SCENE VI
( La scène représente la salle à manger où Barbaroux donne audience à mademoiselle Corday.)
CHARLOTTE CORDAY
C'est une amie d'enfance^ et je voudrais pouvoir l'aider dans cette affaire. On lui a pris ses biens ^ comme si elle eût quitté la France , bien qu'elle ne soit pas sortie de Caen ; mais nous ne pouvons le prouver sans ces papiers.
BARBAROUX
Mademoiselle , vous vous adressez bien mal. Je crains que la recommandation d'un député proscrit ne soit fatale à la demande de votre amie, et, grâce à la générosité des anarchistes, peut-être à vous-même.
CHARLOTTE CORDAY
Ce n'est pas même une recommandation que je vous demande, c'est seulement un mot, au moyen duquel je puisse parvenir jusqu'à M. Garât, qui sans doute ne me refusera pas les papiers de mon amie.
BARBAROUX
Écoutez-moi , il y a quelque chose de mieux à faire ; une lettre de moi , je vous le répète, ne pourrait que vous être nuisible aux yeux du ministre. Mais je vais vous remettre un mot pour Duperret , qui vous introduira chez lui.
(Barbaroiix s'approche d'une table , et écrit la lettre suivante , dont il donne lecture à mademoiselle Corday.)
Caen, le 7 juillet l'an II de la république une et indivisible.
(( Je t'adresse , cher bon ami , quelques ouvrages « qu'il faut répandre. La citoyenne qui te remetu tra ce paquet désire retirer quelques pièces des « bureaux. Tâche de lui procurer accès auprès « du ministre. Adieu, je t'embrasse. »
« P. S. Ici tout va bien j nous ne tarderons pas « à être sous les murs de Paris. «
CHARLOTTE CORDAY
Je vous remercie, monsieur, c'est ce qu'il me faut.
BARBAROUX
Si vous voyez mesdames Duperret, offrez-leur mes respects, je vous prie.
CHARLOTTE CORDAY
Je vous le promets^ monsieur.
(Elle sort.)