‹ Les sérothérapiesChapitre 11 sur 57 · Vaillard · texte numérisé non relu

Vaillard

Académie des Sciences, 1895. 27 Mai.

THOlSllîME LEÇON

inoflensils lÜO volumes d’une toxine très active; un quintillionièmc de centiinètre cube (0,000 000 000 000 000 001) par gramme de souris sullit à préserver cet aniïnal contre une dose de toxine tétanique sûrement mortelle !

Est-ce que cette puissance, jusqu’alors inchiffrable, ne laisse pas loin derrière elle tout ce qui avait émerveillé nos pères, quand on leur avait parlé de l’action des alcaloïdes ? Qu’est-ce donc que 1/iO*’ de milligramme d’aconitine, 1/5® de milligramme de digitaline cristallisée, 1/2 milligramme d’atropine, qu’est-ce que l’acide prussique médicinal, le plus redoutable des poisons-médicaments, qu’est-ce que tout cela, à côté d’un sérum qui agit sur un animal, à la dose de un trillionième de son poids ?

OUATmÈME LEÇON

S É U O T 1 1 É R A P I E A N r 1 \ R IM E U S E

Morsures de serpents. — Fréquence en Europe. — Vipères. Symptomatologie. — Morsures de serpents en Asie, en Afrique et en Amérique. — Mortalité annuelle pour les Indes : 20 000.

Les serpents dans l’antiquité. — La médecine théocratique et mythique ; isothérapie; croyances et pratiques isothérapiques. — Médecine des signes : son origine, sa continuité au travers des âges. — De l’empirisme en médecine.

Etude chimique du venin des serpents : A. Gautier. — Analogie des toxines de l’envenimation, des toxines végétales et des toxines animales. — - Des facteurs de l’envenimation : venins, terrains. — Ensemble des conditions qui permettent ou qui refusent l’envenimation comme l’infection : idiosyncrasie, immunité, mithridatisme.

Physiologie pathologique de l’envenimation.

Dans les précédentes leçons, j’ai, Messieurs, fréquemment comparé la toxicité de certains ])roduits microbiens, tels que la toxine tétanique, à la toxicité des venins sécrétés par l’appareil glandulaire des serpents.

Je voudrais aujourd’hui reprendre et continuer cette comparaison, pour les enseignements qu’elle nous donne au point de vue de la médecine doctrinale, pratique et utilitaire. Nous touchons, en eflet, au moment où la sérothérapie semble pouvoir être appliquée à la prévention des graves accidents déterminés par le venin des serpents, avec autant de succès qu’à la prévention du tétanos.

11 y a de grandes ressemblances chimiques et surtout biologi([ues entre les toxines du tétanos et la toxine glandulaire des serpents. Je vous ai déjà dit qu’au point de vue symptomatique, biologique^ — je souligne le mot, — la réaction était identique. Les symptômes qu’on observe en matière de morsures de serpents vous raj)pelleront, d’autre part, la rapidité d’apparition exceptée, certains symptômes notés dans le tétanos expérimental ou accidentel.

Bien que je ne veuille pas insister sur le côté clinique de la question, je tiens cependant à vous rappeler en quelques mots l’ensemble symptomatique qu’entraîne une morsure de ser[)ent.

QUATRIEME LEÇON

Peut être trouverez-vous, Messieurs, que c’est attacher, clans un coui's (le thérapeutique, beaucoup d’importance à un sujet qui ne mérite guère votre attention. Détrompez-vous, car, en dehors même de certaines a])[)lications immédiatement utilitaires, il y a dans l’étude de l’envenimation une cjuestion de doctrine générale, dont vous pourrez tirer beaucoup de notions fort instructives.

S’il vous arrivait d’être mordus par une vipère, serpent assez répandu dans certaines forêts de France, vous éprouveriez d’abord une douleur assez vive, cuisante, primitivement localisée, mais envahissant ensuite toute l’étendue du membre moi’du ; celui-ci se gonflerait ets’engourdirait. En même temps vous éprouveriez une certaine angoisse, une sensation de défaillance, avec tendance à la lipothymie ou même à la syncope. Cet état s’accompagnerait d’accélération du pouls, de dyspnée, de sueurs froides. Un peu plus tard, les téguments voisins du siège de la morsure deviendraient rouges, tuméfiés, se couvriraient de phlyctènes ; la plaie suinterait légèrement et quelcjnefois même deviendrait le siège d’un processus gangréneux.

La gravité de ces accidents, ordinairement minime, peut cependant, dans quelques cas, être suffisante pour entraîner une indisposition de quelques jours. La mort est assez rare, car, d’après la statistique de Fontana portant sur 6000 cas, elle ne serait que de 17o-

En France, Viaud Grand-JNIai’ais a relevé, pour les départements de la Vendée et de la Loire-Inférieure seuls, pendant une période de six années, 321 cas de morsures de vipère, dont 62 ont été suivis de mort.

En Auvergne, Fredet' en a relaté 140 observations qui ont amené six morts.

Par conséquent, si les morsures de nos vipères ne sont ni très fréc|uentes ni très graves, il n’en est pas moins vrai qu’elles peuvent, dans quelques cas, constituer un véritable danger, et que les cbilTres que je viens de vous donner montrent, qu’à tout prendre, les morsures de serpents indigènes ne sont pas ce cpie l’on s’imagine vulgairement, puiscpi’en France elles feraient presque autant de victimes c[ue le tétanos.

L’Europe est d’ailleurs, sous ce rapport, une terre relativement privilégiée, car aux Indes, en Australie, dans presque toute ryXfrique, dans l’Amérique du Sud, au iMexique, etc., la morsure de serpents tels cpie le serpent à sonnettes, le trigonocéjibale, le botbrops, le cobracapel, le seipent tigre, ras|)ic, entraine des accidents terribles, ordinairemenl mortels.

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