TA MERCEDES
Suzanne à 3 fer cédés,
€ Ah I ma généreuse et très tendre amie ! si i avais vu, à la lecture de ta lettre, la tête de érald et celle de mon fiancé, tu n'aurais pas îsoin de ma réponse pour préparer nos lambres I
» Gérald, anxieux, implorait :
» — Tante chérie, on y va, dis? on y va?
» Et je sentais toutes les visions des joies lampêtres tourner en cinématoscope dans sa 'tite imagination avide d'espace, de soleil, de teine nature.
150 LES SERiMENïS ONT DES AILES
» — - Y a-t-il des bêtes, tante, là-bas?
» — Sûrement. Des poules, des chiens, d< chèvres, des ânes, des vaches, des chevaux.
» Et l'enfant sautait de joie.
» Quant à Michel Savines, c'est le nom ( mon fiancé, ne te l'ai -je pas déjà dit ? il souris embarrassé comme un monsieur à qui l'on off une chose inespérée et qui n'ose l'accepter.
» Mercedes, ta lettre m'a fait monter 1 larmes aux yeux, larmes de joie et de grat tude. Je te remercie de m'avoir révélé bru quement une douceur de vivre insoupçonm Je crois que depuis la mort de mon père, p< sonne au monde, en dehors de celui qui n demandé d'être sa femme, ne me proci d'émotion aussi délicieuse. Mon amie, ta let rayonnante de bonté est de celles que garderai toute ma vie; j'en ai baisé la sigr ture.
» Que mon pauvre petit Gérald va donc êi heureux I Et comme ce long bain d'air pur, vie saine, apportera de force à son organisi
délicat I Qu'eussé-je fait de lui pendant ces |mois de vacances? C'eût été tous les jours le ibois de Boulogne, avec les mêmes jeux toujours : le cerceau, le ballon, les barres peutêtre, s'il était invité par quelque bande de petits joueurs.
» Chez toi, tout l'intéressera : les animaux, les plantes, le parc où il courra après les papillons, où il montera aux arbres et se fera l'ami des bêtes. Là, il n'aura pas besoin de camarades ; sa petite imagination est telle qu'il peut se distraire pendant des heures avec un peu de bois, un canif et une ficelle.
» Quant à moi, à nous, je ne te dirai pas que tu vas au-devant d'un rêve, il eût été bien téméraire de le concevoir, mais que tu as fait jaillir en nos âmes promises la plus riante (les perspectives : tu veux parer nos fiançailles d'harmonieux souvenirs, tu veux qu'elles se développent dans le décor le plus séduisant, loin des soucis de la vie. Je t'avoue que ces deux mois, août et septembre, si nous étions
restés à Paris, nous eussent été des plus pénibles par suite du départ de nos élèves.
» Ma chérie, sois contente de toi ; tu nous fais tous les trois largement heureux
» Merci pour ton abonnement à la Mvue gnse. J'avais l'intention de te la faire envoyer.
» Ton histoire d'aventurière me paraît intéressante et nous pourrons certainement en tirer parti. Nous voyons déjà un drame s'esquisser qui peut n'être pas banal.
» Six à sept semaines nous séparent encore. Comme elles vont nous paraître longues I Mais il est bon de savourer par avance un si rare plaisir. C'est en somme près de quatre mois de bonheur que tu nous offres : deux mois de jouissance Imaginative et deux mois de jouissance réelle.
» Tu es féel
» Nous t'embrassons, Gérald et moi, de tout notre cœur. M. Savines doit t'écrire pour te remercier.
» Encore un baiser de