SCENE II
ROBERSPIERRE entre.
Bonjour, mon ami. (il lui prend la main.) Tu travailles encore? tu fais bien ,* le travail est le bonheur de la vie.
LE MENUISIER
Oui, quand on travaille sur sa chaise avec une plume, c'est plus léger qu'une varlope. Vous êtes bienheureux vous autres gens de bureau.
ROBERSPIERRE
Le sort a réparti également le bonheur entre toutes les conditions. Tu crois plus heureux que toi ceux qui jouissent en abondance des faveurs de la fortune ; c'est une erreur : les vices troublent le repos du riche. Mais quoi, peut -on
désirer quelque chose lorsqu'on est le père d'une fille aimable et sage ?
LE MENUISIER
Elle est pauvre.
ROBERSPIERRE
La vertu vaut mieux que For.
(La jeune fille baisse les yeux en rougissant ; son père garde un silence sévère ; Roberspierre , embarrassé de sa contenance , se promène quelque temps d'un air impatienté.)
LE MENUISIER
A quelle heure Roberspierre veut-il souper ce
soir ?
ROBERSPIERRE
Quand tu voudras ; mais avant, j'ai un service à te demander : il faut aller à la section des Sans- Culottes , savoir s'il n'y a pas quelque chose pour moi. Depuis que j'ai quitté le tripot^ je n'ai plus d'huissiers à mes ordres.
LE MENUISIER
Ça n'est pas tout près d'ici : du quartier Honoré au quartier Marceau^ il Y ^ ^^^ bonne trotte.
ROBERSPIERRE
Allons^ mon cher ami, c'est pour la république : je lui consacre ma vie entière , tu peux bien lui donner un moment.
(il remonte l'escalier qui conduit à sa chambre.)