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Galmette. — Loco citato

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de liquide, afin d’éviter son action caustique. On pouvait également pratiquer des injections semblables, soit vers la racine du membre, au niveau et en deçà de la ligature élastique, soit en tout autre point du corps, dans le tissu cellulaire sous-cutané ou dans l’épaisseur des muscles.

Ce procédé présentait un point faible, à savoir : que le chlorure d’or épuise assez vite son action, et qu’il ne permet d’arrêter l’envenimation que si on l’injecte peu d’instants après l’inoculation du venin.

Aussi, dans un second IMémoire*, Galmette conseille-t-il de remplacer le chlorure d’or par les hypochlorites alcalins : hypochlorile de soude et surtout chlorure de chaux. Il suffit de trois gouttes d’une solution au 1/12“ de chlorure de chaux ou d’hypocblorite de soude pour détruire immédiatement, iu vitro., l’activité de 1 milligramme de venin de cobra ou de 10 milligrammes de venin de vipère dissous dans un centimètre cube d’eau.

De plus, ce n’est pas seulement 10 minutes après la morsure qu’on est dans l’obligation stricte de faire l’injection pour obtenir un résultat favorable, comme cela est le cas pour le chlorure d’or. Chez les animaux inoculés avec une dose de venin mortelle en moins de 2 heures, on j)out sûrement empêcher la mort en injectant la solution d’iiyjiocblorite de soude dans les 20 premières minutes après l’inoculation venimeuse. Au-delà de 20 minutes, jusqu’à une demi-heure et même 50 minutes, l’intervention est encore très souvent suivie de guérison, surtout si l’on prend soin de soutenir l’énergie cardiaque en injectant une faillie dose de morphine.

Ces données sont d’autant plus importantes que, chez l’homme, il est extrêmement rare que la morsure des ser[)ents les })lus dangereux soit mortelle dans un délai aussi court que chez les animaux utilisés dans les laboratoires. D’après les statistiques de Fayrcr, dressées sur un ensemble de 65 cas de morsures de serpents observées dans l’Inde et ayant amené la mort, la durée moyenne de la survie a été la suivante :

iNIoins de 2 heures proportion de 22,96 0/0

Entre 2 et 6 heures — 2à,53 —

— 6 et 12 — — 23,05 —

— 12 et 24 — — 9,36 —

Au-delà de 24 — . . — 21,10 —

En admettant qu’il soit impossible de porter secours en temps utile aux personnes de la première catégoi ie, qui succombent en moins de

1. Galmiîtte. — Conli’ibulion à l’étude du venin des serpents. Immunisation des animaux et traitement de l’envenimation. Annales de l'InstiUit Pasteur, 1894. Mai.

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deux heures, vous voyez que le traitement a les plus grandes chances d’être efficace pour toutes les autres, soit pour 77,04 “/o tle celles qui, sans intervention, seraient vouées fatalement à la mort.

Je dois ajouter que le chlorure de chaux n’a pas donné à Phisalix et Bertrand les résultats obtenus par Calmette. Ces auteurs ^ cherchant un composé chimique ayant la même action que le sérum dont je vous parlerai tout à l’heure, se sont adressés au chlorure de chaux. Ils ont constaté que cette substance n’a qu’une action purement locale : elle détruit loco dolenti le venin, moi’tifie les tissus, et c’est ainsi ([u’elle mettrait obstacle à l’absorption du toxique. 11 l'ésidte donc, pratiijuement, des recherches de Phisalix et Bertrand, qu’on doit éviter de faii’e des injections de chlorure de chaux en d’autres points que celui de la morsure, puisqu’elles n’ont aucune action immunisante; il faut simplement injecter la solution de chlorure de chaux en profondeur sous la peau, au point de pénétration des crochets.

Vous venez de voir, ^Messieurs, certains des procédés par lesquels on arrive à atténuer ou à supprimer la toxicité du venin de serpents ; il me reste à vous parler maintenant des tentatives d’immunisation faites chez les animaux, en vue de la sérothérapie de l’envenimation.

Comment est-on arrivé à concevoir ce mode de traitement, et par quelles phases a-t-il successivement passé?

Je vous ai dit, dans la dernière leçon, qu’à l’exemple de ce qui se passe pour plusieurs maladies infectieuses, on avait constaté que certains animaux tels que les serpents, le porc, le hérisson, le mangouste, étaient réfractaires à l’envenimation.

En présence de ces faits, on eut l’idée d’emprunter le sérum sanguin de ces divers animaux et de le transporter dans le corps d’autres animaux non réfractaires, de manière à modifier riiumorisme de ceux-ci et à leur transmettre l’immunité de ceux-là.

Les résultats fournis par ces tentatives ont tous été négatifs. Le transport du sang d’un animal réfractaire à un autre animal non réfractaire ne confère nullement à ce dernier, ni provisoirement, ni d’une façon définitive, une immunisation quelconque.

On eut alors recours à un autre procédé, et l’on se souvint qu’à coté des animaux qui sont hnmoralement réfractaires à l’envenimation, il en est d’autres, qui, tout en succombant dans les circonstances ordinaires à la morsure d’un serpent, peuvent, dans certaines conditions, être mordus une ou plusieurs fois impunément et se montrer ensuite réfractaires.

1. Phisalix et Bertrand. — Académie des sciences, 1895. 10 Juin.

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Il en est de renvenimation comme de certaines maladies virulentes, qui peuvent évoluer d’une façon atténuéeehez quelques individus ; il n’est pas rare en effet de voir, aumilieu d’épidémiestrèsmalignes, à côté de malades qui succombent très rapidement, d’autres sujets ne présenter que des accidents très atténués. Il est à supposer que ces derniers ont pu déjà antérieurement payer leur tribut à cette maladie. C’est ce que l’on observait avant la vaccination jennérienne, alors que certains individus traversaient impunément de formidables épidémies de variole, sans avoir bien entendu été vaccinés, uniquement parce qu’ils avaient été auparavant légèrement variolisés.

Ces faits, qui ressortissent à une loi de pathologie générale, se retrouvent ilans toutes les affections microbiennes et dans beaucoup d’intoxications végétales alcaloïdiques. Il était donc tout naturel de chercher à reproduire expérimentalement, volontairement, cette immunisation accidentelle.

Calmette, le premier, a essayé de produire chez des animaux l’immunité artificielle contre l’envenimation, soit en leur inoculant d’abord du venin chauffé, puis des doses croissantes de venin virulent, soit en leur injectant du venin virulent ; ses premières tentatives, qui ilatent de 1892, restèrent sans résultat.

Deux ans plus tard, Phisalix et Bertrand ^ annonçaient qu’ils avaient réussi à donner au cobaye l’immunité contre le venin de vipère au moyen de ce même venin chauffé à 80“ au bain-marie pendant cinq minutes.

A la môme époque, Calmette ^ déclara qu’on pouvait rendre les animaux réfractaires à l’inoculation d’une dose mortelle de venin, soit jiar l’accoutumance à des doses répétées, soit par les injections de venin modifié ]>ar la chaleur, soit enfin par les injections d’un mélange de venin avec des hyjiochlorites alcalins ou du chlorure d’or.

La première de ces méthodes réussit à donner une immunité très solide contre des doses considérables de poison : c’est ainsi qu’en deux mois on arrive à faire tolérer à un lapin, très facilement, la dose énorme de G milligrammes, injectée d’un seul coup, dose capable de tuer 24 kilogrammes de lapin, autrement dit une douzaine d’animaux environ. Mais, cette méthode est lente et d’une a])p]icalion difficile. Le second jirocédé est également lent et peu sûr, et il ne permet de vacciner les animaux (|ue contre une quantité de poison voisine de la

1. Phisalix cl Bertuand. — Académie des sciences, 1894, 5 Février; et Société de Biologie, 1894. 10 Février.

2. Calmette. — Société de Biologie, 1894. 10 Juin. Annales de l'Institut Pasteur, 1894. 24 Mai.

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dose miniina mortelle. Aussi Calniette donne-t-il la prérérence à la troisième méthode, qui consiste à injecter du venin mélangé à des quantités décroissantes d’une solution au 1/60 d’h}'pochlorite de chaux. 11 ajoute que la présence du venin n’est même pas nécessaire, et que certaines substances, telles que l’hypochlorite de chaux, sans mélange de venin, injectées en petite quantité pendant 4 à 5 jours île suite sous la peau des lapins, produisent d’emblée l’état l’éfractaire.

Les recherches de ces auteurs ne se sont pas bornées là. Ils ont constaté, en même temps, que le sérum des animaux immunisés contre les venins par l’une quelconque des méthodes précédentes, possède des propxâétés semblables à celles que Behring et Kitasato, Roux et Vaillard ont constatées pour le sérum des animaux immunisés contre le tétanos et la diphtérie.

Non seulement le sérum des animaux immunisés est capable d’agir sur les venins iu vitro^ mais encore il est préventif et thérapeutique. C’est-à-dire que si on mélange in vitro 1 milligramme de venin de cobra ou 4 milligi’ammes tle venin de vipère à une petite quantité de sérum d’un lapin immunisé et qu’on inocide le mélange à un lapin neuf, celuici ne présente dans la suite aucun malaise. Galmette a démontré qu’il n’est même pas nécessaire que le sérum provienne d’un animal vacciné contre un venin de môme origine que celui qu’on introduit dans le mélange : le sérum d’un lapin immunisé contre le venin de cobra ou de vipère agit indifféremment sur tous les venins.

Ce qui est plus remarquable encore, c’est que le sérum anti-venimeux exerce son action sur le venin d’animaux tels que le scorpion, comme l’observation de Serpa Pinto permettait du reste de le prévoir. D’ailleurs, vous retrouverez des faits de ce genre dans l’histoire des maladies microbiennes, et je vous rappellei’ai que Pasteur, en vaccinant des gallinacés conti’e le choléra des poules, avait constaté que ces gallinacés étaient immunisés du même coup contre une maladie très différente, le charbon.

Si l’on injecte, dans le péritoine ou sous la peau d’un lapin neuf, 3 ou 4 centimètres cubes de sérum d’un lapin immunisé contre une dose vingt fois mortelle de venin, et qu’on lui inocule, soit immédiatement après, soit même au bout de 24 à 48 heures, une dose deux fois mortelle de venin, on constate que celui-ci ne produit aucun effet toxique.

Si, enfin, on inocule à un lapin neuf la même dose deux fois mortelle de venin, qui tuera un témoin à peu près en trois heures, et que, une heui’e ou une heure et demie après, alors que les premiers symptômes de l’envenimation commencent à se manifester, on lui injecte, dans le péritoine ou sous la peau, 6 ou 8 cent, cubes de sérum immunisant.

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l’animal résiste à l’envenimation. Bien plus, son sérum possède à son tour des propriétés préventives et antitoxiques.

Les résultats obtenus en France par Galmette, Pliisalix et Bertrand, ont été corroborés par les recherches de Fraser ^ en Angleterre, recherches qui ont été communiquées à la Société Royale d’Edimbourg, le 3 juin 1895, c’est-à-dire un an plus tard.

Ayant déterminé, pour plusieurs variétés de serpents, la dose minima mortelle pour un certain nombre d’animaux. Fraser est arrivé à immuniser ces animaux par un procédé que je vous ai déjà décrit, et qui consiste à leur inoculer des doses infinitésimales progressivement croissantes, jusqu’à ce qu’on ait atteint la dose minima mortelle, qu’on peut alors lacilcment dépasser. 11 a pu ainsi arriver à immuniser des animaux contre une dose de poison suffisante pour tuer cinquante animaux semblables du même poids. L’immunité ainsi acquise persiste pendant un certain temps, car un lapin, qui avait été immunisé contre deux fois la dose minima mortelle de venin de crotale, put, au bout de vingt jours, recevoir impunément la même dose.

De même que Galmette, Fraser constata les propriétés préventives et thérapeutiques du sérum sanguin des animaux ainsi immunisés. 11 en isola, par dessiccation, une syibstance solide, pulvérulente, à l’aide de laquelle il obtint les mêmes résultats qu’avec le sérum sanguin luimême, et à laquelle il donna le nom « d’antivenene », d’antivenin. G’est avec cet antivenin, et non avec le sérum, qu’il a fait un grand nombre d’expériences que l’on peut grouper en quatre séries.

Dans la première série, il a mélangé le venin et l’antivenin in vitro et a injecté ensuite le mélange sous la peau d’un animal ; dans la seconde, le venin et l’antivenin ont été injectés simultanément, mais séparément, en des jioints différents du corps ; dans la troisième série, il a injecté l’antivenin d’abord, puis le venin au bout d’un temps plus ou moins long ; dans la quatrième, enfin, il injectait le venin d’abord, puis l’antivenin, après un intervalle varialile.

Dans tous ces cas il a obtenu des résultats positifs, et dans la quatrième série d’expériences, qui est de beaucoup la plus intéressante, il a constaté que D®5, 1“, 0“8 d’antivenin, par kilo d’animal, suffisaient pour enrayer l’action de la dose minima mortelle de venin injectée 30 minutes auparavant, ce qui démonlre l’eflêl nettement curatif de l’antivenin. 11

1. Thomas Fraser. — On the rcndcring of anininl.s immune ogainst lhe vcnom of Ihc cobra and olhcr serpents, and on lhe anlidolal properlies of Ibe Idood sérum of Ibe immuniscd animais (Communication à la Société Royale d’Edimbourg, 3 juin 181)5). Brilish medical Journal, 181)3. 15 Juin.

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ajoute que mieux vaut faire plusieurs injections d’antivenin qu’une seule, et qu’il est préférable de l’injecter au voisinage de la plaie.

Dans un Mémoire plus récent*, Fraser a communiqué de nouvelles recherches qui comprennent trois séries d’expériences. Etant donnée l’innocuité du venin de serpents introduit dans le tube digestif. Fraser a cherché à immuniser des animaux par la voie stomacale, au lieu d’employer comme autrefois la voie sanguine.

Il a commencé par introduire dans l’estomac de rats blancs une certaine quantité d’antivenin et les a ainsi rendus réfractaires vis à vis d’une dose mortelle de venin injectée sous la peau.

D’autre part, il a introduit, dans la cavité stomacale de chats et de rats, des quantités progressivement croissantes de venin de cobra, correspondant finalement à 500 et 1000 fois la dose minima mortelle. 11 a constaté, que non seulement ces animaux étaient ainsi immunisés contre le venin de cobra, mais encore que leur sérum sanguin jouissait de propriétés immunisantes, et que bien plus cette immunisation s’étendait à leur progéniture, à qui elle était sans doute transmise par l’intermédiaire de l’allaitement.

Le venin de serpents n’ayant aucune action sur les serpents euxmêmes, il était naturel de penser que leur sang renferme des substances antitoxiques immunisantes. Fraser, s’étant procuré un certain nombre de serpents de l’espèce ophiophagus elaps^ a isolé de leur sérum sanguin, par dessiccation, une substance ressemblant parses caractères physiques à son antivenin, et jouissant d’un pouvoir préventif et thérapeutique contre le venin du cobra et d’autres serpents.

Galmette s’était d’ailleurs déjà occupé de cette question - et il avait constaté dans le sang du cobra-capeD la présence de substances toxiques; il en serait de même pour toutes les espèces d’ophidiens venimeux qu’il a eu l’occasion d’étudier au laboratoire. 11 a observé, de plus, que le pouvoir toxique du sang d’ophidien est sensiblement le même, quelle que soit l’espèce du serpent qui l’a fourni, tandis que les venins présentent au contraire entre eux de grandes différences de toxicité.

Le pouvoir préventif et curatif du sérum antivenimeux étant nettement établi, il restait à en faire l’application au traitement de l’envenimation

1. Thomas Fraser. — An Address on immunisation against serpents venom, and the treatment of snake-bite with antivenene (Communication à la “Royal Institution of Great Britain”, 20 mars 1896). British medical journal, 1896. 18 Avril.

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