Histoire de la maladie
M. Por.., âgé de 40 ans, employé à la Compagnie des Chemins de fer du P. O., entre à l’hôpital Claude-Bernard le 23 janvier 1937 pour un état fébrile remontant à vingt jours, et ayant débuté brusquement trois jours après une morsure de rat.
Le 1er janvier, le malade est mordu par un rat sauvage (mus decumanus) vers 7 heures du soir au niveau de l’index de la main droite. La plaie saigne abondamment, est désinfectée à l’éther, puis pansée avec une pommade antiseptique. Une injection de sérum antitétanique est pratiquée.
La plaie se cicatrise rapidement en 5 à 6 jours, sans complications locales.
Le 4 janvier, trois jours après la morsure, le malade est saisi après son diner par un frisson violent. Il doit se coucher. Il éprouve alors une sensation de chaleur intense, émet des sueurs abondantes. Pendant la nuit la température monte à 40°1. L’insomnie est complète.
Le 5 janvier, il se sent mieux au réveil. La température est tombée à 37°7. Il s’alimente légèrement au déjeuner. Dans l’aprèsmidi il est de nouveau saisi par un frisson violent, qui est suivi d’une ascension thermique à 40°3. Les jours suivants le même phénomène se répète : la température basse le matin s'élève dans le courant de l’après-midi à la suite d’un frisson plus ou moins intense.
Le malade accuse d’autres symptômes.
Il a eu des vomissements pendant les trois premiers jours. Ils étaient rares ainsi que les nausées. Ils ne s’accompagnaient ni de douleurs abdominales ni de diarrhée.
Il a souffert de la tête, au moment des poussées fébriles.
Il a ressenti un mal de gorge, léger, bilatéral. Ce mal de gorge a débuté vers le septième jour, il était très postérieur, s’'accompagnait de gêne à la déglutition et de raucité de la voix. Secondairement la douleur est devenue surtout pharyngée.
Enfin sont apparues des douleurs articulaires. Elles ont débuté vers le dixième jour. D'abord localisées au coude droit elles ont atteint le poignet droit, le coude gauche, le poignet gauche (cette articulation a été particulièrement douloureuse et tuméfiée). Ultérieurement toutes les articulations des membres, grandes et petites, ont été le siège d’arthralgies, sauf toutefois les deux genoux. Ces douleurs articulaires ne s’accompagnaient ni de myalgies ni de raideur vertébrale. Le malade n’a pas remarqué d’éruption. La recherche d'éléments cutanés par le médecin traitant est également demeurée négative.
Les antécédents du malade nous aprennent peu de choses il est sujet aux angines, et à des malaises grippaux.
A son admission le 23 janvier, vingtième jour de la maladie, M. Por... se présente fatigué, abattu, dit avoir perdu 10 kilos. Il conserve néanmoins un assez bon aspect général. Il est présent, raconte bien l’histoire de sa maladie.
Sa température est à 38°. Un examen de la courbe biquotidienne fournie par le malade nous révèle alors que la température a revêtu un type rémittent quotidien pendant les six premiers jours avec température au-dessous de 38° le matin, et élévation autour de 40° dans la soirée. À partir du septième jour la température est demeurée basse pendant 72 heures Nrus notons enfin deux clochers à 40°2 et 40°3 le 13 et le 17 janvier, et pendant les cinq jours précédant l'admission une température se maintenant entre 38et:399. s
A l’examen du malade, on note l’état saburral de la langue. La gorge est un peu rouge. Sur les téguments on ne découvre aucune trace d’éruption.
Le malade accuse des douleurs articulaires au niveau de toutes les grosses articulations, sauf les genoux. Ces douleurs sont cependant peu marquées actuellement sauf au niveau du poignet gauche. Elles ne s’accompagnent ni de tuméfaction, ni de rougeur des téguments au siège des jointures sensibles. Les petites articulations des doigts sont douloureuses. Par ailleurs le foie est de volume normal, la rate est percutable sur trois travers de doigts, mais non palpable. L’abdomen est souple.
Les bruits du cœur sont un peu sourds. Il n’y a pas de bruits surajoutés, 84 pulsations à la minute. Le tension artérielle est à 10,5-8.
Le murmure vésiculaire est normal. On compte seize respirations par minute. |
Les réflexes tendineux sont normaux. Les pupilles sont normales réagissant bien à la lümière.
Les urines ne contiennent ni albumine, ni sucre, ni urobiline.
En raison de l’antécédent de morsure de rat l’index droit est
examiné attentivement. On ne trouve pas de traces de la plaie. Il n’y a pas de trainées de lymphangite au niveau du bras. Or découvre quelques petits ganglions dans les aisselles, et dans les aines, mais ils sont indolents et mobiles. Un ganglion axillaire du côté gauche (côté opposé à la morsure) est plus gros que les autres.
On pratique une hémoculture en milieu aérobie et anaérobie.
Une numération des globules blancs montre une hyperleucocytose avec 14.000 éléments, et une polynucléose neutrophile à 88 %.
Le 24 janvier, l’état du malade est stationnaire, et le 25 on recueille du sang dans un tube contenant du citrate de soude au 1/10 en vue d’inoculations aux souris. Le diagnostic de Sodoku est en effet porté en raison de l’antécédent de morsure de rat.
Le 26 janvier, même état.
Le 27 janvier, la gorge est toujours douloureuse. Elle est rouge, vernissée. Le malade dort peu en raison de ses douleurs. Le diagnostic demeurant hésitant, on pratique une intradermo-réaction à la mélitine qui sera négative.
Le 28 janvier on inocule de nouvelles souris. Dosage d’urée sanguine 0 gr. 38. Radiographie du thorax : poumons normaux.
Le 29 janvier, l’état est stationnaire.
Le malade est hospitalisé depuis six jours. La courbe de température enregistrée toutes les trois heures depuis son entrée montre que la fièvre revêt un type rémittent quotidien. La température, basse le matin autour de 37°5, ne s'élève que tardivement dans la journée, à partir de 18 heures. Le maximum thermique est observé entre 21 et 24 heures : la température monte alors à 39°5. Elle descend progressivement dans la seconde partie de la nuit. Ce cycle thermique passe inaperçu sur la courbe biquotidienne.
Bien que le diagnostic de Sodoku paraisse peu vraisemblable en raison de l’atypie de la symptomatologie, on pratique une première injection intraveineuse de novarsénobenzol, 0 gr. 15. En outre on prescrit des injections intraveineuses de salicylate de soude en solution glucosée (3 gr. par jour).
Le 30 janvier, injection de 0 gr. 30 de novarsénobenzol.
Le 31 janvier, malgré les deux injections de novarsénobenzol pratiquées la veille et l’avant-veille, l’allure de la courbe thermique ne se modifie pas : 37°8 Île matin, 38°5 vers 18 heures (maximum thermique de la journée). Un examen hématologique donne les résultats suivants
ClODuleS ATOUL ES RE PA CP en te 5.000.000 Globules DTA CSN PE ER CPE este 14.000 Polynucléaires neutrophiles ............. 78 DVHDROCYIES MEME ES RON ere 2 Moyens mononucléaires ................ 12 Grands mononucléaires. .,............. : 8
Le 1°7 février, la température le matin est à 38°2 avec un pouls à 85, et 16 respirations à la minute. A 18 heures, la température
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