Galerie nationale de Londres, salle X
2. Ancien testament : Nombres, Chapitre XXI. Versets 4, 5, 6, 7, 8 et 9.
SÉROTHÉRAPIE. OPOTHÉRAPIE.
QUATRIEME LEÇON
dirai ce que rancienne médecine avait su faire déjà empiriquement par l’emploi de certains tissus animaux sains ou morbides.
Certaines de ces pratiques empiriques visaient justement l’antivenimation et n’avaient jamais cessé d’ôtre usitées aux pays d’outre-mer. Des explorateurs en revenaient, disant avoir vu les indigènes, par l’emploi de certains remèdes — dans lesquels il entrait du serpent — échapper à la morsure des reptiles les plus venimeux. De ces pratiques les biologistes n’avaient certes pas le droit de se désintéresser, et je ne vous étonnerai sans doute pas en vous disant que ces pratiques empiriques ont guidé les expérimentateurs contemporains dans l’invention du traitement scientifiquement aujourd’hui entrepris de l’envenimation.
jNIessieurs, le mot « empirique » revient quelquefois sur mes lèvres, et je voudrais que ce mot fût entendu et compris de tous, comme il le mérite. 11 est de mode lorsqu’on dit « l’empirisme, les empiriques », de prêter à ces mots une idée de dédain, et l’on a l’air de mépriser la thérapeutique ancienne en la qualifiant d’empirique, en l’opposant à la thérapeutique moderne, scientifique, expérimentale. Loin de moi cette pensée, car je donne au mot « empirique » sa signification philosophique, qu’il doit d’ailleurs garder.
Dire d’une méthode qu’elle cst empirique, cela signifie qu’elle repose sur des faits accumulés. Quand on vous dit que c’est l’enijiirisme qui nous a donné la médication par le quinquina dans la fièvre palustre, le traitement iodo-mercuriel dans la syphilis, on n’entend pas par là la routine vulgaire qui n’examine pas, qui n’étudie pas, qui ne compare pas. Gela veut dire simplement, que la considération, sans parti pris, d’un grand nombre de faits bien observés a démontré les effets bienfaisants de l’écorce de quinquina dans l’impaludisme, de l’iodure de potassium et du mercure dans la syphilis. Nous ne devons donc pas mépriser les conquêtes de la thérapeutique empirique à laquelle, comme vous me l’entendrez répéter souvent, la médecine est redevable de ses meilleures médications.
D’ailleurs, quand on étudie impartialement les orientations nouvelles de la thérapeutique qui ont donné naissance à la sérothérapie, on est obligé de reconnaître que ces orientations, toute scientifiques, toute dérivées qu’elles soient des réflexions inspirées par l’œuvre pastorienne, n’en sont pas moins empiriques au départ; c’est de l’empirisme basé sur des méditations, des suggestions doublées d’expérimentations. Il est donc malséant, à mon sens, d’attribuer au mot « empirisme » une dédaigneuse signification, et d’oublier que nos pères, qui n’avaient comme méthode que l’observation pure et simple, ont souvent fort merveilleusement inventé et fait d’excellente médecine,
SÉROTHÉRAPIE ANTIVENIMEUSE
contre laquelle ne sauraient jamais prévaloir les conquêtes des méthodes modernes.
Ceci dit, Messieurs, je ferme la parenthèse et j’entre au cœur de mon sujet.
La question des venins, envisagée au point de vue thérapeutique, a été l’objet de nombreux travaux, parmi lesquels je vous citerai les importantes et récentes recherches de Calmette , Phisalix et Bertrand en France, de Fraser en Angleterre.
Je dois immédiatement vous dire que l’esprit de ces auteurs avait été éveillé par les recherches du professeur A. Gautier, qui, en 1881 déjà, avait chei’ché à isoler le principe actif du venin de serpents et à en déterminer la nature. ^A'eir iNIitchell et Reichert en Amérique, de Wall et Armstrong en Angleterre, poursuivaient des recherches semblables.
D’ailleurs, cette idée paraît avoir hanté l’esprit de bien des savants, et Ehrlich avait déjà fait remarquer qu’expérimentalement, le venin des serpents donne des résultats assez semblables à ceux que l’on obtient avec certaines toxalbumines végétales, telles que la ricine et Yahrine.
Suivant l’exemple de Brieger qui avait, vous vous en souvenez, essayé d’extraire le principe actif de la toxine tétanique, le professeur A. Gautier prépara, avec des échantillons de venin de trigonocéphale et de naja, deux alcaloïdes nouveaux, la najine et Vélaphine, qui présentent les réactions habituelles des ptomaïnes, mais ne constituent pas la partie la plus dangereuse de ces venins, car s’ils déterminent certains accidents, ils ne font pas succomber les animaux auxquels on les inocule.
D’après A. Gautier', la partie essentiellement active du venin des ophidiens est « azotée, mais non alcaloïdique : la composition du venin se rapprochant singulièrement de celle de la partie incristallisable, extractive des urines normales ».
La nature du principe actif des venins nous est inconnue, mais leur mode d’action physiologique, et la disposition anatomique des glandes qui les secrétent, font supposer une analogie entre eux et la salive parotidienne. La salive des vertébrés supérieui’s contient, en effet, des substances toxiques : A. Gautier en a retiré un extrait venimeux au moins pour les oiseaux, et, d’après lui', le venin des serpents différerait de notre salive par l’intensité des effets bien plus que par sa nature intime.