LA SALPÉTRIÈRE
C'était un lieu de correction où l'on enfermait les filles publiques , les femmes condamnées et les jeunes demoiselles dont l'inconduite pouvait compromettre l'honneur des familles. On porte jusqu'à trois cents le nombre de celles qui y furent massacrées. J'avoue que j'avais reculé devant la difficulté d'un tel sujet, mais on s'est moqué de moi , et l'on m'a fait observer que le tableau précédent répondrait suffisamment aux gens assez sots pour m'injurier à l'occasion de celui-ci. Comme d'un autre côté je trouvais très-dramatique de placer l'insouciance et la gaieté de ces malheureuses filles en contraste avec la mort , j'ai pris mon parti , et j'ai attaqué la difficulté avec franchise, en m'efforçant toutefois de ne blesser en rien l'honnêteté et la pudeur.
Il est certain que les forçats et les fous ont défendu leur prison , et que plusieurs fous ont recouvré la raison à l'aspect du danger : M. le comte de Saint- Jules fit des prodiges de valeur. Ne connaissant pas le véritable nom de sa femme, je l'ai appelée Sophie, comme j'ai appelé Clémence la cousine de Charlotte Corday. Ces deux noms sont supposés.
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11 eut été peut-être plus piquant de représenier une orgie de Coutlion , Saint- Just, Dupin, CoUot, Vadier , Vouland , dans cette élégante villa de Clicliy , où Barrère de Vieusac réunissait avec la Demalii , la Bonnefoi , la blonde Julie , les plus célèbres courtisanes de Tépoque ; mais, outre que le vertueux Roberspierre n'allait pas k Clichy , j'ai craint que cette réunion du vice et du crime n'inspirât à mes lecteurs le dégoût qu'elle inspirait à Danton lui-même.
Charlotte Corday laissa croire à M. Breterville qu'elle partait pour l'Angleterre, et n'écrivit à sa famille qu'après l'arrêt du tribunal révolutionnaire : je n'ai pas suivi cet ordre; mais, dans tout le
* Tandis que l'on achevait l'impression de ce livre , le théâtre de la porte Saint-Marlin a représenté un drame de M. Victor Dncange dont le sujcl est la aiorl de ^INIaral Entravé par la censure , obligé de déguiser l'histoire , et de faire ronfler la phrase à l'oreille emphalique de son auditeur, M.Ducangea montré un talent prodigieux. Ce qui doit le consoler de tous les ennuis , les tracasseries , les impatiences et les dégoûts inséparabh^s d'une censure , c'est d'avoir madame Dovval pour interpréter et embellir ses inspirations sublimes. Si le Joueur est la première tragédie de l'époque, madauMi Dorval eii est aussi la premièi'e ti agédienne.
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reste, la fidélité historique a été reli{Tieiisement observée. Plusieurs journaux du temps ont rapporté cette exclamation d'Adam de Lux en passant le guichet de l'Abbaye : je vais donc mourir pour Charlotte Corday ! On sait qu'il publia une brochure en faveur de cette héroïne.
Ce n'est pas chose facile que de débrouiller une machination ourdie par Roberspierre. 11 fallait le montrer levant le couteau de la guillotine sur la tête de Danton, en même temps qu'il défendait au club des Jacobins ce septembriseur son complice. Il fallait montrer les docteurs de la raison en thèse avec les docteurs de l'Etre suprême, et les gens d'esprit, Camille , Fabre et Danton , se moquant des uns et des autres : il fallait montrer enfin le rusé Roberspierre flattant le peuple en sacrifiant les anarchistes, et sacrifiant les modérés pour éloigner l'accusation d'aristocratie. Danton , le Danton de l'audace se laissa tuer comme un mouton !
Après avoir montré Roberspierre dans la boutique de son hôte y il ne restait qu'à redire des événements connus et vingt fois répétés. J'ai mieux aimé choisir pour théâtre celui de l'Opéra , et concentrer le 9 thermidor autour d'une batterie de canons pla-
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cée sur le Pont-Neuf. Tout-à-couj) le spectacle s'agrandit. Les premiers rayons du jour éclairent l'assemblée du sénat vainqueur : le tyran , couvert d'opprobres , est traîné devant ses juges, et le peuple sauvé , salue par des cris de joie le soleil qui monte dans un ciel sans nuage.
PERSONNAGES
PÉTION , maire de Paris.
HUGUENIN , président du conseil de la Commune.
DANTON
MARAT
MATHIEU, V . • j , ^
{ commissaires de la Commune.
PANIS
SERGENT
COUTHON
COLLOT-D'HERBOIS
MANUEL , procureur de la Commune.
BILLAUD-VARENNES, substitut du procureur de la Commune.
MADAME DE STAËL , femme de l'ambassadeur de Suède. '
MERCIER , chef des espions de police.
l'abbé SICARD ,
__ .,„•-, i prêtres insermentés.
ROYER, cure de Saint- Jean, ) *
MASSIEU, sourd-muet.