DURE
Au point de vue PROPHYLACTIQUE, l'isolement ne paraît pas une nécessité, puisque la contagion interhumaine ne peut être suspectée.
L'existence de contaminations de laboratoire montre la nécessité de manipuler avec prudence les animaux et surtout le rat blanc dont la morsure peut être infectante.
En cas d’épidémies, les mesures prophylactiques consisteront principalement en cuisson des aliments solides, et surtout en ébullition des aliments liquides puisque un de ceuxci, et en particulier le lait, est susceptible de servir de véhicule au germe. Ces mesures prophylactiques simples ont suffi à arrêter la propagation de la Fièvre d’Haverhill.
Enfin le rat étant le principal réservoir de virus, c’est en réalité dans l’organisation de la lutte contre les rats que réside ja vraie prophylaxie de la maladie. Cette lutte est d’ailleurs justifiée par les nombreux autres méfaits dont sont responsables ces animaux, et ses modalités ne sauraient être envisagées ici.
Essais de prophylaxie et de traitement
par la chimiothérapie
Il nous a paru intéressant de rechercher si parmi les nouveaux médicaments chimiothérapiques préconisés récemment dans les infections humaines (streptococcie, gonococcie, méningococcie) l’un d’eux se révélait efficace contre l'infection expérimentale de la souris.
Nous avons tenté de prévenir et de traiter l'infection à streptobacillus moniliformis de la souris par l’administration ‘ par voie buccale de p. amino-phénylsulfamide (1162 F).
Exp. 1 : S 202 et 203 reçoivent par voie buccale le 18 septembre et les trois jours suivants 20 milligrammes de p. amino phénylsulfamide. | RENE
Ces deux souris ainsi que S 201 (témoin) sont inoculées le
19 septembre : injection de 0 cc. 20 de culture pure au niveau d’une patte.
Résultats :
S 201 : témoin : morte en 48 heures.
S 202: polyarthrite des deux pattes postérieures trois jours après l’inoculation. Mort le quinzième jour.
S 203: polyarthrite des deux pattes postérieures trois jours après lPinoculation. Mort le vingtième jour.
Expé. 2: S. 204 et 205 reçoivent par voie buccale le 2 octobre et les deux jours suivants 20 milligrammes de p. amino-phénylsulfamide.
Ces deux souris ainsi que S. 206 (témoin) sont inoculées le 4 octobre : injection de 0 ec. 20 de culture diluée au 1/20 au niveau d’une patte.
Résultats :
Mort des trois souris en 48 heures.
Exp. 3 : S. 207 et 208 reçoivent per os le 2 octobre et les deux jours suivants 20 milligrammes de p. amino-phénylsulfamide. Ces deux souris ainsi que $S. 209 (témoin) sont inoculées le 4 octobre : injection de 0 cc. 20 de culture diluée au 1/20 au niveau d’une patte.
Résultats :
Mort des trois souris en 48 heures.
Nous avons enregistré un même échec en administrant le médicament après l’inoculation.
Ces essais ne justifient pas l’emploi de cette chimiothérapie dans le traitement de la maladie humaine.
L'INFECTION A STREPTOBACILLUS MONILIFORMIS NOUVELLE FIEVRE PAR MORSURE DE RAT
Dans notre communication avec nos maîtres, MM. Le- MIERRE, REILLY et LAPORTE, mettant en lumière l'existence d’une fièvre par morsure de rat due au streptobacillus moniliformis, nous avons signalé qu’il était possible que cette affection encore inconnue dans notre pays, avait pu être confondue avec le Sodoku, dont elle se rapproche par une similitude de cause provocatrice, mais dont elle diffère tant par sa nature que par son aspect clinique.
En parcourant la littérature de la fièvre par morsure de rat, on peut rapidement se convaincre qu’il en est bien ainsi.
Nous avons trouvé quelques observations cliniques publiées en France, où les grands traits cliniques de l'affection consécutive à la morsure du rongeur furent : une incubation courte, un début brutal non précédé de symptômes locaux, une température plus ou moins continue, un exanthème maculo-papuleux précoce, une polyarthrite. C’est à propos d’une telle observation ne cadrant pas parfaitement avec celle d’un Sodoku que LaGrirFE et Loup (1) ont fait les commentaires suivants : « Nous sommes en droit de nous demander, si sous la dénomination de Sodoku, on ne confondrait pas des faits qui ne seraient que voisins et dont l'unité, toute d'apparence, serait réalisée seulement par une même cause occasionnelle : la morsure de rat ». De même en présence d’un cas analogue, consécutif à la morsure d’un rat blanc qui devait mourir quelques jours plus tard de bronchopneumonie, P. BRoDIN et DUuJARRIC DE TA RiviÈRE (2) ont
© (1) Lacrirre et Lour : Un cas de Sodoku, La Presse Médicale, 18 avril
(2) P. Bronix et DuJARRIG DE LA RIVIÈRE : Septicémie à virus filtrant consécutive à une morsure de rat. guérie par abcès de fixation. Bull. et Mém. de la Soc. Médicale des Hôpitaux de Paris, 11 juin 1926.
rejeté le diagnostic de Sodoku et incriminé un virus filtrant d’être l’agent pathogène de la maladie observée. Les symptômes présentés par leur malade sont si voisins de ceux que nous avons rencontrés dans le cas que nous rapportons, qu’il est permis de penser que ces auteurs se sont trouvés en présence d’une infection à streptobacillus moniliformis. Enfin, plus récemment, L. Ramond à propos d’une petite clinique sur la Fièvre par morsure de rat n’a pas manqué de souligner que le cas rapporté était typique par la brièveté de sa période d’incubation et par l’absence complète de signes locaux au niveau du membre siège de la morsure du rat.
En Amérique, BAYNE JONES (3) relevant 81 observations de fièvre par morsure de rat, rapportées aux Etats-Unis, a également été amené à contester l’unité des cas publiés. Faisant remarquer que la plaie causée par les dents du rongeur pouvait servir de porte d’entrée à de nombreux germes, il concluait : « Des infections à pyogènes ont rendu obscurs dés cas de fièvre par morsure de rat. Elles ont été le seul processus pathologique dans d’autres observations rangées dans ce cadre ». Parmi les quelques observations citées par l'auteur, l’une d’elles due à RODGERS (5) gyant trait à un enfant de 17 mois mordu par un rat blanc s'apparente par tous ses symptômes à l'infection due au sfreptobacillus moniliformis.
Dans tous ces cas, en l’absence de preuve bactériologique le rapprochement avec la fièvre par morsure de rat que nous avons décrite, est basé uniquement sur la similitude du tableau clinique. Aussi les faits incontestablement les plus intéressants sont ceux où un microorganisme identique au streptobacille de LEvAprri, NICOLAU et PoIncLoux a été isolé et décrit sous une autre dénomination.
Lors de la description du germe et de ses caractères culturaux, nous avons développé les arguments, qui nous permettent de rapprocher du streptobacillus moniliformis, le
(3) L. RaMoxb : Fièvre par morsure de rat, La Presse Médicale, p.395 7 mars 1936.
(4) BAYNE JOoNESs : Rat bit fever in United States, Internat. Clin. 3, 235, 253, septemhre 1931.
(5) RODGERS : A case of fever following rat bit, The Archives of Pediatrics, 41, 347, 349. 1924 PR
streptothrix muris ratti, le streptothrix taraxexi cepapi tous deux décrits par SCHOTTMULLER, et le streptothrix putorii de Dicx et TunNiczirr. Dans le présent chapitre nous allons voir si, du point de vue clinique, ces exemples d’infection à streptothrix peuvent être assimilés à l'infection causée par le streptobacille de LEvapiri, NICOLAU et PoINCLOUX.
Tout d’abord nous croyons devoir éliminer du cadre de la maladie l’observation de TILESTON qui paraît être un exemple typique de Sodoku. La constatation d’éléments filamenteux à l’examen direct du sang laisse supposer que les microorganismes visibles lors des paroxysmes fébriles étaient des spirochètes puisque les hémocultures pratiquées aux mêmes moments étaient négatives. Nous ne pouvons pas tenir compte non plus de l’observation de LITTERER, en raison de l’insuffisance de ses détails. |
Pour les deux observations de SCHOTTMULLER, l'identité avec la fièvre par morsure de rat due au stfreptobacillus moniliformis est assez frappante.
Voici le résumé de ces deux observations
OBSERVATION Î1 DE SCHOTTMULLER Histoire de la maladie
Le malade âgé de 25 ans, garçon de laboratoire est mordu par un rat au pouce droit le 16 août 1904. Le 17 août le malade présente une tuméfaction inflammatoire du pouce droit, une lymphangite remontant jusqu’au coude et une adénite axillaire ; ces manifestations ne s’accompagnent pas de signes généraux. Ces signes locaux rétrocèdent en trois jours et ultérieurement on ne constate que la persistance des deux petites plaies consécutives à la morsure.
Le 21 août, cinq jours après la morsure, la température s'élève à 39°5 et le malade ressent des douleurs dans Vaisselle droite, dans le bras droit et au niveau de la jambe droite. Le 23 août le malade est admis à l’hôpital : il présente une température à 39°3, se plaint de douleurs très violentes dans l’épaule gauche, de douleurs moins vives dans la jambe gauche, au-dessous du genou.
A l'examen, les mouvements actifs du bras gauche sont très douloureux, les mouvements passifs le sont moins. Il n’existe pas de tuméfaction de l’épaule gauche mais un point douloureux au niveau de l’apophyse coracoide. On constate en outre que Île malade présente un exanthème siégeant aux membres inférieurs, depuis les pieds jusqu’au dessus des genoux, aux avant bras,
remontant en décroissant vers le tronc. Cet exanthème est constitué de taches rouges rosées qui ne confluent nulle part. L’examen général est négatif : foie et rate sont de volume normal.
Par la suite on note de l’herpès labial le 24 août ; des douleurs cervicales sont signalées le 25, ainsi que de petites douleurs dans le bras droit. Le malade se plaint de céphalée. Le 26 apparaît une fuméfaction douloureuse de la gorge du côté droit, sans rougeur très marquée. À partir du 27 août on constate une amélioration portant sur les symptômes généraux : la température est à 38°4 le 26, à 38°5 le 28 et à 37°4 le 29. La céphalée disparaît. Le sommeil réapparaît. L’appétit est satisfaisant, mais les douleurs persistent.
Le 1* septembre la température monte à 39°5 non accompagnée de frissons, mais de malaise général. La gorge va mieux. L’exanthème ne persiste qu’au niveau des pieds. Les douleurs de l’épaule gauche sont toujours très vives. On constate l’existence de signes de bronchite bilatérale.
Le 7 septembre le malade présente des douleurs spontanées nocturnes dans le bras droit. Elles sont très différentes des douleurs signalées dans l’épaule gauche.
Le 23 septembre, douleurs de la gorge du côté gauche. A partir du 17 la température ne dépasse plus 38° ; les douleurs s’atténuent lentement et à partir du 27 le malade peut se lever. On note encore des douleurs dans l’épaule gauche et la main gauche le 9 octobre. Elles ont complètement rétrocédé le 15 octobre.
Le 26 octobre, l’amélioration persiste, le malade a repris du poids. Le malade sort de l’hôpital le 1% novembre.
Examens complémentaires
Hémocultures : Onze hémocultures ont été pratiquées les 8°, 11°, 15°, 17°, 25°, 40, 50°, 58°, 64°, 69°, 74° jour de la maladie: huit ont permis d'isoler un germe qui fut dénommé streptothrix muris ratti. La première hémoculture fut souillée, les 6°, 7°, 8° et 9° étaient positives malgré la chute de la température. Les deux dernières demeuraient négatives.
Examens hématologiques : Trois examens dans le courant de la maladie révélaient une hyperleucocytose à 20.000, 16.000 et 25.400 globules blancs. Le chiffre des leucocytes redevenait normal à la convalescence.
Comme on le voit, l’existence de huit hémocultures positives ne permet aucun doute sur la nature bactérienne de cette fièvre par morsure de rat.
Dans le deuxième exemple, les investigations bactériologiques ont mis en évidence un germe identique :
OBSERVATION 2 DE SCHOTTMULLER (résumé) Histoire de la maladie
La malade est mordue le 24 juillet 1913 à l’index et au pouce de la main droite par un écureuil sud-africain. Dans la nuit du 25 au 26 elle présente un grand frisson prolongé, une élévation thermique à 39° et ressent de violentes douleurs dans les jambes. Le 27, une éruption apparaît d’abord localisée aux membres puis se généralisant. Elle est formée d'éléments maculeux de couleur rouge bleuâtre, de taille lenticulaire. Ces éléments sont partiellement hémorragiques. Les éléments plus abondants aux membres confluent, au niveau des extrémités: mains, doigts, pieds, orteils. Cet exanthème prend au bout de quelques jours un type septique : des vésico-pustules de taille variable apparaissent, prédominant au niveau des doigts et des orteils s’accompagnant de suppurations sous unguéales. Quelques vésico-pustules sont hémorragiques. L’exanthème s’atténue au bout d’une semaine, mais ne disparaît complètement que beaucoup plus tard; les vésico-pustules se dessèchent, mais on constate l’apparition d’un abcès du tissu cellulaire sous cutané de la face dorsale du pied gauche, d’un abcès sous épidermique au talon gauche et sur le corps de nouvelles vésicules. En outre quelques nouures sont notées au niveau des cuisses et des jambes.
Ces diverses manifestations cutanées s’accompagnent :
— de température élevée au début, puis tendant à descendre lentement.
— de manifestations naso-pharyngées frustes : voile du palais et pharynx rouges, tuméfaction de la muqueuse pituitaire avec sensation d’obstruction et douleurs nasales.
L'évolution de la maladie est en outre accidentée de:
— Manifestations oculaires précoces : apparition d’un petit nodule au bord interne de l’iris de l’œil gauche, puis de deux nodules semblables le jour suivant (1% août) à l'iris droit. En outre la cornée droite se trouble, la chambre antérieure de l’œil est le siège d’une collection purulente, la cornée présente une ulcération. Ces dernières manifestations oculaires persisteront des semaines.
— Manifestations douloureuses à partir du 5 août, d’abord signes de périostite de la crète tibiale droite qui persisteront une semaine ; puis de douleurs et de tuméfaction au niveau des articulations des phalanges des quatre derniers doigts de la main gauche, au niveau du genou droit, enfin au niveau des phalanges des doigts de la main droite. Les douleurs du genou disparues vers le 30 août, réapparaissent après une mobilisation trop précoce, s’accompagnant d’un épanchement purulent jaune verdâtre épais qui doit être ponctionné à trois reprises.
— De la persistance des suppurations sous unguéales, entretenues par des séquestres. ;
La guérison définitive est tardive au début de novembre. L’acuité visuelle de l’œil droit est très diminuée.
Lire
Examens complémentaires
Une hémoculture pratiquée dans le rourant de la maladie a permis d'isoler un germe s’apparentant au streptothrix muris ratti, mais que l’auteur dénomme streptothrit taraxexi cepapi.
A l’examen direct dn contenu des vésico-pustules, et dans le pus de l’abcès du talon il a pu isoler un bâtonnet mince, de longueur variable, ne prenant pas le Gram. En enrichissant le pus à l’étuve pendant 24 heures l’organisme prenait une forme filamenteuse. La culture du pus sur les milieux ordinaires demeurait négative.
Examen du sang : hyperleucocytose à 18.000.
Nous n’adjoindrons à ces deux observations que quelques commentaires La deuxième observation est particulière par. ses circonstances étiologiques : elle est secondaire à une morsure d’écureuil. Nous relevons dans les deux cas une incubation courte, un même début brutal, rapidement accompagné de symptômes douloureux. Les manifestations articulaires sont remarquablement intenses dans la première observation, alors que la symptomatologie cutanée tient la première place dans l'infection consécutive à la morsure d’écureuil. L’éruption polymorphe, formée d’éléments maculeux, de vésicules, de purpura rappelle en tous points celle de la malade de TEIssIER et de ses collaborateurs. L'évolution de la maladie est relativement longue, mais la guérison est néanmoins obtenue sans séquelles au bout de deux et trois mois. Parmi les complications, nous devons noter dans la deuxième observation tout d’abord les localisations oculaires intéressant la conjonctive, l'iris, la cornée et la chambre antérieure de l’œil, d'autre part un abcès sous-cutané de la face dorsale du pied gauche, enfin une périostite tibiale passagère. L'existence de ces localisations ne saurait nous étonner. Les manifestations oculaires sont quasi constantes au cours de la maladie expérimentale de la souris et nous avons révélé chez cet animal la fréquence des abcès sous-cutanés. Enfin Van ROOYEN a également constaté, au cours de la maladie épizootique, des déterminations osseuses.
L’observation de BLAKE, malgré sa longue durée d’incuba-: tion (15 jours), peut aussi être considérée comme une fièvre par morsure de rat due au streptobacillus moniliformis. Celleci s’est compliquée d’une localisation endocarditique et {a malade, âgée de 62 ans, est morte le 16° jour de la maladie. Voici le résumé de cette observation
OBSERVATION DE BLAKE (résumé) Histoire de la maladie
La malade âgée de 62 ans, marchande de nouveautés, entre à l'hôpital le 15 mai 1915. Quinze jours auparavant elle a été mordue: par un rat au bout de l’index de la main droite. Deux jours après elle présente une inflammation locale du doigt, de la lyÿmphangite une adénite axillaire. Tous ces symptômes rétrocèdent en quatre jours.
Le 15 mai, deux semaines après la morsure, la malade présente un frisson violent, prolongé, et souffre de douleurs sévères dans les jambes, dans les bras, et les côtes. Elle est abaitue, à des nausées mais ne vomit pas. À l’examen de la malade, outre les symptômes généraux accusés, température à 38°, prostration, on constate que la plaie de morsure est cicatrisée, non enflammée, et qu’il persiste une adénopathie dans l’aisselle droite. Les muscles des jambes et des bras sont sensibles à la pression. Il n’y a pas d’exanthème. Le foie et la rate sont normaux. L’examen du cœur montre un souffle systolique de la pointe. Dans les urines, on trouve des traces d’albumine, et à l’examen du sédiment urinaire, des globules blancs, des cylindres granuleux.
Le 16 mai, la malade est toujours abattue. Elle se plaint toujours de sévères douleurs musculaires. Un exanthème de taches rouges maculeuses, et maculo-papuleuses apparaît sur les bras, le Ehorax, les cuisses et les genoux : leur diamètre est de 2 à 6 milli-
mètres. Cet exanthème disparaît en quatre jours. La température
après une chute le 17, s'élève de nouveau et pendant plusieurs jours demeure entre 38°5 et 39°5, puis à partir du 22 se met à osciller. La malade demeure très abattue, continue à souffrir. Le 27 mai, l’état de la malade paraît s'améliorer, mais le 29 elle s’agite. Le pouls s’accélère, faiblit. Le souffle systolique de la pointe devient plus bruyant et plus rude. Une éruption finement marbrée, rougeâtre, à peine indurée, apparaît sur la face extérieure du genou gauche.
Le 30 mai la malade meurt.
Examens complémentaires
Hémocultures : La première hémoculture pratiquée moins de 15 heures après le début des premiers symptômes révélait après quatre jours d’étuve un germe analogue au streptothrix muris ratti de Schottmuller.
La deuxième hémoculture pratiquée le quatrième jour était négative.
La culture du sang du cœur prélevé après la mort était positive après 48 heures d’étuve. |
Séro-diagnostic : L’agglutination du germe par le sérum du malade pratiquée le 14° jour de la maladie était positive au taux de 1/80. L’agglutination se révélait négative avec des sérums témoins. ,
Examens du sang: Les numérations' des globules blancs don-
naient les chiffres suivants: 22.100, 19.300, 14.700, 17.400 avec polynucléose neutrophile (74 %).
Le résumé du protocole d’autopsie et des examens histologiques mérite d’être relaté, car il constitue un document unique sur les lésions anatomo-pathologiques de la maladie humaine.
Autopsie : pratiquée 7 heures après la mort :
Cavité péritonéale, pas de liquide.
Plèvres : petite quantité de liquide sanguinolent.
Péricarde : 5 cc. de liquide citrin.
Cœur : musculature d’apparence normale.
Valvules tricuspide, pulmonaire, aortique normales.
Valvue mitrale : on note une zone tuméfiée large de 15 mm. épaisse de 7 mm. formée d’un tissu mou et perforée en son centre (largeur de la perforation: 4 mm.).
Poumons : congestion légère.
Foie : congestionné.
Rate (200 gr.) marbrée de zones de teinte rouge brun et rouge pâle. A la section, elle est molle et œdémateuse. On constate en outre deux zones fermes, pâles, cunéiformes dont la base affleure la surface de la rate.
Pancréas : normal.
Tractus gastro-intestinal: normal.
Surrénales normales.
Reins : petits (95 gr. chaque), à surface finement granuleuse avec une corticale de 4 à 5 mm. d’épaisseur, de teinte grise pâle, sans limites nettes.
Cerveau normal.
Examen histologique
Cœur: zones de myocardie subaiguëé avec disparition complète des fibres musculaires, leur place étant occupée par un tissu lâche infiltré de cellules endothéliales et de leucocytes. Au niveau des fibres musculaires, on remarque une vacuolisation accentuée.
Des sections de la valvule mitrale passant par la végétation montrent la perforation centrale entourée par un tissu de granulation infiltré de leucocytes. A la périphérie, il y a des amas de tissu conjonctif, dont certaines parties sont hyalinisées, d’autres très infiltrées de leucocytes, d’autres nécrosées. Dans les zones nécrotiques on observe des petits amas de germes apparaissant sous la forme de bacilles longs et minces. Les fibres du muscle environnant la lésion révèlent toutes les étapes de la nécrose.
Poumons : Lésions hémorragiques, œdémateuses, de congestion passive.
Foie: Le tissu conjonctif interlobulaire est hypertrophié et en de nombreuses places infiltré de lymphocytes et de polynucléaires. En quelques endroits quelques cellules du foie sont atrophiées.
Rate : zones hémorragiques et zones de nécrose. Reins : Les glomérules sont gros et les parois des capillaires sont épaissies. Le tissu interstitiel révèle des lésions à distribution
variable, allant de celles d’un processus aigu à un processus guéri. On note, en outre, en de nombreux endroits une infiltration de polynucléaires s'étendant en longues trainées entre les tubuli ; en d’autres endroits il s’agit d'infiltration d’éléments lymphocytiques souvent situés à l’entour du glomérule. Par places le tissu conjonctif est hypertrophié. Le tube épithélial est granuleux, révèle une légère desquamation. Les vaisseaux montrent un épaississement marqué de l’intima et de la média, avec altération hyaline. Enfin une coupe révèle un infarctus.
Nous retrouvons dans ce protocole, les lésions anatomiques et histologiques rencontrées dans l'infection expérimentale à sireptobacillus moliniformis de la souris : mêmes lésions de myocardite aiguë, localisation sur l’endocarde, observée également par LEVADITI, NicOLAU et PoINCLOUX, déterminant là des infarctus viscéraux (rate, reins), abcès nécrotique de la rate, légère hépatite interstitielle. Quant aux altérations rénales, il est permis de penser qu’elles furent favorisées par des lésions chroniques préexistantes, facilement explicäbles par l’âge de la malade.
Cette analogie des lésions de l'infection humaine à sireptothrix muris ratti et des altérations observées chez la souris inoculée avec le streptobacillus moniliformis nous fournit une nouvelle preuve de l'identité des deux germes.
L'assimilation à l'infection à streptobacillus moliniformis des autres exemples de fièvre par morsure de rat, au cours desquelles un streptothrix a été isolé du sang des malades est beaucoup plus délicate.
L'observation de Tunnicrirr et MAYER à trait à un enfant de 13 jours, et toute la symptomatologie se résume en manifestations locales accompagnées d’une éruption et d’un fébricule. L’affection s’est terminée par la mort. C’est la culture du sang du cœur après la mort qui a permis d'isoler le streptothrir de SCHOTTMULLER.
Voici le résumé de cette observation
OBSERVATION DE TUNNICLIFF ET MAYER (résumé) Histoire de la maladie
Une petite fille de couleur, âgée de 13 jours est menée à l’hôpital le 11 mars 1918. Neuf jours auparavant elle a été mordue
a la face par un rat: la lèvre supérieure et la gencive ont été déchirées, et la joue lacérée. A l’entrée on constate de l’œdème des paupières; les plaies de la joue gauche, de la lèvre supérieure sont en voie de cicatrisation ; la joue droite est rouge ferme, indurée et apparemment douloureuse, la lèvre supérieure est déformée. Il existe des adénopathies cervicales palpables. L'examen physique est négatif. La température est à 101 F. Onze jours après l’admission à l’hôpital, on constate l’apparition d’une éruption sur la poitrine et l'abdomen, constituée de macules de teinte rouge bleuâtre, bien limitées de 3 cms de diamètre. Deux jours après cette éruption pâlit.
Mort de l’enfant le 28 mars.
Examens de laboratoire
Hémocultures :
Le 22 mars, négative.
Le 28 mars, par ponction du sang du cœur après la mort, se montre positive pour le streptothrix muris ratti, et de gros coccobacilles Gram négatifs.
Etalements de sang :
— À l’examen direct: présence de filaments de 5 à 10 y, droits à extrémités renflées.
— Le 23 et 27 mars : examen par illumination en champ noir négatif.
Réactions humorales :
— Absence d’agglutinines dans le sérum de la malade pour le streptothrix.
Examens hématlologiques :
11 mars : 32.000 globules blancs.
SHAMATS FA GIODUIES ADIANCS UT DT NEC SRE 17.000 Globes rouges A TS PNR RUES 4.200.000 Hémoglobine Re 2CNEE CR Re are 70 % Polynucléaires neutrophiles .......,.... 74 Grandsflymphocytes ee PRRUIEO PA te 14 PEUIS IV MPHOCYLES ENV ORE ER RRERRE 12
27 mars : 18.000 globules blancs.
Examen anatomo-pathologique :
Cœur : normai.
Poumons.
Rate normale.
Reins normaux.
Foie congestionné.
Surrénales : présence d’hémorragies.
Ganglions prélevés près des surrénales: altération des cellules et présence d’organismes filamenteux — absence de spirochètes.
Moëlle osseuse : présence de streptocoques et d'organismes filamenteux.
. Dans tous les organes examinés, absence de spirochètes après imprégnation argenitique.
en UT
‘L'observation de Dick et TUNNICLIFF a trait à une morsure de belette. Cliniquement, le tableau de la maladie se rapproche davantage du Sodoku, que de la septicémie à sfreptobacillus moniliformis.
Voici le résumé de cette observation :
OBSERVATION DE Dick ET TUNNICLIFF (résumé) - Histoire de la maladie
Le malade âgé de 10 ans, est mordu le 10 août 1917 par une belette au pouce droit et à la main gauche. Les plaies cautérisées guérissent rapidement. Deux semaines après la main gauche se tuméfie, prend une couleur bleuâtre, le malade a .de la fièvre et une sensation de malaise général. Il est hospitalisé deux mois après (10 octobre). Il présente une température irrégulière s’élevant parfois chaque jour, parfois à six jours d'intervalle. Il n’a pas d’appétit, vomit au début des accès fébriles. A chaque paroxysme il présente de l’œdème des paupières inférieures et une éruption siègeant principalement à la face, à la joue, de macules rouges sombres, bien limitées variant en taille de 2 à 3 cms. De plus on constate à l’examen une hypertrophie des ganglions épitrochléens axillaires et cervicaux. Lors du troisième accès fébrile après l’admission, le malade reçoit une injection de néosalvarsan : les attaques suivantes sont moins violentes. Le malade sort le 1° janvier 1917.
Un autre jeune garçon mordu par la belette n’a pas présenté de signes de maladie.
Examens de laboratoire
Hémocultures : }
Première hémoculture positive pour un bacille Gram négatif obtenu en milieu anaérobie, et un diplostreptoccoque Gram positif.
Deuxième hémoculture positive pour un bacille que les auteurs rapprochent du streptothrir de Schottmuller, mais dénomment streptothrix putorii.
Recherche du spirochète de Sodoku :
— Négative dans les étalements de sang, dans les urines, l'œil, les lésions cutanées du malade.
- Négative dans le sang de cobayes inoculés avec le sang du malade.
Examen hématologique :
— Globules blancs .19000.
__ Polynucléaires neutrophiles : 88.
— Lymphos : 8.
— Petits lymphos : 4.
Dès lors, quelle interprétation donner à la présence du streptothrix dans le sang des malades ? Une observation due à MAckiE et Mac DERMOOTT (6) paraît susceptible de nous éclairer. Dans un cas de fièvre par morsure de rat, ces auteurs ont pu isoler par l’hémoculture un microorganisme qu'ils ont assimilé au streptothrix de SCHOTTMULLER et de BLAKE, et en même temps démontrer la présence de spirilles dans l’organisme du malade par l’inoculation au cobaye de fragments d’un ganglion extirpé. Dès lors il n’apparaît pas impossible que le rat puisse inoculer simultanément à l'homme le streptobacillus moniliformis, et le spirochète du Sodoku.
Cette interprétation peut très bien être appliquée à l’observation de EBERT et Hesse. La maladie débute brutalement le 3° jour après la morsure du rat par un grand frisson. une ascension thermique à 40°, un état de malaise, de la céphalée. C’est là le début de l'infection à streptobacillus moniliformis. Au cours de la deuxième semaine de la maladie, la plaie de morsure se met à suinter, et en même temps apparaissent des traînées lymphangitiques et des adénopathies dans le territoire de la plaie. Ce sont là les signes locaux qui précèdent ordinairement l’apparition des manifestations générales dans le Sodoku. Ultérieurement, les symptômes de cette dernière maladie l’emportent sur ceux de l’infection bactérienne.
En outre, la double étiologie de cette fièvre par morsure de rat se trouve appuyée par des arguments biologiques et thérapeutiques. L’isolement du streptothrix par l’hémoculture, l'existence d’agglutinines pour ce germe dans le sérum du malade, la réaction de fixation plaident en faveur de l’origine bactérienne. D’autre part, l'intervention du spirochète est démontrée par les heureux résultats de la thérapeutique arsénicale qui fait immédiatement cesser des accès fébriles se répétant depuis quatre mois.
Voici le résumé de cette intéressante observation
OBSERVATION DE EBERT ET HESSE Observation de la maladie
‘La malade âgée de 42 ans est mordue à la joue gauche par un rat. Au niveau des plaies on constate 24 heures après une tumé-
(6) MackiE et Mac DERMOnTT. Bacteriology and experimental observation
of a case of rat bit fever : Spirillum minus. Journal of Patholoey Bactériology, 29-493-1926. ï D QUE
sont
faction marquée. Trois jours après la morsure : frisson intense, ascension thermique à 40°, malaise et céphalée. Le lendemain chute de la température, mais les jours suivants la fièvre réapparaît par accès précédés de frissons. Ces accès se répètent tous les deux ou trois jours. Au cours de la deuxième semaine de la maladie la plaie suinte, se complique de trainées lymphangitiques rouges, douloureuses et d’adénopathies cervicales du côté gauche. En même temps apparaissent des douleurs dans l'articulation temporo-maxillaire et un mois après la morsure des adénopathies cervicales droites. C’est à ce moment que surviennent également des contractions fibrillaires intéressant la moitié gauche du visage et des spasmes du pharynx.
Pendant trois mois la malade demeurée chez elle présente 20 à 25 accès fébriles dont l'intensité s’atténue d’ailleurs avec la durée de la maladie : les derniers accès ne dépassent pas 38°, 38°5. Ces accès fébriles s’accompagnent d’un éxanthème maculeux, non prurigineux, localisé à la face, récidivant à chaque poussée fébrile tout au moins au début de la maladie. Enfin dans Îles semaines qui précèdent son admission la malade accuse quelques symptômes nerveux : sifflements et hypoacousie de lPoreille gauche, céphalalgie localisée aux régions temporale et occipitale gauches, diminution de la sensibilité de l’hémiface gauche. L'état général est demeuré satisfaisant. Il n’y a pas de troubles digestifs.
La malade est hospitalisée après trois mois de maladie. Au siège de la morsure (angle de la machoire du côté gauche) on constate une tuméfaction rougeâtre, grosse comme une noix fluctuante, dont l’incision donne issue à un liquide trouble mais stérile. Cette tuméfaction s'accompagne de ganglions cervicaux durs, gros comme une noix. Une biopsie ganglionnaire révèle une infiltration inflammatoire d’éléments lymphoïdes. L'examen des différents viscères est négatif. L'examen neurologique complet révèle une atteinte légère des différentes paires craniennes du côté gauche, cependant la motilité oculaire est normale. Par contre il existe à gauche des troubles pupillaires. L’acuité visuelle du côté gauche est diminuée et aboutit ultérieurement à une cécité presque complète qui rétrocède rapidement. Au niveau du fond d’œil : dilatation des veines pupillaires et teinte grisâtre de la papille. En outre existence d’un rétrécissement concentrique du champ visuel. L'examen de l'appareil auditif révèle une hypoacousie du côté gauche. Par ailleurs l'examen neurologique montre une diminution de la sensibilité globale du côté gauche, et des troubles analogues au niveau de la main droite et du pied droit. Aucun trouble moteur ou réflexe.
Pendant le séjour de la malade à l’hôpital ces différents symptômes nerveux et sensoriels s’amendent. Les auteurs notent cependant après quatre mois de maladie des symptômes de périchondrite intéressant les 3° et 4° cartilages costaux droits; en outre un peu plus tard, alors que les signes généraux ont disparu après une injection intraveineuse de néosalvarsan, des symptômes de spondylite au niveau des 2° et 3° apophyses épineuses.
Guérison totale au bout de 7 mois.