MARAT , MATHIEU , ROBERSPIERRE
MARAT
Comment trouvez- vous mon article sur les prisons?
ROBERSPIERRE
Il y a de la vigueur; c'est assez bien écrit : eh, mon Dieu, dans ce monde les mots sont beaucoup.
MARAT
Oui; mais aujourd'hui il faut du réel ; il faut du sang.
ROBERSPIERRE
C'est vrai : plus le corps social transpire et plus il devient sain ; mais, dites-moi , ne craignez-vous pas que le commandant de la garde nationale n'entrave ? . . .
MARAT
Qui? lui! Santerre! général parisien, n'ayant de
Mars que la bière; il s'évanouit sur un sofa au vol d'une mouche; il se cache dans une cave pour ne rien voir et ne rien entendre , et tire son sabre pour faire la guerre aux limaçons. Santerre? ah oui, il fait preuve de vaillance, mais dans les bras de sa chanoinesse. ..
MATHIEU 5 riant.
Hi, hi, hi. Au fait elle est gentille :je l'avais remarquée dans le temps; et si j'avais été plus adroit... enfin, je crois qu'elle ne regrette pas le couvent.
MARAT
Pas plus que vous la soutane. Du reste elle a raison. Ces couvents! c'était bien l'idée la plus absurde... Eh bien^ monsieur, le monde en était couvert ; tant il est vrai de dire que les opinions les plus monstrueuses sont celles qui sont le mieux accueillies par la multitude. Si l'on savait mettre à profit cette obsei'vation , l'on ferait des prodiges en politique. Enfin, enfin, les couvents, les soutanes, les calottes, les couronnes, tout le charlatanisme du temps passé, est entraîné dans la débâcle. Il faut avouer que nos pères étaient diablement bétes... : ce respect... cette vénération pour un fauteuil doré... pour un habit noir. . . Ah! le peuple, le peuple... !