyrannie de Philippe-le-Bel ; Boniface VUI , qui saisissait avec empressement toutes les occasions d'étendre son pouvoir , ordonna au roi de rendre à Guj de Dampierre sa fille et son comté , ou d'avoir à rendre compte de sa conduite devant son tribunal ; mais le roi Philippe n'était pas bomme à s'eflrayer de si peu, et, méprisant les menaces d'exconununication dont le pape avait armé sa bulle , il répondit que les aflairesjemporelles de son royaume ne regardaient que lui seul , que le pape n'avait rien à y voir, et que dans cette occasion, il refusait de se soumettre à l'autorité du Saint-Siège. Si nous nous

tombe d'elle-même. D'aillean 1» inse employée par Pliilipp4i-le*6d pobr «^assurer de la ptarsoune de la jeune prioceitte cl eiu|)£clier par là nn mariagt contraire à ses \uet » prouverait seule qn*il •*agiMail bien plutôt d'une tocfture politique que de l'exécution d'une loi de l'état ponr laquelle la cour dta Pairs était seula compétente.

TROISIÈMB SIÉai,

reportoni aux mœur$ de cette époque, si noas ooii-« sidérons l'imipense crédit qu'avait alors le pouYoir ecclésiastique , nous conviendrons qu'il fallait que Philippe-le-Bel fut bien b^rdi pour basarder une pareille démarche; c'était un acte d'indépendance tout-rà-fait inusité , et les vieux chroniqueurs ne le rapportent qu'en tremblant. Cependant le comte de Flandre ne se tint pas pour battu, il se bâta de man-r der toute cette affaire au roi d'Angleterre et de récla* mer son appui ; on convint alors de réunir le plus de forces possible , et de convoquer à Grammont une assemblée de tous les princes et Seigneurs qui vou-* draient soutenir la cause du comte de Flandre. L'assemblée fut nombreuse; (les droits et l'indépendance de tous Sie trouvaient compromis dans cette iaffaire. ) On y vit le roi d'Angleterre , le roi Adolphe d'Allemagne , le duc d'Autriche , Jean duc de Brabant, le comte de Qberles, le comte de Juliers , Guillaume de Juliers son fils , Jean comte de Hollande et de Hainaut, Robert comte de Nevefs, le comte de Bar, Guillaume, Henry etÇuy de Flandre, Jean comte de Namur et plusieurs autres barons ^ .comtes et chevaliers.

Dans cette assemblée Guy de Damplerre rapporta ^es griefs contre le roi de France , et rappela au roi d'Angleterre, que lui-même se trouvait intéressé dans cette querelle , mais qu'il ne devait pas craindre que lui , comte de Flandre , manquât à la promesse

TEOISliMS 81É0B. 45

qu'il lui avait faite de donner sa fille à son fils , et que si le roi de France persistait à retenir près de lui la princesse Philippe « il pourrait alors lui offrir son autre fille Ysabeau aux mêmes convenances et conditions que la première. De leur côté les barons et hauts seigneurs assemblés promirent aide et protection au comte Guy, et déclarèrent que le roi de France se brassait un bruvage dont la digestion lui tourneroil et aux siens en trop amère ai-greur et aigre amertume. (1) On déclara la guerre à Philippe-le-Bel , et bientôt après , ce prince ayant réuiii toutes ses forces disponibles , se présenta devant Lille à la tête d'une armée considérable. Il fit étendre ses troupes tout autour de la ville , et s'occupa de choisir les meilleures positions pour camper et pousser ses travaux d'attaque le plus loin possible ; pendant ce temps , Robert de Béthune fils du comte de Flandre , ranimait l'ardeur des assiégés et faisait circuler dans leurs cœurs un nouveau courage en leur rappelant toute la justice de leur cause , en les excitant A protéger la bonne foi et la loyauté de leur seigneur contre l'arbitraire du roi de France, et en ne craignant pas de s'exposer lui-même à tous les dangers , de se soumettre à tous les travaux , à toutes les fatigues imaginables comme chef, ou comme soldat; son exemple électrisaitles défenseurs de la ville , et ils en étaient venus à mépriser les dé-

Çt) Oiid«fiifrf t , tome 2 , ptg« 278 , édit. de LttliroafMrt.

46 TBOISifcMfi SIJiGS.

monfitrations hostiles des ennemis dont les innonw brables bataillons couvraient cependant la plaine , et qui chaque jour exerçaient dçs cruautés inonies contre les malheureux habitans de ces contrées. Non contents de déployer dans leurs attaques contre la ville tout le formidable attirail de guerre en usage à cette époque , non contents de chasser les assiégés des remparts et de renverser les édifices par les énor* mes pierres qu'ils lancent de leurs balistes, ils réduH sent les faubourgs en cendres , portent le fer et la flamme dans toutes les habitations, et n'épargnent pas même le superbe couvent des Dominicains qui existait à cette époque près de la ville , et sans se borner au territoire de Lille, |Is étendent leursrrtva-' ges sur tout le pays compris entre la Lys et la Scarpe, brûlant, pillant, détruisant tout, violant les jeunes vierges consacrées au service de Dieu , et semant partout le deuil et la désolation. Pendant ce temps le roi recevait dans son camp un renfort de trois cents Tournaisiens, de plus Jean comte de Hai* naut avec son filsaioé, Jean comt^de Soissonset cent vingt autres nobles seigneurs lui amenaient de nombreuses troupes rassemblées dans le Hainaut. Dans leur route ils essaient de prendre le château de Dossemé, mais ils échouent et sont obligés de se retirer honteusement, se réunissant alors à Farmée déjà formidable qui entoure la ^îUe^ et qui attend le résultat des négociations commencées pour la reddition de la place. Rdi)ert d'Artois s'était ^atté

rHOlSliMB SitfGB. 47

d'amener facilement les Lillois à ce point , il était persuadé que le fils dn comte Guy, Robert de Bé-? thune, accéderait avec plaisir à des conditions équi-; tables; ayant donc obtenu Tautorisation du roi pour cet objet, il s'était abouché avec lui , mais toutes ses tentatives furent inutiles, les offres brillantes qu'il fit au jeune prince ne firent que Tindigner davantage et que l'affermir de plus en plus dans son dessein. Persuadé de l'inopportunité de ses démarches , Robert d'Artois demanda la permission d'emmener avec lui un certain nombre de soldats , et de péné-r trer dans l'intérieur de la Flandre Teutonique par le fossé neuf, pendant que Guy comte de St-Pol et Rodolphe de Nesle parcouraient les bords de la Lys et massacraient les Germains et les Flamands chargés de défendre la route d'Ypres. Us espéraient par ces mauvais traitemens , et ces cruautés multipliées abattre l'esprit des Lillois et les amener à une capitulation honteuse; mais leurs efforts n'obtinrent qu'un effet tout opposé , en les excitant à la vengeance et en ranimant leur courage , et en cela les soins de Robert de Béthune étaient admirablement secondés par le chevalier de Faukemont ( 1 ) surnommé le Roux; ce guerrier d'une bravoure éprouvée, était un second Ulysse par sa prudence et par les ruses inattendues dont son esprit était fécond. Un jour, par exemple, les comtes de Forest,

m — 1 ■ ^ , I — III - ■ ■ 1 1 — ■ — ^

(1) M./Wftrnkoenig le nomme de Fakkênbêrg; c*éUit an seigncof lUemanddt grtndt naisfanoe,

48 TROisiin tntev«

et de Montbeliard et Jean de Gbâlonfl étaient d# garde pour veiller à ce que les soldats de Lille n# vinssent point assaillir le camp par surprise , lorsque le soleil et la chaleur les engagèrent à chercher un abri sous leurs tentes ; mettant donc pied à terre, ilt couvrent des valets de leurs armes « les font monter sur leurs chevaux , et leur commandent de veiller à ce qu'on ne puisse les surprendre ; mais le Roux de Faukemont était aux aguets, ses espions l'avaient déjà averti , et il s'était empressé d'armer de crocs en fer les lances de ses hommes-d'armes , de manière a pouvoir renverser les cavaliers et les tirer en has^ de leurs chevaux. (1) Tout étant prêt il sort de la* ville avec sa troupe , toute composée d'allemands ^ fond à rimproviste sur les faux chevaliers, les désarçonne et les jette à bas de leurs chevaux; la no«^ velle de cette attaque se répand dans le camp français , Fallarme est donnée , et bientôt des deux cAtés le combat s'engage avec fureur; mais l'inégalité du nombrefaitsongerlesÂllemands à la retraite. Lèchevalier de Faukemont la protège avec son sang-froid accoutumé. A la tète des assaillans courait le comte de Vendôme qui , emporté par son impétuosité , vint se jeter au milieu des Allemands. Profitant de cette témérité , Faukemont prend le comte , et à laide de

(1) Ces espicef de hallebardes , réservées maiotensnt pour les susMt Sm églises , furent appelées 8tJkê6utU$. Si Ton en croit notre chrooiqi il n'a existait point atant TinTention dn seigneur de Fankcaont*

TAOUlilfl SliGB. 49

Mi gens, le place derant loi tur ion eheyal , remportant Ters la Tille, comme un glorieux trophée. Cependant du côté des Français , de nouveaux renforts arrivent à chaque instant , un homme mort est aussitôt remplacé par dix autres soldats frais et reposés, et la retraite devient de plus en plus urgente et difficile. Le Roux de Faukemont soutient bravement le choc de tant d'ennemis , mais le fardeau extraordinaire dont il s*est chargé le gène et nuit à sa défense. Pendant qu'il songe à s'en débarrasser , un puits se rencontre sur son chemin à l'endroit où le faubourg avait été récemment brûlé. Il enlève son prisonnier de dessus son cheval , et le lance dans le )>uits , où le pauvre comte trouve la mort; il j eut encore bien des coups de portés; bien des guerriers courageux arrosèrent encore la terre de leur sang , mais enfin après des efforts incroyables » ils vinrent à bout de se frayer un passage et purent se retirer dans la vïle avec les chevaux qu'ils avaient pris , pendant que les Français frémissaient de voir cette proie leur échapper , et tâchaient de retirer du puits le corps du comte de Vendôme que les siens allèrent ensuite enterrer dans son pays.

Une autre fois le Roux de Faukemont s'aperçut que les servantes de la reine de France avaient étendu tout le linge de l'hôtel du roi pour sécher « an Riei de la Blagdeleine , non loin de la porte de

50 nOISliMB ÊÊÉÊÊL.

la ^Ue ( 1 ) , et il trouva plaisant de s'approprier e^ butin à la barbe de l'ennemi. Il sort donc de la ville avec ses Allemands , suivis d'une troupe d'hommes de pied et s'avance jusqu'auprès des retranchement ennemis ; les sentinelles l'aperçoivent , Talarme est donnée , et un nouveau combat s'engage aussitôt ; pendant que le chevalier flamand soutient cette première attaque » les hommes de pied se hâtent d'emporter le linge , et quand le tout est en sûreté dans la ville « le Roux de Faukemont opère ^tran-* quillement sa retraite et rentre à son tour sans perdre un seul homme , laissatft les Français s'émer-* veiller de son audace , et la reine déplorer la perte de son linge. Tous ces demi-succès ne laissaient pas que d'alarmer et de contrarier beaucoup le rot de France qui s'était flatté de terminer prompte^ ment cette affaire et qui commençait à se lasser de tant de retards , il résolut d'assembler son conseil et quand il eut fait venir près de lui le comte dé Hainaut , le duc de Bourgogne , le duc de Bretagne , le duc de Lorraine , et tous les principaux seigneurs de son armée , il leur fit part de ses craintes , et> entre autres choses peu rassurantes , il leur dédânr que les Flamands devaient incessamment recevoir des renforts ; ils attendaient le roi d'Angleterre âtec

une troupe considérable , plusieurs princes d' AUe»

■ ■ ^— — ^— ^■^ I 1^— — — — ^— ^pi^i^—^— ^^^»

( 1 ) Le Biex de la MagdeUine était litaé hors la porte de Coarinû, irliaioitedn $tMà ehMÛaeitirt l'tiaroH oi «rt féfKM mcîwOêééUÊ MagcMeiiie-les-Lillt.

TBÔiaiME SIltGtf. SI

tnagne , et même l'empereur Rodolphe qui leur avait promis aide et protection. Il s'agissait donc d'empêcher cette intervention et de mettre obstacle à ces intentions protectrices ; quant à l'empereur d'Allemagne , on fit observer que c'était chose facile, vu que ce prince était très-avare et irès^onvoiteur ; il fut décidé que Jacques de St-Pol irait à Cologne , et remettrait à l'empereur quatre sommiers dedeniers d'or 9 pour attendrir son cœur. Cet expédient fut couronné d'un plein succès et Rodolphe promit de rester neutre , ce qui lui attira de nouveaux présens encore plus riches que le premier. Son avarice lui porta malheur 4 car il fut mis à mort dans la suite par les parents du comte de Flandre.

Tout souriait au roi de France et lui promettait le succès ; ses espions le tenaient au courant de ce qui se passait dans la ville , et les moindres paroles des assiégés lui étaient rapportées. Or , il y avait à Lille un chevalier nommé Robert d'Athies » né dans là Fouille 9 et attaché à la maison du prince Robert de Béthune dont il avait su se faire aimer. Celui-d l'avait admis à ses délibérations , et dans le conseil , )e prince et ses officiers avaient pleine confiance en lui. Se flattant » sans doute , d'arriver par la trahison à une plus haute fortune , ce déloyal chevalier sortit un soir secrètement de la ville , se dirigea vers les tentes du roi de France et demanda à parler à ses diambellans. Il fit tant près de ceu!c--ci qu'ils cira-

SS TROitiim ËiéùU.

sentirent à le conduire devant leur mattre , auquel il proposa de lui enseigner un moyen de prendre la ville dès le lendemain. « Comment cela se pourra*- » t-il faire demanda le roi. — Sire , répondit le x> cheyalier , faites demain chasser une troupe de » porcs devant la porte de la Magdeleine ( 1 ) et )» faites embusquer près de là trois mille hommes ]» armés. Je suis certain que le Roux de Faukemont » sortira pour enlever cette proie , alors vos hommes )» se lèveront et courront vers la porte que je me )» charge de tenir ouverte pour les faire entrer et » prendre la ville » . Le roi accepta volontiers cette proposition et manda aussitôt près de lui plusieurs de ses barons , auxquels il confia son projet en leur ordonnant de se préparer pour tenter l'entreprise le lendemain.

Hais le prince flamand avait aussi ses espions dans le camp des assiégeants ; ils Tinstruisirent de ce qui se tramait et il eut le temps de donner des ordres en conséquence. Le lendemain » au point du jour , comme il cherchait à rentrer dans Lille ^ par la porte de Fives , Robert d'Athies fut saisi , couvert de chaînes et conduit devant son prince qui le fit jeter dans un cachot ; puis , lorsqu'on entendit les cris des porcs , le Roux de Faukemont qui ne se

(1 ) Ob rappcteii MMipOTlt 6ê Covrimi.

tBOISliMS SIÏGB. 53

intentait pas de voir k ruse des Français devenir Inutile , mais qni voulait encore la tourner au profit des siens y fit conduire à la porte de. la Ma^ehinç un petit pourceau qu'on tira par les oreilles pour le faire crier. Les porcs qui étaient dans la campagne' n'eurent pas plutôt entendu ces cris qu'ils accouru'^ rent^ et malgré les efforts de leurs gardiens ils se pré^ cipitèrent par le guichet qu'on avait laissé entr'ou-» vert et où ils furent reçus avec la plus touchaàtè cordialité. Les Français accoururent pour forcer le passage ; mais les portes se refermèrent et ils perdirent le fruit de leur ruse. Cependant le siège devenait tous les jours plus pénible pour les Flamands, la disette était extrême; le peuple ne pouvait plus retenir ses plaintes. On voyait errer dans les rues des hommes , des femmes aulL visages livides , aux bras décharnés. Le supplice de la faim était écrit sur leurs fronts ; ils cherchaient jnsques dans les immondices de quoi soutenir leur misérable existence. QuelqUes-nns commencèrent à.faire'entendre des tnurmures sur la longueur du siège ; tandis que d*aotrés en souffraient toutes les rigueurs sans faire entendre une plainte*

Le roi qui connaissait la détresse des assiégés multipliait sans cesse ses moyens d'attaque et les machines les plus terribles lançaient constamment sur eux toutes sortes de projectiles. Un jour , tandis qne Robert de Béthune était à diner « une énorme

M TEOISliMB BIÉQM.

]nerre enroyie par le comte de Hainaoty son cousin p iomba sur la salle * " en brisa le comble et tint taer près de Robert, deux de ses chevaliers. Le prince reconnut alors qu'il n'était plus possible de tenir» et malgré son désir personnel , il ne voulut pas en^ <:;purir le reproche d'avoir causé par son obslinatio9 la destruction de la ville ; il se décida enfin à écoutée les propositions que lui apportaient Jean de Hainaut, le comte de Savoie et Robert d'Artois de la part du roi de France. Philippe-le-Bel accordait k Robert de Béthune de sortir de la ville , la vie sauve , avec ses soldats, emportant son attirail de guerre et sef richesses ; quani aux citoyens ils resteraient danf Lille f et n'auraient rien à craindre pour leur vie , ou pour leurs biens. En conséquence , après onz^ femaines de siège , cette capitulation fut acceptée par les Lillois « que Robert avait chargés de traiter pour lui 9 et.accomplie dans toutes ses conditions.

Le roi , fier d'une conquête à laquelle il attachait le |ilus grand prix , fit son entrée dans la ville où i( séjourna trois jours, et après avoir assuré aux hàbhr tants la conservation de leurs anciennes , coutumef •t de leurs privilèges , il se mit en route pour Douai.

TROisiàm mtGB, a

EXTBAIT DE lA CHROf(lQU£ DE JeHÂIC LÈ TaRTIBA PRIEUR BË l'aRBAVÈ HB jCAHTUtP&i (1).

Pheltppe-lc-Bikl régna iteuie ans ou enViroa j H épousa Jehane fille dou roy de Navarre, dont il eùi plusieurs enfans, c^est assavoir , Lois /Phelippe^ Carie et le fille surnommée Isabiel qui eut epouset Edoward roy d^Englelerre et furent chils trois fils rois de Franche , li uns aprîès Tautre , et morurenl sans hoirs mâles , et avint que en che tamps d^adonb avoit un conte en Flandres que on nommoit Guy de Dampierre et fu fieulx le contesse Margerite , et chils contes eut deux femmes en sen tamps desquelles il eut plusieurs enfans. Se première femme fu fill6 del avoet de Bëthune , et de celle dame eut le conteé Guis y trois biaux fieUs , c^est assavoir , Robert , Guillaume et Phelippe et ossi eut il plusieurs belles filles dont li une fu mariée au contes de Gherles et li autre au contes de Julers , et l'autre au conte âé Lussembourch; li autre dame se femme, fut comteâso

( ] ) Le* déUUi d« œtte cbrooiqoe mi été rajpporUt àifee fSilqiét nriuUai par Bnwàin^ ÀMMml. GolL HVofs/.

56 TROISIÂMB niQU.

"de Namur, et eut ii contes de lui trois biaus fieut et et une bielle fille , c^est assavoir Jehan , Guy et Henri , et le fille fut nommée Phelippe et fu filleulle au biau roi Phelippe , et avint que le roy d'Engleterre fist celle pucelle demander pour Edowart son fil , et li contes li fiancha en le main des messagiers et lantost apri^s fu qui le noncha au biau roy Phelippe > et fu uns chevalier de le court dou conte qui était appelle Sithons Lawars , et après par consel » li roi «landa au conte que il veinst parler a lui , et que il li amenast le pucelle Phelippe se filleulle , et tanfos li oontes y alla t et y mena se fille le pucelle , et quant li roy le vist , il dit que elle demoroit par devers lui , et le retint ; et blasma moult le conte , de chou que il avoit fait, et li commanda que il vui« dast le contet de Flandres, car il Tavoit fourfaite , pour chou que on avoit établi en Franche par le consel des prinches et des hauls hommes de Franche que prinches ne nuls homs nobles dou royaume , ne poroit ses enfans marier, hors dou royaume , sans le congiet dou roy , le faisoit-il ^ étoit k le volontet dou roy de li deshériter , et avint que li conte ne peult nul merchi trouver au roy pour prière d'amis que il euvristy et demora le pucelle pardevers le roy pour chou que le roy ne voloit nient que li mariage se fitt dou roi d'Eogleterre et de le puoelle, car il y avoit guerre entre les deux rois.

Or avint que quant li contes fu revenus en Flandres il manda à plusieurs grans seigneurs de sen lignage et 4e «es allés, quMls venissent parler h lui, et quant il furent la venut, li contes Guis leur conta tout le

TBOisiiifis sùlxkm. 57

fait , et comment li roi li détenoît sfi fille , et te lé Toloit bouter hors de Flandres, et il laToît fourfaite, et quant li seingneur qui la étoîent , eurent bien tout eniendut , adonc lui donnèrent oonsel que il appelast dou roy parderant le St Père , et tantos li conteç envoya k Rome pour confiremer son appel et quant U Pape Boniface eut bien tout eniendut ^ il rouit biea que les appiauls fuist fais , et envoya le Pape à Paris le légat de Melans/ liquel dist au roi de par le Pape, qu'il rendesit au conte se fille , et que il le laissast à marier & sen voloir où il l'avait affië et li laissast joir de se terre paisiblement, et se che il ne le voloit faire, il envoiast à court de Rome où il étoit appelet dou conte de Flandres , et adonc répondist lirois au légat,, que de se signourie terrienne, ne se devoit pasliPapea mesler, et que il avoit court de droit pour ses hommes jugier , et que a le court du Pape , il ne plaideroit. point , et adonc ^ li légat après les r^onses oies , s'en «ala à Rome , et fist au Pape Boniface , les réponses telles comme li roi li avoit fait. El quant li contes de Flandres seut que le roi ne se ciesseroit poiut pour Fappel, adonc manda il le roi d^Engleterre et ses amis ,. et leur requist aides , et là fist grandes allianches et fit une grande, assemblée de signeurs k Grandmont, et la fu li rois d'Engleterre et le rois Ardoufles d'Allemagne , li dus d'Ostriche , li dus de Braibant , 11. contes de Gherles , li contes de Julers , li contes de Hollande, li contes de Bar qui avoit épouset Aliéner fille dou roy d'Engleterre , et pardevant chesprinches chi dessus nommés et plusieurs autres fist li contes Ouys de Flandres , homniage au roi d'AUei^agfie , de booAtet de Flandre Itqualle il devoit tenir Uou roy de

SS noiftiiifR intes.

Franche , (^ li rois d'Allemagne le reçeutt et H promist h défendre contre le roi de Franche , et adônd furent faites lettres de deffianches ou H alîet mirent eascuns leur saiel et furent portées au rois de Franche par trois abbés dont li uns fu de Gemblours , et lî autre de St Adrien de Grandmont et li tierche fu da Saint Bavon de Gand.

Or avint que après ches deffianches » H rojs si manda ses amis et ses aliés et li contes envoya sen fils a Douvay pour le Tille garder, et avec li le sei-* gneur dou Roes que on nommait le Fameleux et Henry de Vassy et plusieurs autres saudoyers , chîèulx GuiU laume eut épouse la fiile monseigneur Raoul d0 Neelle connétable de Franche , et apriès envoya iV contes Robert son aine fil à Lille et menât avec li le

conte Despancham , le conte de Castelongue , ii sei* gneur Detut , li seigneur de Faukemont et plusieurs Alemans, chils Robert eut deux fieuls de se daerraino^ femme qui fu fille le duch de Bourgogne , et fu con« lessedeNevers, et en che temps, étoit li dame trépassée dont liois li aîné fil releva le contet de Nevera dou roi j et ne se melloit de le guerre , et li autr* fils eut h non Robiers et fu puis nomeis Robiers de Cassiel. Li contes envoia par ses bonnes villes, genV d'armes , et li rois s'en ala seoir devant Lile h grand plentet de gent et fu en l'an de grâce mille deux cent quatre vingt et dix sept , et quant li fois se partist pour aler en Flandres, li roiné Jehane se femm^ s*en raist en se terre deCampaigne ou li conteé de Bar menoit guerre pour chou tj\x% il étoit alies au'

tBoisiiXB Sites. S9

Mntet An (Iftndres et menoil la royne avec lui le due* de Lorraine , le viconte de Nerbonoe, le conte de Roussi el plusieurs auUres , adonc le conte de Bar euif peur que se terre ne fuist perdue , fi que il rendisi à le royne sans bataille faire , et le royne renyoia a Paris en prison , et adonc retourna le royne de Gbam-^' pagne , et s^en râla tout droit à Lile où li rois étoit «t tous ses varvages k siège devant le ville.

En cbe tamps que li rois seoit devant Lile ala Phe* lipes d^ Artois fils au conte Robert d^ Artois k Béthuno.;. li'quele étoit à Robert de Flandres, et chil de l6* ville se rendirent à lui pour et au nom dou roi «t puia. s^en rala au siège h tout grand geni , et tantost aprièf revint li contes Robert d^ Artois dou pays de Gascoagne ou il avoit guerriet contre les Engles, et y avoit laissiet Amiray Lalemant pour tenir guerre et pour garder aucunes forterèches , qui étoient au rois da. Franche , et li contes Robiers oï dire au siège qu'il • avoit Alemans et Flamans à Fumes liquel grevAiant* les gens de sen pays d'Artois.

Lors assembla de ses amis et manda Phelippes sonaisnet fil , Guy de St-Pol , Jakeme sen frère , Louif ^ duch de Bourbon , Robert le conte de Bouloogne^ et Jehans de Tancarville cambrelench de Franche , -et plusieurs aultres , et les mena vers Fumes avec grande poissanche de gens , et li Alemand et li Fiamench qui^ étoieot à Fumes issirent contre yauls^ et a^sambla, bataiJIe à un petit hamiel que on nomme Bullecamp, et en celle bataille fu en chief li contes de J.ulers qui était fieuls à la fiilla dou contes de Flandres , et aloil

(0 TBOISTJtMl SnfeB.

avec li , li contes de-^BIauiPPQt , li conte de Mous et grant plentet d'AIemans , el si y étoît li sire de GaYret qui moult, ètoit preux.

. Item à ce jour , baiUfi li contes de Jalers se banièrt k un cheTaliers que op nommait Bauduin Ruffin , al k l'assamblée de le bataille il jetta se banière sus et se traist vers le castelain de Berghes qui étoît avec lea Franchois , et la furent Âlemant et Flamens déconfia et y eot grand plentet de morts et la fu pris li conlea de Julèrs et fu envoie en prison à St Orner, mais il étoit si navres qu^il ne vesquit depuis que trois jours , et li contes de Blaumont et li contes de Mons escapérent de le bataille et s'en allèrent à Ypre , et y fu mors li sires de Gavres et se combatti che jour contre- Phelippe d'Artois et le priât ^ mats il fu rescous , doa pour quant il fu si fourveies que oncqucs puis ne port» armes et trespassa moult tôt après et li eontes d'Artois apriès le déconfiture entra en Furnes et le fist fourer et eschillier et puis s'en retourna au siège dou roy, et est vray que pardevant Lite sist li roi de Franche onze sepmaines , et y eut plusieurs assauts ; et Walerans li Rous issoit soi vient seur les Franchoia «t leur faisoit mouU de paines. Un jour avint que li contes de Forest et li contes de Montbiiard et Jfehans de Chalons, faisoient le gait dou jour pour chou que li saudoier de Lile ne veninssent soudainement en 1 ost, et quant che vint a le cauriretf don jour chil waiteur del ost descendirent de leura* chevaus et firent monter leurs garchons et leur bailliàreot leurs bachines, leurs ascus^t leurs lanchés,'

tBOisiiMS flutoi. 61

et s^en allèrent ombroier en leurs tentes, et adono li Rous de Faukemont sceut celte afiaire par un# espie quMl avoit, etadonc il t'arma el fiât ses gens «rmer et fit faire dales le fier de se lancbe, ua glauwet de fier pour les gardions sacquiei jus de leura chevaux, et celle lanphe fu appelée sakeboulte dont depuis firent faire les Flamens de si fais basions et li Rous de Faukemont et se gent issirent en camp, et coururent sus apertement les garchons , et les ruèrent jus des chevaus et adonc leva li cris parmi Fosl e| plusieurs Franchois coururent seur les Alemans qui ae deffendirent en retraitot devant le porte , çt devant les autres s'avancha li contes de Vendosme et si se frapa en ches Alemans , mais li Rous de Faukemont le prist et le mis! devant seur sen cheval par Taide dç •es gens, et tant vinrent Franchois si efibrcbiement qui li Alemans furent moult girevet , et li sires de Faukemont ne se pouvoit nient bien . aider pour le contés de Vendosme dont il étoit querkies, adOnc le jetta il jus de sen cheval en un puich qui étoit en Tarsia des fourbours, et la morut. Et li Alemans si soufrireni inoult de {mines , mais toutes voy es rentrèrent ils en le porte et qtiacquièrent plusieurs chevaus qu'il avoient devant envoiet en' le ville par leurs varies.^, et depuis. li Franchois sacquiérent le conte de Veùdo$ine hors dou puich tout mort, etfu porté enterrer en s(în paya par ses hommes , et adonc fist le roi de France dra«s chier grans engbiens as portes et as murs de Lile*.

Of ayjot que en, un autre tems apriès que les mes-, lûnaa da Je^ovne «voieot faite le buée et avoient mit

82 TROIfliMB «itfos.

les napes de l*ho8tel dou ray et de le royne et drépi «

linges, bueureldessequier, et fu étendue peur Bequîe»

au Riest de le Maselaine asses près de le porte. li

Rpus de Faukemont issit de le porte avec li Alemant

et des gens de piet avech yauls pour emporter 1^

buée ; el adonc li cris leva en Tost dou roy de Fran^

efae et chil qui faisoient le gait dou jour coururent

teur les Aiemans et li Rous de Faukemont et se gent

se combattirent contre Pranchois et les contretinreni

tant que les gens de piet eurent toute le buée coilliii

et portée à Lile et adonc se retrairent li Aiemans vera

le porte , et rentrèrent en le ville sans perte de leurs

gens ; de tels envaies que li Rous de Faukemont fai*

ioit fu li rois de Franche moult dolans et assembla

ien consel , sen frère et ses amis et les prihches dont

y en avoit granment en ses ost car il y avoit .trente

deux contes et le duch de Bourgoingne , li dus de Bre«

lagne et li dus de Lorraine asquels li rois demanda

consel de se guerre, et leur dist que il avoit' bien oi

dire que li rois d^Engleterre venoit en Flandres , a

grant gent pour aidier le conte de Flandre, et plusieurs

prinches d'AIemagne, et même li rois Ardoufles roi

d*Aiemagne leur venoit aidier et adono parla li contef

de Haynau qui étoit mes au conte de Flandres, maif

Robers de Flandre sen cousin l'avoit moult guerriet^

et fait des maux assez» et pour chou s'étoit il alies au

rois de Franche et chils contes de Haynau dist au roj

de Franche que li rois d' Alemagne estoit moult coQToi«

leurs, et que si il li envoioit aulcun présent de déniera

que tout li feroit Se guerre cesser, et adonc li envoia

le roi de Franche i quatre sonmuers de deniers d'or pat

lakeme^ de Sl-Pol liquel trouva li roi Ardoufle à CoIo«^ goeseur leRin el li disi salua de par le roi de Francha et que il li prioit que il ne fust point en Paide de se* fpiieini» pour: lui grever^ et que a sen couronnement il avoit juret qu'il n'accroisseroit nient ses fieuz seur la rojaulme de Franche, et li rois de France si avoit^ a0si juré a sen sacre qu'il n'entreprendrait rien seur les fiux de l'empire, si li prioist qu'il garda bien son: sairement, en td manière qu^il Toloit garder lesien^* ci adonc li fist Jakemes de St-Pol lé présent^ et li rois d^Alemagne le rechut moult lyement , et li jNromiifti que il ne se mouveroit de pour l'une partie ne pour Fautre, et par ainsi rechupt grant partie de denier» et grans présens de cascune partie , et pour chemeSait le tuèrent depuis li parens dou' comte de Flan-^ dres I et adonc prist Jakemes congiet au roi Ardoufle / et se départi de Goulogne et revint au biau roi Phé^* lippe au siège devant Lile et li conta commens li t^Î9 Ardoufles étoit apaisies, et que il ne se mouveroit ne pour Pune partie, ne pour Tautre^ dont li rois -en tamult lies etenthit son siég^ plus seurement^ et à' Lile avoit un chevalier du pays de Puiile et èloit as? draps Robiert de Flandres et à sen consel, et le nom-' moit on Robiert d'Achies , et chils Robiert issis par* une 'vesprée hors de Lile et sen ala coiemeiït ens* estres , el fist tant que il fu ens estres dou roi^ etparla as cambrelens, et fist tant qu'ils le menèrent* devant le roy de Franche, et li dist comment il li en*' seigneroit le voye comment il poroit lendemain potn-^' dre le ville de Lile, et avoir vengeanche deseseÂms-' mis,' et li roys li demainda^ comment chè'potibit tiïft , -

€4 tJiotsiiiiB tnfeB*

tires dis! li chevaCers CàHet demain cachier unepeir^ kerie de tos. garnisons devant le porte de lé Mase»; laine et Caites armer 3000 homes en embiif quie prîes^^ car je sais bien qui li Rous de Faukemonl istera celtes proie avoir, et vos gens se lievront apiertenient:^ el* a'ils reloumeni a le porte je le tenrai ouverte tant qu#- ▼os gens y poront entrer ens et le ville prendre, el' le roi 11 accorda volontiers , et manda li roipiusieuts^ barons, et leur compta le fait^ et leur commanda qu^ils fussent demain armes as tentes pour che fait» faire, et chil li accordèrent, maia il en y eut àulouna* qui ëtoicnt amit au conte de Flandres qui che fait lui mandèrent et le mutinrent secrètement^ comme ilâ' dévoient estre trahis par Robert d'Achies et qu^il* esloit QS tentes dou rois, et revint aie porte de JJlci^. et quant Robiert sçut le fait il le fist sçavoir à aea* hommes et commanda que on waitast le leodemaiiii as portes et si tos comme Robers d'Âchies y enteaoili que il fut pris et mené devant lui, et lendemaio^ao depariy Robers d^Achies des tentes dou roy et revinl^ i le porte de Lille que on dist de Fives , et cuidoil . bien entrer ens que on ne le perchut, mais il fu prisi et mené devant Robers de Flandres, et tantost le.fiaC^ emprisonner et dist qu^il le feroit justichier selont aefti méfiait, et lendemain li gent dou roy s s'embusquior. rent ens es lentes tous armés et fist le rois lendemain, environ prime cachier une porkerie de pou^rçhiaiia devant le porte, mais li Rous de Faukemont,i et lee. auti^ saudoiers si savoient bien le fait des fran-^ diois, si n^osoieut issir ^ mais li Rous de Faukemont ai s^avisa que il vist ai près les pourchiaus de le portOi ,

TBOISI&HB SI^GE. 65

il fist le porte ouvrir et les bailles ossi et fist les gens, Tengier et ordoner au dehors de le porte et des bailles, et fist apporter un petit porchelet et le prist par les oreilles et le fist wignier haut et clair, et crier si fort que li pourchel de le grande porkerie accoururent les gueules bées si que chil qui les gardoient ne les poYoient tenir et que ils vinrent près des bailles, li Rous de Faukeroont, laissa aller le porchelet, et ses gens cachièrent les pourchiaus dedens le ville de Lille, et Franchois se débusquièrerent des tentes et accouturent devers le porte^ mais ils faillirent à leur attente et perdirent leur porkerie; moult fist li Rous de Fau« kemont d^anuy à Tost dou roi de Franche, qsais tant fu li ville assegié que li vivre faillirent k plusieurs gens> et y étoit grande kiertes de plusieurs vivres à Lile , et vausissent bien li aulcun que li ville f euist rendue.

Item en un jour seoit Robers de Flandres au disner en le sale à Lile, mais li conte de Haynau son cousin !i fist envoier une piere d^enghien qui brisa le comble de le sale et quey devant le table dou conte Robiert , et tua deux chevaliers, dont Robert fust moult dolens et dist que il ne poroit plus le ville tenir, et le fist rendre par les bourgeois, et chil le rendirent par couvent que li conte Robers se partiroit sauvement et tous leurs gens d'armes et leur harnas, et adonc s^en râla Robers de Flandres et tous ses gens, k Gand et fist au départir de Lile, kierkier Robiers d'Achiesqui éloit mis en un tonnel mais il crioit si haut , qu^il fu ois des Franchois et fu rescous*

fié TBOISIÈMS êliOKi^

. Les deux pièoet suirantet , quoique n^ayani point; dt rapport direct ayec le siège de Lille, sendront à prouTer qu^avant d'avoir recours à la force pour faire la çonquétf de cette viUe , qui était fort à la convenance de Philippe;^ le*BeI , ce monarque , adroit politique f avait cherché ^ détourner set hahitans de la fidélité qu'ils devaient à leur eomte.

Lettrée de Philippe , rot de France , par leequellee H accorde eauf^onduit à tous marchande qui vieà*^ dronl à la foire de Lille > tout le tempe de cette foire\ huit jours avant et huit jours après. Juin 1296r^

L'original est aox ArdÛTet de Lille, amoire titrée. Le parchemin c^ fortement endommagé, mais le sceaa royal en cire verte est intact. Cetît pièce ett aaifi transcrite dans le registre aox titrea 6HI. F^ 18f3. '

PH. Dei gracia Francorum Rex. Notum universis tam presenlibus quam futuris quod no9pen« aatis carîalitatibus et gratis ac fidelibus serviciia nobis ec predecessoribus nostris Francorum regibus a dilei> lis et fidelibus nostris scabinis et communitate Tilt* Insulensis gratanter iropensis eisdem tenoFe presentum €oncedimus quod omnes mercatores ad oiihdinas prt* dicte ville Insulense in Flandria venientes pep oetd dies ante inchoalioncm nundinarum eisdem duraoti» bus et pcr octo dies post eiitum earundem «nlvom et securum habeant cam bonis et mercaturis tiifa eundo et redeundo conductum ; ita quod tompofe durante predicto persone et ayeria eorundem pro suis

TEOISliUB SIÉ^M. 67

debitis non yaleant moleslari , niai forte mercalores ipsi pro factis aut debitis propriis conveniiintur ex* presse yelproregum nostri vindîcta. Quod.ul fir« mum et stabile perscverel preseotibus litteris nostrum fecimus apponi sigillum. Âclum Parisiis anno domini millesimo ducentesimo nonagesimo sexto mensè junii.

Sauvegarde dtmnée pour la ville de Idfle , par Phi* lippe rai de France. Juin 1296.

Ce dodinieiit est dtnt on état de rebuté pire eiieore qné le précédcRt^ BaU le scel aoisi bien eonservé. ArcfaÎTee de Lille, carton À. 80. Il est tnuucrii dans le regiitra aux titrée GHI. FO 168.

Philippe , parla grâce de Dieu , rojs de France, a tous ceaus qui ces présentes lettres verront et orront , lalut : sacent tous que en recompensation et en restour de la tresgrant loyauté que nous et nos devanciers avons trouvé es eschevins , es bourgois , où conseil et en toute la ville de Lille qui sont noz sermentez (I), des bons et agréables services et aî9es

(1} Cette afsertioa n'est pas complètement exactes-car .les Lilloif n'étaient alors êermentez qa'au comte de Flandre lear seig^eor direct; aais Philippe (ait ici allasion an soinent qni avait été prêté par différentes filles et notamment par celle de Lille , en 1289, de ne prêter an comt« ai aide ni assistance s'il contrerenait an traité de 1285 , concla entre le rai et Ini.Dn reste tonte la condaite de ce monarqne pronTsIt clairement qn'ii M wnlait intervenir dans les affaires da comté , qae pour- acquérir ^r degrés le droit d'y parler en, maître , c'est ce qui exjuase la politique Malbearense de. Gay qui , pour ne pas se laisser dépouiller , dat cherciMSf iss êffpmi» à l'étranger.

08 TROISIEME SnfGB»

que il ont fait à nous et à nos devanciers courtoise-* ment et pour mieuz garder le serment dessus dit que il ont a nous , nous de nostre auctorite royal , avons et metons eaus corps et leur biens enlieAsment en nostM protection et especial garde et si proumetons ed boine foy que nous , comme loiaux princes et espe^ ciaus garderes les garderons cl deffenderons contre tous et en tous cas es quiex loiaux princes doit garder et deffendre , tant et si longuement comme il nous aideront et se tiendront avecques nous contre tous. Et que ce soit ferme chose et estable , nous avons fait mettre en tesmoing des choses dessus dites nostre seel en ces présentes lettres qui furent faites et données au Temple à Paris en Pan del Incarnation nostre Seigneur mil deus cens quatre vings et seze au mois de juing.

iîandemënt du comte Guy aux habitans de Zdlle cff te réunir en armes le lendemain de la PentecôU , 2 Mai 1297,

Titre tnea conterré mimi da leeâft da comle. Ardiim de I^iOt/. cuton A. 8^ Bqp. aox Utret G. B. I. 266.

Guis y cuens de Flandres et Marchis de Namur, au rewart, as eskevins, au conseil et a le communitei de le ville de Lille , salus et amour. Nous vous mao-* dons et sommonnons ke vous , sour le foi et le loiaiitei ke vous nous deveis , soiies à nous à Lille k armes le plus efforcbiement ke vous poeis lendemain dou

tBOISllfeMK SliéH. t^

jour de le Pentecousle prochaibement Tenant ^ pour notre honneur et no tiere aidîer à sauveir et deffendre ( 1 ). Par le tesmoing de ces lettres saielees de noire saiel ki furent faites et données en Tan de grasce mil deus cens quatre vins et dis et siet^ lendemain dou premier jour du mois de majr.

Lettres de Philippe, roi de France^ contenant la teneur de la capitulation accordée par lui auof bourgeois et manans de la ville de Lille,- 29 août

Begijitre âax titres D. £. F. folio 24.

Philippe , par la grâce de Dieu , roys de Prftnce i a tous ceaus ki ces letres veront et oront , salut : sacent tout cum nous par nous et par no gent pour les desobéissances et les méfiais ke Guis , jadis cuens de Flandres avoit méfiait viers nous et si aidant el çontempt et ou prejudisse de nous et de nostre roial majesté! eussions la TiIIe de Lille assegie par notre efibrt , et aie partefin ladite ville se rebdist à nous k estre et demeurer à notre obeissanche en la forme et manière quy sensuit ; et nous ensi par especial grâce pour le souffissant ezcusatîon que nous avons trouvei en celi ville Pavons rechut; c^est assavoir^ ke li corps , li meuble, li châtel du bourgois, des bour-^

( 1 } Aa moment o£i le comte écriTait ce mandement , Pbi]ippe-le*Bcl M préparait à entrer en Flandre avec une armée de 70,000 bommet.

39 TEOIâlÂMK IIÉGS.

goifes , des enfans des boiirgois , des manaos et de» habitans de la ville de Lille, soient clerc ou lay, sunt tout quite et délivre « et volons que tout leur soit pai* sivie et sauf et tout leur yretaige aulresi où ke il soient ^ il autretel franchise que H yretaige avoient et ont eut ancbiennement très chi au jour d'huy k autel redevanche et à autretel charge cum chil hiretaige et les personnes dévoient au conte de Flandres u à se9 sougis u à autres personnes ; et ke tout li bourgoiset Ji manant et li habitant de celi vile, soient clerc ou lay , ki à nostre obéissance se vauront tenir et tenroni sunt quile et délivre et les clamons tous quites à tout jours de toutes les desobeissancfaes de tous les mcfiFais de toutes les enfraintures , de toutes les promesses et de toutes les autres choses en quele manière que cou soit qui entre nous, d^une part, et la ville de Lille et les singulières personnes de iceli vile de quel condition kelles soient, d^autre part, sont avenues ou ont estei juskes au jour dui et volons ke tous li leurs entièrement leur soit sans et toutes leur dettes oii ko on leur doive ne quelconkes personnes ki levées no sunt au jour dui, en tel manière ke nous ne no hoir ne serons tenu de paier ne de rendre riens nulle des dites dettes ne des meubles chateus ke nous en avons eus et leveis. Item , nous pour nous et pour nos successeurs rois de France volons et otroions la ville de Lille k warder le loy et le franchise, les usaigea les coustumes de celi ville , les cors, les chateus des bourgoîs , des bourgoises, des enfans de bourgois de la ville et amener par loy et par leskevinage de la haie de la ville de Lille, en boine foy, entant com

tROISlÊBlK stiaté 71

il i pouront eslre wardei sans pechiet mortel et la souTerametë de nous et de nos successeurs rois de Franche sauve. Et s^aucunii débas sourdoii ou avenoit en aucun cas sour aucun ciertain usage entre parties le eschefin de la halle de la vile de Lille en auront la congnoissance et le jugement en la fourme et en la manière ke il en ont usei anchiennement. Et •e debas estoit entre nous et la vile sour certain usai-* ge, en cestui chas la connoissance en seroit a nous de tant comme à notre souveraineté! toucherbit. Et otroions la ville de Lille a deffendre et a warandir de toutes forces, de toutes oppressions, de toutes injures , et contre tous comme la nostre* Item, noué volons, otroions et commandons ke nostre bailfius establis de par nous h Lille, et si sieijant desour lui en ladite vile facent sierement as eschevins et au conseil de la ville de warder les usaiges les coustumes , le loy et la franchise de la ville en la manière ke il a estei acoustumei anchiennement à jurer k la vile des baillius et des sierjans au tans des contes de Flandres, quant aucuns estoit de nouvel establis en la ville dessus dite , et sauve la souveraineté de nous et de nos successeurs rois de Franche après nous. Et s'il avenoit en aucun tans que il pleuist à nous ou è nos successeurs rois de France à mètre la vile de Lille en autrui main ke en la nostre, nous volons et otroions ke li sires en cui main ladite ville seroit mise et donnée et si successeur seigneur de celi vile facent h la ville de Lille perpetuelment tout autretel sierement et en tel usaige com li conte de Flandres l'ont acoustumé à faire et à jurer à la ville de Lille anchienne-

TROISIÈME SIÉGK.

ment. £t rechevera cius sites la ville de Lille à main* tenir et h démener à teuU us et à teuU coustumes^ à teuU franchises, à teuls loys corn li conte dé Flandres Font maintenu jusque au jour dui. Et ke la ville de Lille n'en soit despointié ne amenrie en nés un point* Toutes les choses devant dites entièrement et cbascune de elles si com elles suntdeseure devisées et expressées volons et otroions à estre'^ar-* dées et tenues fermement en boine foy , pour nous et pournoz successeurs rois de Franche après nousperpétuelement à tous jours. Et les confremons de notre auctorité royal. Et ou tiesmoiog et en la confremancd de toutes les coses desus dites nous avons fait nectre notre saiel h ces présentes lettres ki furent faites et données à Lille en Fan de grâce mil deus cens quatro vins dis et siet, el mois d'aoust, le jour de la déco<« lation saint Jehan-Baptiste.

OUATIIIEIIIB SIECMS.

ISOa. — 1304.

ApRis son dépari de Lille, le roi Pfailippe-^é-BeH n'eut qu'à se présenter devant Douai pour s'enfairef ouvrir les portes, et , de là , prendre possession de Gourtrai, de la même manière, tellement les esprits étaient partout frappés et découragés par l'éched que les Lillois venaient de recevoir. Les Flamands^ voyaient toutes leurs entreprises échouer ou se tourner contre eux-mêmes. Â Comines , la garnison d'Ypres qui était venue au secours de la ville est taillée en pièces avant d'avoir pu arriver au but de son voyage, et c'est dans ces conjonctures, c'est au milieu de ces désastres que le comte Guy apprend, h défection de l'empereur d'Allemagne , il n'eut plus dès lors qu'un espoir , ce fut de ^ofiter d'une trêve pour rétablir un peu ses forces ; il obtint cette trêve ; mais à peine les combats avaient-ils cessé , que Jean , évéque de Tournai couHit à Lille pour

74 QUÀTRIÉMS SIÉOB,

procéder à l'excommunication da comte de Flandre et de tons ceux qui prendraient son parti; de leur côté , les Flamands indignés de cette obstination qui les poursuivait jusque pendant la trêve , ne gardent plus aucune mesure , Us se jettent dans TArtois , et y mettent tout à feu et à sang ; pendant ce temps-* là le pape rendait une nouvelle sentence par laquelle il obligeait encore le roi de France à rendre au comte Guy ce qu'il lui avait traîtreusement enlevé : sa fille et son comté. Gomme à la première sommation, Philippe se raidit contre une autorité qui cessait d'être respectable en sortant de ses limites. Robert d'Artois renchérissant en bon courtisan sur la colère de son maître , lacéra les lettres et y mit le feu. Ce dernier coup devait ôter tout espoir au comte Guy; en effet , l'autorité du pape méconnue , quelle voix lui restait-il à faire entendre? cependant il voyait avec terreur approcher l'expiration de la trêve, et voulut encore essayer le moyen de la doooeur; il parla d'union, de concorde, d'oubli des injures , le tout en pure perte. On ne lui répondit que par dés menaces et par de nouvelles insultes. Guy se voyait chaque jour privé d*une nouvelle espérance, chaque jour il apprenait une nouvelle défection. Ce firent d'abord les Allemands, puis les Anglais, après eut Jean duc de Brabant et Jean d' Avesnes se retirèrent avec leurs troupes et, pendant ce temps là, Charles de Valois s'avançait vers la Flandre avec une armée formidable I Guy a\ait donné le coounandement de

fes troupes à son fils Robert , mais d*aprto les eon^ seils de ses amis il se décida à partir pour Paris avet les principaux seigneurs de Flandre et ses deux fils; Robert et Guillaume » afin de se jeter au pied du roi et de lui demander la paix. Il avait obtenu du comte de Valois un sauf conduit pour lui et les sicois; mais l'occasion était trop belle pour que Philippe la laissât échapper; il commença par refuser la paix, ensuite il fit jeter dans les fers le comte Guy, ses enfans et toute sa noblesse, et, ces précautions prises, il se rendit en Flandre avec la reine et la cour afin de se faire reconnaître comme le seul maître et le seul comte de Flandre. Pour le coup le pape Boniface n^ se contenta plus de faire des exhortations , mais il lança une bulle d'excommunication par laquelle selon l'usage , il interdisait à Philippe-le-Bel le feu , Teau et les choses sacrées, ce qui n'empêcha pas le roi Philippe de continuer sa marche triomphale , de re-« eevoir et de donner à Lille et à Douai les fêtes les plus brillantes en Thonneur de sa nouvelle entrée i et après avoir réglé toutes choses sur le pied de paix, de retourner en France plus puissant que jamais. Mais sa puissance, toute ferme qu'elle était, ne laissait pas que de trouver ça et là des oppositions parmi les têtes flamandes si riemuantes et toujours si malcontentes ; les habitans de Bruges surtout ne pouvaient souifrir la domination de Jacques de Ghft« tillon que le roi de France leur avait donné pour gouverneur , ils se rebellèrent plusieurs foif et

96 QUATBiiME SDSGI.

Philippe-le-Bel fui obligé de songer sérieusemelit à faire taire la sédition. D fit construire des forteresses i Lille et à Courtrai , et se vit enfin forcé de rassem«« bler une nouvelle armée et de l'envoyer en Flandrs sous les ordres de Robert d'Artois. Cette armée était forte de près de dix mille hommes de cavalerie, d*aiitant d*archers et de 40,000 fantassins. On y voyait réunies toutes les milices de Ttle de France, de Iêl Champagne , de la Normandie , du Poitou et de la Picardie, avec un grand nombre d'hommes-d'armes, du Brabant, et du Hainaut « que le roi avait pris à sa solde. Presque tous les comtes et barons du royaume sa joignirentà cette armée. Les Flamands, de leurcôté» avaient réunis soixante mille hommes de pied , bien équipés et pleinsd'ardeur, et apprenant que le comte d'Artois était parti de Lille avec toutes ses forées pour venir obliger Guy de Namur à lever le siège ia dbiteàu de Courtrai , ils accoururent au devant des Français -pour leur disputer le passage. Les deux armées se rencontrèrent prèsdel* Abbaye de GroenfaKi ghe presqu*aux portes de Courtrai. Pendant trois bo quatre jours , il n'y eut entre elles que des esear-i mouches sans importance ; mais le 1 i juillet , dès la point du jour , on se prépara de part et d'autre fc un engagement général et décisif. Les Flamands avaient choisi une bonne position; défendus d'un c6té par la Lys , de l'autre par la ville de Courtrai , leur front couvert par le ruisseau de Groeninghe qui formait une sorte de retranchement naturel en forme da

ÛUJITSIÈIKB SliGfi. 77

troôsant , ils nliésilèrent pasii proposer le combat ^ et après avoir tous communié ils s*y disposèrent avec confiance. Les Français de leur coté ne montraient pas la même assurance ; ceux qui avaient examiné 1» camp des Flamands, et parmi eux surtout Raoul da Nesle« connétable, étaient d'avis qu'il valait mieux rester en observation et cherdier à couper les vivres, à rennemi que de vouloir le forcer dans une position si avantageuse; mais ces sages conseils ne faisaient ^'irriter' Robert d'Artois , il alla dans son aveugle-> m^it jusqu'à accuser le connétable de trahison , et vers les neuf heures du matin il donna le signal du combat; A la première approdie de l'armée Française , il y eut parmi les Flamands un moment de terreur; peu habitués au métier delaguerre (l'àiteée était presque entièrement composée dé paysans , d'ouvriers et de gens du peuple rassemblés à lahâte)»* ils ne purent entendre de sang-froid les mille bruit& d'une armée qui marche au combat; les cris do guerre, le bruit des armes ^ les hennissemens des chevaux , les avaient frappés d'une terreur panique^ et ilsseseraientinfailliblementdébandés, silesefForts de quelques chefs , et surtout de Guillaume d' Ypres ne les avaient rappelés au sentiment de l'honneur , et n'avaient arrêté leur déroute; une circonstance servit surtout à ranimer leur courage «ce fut dé voir les Français arrêtés tout à coup au milieu de la plaine; le champ de bataille était traversé par nn large et profond fossé , recouvert de brou»-->

7S ouATRiÉMB nias.

failles ; les Français avepglés par la fureor «t* Iê poossiëre , s'élancèrent à l'eneontre des Flamand! fans voir le fossé , et bientôt il y ent nne immense culbute sur toute leur ligne ; les derniers ringi arrêtés par cet obstacle venaient à chaque instant augmenter la confusion , les chevaux roulaient avec leurs cavaliers jusqu'au fond du fossé « et ce devait être un spectacle effrayant que cette armée détruite ainsi sans le secours du fer , et sans ren-* contre d^ennemis , mais ce surcroît de moyens des^ tmcteurs ne devait pas leur manquer , les Flamandf f*empressèrent de venir ajouter leurs coups d*épée ou de masses d'armes aux coups de pieds des ch»^ vaux , au choc meurtrier des armures; en un instant la plaine fut couverte de morts ou de fuyards.

Ces derniers s'étaient divisés en deux colonnef dont Tune s'efforçait d'atteindre Tournai , l'autre s'était dirigée vers Lille, mais dé ceux-ci bien pe« arrivèrent à leur destination , presque tous furent tués dans leur fuite , et le nombre des Français mortf à cette bataille est évalué à six mille pour la cava— lerie^ quant k l'infanterie très-peu échappèrent à la mort; enfin les personnages les plus remarquablea qui y périrent furent Robert comte d* Arras , Raoul de Nesle , maître de la cavalerie , Jean , fils du comte de Hainaut , Godefroy , oncle du duc de Brabant , Jacques de Châtillon , gouverneur de la Flandre, et plusieursautresmoins importans. Après cette victoire^ les Flamands prirent pofsession de la citadelle de

Couïtrai qui leur fat liyrée par le éfaàtelain de Lens; et ils donnèrent le commandement de la Flandre à Jean filsdn comté Gay et an comte de Namiir. Celai* ci commiença par envoyer se reposer chez enx \ëê hommes de Bmges, et il les remplaça par cent d'Ypres » de Gand , de Was « qa'il se hâta de rassembler» et qa'il conduisit dans la Flandre Française mettre le siège devant Lille.

La première attacpie seulement fut sanglaiite ; les Flamands encore enivrés de leur précédente victoire , mirent une telle fureur dans leur abord que dès ce premier jour les Lillois durent entrer en composition , ils demandèrent un mois de répit et promirent de se rendre si , au bout de ce temps ', ils n'étaient pas secourus par le roi de France , et si on leur promettait de laisser se retirer la vie sauve tous les soldats et les citoyens qui tiendraient aii parti de Philippe-le-Bel ; et ce fut fait comme il avait été dit ( le roi de France avait trop à faire encore à réparer ses pertes pour pouvoir déjà retourner au combat). Les Lillois redevinrent Fla-^ mands ( 1 302 ) et les habitans de Douai ne tardèrent pas à suivre cet exemple. On trouve dans les historiens et les chroniqueurs de Fépoque très-peu de détails sur ce siège qui , après tout , fut plutôt une suite de négociations qu*un siège proprement-dit ; mais le traité que nous insérons^ici suffit pour cotisa tater son existence , et pour préciser au juste sia date. « Jous Jehans fils au conte de Flandres /eoeni

80 QtJÀTRIÈMB SllfGV;

]^ de Namur et Guys de Flandres ses frères fatsoBi

» sâvmr à touz que nous dounomb et avoms dounéi

> à noble hoine le conte de Sansoirrede le ville dé » Lille sauf conduit alant et venant de venir parlef » à no conseil dehors le porte de Dergnau lui vin<^

> tisme de son conseil et de le ville de Lille sim^ » plement et sans afmes dnsques à chest prochaiii » diemanche à heure de medi et ensi envoieronf p nous no conseil , par le tesmoing de ches lettres » seelees de nés seaus faites et données as cane » devant Lille chest samedi quart jour dou mcHi I» d'aoust el an de grâce mil trois cens et deus. w

La perte de ces deux places fit sentir i Philippele<^l la nécessité d'une nouvelle irruption ; il se hâta de conduire en Flandre son armée , et allii camper près de Vitry, en Artois, Les Flamands de leur côté prirent pour chef, Jean , fils du comte Guy et marchèrent à la rencontre des Français ; lorsque les deux armées furent en présence , on entama des négociations ; les Flamands proposèrent la paix au roi de France , mais celui-ci ne voulait ni l'accepter aux conditions proposées , ni engage 4in combat où il ne pouvait avoir que te dessous » il prit le parti de temporiser , et après quelques allées et venues il repartit soudainement pour la France , sans retirer aucun fruit de son expédition , et laissa ainsi maîtres de la campagne les Flamands qui, sitôt après le départ de leurs ennemis, se mirent à ravager les frontières de rArtois , paie

QUATKiiifs siiat. 81

ils s'étendirent dans les territoires de St-Amand et de Tournai, et après plusieurs escannotiches , plu- 6ieurs incursions où ils ayaient souvent l'âTantage « ils assiégèrent Tournai ouvertement ; le roi dé France sentit alors que sa présence était nécessaire , il revint avec son armée se postera Péronne prêt à seèourir Tournai j éU toujours dans l'espoir de gagner quelque chose du tanps , il feignit une grande compas^ sion pour les Flamands \ et , pour leur laisser au moins le temps de se reconnaître , il leur offrit ou la paix 9 ou une trêve , ceux-ci consentirent à'g^rdet une trêve de sept mois> mais ils stipulèrent dans les conditions que tout le temps qu'elle durerait le comte Guy reviendrait habiter jpai^iblement son comté, et ils commencèrent par ^'éloigner de Tournai dont les hahitans reprenaient courage depuis l'arrivée du roi de France , et par leurs- isortieff incommodaient beaucoup les assiégéans. On né s'occupa donc plus de chaque côté que d'employer la trêve le plus avantageusement possible ; le comte Guy n'espérait qu'une chose , c'était d'obtenir une paix définitive ; tous ses efforts tendirent vers ce but , il ne négligea aucun moyen pour y arriver ; le tout en vain : au commencement du mois de juillet 1304 , la guerre recommença avec plus de Inreur que jamais ; les Flamands , les premiers , attaquèrent leurs ennemis avec impétuosité auprès de Vendin , ceux«<i évitèrent le combat et se retirèrent sur Tournai; les Flamands les suivirent et

8â QUATRiiMB SliGt.

allèrent prendre leur position à Mons-en-Pévële, oft ils ne tardèrent pas à rencontrer leurs ennemis et où ils engagèrent un combat devenu célèbre dans l'histoire de nos guerres. Les Flamands descendirent du mont dès qu*ils aperçurent Tannée de Philippe^ le-Bel , et après s'être fortifiés derrière leurs cbarioti ils s'étendirent sur une seule ligne de bataille , tan-dis ([ue les Français s'étaient formés pour ainsi dire en quatorze corps d'armée différons , ils avaient espéré par ce moyen attirer les Flamands au même mode de combattre et comme ils avaient l'avantage du nombre , ils comptaient les vaincre séparément ; cependant le commencement de la bataille ne répon-* dit pas à leur attente , les Flamands restèrent iné«> branlables; les troupes d'Ypres seulement s'élan«« cèrent contre le corps qui les attaquait, le défirent en un instant et revinrent à leur place; mais cela ne pouvait durer ainsi : comme l'avait dit Philippe-le-^ Bel, les Flamands veulent manger avant tout; or, la fin du jour approchait et depuis le matin on se battait et l'on n'avait pas de vivres , la chaleur avait été iiH supportable et les ruisseaux étaient du côté desFrançais; enfin fatigué de toujours se battre sans bougée de place, Guillaume de Juliers se précipita en ayant avec les siens et commença par tuer celui qui portait l'oriflamme devant le roi de France , puisil força le comte de Str-Pol à prendre la fuite avec son nom-' breux corps d'armée ; ce qui fut une commotion électrique pour les Flamands.

QUATBIÂMB SliCSE^ 83

Chacun Toulut acquérir une part de gloire danf cette journée « en un instant les positions furent abandonnées , les Flamands cessèrent de former utf corps compact, et ils ne songèrent plus qu'à courir aux Français chacun pour son compte et sans garder aucun ordre ; dans cette confusion chacun devait nécessairement diereher à se procurer ce qui lui convenait le mieux dans la situation présente* Or » ils avaient tons fiiim et soif , la plus grande partie pe dirigea donc vers les tentes françaises où ils espéraient trouver des vivres , le reste plus altéré ou moins délicat s'arrêta aux ruisseaux de la plaine* Dans la confusion causée par cette attaque si soudaine 9 le roi lui*-méme fut surpris dans sa tente et ne dut son salut qu'à l'intrépidité avec laquelle il tint t$te aux assaillants. Aidé seulement d'une vingtaine de gentilshommes dont la plupart trouvèrent une mort glorieuse à ses pieds» il soutint tout l'effort d'une multitude en furie et donna le temps au comte de Valois de rallier un gros de cavalerie à la tête du-t quel il revint délivrer son frère. Tous deux chargèrent alors avec impétuosité cette redoutable infanterie qui prise à Timproviste n'opposa plus aucune résistance. Le seul comte de Juliers se défendit assez long-temps avec les siens , mais il fibait par succomber sur le champ de bataiUe , tandis que ses compatriotes se dirigeaient vers Lille en toute hâte , et cherchaient à s'y prémunir contre la poursuite dea Français ; ceux-ci y arrivèrent presque aussitôt,, e^

84 OVATKlfcMB niGt.

cnpea d'instans la ville fat investie de tons le!l càtéif et il ne resta plus un seul coin de terre dans lesabords de la place qui ne fut envahi ; en vain Jean de Namuf et Robert de Nevers s'eBbrçaient-ils dé renforcer là garnison « et d'y introduire des secotirs » toutes les issues étaient gardées et Lille fut réduite à ses seules ressources , tandis que la nouvelle de la victoire remportée par les Français avait rassemblé autour de ces derniers des forces considérables de toutes les parties de la France ; aussi , malgré les efforts de Jean et de Robert / les assiégés commençaient à croire qu'il ne leur ferait pas possible de résister long-temps et voyant déjà leurs murailles ébranlées jMir les machines, ils prirent le parti d* envoyer vers Philippe pour lui promettre de lui reiidre la ville s'ils tïe recevaient pas de renfort avant les calendes d'oiv tobre; en attendant cette époque toutes les hostilités devaient cesser de part et d'autre. A cette nouvelle, leam de Namur et Robert de Nevers s'efforcèrent de réunir le plus de troupes possible , et leurs efforts furent Couronnés de succès, car à Gourtrai on était parvenu à rassembler une armée telle qu'on s'éton-' sait de voir après une défaite tant d'hommes réunis en si peu de temps, et tous ces hommes avaient juré de ne rentrer chez eux qu'après avoir obtenu la paix ou remporté la victoire. Ils arrivèrent en vue des assiégeans le troisième jour avant l'époque fixée pour la reddition de la ville , et après avoir élevé leurs tentes tout auprès du camp royiJ, ils appelèrent mr^

OrATRIKMC SIÈGE. 85

dacienseikieiit lès Français att combat , tnàis cenxH;i jugèrëiit plus prudent de s*élaigàer ({ue d'en veniraux maîns^; Us se hâtèrent done dé passer la Deûle , et al-' lèrènt s'établir ser la route de iTonmai , pendant que les Flamands improvisaient des tentes ayec des bran-' chages et des feuilles d'arbres , car leurs préparatifs avaient été trop rapides pour qu'ils pussent se ïnunir de toutes les choses nécessaires , et quelqùesnans des principaux chefs seulement pouvaient s'abriter côn- Tenàblement. -^€'est en ce moment que du haut de k colline oii il s'était posté ^ Fhiiippe-ic^Bel apercevant cette multitude répandue dans la plaine, ne put s'empêcher ^e demander "S'il pletivàit des Flamands. —Vers le soir de ce même jour, ceux-ci prirent la Késèlution d'attaquer Tennemi pendant la nuit et ils renouvelèrent leur serment de ne cesser le combat qu'après avoir mis fin à cette guerre de huit ans ou par la victoire ou par la paix ; le roi fut bientôt infèmié'de ce dessein par ses espions, et il se hâta de lasBénibler les principaux chefs de son armée pour levrdemandef s'il devait accepter le combat ou entrer enêomponHion^ pour la paix ; ce dernier parti prévalut : Phîltjpipe savait trop jusqu'à quel point les Flamands étaient exaspérés, il n'ignorait pas que la victoire, s'il la remportait , lui coûterait presque aussi cher qu'une défaite; les dangers, l'incertitude d'un combat nocturne ne laissaient pas que de l'intimider un peu; enfin toutes ces considérations le déterminèrent à faire savoir à ses ennemis les conditions qu'il met-

86 OITATBiâMB SlteK.

tait à la paix. Jean, duc de Brabant, et Amédée> comte de Savoie furent chargés de cette missioa ( l*un était attaché aux Fkmands , et l'antre anx Français ) et la paix fut conclue (1304) à condilioo que les Flamands auraient sauf la vie « la liberté ^ leurs fortunes, et leurs privilèges ; qu'ils garderaient leurs munitions intactes , que tout le comté de Flandre serait rendu à Guy de Dampierre , que de pari et d'autre les prisonniers seraient renvoyés libr»-' ment et sans rançon , que seulement il serait payé aa roi t une amende de 80,000 livres; qu'il serait nonuné pour la répartition et la perception de cet impôt , quatre personne parmi les Flamands, et quatre parmi les Français , et que , jusqu'à ce que cette amende fût entièrement payée, les villes de Lille ^ Douai , Orchies , et leur territoire resteraient au poiH voir du roi de France.

Ainsi, pour la seconde fois le pouvoir royal plaça à Lille celui des comtes de Flandre, d'dHwd à titre temporaire ; mais bientôt d'une manière déinitive par suite de chicanes diplomatiques glisséea dans l'interprétation des traités qui nécessitèreit des arrangements postérieurs.

QUATRIEME SliGE. 87

Vitres et Ilocaiiien» relatlDi A ce mëfe.

Lettre adressée par le roi Philippe aux échevins et habitants de lille pour les engager a continuer leur défense en leur promettant des secours.

Du mois de Juillet 1802.

îstre an titres , K L M, Iblio 11.

Philippe , par la grâce de Dieu Rois de France , a nos amés et féaux les escherins^ les jurez , et tout le commun de notre ville deLisle, salut et amour. Nous ayons feceu benignementet volentiers veu Thomas Gommera et Jehan Yretes ^ tok bourgois , et diligemment entendu ce que il nous ont dit de par yous qui nous ont moustré aviseement et sagement comme ceus qui bien le scevent faire, la bonne Tolenté et la grant amour que TOUS avez & nous et au bon estât de nous et du Royaume y et les gries , les travaus , les pertes , et les dommaches que yous aYez eu et souffert et avez et souffrez de jour en jour^ si comme nous le savons et

88 OUATBIÈME SnftCE.

véons et avons tousjours veu et esprouvé par euvrer pour notre bon port et pour garder votre bonne foi et votre loiaulté envers nous , de quoy nous vou9 sçavons bon gré «t en loons votre grant loialtè et entendons le vous guerdonner à vous et à la ville et as singulières personnes en faveur et en grâces en tens convenables , si que vous en apercevrez par effect , et tant faire de vos pertes et de vos dommaches que il vous devra souffire ; et des requestes quMls nous ont fait de par vous nous leur avons ottroié et fait délivrer celles qui se povoient délivrer par nous y et pour leB autres délivrer nous envoyons à nos amez et féaux les oontes de Saint-Pol et de Boulogne et leurs mandons tant par noz lettres expresses que par Maistre G. de Montmor , que nous envoions pour ce especiaument à eus que il les facent et délivrent briefment et gracieusement , et demeurent avecques vous en la ville eus et ceux de noz genz que il pourront ralier et assembler , et nous leur envoierons hastivement autre gent pour les conforter et aidier et nous mêmes serons prochainement à bonne compaignie et à grant effors es parties de là. Si vous prions et requérons , si cbierement comme nous poons , que vous veuillez en tde manière continuer voirie bon port e| maintenir votroi loiallé que ce soit à J'onneur et ou profit de nous et? de vous et du royaimie et de la ville especiaument et que la grant amoiir que nous avons à vous et à la ville oroisse tous jours par vos bonnes dessertes. Donné; à Yincennes le lundi devant la Magdelaine l'an de grâce mil trois cens et deux.

^athiAmb giiaiR. S9

Accord pour la reddition de la ville en 1302.

Cluurie originale U<ès-bieD conservée, portant le toeaa de Jean, oomte de Nanmr , fila da comte de Flandre. Elle le trouve aox Archives de Lille dans l'armoire vitrée. Elle est auaai transcrite dans le registre aoz fitresGHLfolio91.

Ghe 8unt les eonrenences que les gens le Roy à Lille et li consaus (1 ) et H communitès de le ville de Lille ont à mon seigneur Jehan , fil au conte de Flandres, conté de Namur , ou non de sen chier père et de ses enfans ; c'est asa^oir qu'il li doivent rendre le ville de Lille et rechevoir à droit seigneur treschi adont que plus drois hoirs de lui venra qui sires en doivre estre par droit et par raison , le jour de TAssumption Notre Dame dedens solleil esconsant ( 2), ki sera en Fan mil trois cens et deus , se il nont secours souffissant dou Roy ou de ses gens , et est asavoir que nus secours ne leur puet valoir que il ne rengent le ville au jour devant nommei , se li Roys ou ses gens ne les secourent si efibrcionent que il puissent entrer à forche d'armes dedens la ville de Lille , ou eaus de siège lever

( 1 ) Les membres dn Conseil.

(3 ) Éclairant. C'est de ce mot qo*est venu cdoi d'esconte, la otema encore en usage parmi le peuple à Lille.

90 QUATEliME SliGB.

devant Lille s'il esioieni ou fuissent entre Lille eL^WenJ din ou entre Lille et Douay ; et dedens che jour ne doivent les gens le Roy ne li ville de Lille devant dite eaus efforcier de gens d* armes ne pourveance nul|e pour amener dedens le ville. Et parmi tant les doit K dit me sires Jehans ou non de sen chier seigneur et père ou dou plus prochain hoir de lui après venant , au terme devant dit rechevoir sauve leur loy et sauve leur usag«^ , leur francisses , leur bourghesies , leur privilèges^ leur cors, leur avoirs, leur femmes et leurs enfans et ke il en soient cartre de lui ( I ). Et doit estre bons respis pour tout le tans devant dit , entre les gens le Roy et le ville devant dite et mon seig^ur Jebaa devant dit et ses gens ; et les doit me sires Jehans devant nommeis warandir et v?arder de tous damages de lui et de ses aidans che terme durant à sen pooir. Item , le ville rendue, chevalier , escuier, clerc, seijaot et tout autre manière de gent quel ke il soient , bourghois et autre pueent partir de le viUe de Lille et aler là oui il vauront sauvement , il et leur meubles et leur cateue et leur seront sauf en quelcunkes liu qu'il soient d^ dens le casteillerie de Lille ; et as bourgois et as manam de le ville de Lille en quelcunkes liu qu^il aient mou^ blés , cateus et yretages ( 2 ) , seront sauf dedeos le pooir le conte de Namur ; et doivent avoir cil ki sen vauront aler sauf conduit de lui pour eaus et pour le leur conduire sauvement tous les wit jours après le

( 1 ) Et qa*Us en aient une charte de lai. (3) liBwniMm.

ou ATElàyi^ SUfeE • 9 1

TÎIle rendue. Et doivent atoîr li message ki seront en- Toiet au Roy pour che nonchier sauf conduit alant et Tenant juskesau jour de le mi aoust devant dit. Et ne se doivent li ville de Lille et tout cil ki suntdedens au jour duî ineller.de Fun coatei ne d^ autre pour aidier ne pour grever juskes au jour devant dit , s^ensi n^est que li Roy ou ses gens i entrient en le manière devant dite , dedens le jour devant nommeî. Et ne doivent li dite ville ne tout chil ki dedens sunt conforter le castiel derienskisoil dé pourveance ne d'autre eose ne grever en- nulle manière , ne li ca^tiaus à le ville ne -a ceaus ki dedens sunt juskes au jour notre Dame devant dit. Item tout dl ki sunt manant en le ville puissent leurs' Uens queillir sauf ohou qu*il ne les ittetent dedens le ville pour sauver les a eaut^'il se rendent ensi comme deseiire est dit. Et est asavoir que li castiaus ne doit^ grever ne méfflire au comte de Namur. Ne h ses gens dedens le terme dessus dit , en manière nulle , ne li coens ( l ) devant dis ne ses gens au casfiel. Et le terme devant dit passei li Géstiauisptiet foire se volentei et li ooens de Nannir f!t .ses gens ausi. Et nous Jehans , fius au «H^nte de Flandre , coens dé Namur dessus dis , avons toutes les odnvenences devant dites encouvent ( 2 ) , et promis et prometons bien et loyaument à tenir en le fourme et en le manière desus dite , par le tiesmoing de ces présentes lettres sedeesde notre seel , laites et données en Tan de grâce, mil trois cens et deufl > le proçain lundi après le jour saint Pierre Aoust entrant."

(1) Comte.

^ 3^ Aooepié*

02 QUATBIÈME ISIÈGB^

GAPITIILÀTIO]Ef DE. I<ILI,B BN 13.04.

Ce ttira, en bon état, revèta dee leeaaz des leîgMBrt qd j êôèê Bominés , le trouve aux Arelihres de Lille , anMiie ^M» ^ *nËfW^ 4aiis le regiitreiuix titrée À.B C> folio U4..

 tous oeuft qui ces lettres verront , Gharlei » fis doi» Boi de France cueqa de Yalok et de-Ânja, Loeû fia. de ce moesmes Roi , cuens de Eyreus , Jehans dus do Bretaigne , Robers 4u3 <te Bouvgoîgoe , Ghambenerft de France , Âmez ouens de Savoie , Jehans cuens dé DreuSy Gaucbîcrs de Ciiasteillon cuens de Porden, oonestabies de Franoe , Jehans de Chalon sires Dorhii ,• firereythiers de Nanthueitprieus de lospitat Saint Jehiua de Jherusalem en France , et Jaques sires de Craoa » salut : Cachent tuit que entre nous pour le Roi de France no^e(l) seigiieur et en son non dune pari , el noble home mon seigneur VhiUppt de Flandres el lia bones genx de la vile de Lisle pour eus el pour ladîlat vile dautre part , accorde est que la vile de Lisle se doil rendre au Roi dedanx le marc^^edi après cesie prochieM^ feste Saint-Mahiu se ansois n/sst qiis 11 flamaisc le. secuerent ou qtie pais ne se {ace au gre dou Roi et se^ il ne les vienent secourre ou dessegier dedans ce-mar-i credi il de commun contentemawt doiivent rendre le yile et le chastel au Roi landemain dou mercredi dessus

■ ' UL 1 ■ . . l

(t) h» Miw italiqaee fe troATeat en abrè? iation daiif l^ôsÛMd*

dît y sauf les lois , les usaiges , les coustumes , les franchises y les privilèges , les cors , les menbres , les cateus , les heriiaiges que il ont au jour dui en quelcomqtie liu que il soient ne an cui main des bourgois des bourgoises des enfans des bourgois des mananx et des habitant de le dite vile de Lisle de quel condicion que il soient , soient clerc ou lai et de touz cens qui au jour de la rendadon seroient en le vile et qui demeurer Torroient devers le Roy, et ansins est il accorde de ceus qui se sunt tenu par devers le Roy de ce que il ont en le vile et en la chastelenie de Lisle , et celui jour mesire VhiNppeê cheoa/ters eacuier et tuit cil qui aler san Vorrontavec li'san pueent al^ sauvement et en mener leuf dievaus leur armeurea leur hamas et tout ce que il an porront porter ou faire porter de leur meules et cateus et lor doit li Rois livrer sauf conduit et dedenz ce terme on ne puet la vile enforcer de genz ne nus autres que des messaiges nan doit issir se ce nest dou gre le Roi ou de ses genz et dedanz ce terme U Rois ne sa gent ne doivent de riens grèvera la vile né en la châstdenle ne doit faire arsins ne maisons abattre se feit nestoit par aucun que on nan pouroit dèstourber en bone foi ne bos coper fors aeuleiàent pour la nécessite de lest. Des choses dessus^ dites a tenir que a eaus apertient a tenir doit li vile de Lisle livrer ostaiges devers le Roi et dentier bonea lettres et faire sairemant et mesetre^ Vhilippes et li étïevalier et li gênerai home le doivent jurer et donner leur lettres. Et est a savoir que se li flamanc dedans le jour deseur dit les venoient secourre et il poissent }e Roi dessegier ou li Rois se dessegeast et ne les osast

Etendre ou il se combat issent a lui ou siège devant Lisie et le desconfissent lui et tout son est les convenances devant dites seraient nules et les porroient cil de le vile de Lisle eaus aidiex en la bataile de tout leu< pooir , et se il avenoit que li Rois dedanx le joue dessus dit se traissit vers les Flamanx outre le siège ou ailleurs ou il li plairoitdedanz Flandres sanz retourner droit arrière vers France se nestoit pour traire ver^ les anemis et se combatist a eaus issir nan pueent cil de Lisle hors ne les Flamans aidier ne le Roy i^e ses genz nuire. Et se li Rois estoit desconfiz ou que ce fust les convenances clessusdites seraient nules et se li Rois desconfissoit les Flamanz pour ce ne seroieni mie les convenances desrampues pour le raison de ce que cil de Lisle nauroient mie este contre le Roi en la bataille , et les convenances dessus dites faictes de cens de Lisle et aemplies ou desrompues en la meniere que dit est, li ostaige doivent estre rendu et les doivent li Rois et ses genz rendre et délivrer quites et despechiex tout entièremant dedanz le tierz jour après. Item que tuit cil qui sont et seront hors de la vile puissent revenir a lobeissance le Roi seuremant dedan» les quinze jours après le jour de la rendadon et demourer paisiblement eaus et le leur ausi franchemant co//iine il fussent demouret en le ville sanz issir te il ne font autre meffait de nouvel. Cest à entendre cens de Lisle et de la chastelenie. Et ausi est il accorde que dedanz ladite quinzaine cil qui san vorront aler ■an puissent aler eaus et leur meubles. Et est encores acordc que ausi ne doivent cil de Lisle tenir ne faire nul demaige au Roi ne a ses genz ne a leur biens ne

QUATai&HB SlÉGE. 95

au choses de li ne de lost ne au vivres ne au marchandises qui venroient an lost ne les empeeschier à venir ou dit ost. Item se li vile est rendue au Roi que tiiit li bourgois , li manant , et li habitant de la vile de Lisle et de la chastelenie soient clerc ou lai soient tuit qui te et délivre de toutes désobéissances et de tous meffaits et reviengnent en la bone grâce le Roi. Item que se aucuns chevaliers ou autres qui que ce fust se traissist ou soit traiz vers les Flàmanz qtie tout oe qtie il devroit au bourgoû et au mananz de le vile de Lisle de bone dete loial leur soit paiet et soit paiet des meubles , des cateus et des heritagea que il lairoiC arrière, toutes voies que ti bourgois doivent Iretenir les meubles et les cateus de leurs créanciers en bone foi pour tourner en acquitement de leur detes sans fraude de cens qui san vorroient aler devers les Fla-« mans. Lesqueles choses dessus dites et diacune diceks nous leur promettons a tenir et a garder fiermemaat tant comme en nous en est , sans rieia Caire encontre •et a pourchacier et faire tenir et garder fermemant dou Roi de France no^re seigneur. En tesmoing de la ipiel chose nous avons mis nos seaus en ces présentes lettres. Donn^ devant la dite vile de Lisle le jour de lexaltacion Sainte Groiz , Fan de grâce mil trois cens et quatre.

96 QUATRIÈME 8IIÎ6E,''

RaTIFICATIOII de l'aGCOEB pour la REDDITIOir DS

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