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Roger

SÉROTHÉRAPIE DES MALADIES INFECTIEUSES

Vous savez qu’on avait essayé de produire une sorte d’atténuation de la variole par certaine pratique désignée sous le nom de variolisation.

Ce n’est point un hors-d’œuvre, Messieurs, que d’évoquer, dans un cours de thérapeutique, la variolisation ; la variolisation n’était-elle pas, poulies médecins du xviii® siècle, un bon moyen de thérapeutique médiate, puisqu’elle se proposait à’ atténuer symptomatiquement la variole et de faire d’une maladie trop souvent des plus graves une maladie bénigne ?

Ils avaient bien observé les médecins du siècle dernier, en remarquant — c’était là de l’empirisme, et du meilleur — que le vrai moyen d’échapper aux varioles confluentes, si souvent mortelles, était de faire naître, au moment choisi, au moment opportun, par variolisation, des varioles qu’ils espéraient obtenir discrètes. A tout prendre, c’était une sorte de thérapeutique, sinon préventive, au moins palliative ; et vous admettrez bien qu’ils faisaient beaucoup contre la variole, beaucoup pour les varioleux, les médecins qui, de propos délibéré, variolisaient.

Je comprends, qu’à distance, au point oii nous en sommes aujourd’hui, quelques-uns d’entre vous. Messieurs, se laissent aller jusqu’à trouver quelque chose à la fois de primitif et de risqué dans la variolisation. Pour que vous changiez de manière devoir, il vous suffira, non plus de comparer la variolisation du xviii® siècle à la vaccine du xix’’ siècle, mais de comparer les varioles discrètes que donnait d’ordinaire la variolisation à ce qu’étaient si souvent les épidémies de variole confluente, les épidémies de variole noire, dont, si tous les atteints ne mouraient pas, tous restaient du moins marqués ou infirmes. — J’évoque en ce moment le souvenir de toutes les surdités, de toutes les cécités que laissait à sa suite la variole, sans énumérer toutes les lésions viscérales qu’on méconnaissait parce qu’elles n’étaient pas flagrantes (cardiopathies, angiopathies, néphrites, etc., etc.). — Vous reconnaîtrez avec moi que la variolisation, pour insuffisante qu’elle se montrât, fut un véritable progrès que la thérapeutique doit revendiquer comme une des premières applications qu’ait su faire la médecine clinique des procédés d’atténuation des maladies.

Cette pratique empirique, usitée de tous temps en Chine, passée de là aux Indes, ne se réjiandit en Europe qu’à la fin du xviP siècle. Ce n’est qu’au commencement du siècle suivant qu’elle pénétra en France, où elle fut prônée et défendue par Voltaire et J. -J. Rousseau d’abord, puis par Antoine Petit, par Bordeu et par toute la Faculté de médecine.

Le procédé, ai-je besoin de vous le rappeler, consistait : à choisir, d’une part, comme variolifère un malade dont la maladie, pour confluente qu’elle fût, se présentât dans des conditions moyennes de gra-

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vite ; à choisir, d’autre jiart, le sujet à varioliser, dans des conditions de santé et de bonne résistance à la maladie dont il allait faire les frais.

On inoculait alors la vaidole de la même manière qu’on inoculait, jusqu’à ces vingt dernières années, la vaccine. Sur un sujet varioleux on prenait à la lancette du virus varioleux, comme, avant de prendre le vaccin sur les génisses, nous le prenions sur le bras de l’enfant vaccinifère.

Au troisième jour, une pajmle se développait au point d’insertion du virus ; au quatrième jour, on apercevait une vésicule qui blanchissait, s’aplatissait, s’ombiliquait vers le sixième jour, et s’entourait d’un cercle rouge; au septième jour, apparaissaient des phénomènes nouveaux : la maladie, qui semblait locale jusqu’à ce moment, devenait générale, et, après trois jours, les individus variolisés faisaient une variole, d’ordinaire discrète. Je dis, Messieurs, d’ordinaire discrète, car il arrivait que la variole, quoique inoculée, devînt maladie confluente, entraînant la mort tout comme si elle fût venue spontanément, tout comme s’il se fût agi non de variolisation, mais de variole.

La variolisation n’était certes pas sans danger : d’abord elle tuait en moyenne une personne sur cent inoculées, et puis, elle créait des foyers d’infection et pouvait devenir le point de départ d’une épidémie. C’est même là uiie des raisons pour lesquelles la pratique de la variolisation se répandit si lentement en Europe, fut mal accueillie en France, et rencontra dans certaines contrées une opposition passionnée : la variolisation était rendue responsable des épidémies de variole, et plus d’une fois la panique populaire devint telle, que les gouvernants s’en émurent et se virent forcés d’intervenir. C’est ainsi ■ — comme nous le raconte mon confrère le docteur A. Fournier — qu’un arrêt de la cour souveraine de Nancy, les chambres consultées, « faisant droit sur le réquisitoire du procureur général du roi Stanislas, le Juillet 1765, défendait à toute personne de pratiquer l’inoculation de la variole et de se faire inoculer dans les villes et faubourgs de son ressort ».

L’hostilité qu’avait trouvée la variolisation dans presque toute la France, la vaccination dite jennérienne la rencontra aussi grande ! Comme je vous l’ai dit déjà à propos de la sérothérapie, ainsi vont les choses, toutes les fois qu’une invention vient se mettre en travers des habitudes prises, vient se heurter aux coutumes des laïques, aux concepts des médecins.

Vous savez que c’est à Edouard Jenner, né le 17 Mai 1749, dans le comté de Glocester, que revient, quoi qu’on en ait dit, la gloire d’avoir le premier inoculé à l’homme le vaccin développé sur les mains d’une vachère qui avait contracté la vaccine en trayant des vaches atteintes de cow-pox. En cela Jeune)' fit — ce qui se pratique scientifiquement aujourd’hui dans les procédés et les méthodes tendant à promirer rimmuni-

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sation — quitter à la vaccine son sol naturel, pour la transplanter sur un nouveau terrain qui lui paraissait également propre à sa culture et à son développement.

C’est le i4 Mai 1796 ([ue .Jenner inocula James Phipps avec du vaccin pris sur la main de Sarah Nelmes. Six semaines plus tard, l’inoculation de pus, pris directement sur une pustule de vache, ne produisit aucun effet chez le jeune vacciné. L’enfant fut inoculé plus tard par Jenner avec du pus de variole, et, suivant ses prévisions, l’inoculation ne produisit non plus aucun effet. I^a découverte était éclatante ; ses conséquences se montraient de tous points conformes aux prémisses posées par le génie d’observation de Jenner.

Je ne vous apprendrai rien. Messieurs, en vous disant que c’est lentement, aprèsles oppositions les plus vives, après les attaques les plus passionnées et les plus injustes, après une lutte énergique contre les préjugés les plus absurdes, que la vaccination jennérienne se répandit en Angleterre, puis en Allemagne, puis en France. L’apôtre le plus ardent de la propagation de la vaccine sur le continent ne fut pas un des nôtres, ce fut le duc de I^a Rochefoucauld-Liancourt, qui, au lendemain d’un long séjour fait en Grande-Bretagne, rentrait en France tout émerveillé des succès qu’obtenait la nouvelle méthode jennérienne.

Si j’ai ouvert cette parenthèse à propos de la vaccine, si j’ai évoqué et la gloire de Jenner et la victoire qu’il remporta, autant sur les préjugés de son temps que sur la variole, c’est que beaucoup parmi vous. Messieurs, ne manqueront pas, à propos des découvertes dues au génie de Pasteur, à propos de l’invention du traitement de la rage, par exemple, à propos des vaccinations anticharbonneuses ou à propos de quelques-unes des applications encore plus récentes de la méthode pastorienne, à propos des médications par le sérum, de faire maintes réflexions qui leur prouveront, qu’à un siècle de distance, peu de choses ont changé dans l’esprit humain ! Beaucoup parmi vous ont encore le souvenir des luttes qu’eut à subir Pasteur jusqu’au sein de l’Académie de médecine ! Je dois reconnaître cependant que la lutte fut moins longue pour Pasteur que pour Jenner; la raison doit en être cherchée dans ce fait que les inventions, les idées, comme les hommes, vont plus vite de notre temps ; les idées, comme les hommes, vont en quelques semaines au bout du monde, et c’est chose bénie, puisqu’il s’agit d’y transporter des découvertes empêchant, atténuant ou guérissant les maladies, domptant la douleur, retardant la mort.

La fortune de Jenner et la fortune de Pasteur sont comparables encore, en ce sens que tous deux vécurent assez pour connaître la pleine victoire ; en ce sens que tous deux purent, vivants, entrer dans la gloire que leur

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valaient leurs découvertes et dans les honneurs que surent leur décerner leurs pays ; ce n’était pas de trop pour de pareilles œuvres que l’admiration des savants et la reconnaissance des Gouvernements. Vous n’ignorez pas que notre Parlement tint à honneur de voter à Pasteur une récompense nationale, tout comme l’avait fait la Chambre des Communes pour Jenner, « puisqu’il s’agissait, déclarait-elle, d’une des plus importantes découvertes dont ait bénéficié la société depuis la création du monde ».

La preuve que, comme je vous le disais tout à l’heure, nous vivons dans des temps un peu meilleurs pour les doctrines scientifiques, c’est qu’il n’a fallu, pour que les doctrines et les pratiques pastoriennes se répandissent de Lisbonne à Christiania, de Boston à Yokohama, de Moscou à Tillis et de Constantinople aux confins de la Chine (d’où nous arrive la sérothérapie antipesteuse), pas plus de mois qu’il n’avait fallu de décades à la vaccination jennérienne pour passer d’Angleterre en Hanovre, de là en Allemagne, puis en France.

Encore la vaccine, vieille d’un siècle, n’a-t-elle pas conquis le monde; encore la vaccine, (pii aurait dû éteindre à tout jamais la variole, a-t-elle trouvé peu de Gouvernements en pleine Europe pour la déclarer obligatoire ; encore faut-il que nous conqitions toujours, en Angleterre et en France, avec la variole qui est, de toutes les maladies, assurément la plus facile à éviter ! Ne trouvez-vous pas, ^Messieurs, qu’il y a dans l’histoire de la variole, en cette fin du xix“ siècle, quelque chose qui confine à l’aberration ? Les Couvernements font des lois contre les épizooties, contre les épiphyties — on est en train d’édicter contre le phylloxéra des arrêtés presque draconiens, — les Couvernements font des lois qui nous imposent la déclaration des maladies contagieuses ; on isole d’urgence, par raison de sécurité publique, les malades contagieux : la loi s’attaque au mal quand il est fait et ne se reconnaît pas le droit de s’attaquer à sa source !

Ce sont les non vaccinés autant (pie les varioleux que la loi devrait mettre à l’index, d’autant que ce serait à la loi tutélaire de faire connaître aux intéressés tout ce que la vaccine renferme de prophylaxie immédiate et médiate : empêcher la variole par la vaccine n’i'st pas seulement échapper parfois à la mort, éviter de cruelles infirmités (défiguration, cécité, surdité, cardialgies, vascularites, etc., etc.) ; c’est encore échapper à des périls, qui, pour apparaître tardivement, n’en sont malheureusement pas moins certains. Je fais allusion. Messieurs, à une question qui me tient au cœur, puisque j’ai été le premier à la dénoncer ; je fais allusion à l’opportunité (pie crée, vis-à-vis de la tuberculose, la variolisation d’un sujet, celui-ci n’eût-il d’autre part aucune autre disposition à souscrire à la tuberculose. C’est ce (pii me faisait écrire, il y

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a longtemps déjà * ; « La médecine a le devoir de proclamer que, le jour où l’hygiène sera en mesure d’amener les Pouvoirs publics à faire voter une loi qui rende obligatoire la vaccine, ce jour-là, elle aura, supprimant du même coup le terrain variolisé, libéré un des territoires préférés par la bacillose. »

La variole n’ayant pas été vaincue par la vaccine, rien que de naturel à ce que la médecine, dont le rôle jusqu’à aujourd’hui s’était borné au traitement symptomatique et palliatif, ait cherché dans la sérothérapie un traitement curatif.

La sérothérapie de la variole, après avoir été l’objet de tentatives infructueuses de la jiart de Sternberg, Kinyoun, Kramer et Boyce, Beumer et Peiper, Hannover, Reinhold, Auché, Landmann, ^lac Elliot, Hlava, est entrée dans une nouvelle voie, grâce aux recherches de Beclère, Chambon et Saint-Yves iNIénard L

Ces trois collaborateurs ont d’abord recherché expérimentalement si le sérum de génisses vaccinées avait des propriétés immunisantes vis-àvis de la vaccine. Pour cela, ils ont injecté sous la peau de deux séries de génisses d’une part du sérum de génisse vaccinée, d’autre part du virus vaccinal, et ont constaté que, d’une façon comme de l’autre, on obtient rimmunité.

Le virus vaccinal ne confère l’immunité que lentement, en huit jours au moins, ce qui explique qu’il ne puisse guérir la variole, qu’il prévient cependant si sûrement. Si l’immunité qu’il confère est lente à se développer, elle est aussi lente à disparaître. La quantité de virus vaccinal introduite sous la peau importe peu : une goutte, une fraction de goutte suffit à conférer une immunité absolue et durable.

Au contraire, le sérum de génisse vaccinée confère une immunité rapide et immédiate. Aussi, a-t-il des effets, non seulement préventifs, mais thérapeutiques, vis-à-vis de la vaccine. C’est-à-dire qu’injecté sous la peau d’un animal vacciné depuis un jour ou même deux, ce sérum manifeste encore d’une façon évidente son pouvoir immunisant, en ce sens qu’il arrête le développement des éléments éruptifs dont l’aspect sera rudimentaire et avorté, et fait perdre toute virulence appréciable au contenu de ces éléments ; sous l’inlluence du sérum, des pustules, à peu près normales en ajiparence, peuvent contenir une lymphe qui n’est plus

1. L. Landouzy. — Premier Congrès pour l'étude de la tuberculose, 1888.

2. Beclkre, Chambon et Saint-Yves Ménard. — Etudes sur l’immunité vaccinale et le pouvoir immunisant du sérum de génisse vaccinée. Annales de l'Institut Pasteur, 1896. 25 Janvier.

Beclère. — Essais de sérurnthérapie de la variole à l'aide du sérum de géuisse vaccinée. Soc. mécL des Hôpitaux, 1896. 10 Janvier.

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inoculable. iNIais, si l’action de ce sérum est pi’ompte à se révéler, tout fait présumer qu’elle n’est guère durable. Aussi est-il peu probable que le sérum de génisse vaccinée puisse jamais remplacer la vaccine comme moyen préventif de la variole. Enfin, si une dose minime de vaccine suffit à conférer l’immunité, il faut, au contraire, une dose relativement considérable de sérum pour obtenir une iminunisation appréciable.

Ayant établi ces différents points par l’expérimentation in anima vili, ces auteurs se sont crus autorisés à appliquer le sérum de génisse vaccinée au traitement des varioleux. Béclère a ainsi traité seize varioleux de tout âge, avec quatre décès seulement. Il fait l’emarquer que, si les médecins qui ont fait des tentatives de ce genre avant lui ont échoué, c’est qu’ils ont employé de trop faibles doses de sérum. Il estime au cinquantième du poids total du corps la ([uantité de sérum qu’il faut injecter à un adulte ; si, dit-il, il est difficile d’introduire sous la peau de l’abdomen une pareille quantité de sérum, chez les enfants cette proportion peut être dépassée : c’est ainsi qu’il a injecté à un nouveau-né de vingt et un jours, sous la peau de l’abdomen et des cuisses, une dose de sérum égale au vingtième du j)oids de son corps. C’est évidemment là un gros inconvénient, d'autant que Beclère ajoute que, jusqu’ici, lui et ses collaborateurs n’ont pu arriver à renforcer le pouvoir préventif et curatif du sérum.

Bien que le nombre des cas traités soit relativement restreint, vous voyez. Messieurs, qu’il y a là une tentative intéressante et pleine de promesses, (pie je ne devais pas vous laisser ignorer: peut-être va-t-il nous être possible, à nous qui juseju’à ce jour n’avons ({ue traité symptomatiquement des variolisés, de traiter des varioles ?

Staphylococcie. — Vous vous rappelez. Messieurs, que la première tentative expérimentale de sérothérapie fut faite par Richet et Héricourt, quand ils essayèrent hématothérapiquement d’entraver l’infection par le staphylococcus pyosepticus du lapin, en injectant à cet animal du sang de chien guéri d’une inoculation préalable de staphylocoipies.

Yiquerat ‘ a essayé de faire pour le staphylocoque ce que, en France, Marmorek, Roger et Gharrin ont fait pour un autre microbe pyogène, le streptoco(pie.

Vous savez que les sta[)hylocoques, classés, suivant leur pouvoir chromogène , en citrin, blanc, doré, etc., vivent à l’état de saprophytes à la surface de nos téguments, et que, dans certaines conditions, encore mal déterminées, ils deviennent les agents pathogènes de petites suppurations

1. ^ KH KH AT. — Dus Stiipliylokolikoiihoilsei'uni. Zcilscluifl f. Ili/gleiie, 189.‘i, XVIII.

SKHOTIIliRMME UES M ALADIES I M'ECTI EUSES

locales, telles que le panaris, le furoncle, ou même d’alFeclions plus graves, telles que l’ostéomyélite ; on a même signalé des cas de septicémie à staphylocoques.

Injectant, au voisinage d’un abcès à staphylocoques ou dans le foyer même de l’abcès, une solution de trichlorure d’iode à i pour looo, Viquerat constata que, sous l’influence de ce traitement, l’abcès s’améliorait et que, au lieu de pus, il s’en écoulait une sorte de sérosité ([u’il recueillit et stérilisa par filtration.

Les expériences qu’il fit alors sur des lapins lui montrèrent que cette sérosité jouissait de propriétés préventives AÛs-à-vis de l’infection stajibylococcique; bien plus, en ayant injecté de petites doses à des individus atteints de jianaris, de furoncles ou d’ostéomyélite, il constata (pie cette séi’osité avait également un pouvoir curatif.

11 essaya alors de se procurer du sérum antistaphylococci({ue en plus grande quantité et par un procédé plus commode. Dans ce but, il immunisa des chèvres avec des bouillons de cultures de stapbylococpies dorés, additionnés de doses progressivement décroissantes de trichlorure d’iode. Peu à peu, les chèvres purent supporter sans réaction l’injection de cultures pures, et, finalement, des injections de pus ostéomyélitique.

C’est le sérum emprunté à ces chèvres que Viquerat a employé chez l’homme pour le traitement de la staphylococcie. 11 dit avoir obtenu de bons résultats. Ayant fait l’examen bactériologique de l’exsudât des abcès chez des malades ainsi traités, il a constaté que les staphylocoques de ces exsudats poussent irrégulièrement, ne liquéfient plus la gélatine, ont perdu leur pouvoir chromogène et sont dépourvus de toute virulence visà-vis des animaux tels que le chien et le lapin.

Dans un travail récent. Rose ‘ déclare avoir réussi à vacciner des animaux, notamment une chèvre, en lui injectant d’abord des cultures atténuées par la chaleur, puis des liquides de plus en plus virulents ; le sérum de cet animal, dépourvu de toute action bactéricide, a retardé la mort chez les lapins infectés, mais n’a pu les guérir.

Enfin Capman'^ de Montpellier, dit que, n’ayant pu réussir à exalter la virulence du staphylocoque, il a tenté d’immuniser des lapins, jniis des chiens, avec des toxines staphylococciques filtrées.

En procédant lentement, il est arrivé à faire supporter au chien des doses énormes de toxine. L’immunité serait en rapport avec la quantité totale de toxine injectée ; aussi faut-il beaucoup de temps et beaucoup

1. Kosi;. — Sérum antistaphyloeoceium. Cenlralbkill f. Bakleriologie. 18%. .\1.\, ]). liiS. i. Cai’Man. — Communication au Congrès de médecine de ISancy, 18iMi. .Août.

SiiitoTiitaîAi'iE. Oi>üTm':UAi>ii;. nj

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de toxine pour la réaliser à un degré sul'fisant, mais elle n’en est cpie plus stable.

Le sérum des chiens ainsi traités (qu’il ne faut recueillir qu’au bout d’un certain temps, car, pendant les quinze ou vingt jours qui suivent l’immunisation, il est extrêmement toxique, plus toxique même que la toxine injectée) jouit de propriétés antibactériennes et antitoxiques. Il jouit de propriétés préventives et curatrices vis-à-vis de l’infection staphylococcique du lapin et du chien, que cette infection soit déterminée à l’aide du microbe ou à l’aide de ses toxines. La dose à injecter est plus grande pour obtenir la curation que la prévention : cette dose varie suivant la virulence du microbe employé, la race, l’âge et l’état de santé antérieure des animaux en expérience. Enfin, ce sérum agirait plus facilement sur la toxine que sur la culture microbienne ?

Capman ne dit pas s’il a déjà fait des applications de sa méthode au traitement de la staphylococcie chez l’homme.

Typhus récurrent. — Très récemment, Gabritchewsky *, en faisant des recherches sur le typhus récurrent, a constaté que le sérum sanguin des malades convalescents du typhus récurrent a un pouvoir bactéricide sur les spirilles que l’on observe dans le sang pendant les accès.

Aussi a-t-il injecté du sérum d’un singe rétabli d’une fièvre récurrente à un autre singe inoculé au préalable avec du typhus récurrent : l’injection aurait amené la guérison.

Typhus exanthématique. — Dans le typhus exanthématique, ainsi que dans les maladies infectieuses dont l’agent pathogène est inconnu, on a employé le sang des convalescents comme agent thérapeutique. Lewaschew, llammerschlag, von Jaksch, Legrain sont arrivés à des résultats très contradictoires.

En effet, tandis que Lewaschew échouait chez 36 malades, Legrain aurait obtenu la guérisons sur la cas.

Raynaud’* dit avoir traité avec quelque succès des malades atteints de typhus exanthématique, à l’aide de sérum emprunté aux convalescents de cette maladie.

Bien que ce traitement n’inHue pas sur la durée de la maladie, il en

1. Gabritchewsky. — La sérothérapie dans le typhus récurrent. loiipio liouss. Med. Ga:., 1896. n” 19.

2. Legrain. — Sur les propriétés biologiques du sérum des convalescents de typhus exanthématique. Société de biologie, 1895. 10 Janvier.

3. Raynaud. — Essai de sérothérapie contre le typhus exanthématique. Bulletin médical de l'Algérie, 1896. 10 Mai.

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diminuerait la gravité, relèverait le pouls, déterminerait la diurèse et ferait disparaître ralbuminurie.

Il a observé à Alger 17 cas de typhus, dont 7 très graves, (pii, traités de cette façon, n’ont donné que 2 décès.

Colibacillose. — Infection urineuse. — Le bacterium coli est, vous le savez. Messieurs, un microbe très répandu dans notre organisme et susceptible de provocpier les manifestations morbides les plus diverses. C’est ainsi qu’on le rencontre dans les affections aiguës du tube digestif, des voies biliaires ou urinaires. Il entre également en jeu dans la pathogénie de certaines septicémies; on l’a trouvé encore dans quebpies endocardites.

Il est donc logique, cpi’étant donné cette importance pathogénique du colibacille, on cherche à appliquer à l’infection colibacillaire les principes de la sérothérapie.

C’est ainsi que Césaris Demel et Orlandi ‘ ont montré que les produits solubles du colibacille sont capables de conférer l’immunité aux animau.x et de donner à leur sérum un pouvoir thérapeutique. Salvati et Gaetano ■ sont arrivés aux mêmes conclusions.

Plus récemment enfin, Albarran et Mosny® ont tenté la sérothérapie préventive et curative de Yinfectiou urinaire qui, je vous le rappelle, est presque toujours due au colibacille, comme l’ont bien établi Albarran et Hallé.

Pour vacciner les animaux, ils ont employé trois méthodes (pii leur ont donné des résultats très inégaux.

Dans la première, ils ont inoculé successivement des doses croissantes de cultures très virulentes et n’ont obtenu que des résultats très incertains : tantôt l’immunité créée n’était que passagère et faible, tantôt la virulence des cultui’es employées a causé des accidents graves, terminés parfois même par la mort.

Dans une seconde méthode, au lieu de se servir des microbes, Albarran et Mosny ont employé, comme agent de vaccination, les toxines, qu’ils se procuraient en filtrant des macérations d’organes d’animaux morts d’infection colibacillaire.

Enfin, dans une troisième méthode, ils ont vacciné leurs animaux par

1. Cesakis Demel c Orlandi. — Contributo allo studio délia cquivalenza biologica dei pi-odutti dcl B. coli e del B. typhi. Gazetta medica di Torino. 1893, u° 11.

2. Salvati e Gaetano. — Immunizzazione aile lesioiic chirurgiche da bacterium coli commune e loro cura cou tossine c siero antitossico. La Riforma medica, 1893, II, p. 306.

3. Albarka.n et Mosnt. — La sérothérapie de l’infection urinaire. Académie des sciences. 1896, 4 Mai.

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des inocidations alternantes de filtrats et de cultures virulentes : c’est ce dernier procédé qui paraît leur avoir donné les meilleurs résultats.

Le sérum des animaux bien vaccinés jouit de propriétés préventives et curatives contre l’infection. L’activité de ce sérum est telle, que un vingtième de centimètre cidje, inoculé vingt-quatre heures avant l’injection mortelle de culture virulente, empêche l’animal de mourir. Un cobaye, vacciné avec un quart de centimètre cube de ce sérum, a résisté à l’inoculation de vingt fois la dose mortelle, faite vingt- (juatre heures après. De plus, le mélange à la dose mortelle de culture de deux gouttes de ce sérum suffit pour empêcher l’animal de succomber.

Ce sérum jouit également d’un pouvoir curateur, car, si l’on inocule à un cobaye deux fois la dose de culture mortelle en vingt-quatre heures pour le témoin, et que, deux heures après, on lui injecte deux centimètres cubes de sérum, l’animal survit.

Après avoir ainsi établi le pouvoir préventif et curateur de leur sérum et s’être assurés de son innocuité, Albarran et Mosny se sont crus autorisés à l’employer chez l’homme. Ils ont donc traité, dans le service du professeur Guyon, un certain nombre de malades atteints d’infection urineuse, en leur faisant des injections sous-cutanées de sérum, et en leur injectant, d’autre part, une certaine quantité de sérum dans la vessie*. Cette méthode leur aurait donné de bons résultats, dont les détails n’ont pas encore été communiqués.

Morve. — La morve qui, comme vous le savez, appartient par sa cou tagiosité autant à la clinique humaine qu’à la médecine vétérinaire, a été, au point de vue thérapeutique, l’objet de recherches qui n’ont pas abouti.

Saint-Cyr, le premier, à la suite de tentatives infructueuse de réinoculation de la morve à des animaux atteints de morve chronique, avait émis l’opinion que la morve, comme la syphilis, est une affection dont une première atteinte rend réfractaire à une seconde infection.

Cette conclusion fut combattue par H. Bouley en 1848, époque à laquelle, s’inspirant des tentatives de syphilisation préconisées par .Vuzias-Turenne, Bockh, Sperino, etc., certains vétérinaires essayèrent de traiter ou d’immuniser des chevaux contre la morve, en leur faisant des inoculations de produits morveux. Jamais, je dois le dire, ces tenta, fives ne l’éussirent, et à aucun moment on ne parvint à confirmer l’analogie supposée par Saint-Cyr entre la morve et la syphilis.

1. .\lbaiu(A.n cl .Müsay. — Coimimnicution au Congrès de médecine de Nancy, iSijü. .\oùl.

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C’est ainsi qu’entre les mains de Tscherning et Bagge l’inoculation de produits morveux à un même cheval morveux donna des résultats positifs i63 fois de suite.

Les recherches de Gharrin ne firent que démontrer une fois de plus l’erreur de Saint-Gyr et de ses imitateurs.

Cette circonstance, qu’à l’inverse des solipèdes et des cobayes, qui ont une grande réceptivité morveuse, le chien est peu sensible à la morve et ne présente, quand on l’inocule, qu’un accident local, chancre morveux, accompagné quelquefois d’engorgement ganglionnaire, avec un peu de fièvre, rarement des lésions généralisées et n’aboutissant qu’exceptionnellement à la mort, avait donné l’idée qu’on trouverait là un terrain succeptible d’être rendu réfractaire à la morve, et qui pourrait par suite fournir un sérum immunisateur ? C’est dans ce sens que Saint-Cyr et Laquerrière d’une part, Galtier d’autre part, ont fait des recherches contradictoires.

Saint-Gyr et Laquerrière déclarent que, d’après leurs expériences, l’immunité contre la morve peut être conférée au chien, tandis que, d’après Galtier, des inoculations réitérées réussissent toujours chez le chien, sans le vacciner, diminuant seulement la gravité des accidents de réinfection.

Straus au lieu de faire des inoculations sous-cutanées de produits morveux, a eu l’heureuse inspiration de recourir aux injections intraveineuses de cultures jeunes de bacilles morveux. Les résultats qu’il a obtenus ont varié suivant la dose injectée. Quand cette dose était considérable, il a déterminé chez le chien une morve suraiguë, généralisée, à localisations tégumentaires et viscérales, mortelle. Quand, au contraire, la dose injectée était faible, il ne se produisait qu’un état général moins grave, avec une éruption cutanée morveuse peu étendue, et l’animal ne tardait pas à guérir.

Or, à des chiens ayant ainsi subi une première atteinte bénigne de morve généralisée, Straus a pu ensuite, plusieurs semaines ou plusieurs mois après la guérison, réinjecter impunément dans la veine des cultures virulentes à des doses formidables, mortelles pour un animal non préparé. Mais, si à un de ces chiens on inocule le même virus sous la peau, on provoque tout de même l’apparition de l’ulcère caractéristique.

D’après ces recherches, il semblerait que la morve rentre dans la catégorie des affections pour lesquelles l’immunité peut être créée.

1. Tschernikg et Bagge. — Journal flanois pour l'art vétérinaire, 18.j7.

2. Straus. — Essais de vaccination contre la morve. Arch. de médecine expér. et d'anat. palh., 1880, p. 480.

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Malheureusement, les expérimentateurs qui, comme Finger’, ont fait après Straus des recherches du môme genre, ne sont pas arrivés au même résultat.

Zakharoff ^ a essayé inutilement de vacciner un cheval avec un virus atténué par passage chez le chat.

Tandis que les auteurs que je viens de vous citer se servaient de bacilles vivants, d’autres ont cherché à obtenir l’immunisation à l’aide des toxines morveuses.

Babès qui a isolé des cultures une substance à laquelle il a donné le nom de morvine^ pour la distinguer de la malléine^ dit que cette substance jouit de propriétés non seulement préventives, mais curatives. Bonome et Vivaldi Semmer n’ont obtenu aucun résultat, ni par la malléine, ni par les injections du sérum d’un cheval réfractaire à la morve.

Vous voyez donc que, malgré tant de recherches, la vaccination antimorveuse est encore aujourd’hui un problème à résoudre.

Rage. — Vous n’ignorez pas. Messieurs, que si l’immortelle découverte de Pasteur nous a fourni le moyen de guérir la rage, il est cependant des cas où le traitement antirabique reste impuissant, les injections ayant été commencées trop tard, trop longtemps après la morsure. C’est que le traitement pastorien, comme le traitement du tétanos, est une médication préventive plutôt que curative, à proprement parler.

Le traitement de Pasteur se rapproche, en effet, des vaccinations par plus d’un côté, et par cela même n’est pas une méthode immédiate, mais une méthode lente, qui a besoin de plusieurs jours pour être complète, efficace. C’est ce qui vous explique que le traitement pastorien, si actif contre la rage en incubation, reste impuissant contre la rage déclarée.

Aussi a-t-on cherché, depuis assez longtemps déjà, un moyen qui permît d’agir vite, instantanément, de lutter contre la rage dont l’incubation peut n’avoir qu’une courte durée {comme c’est le cas pour toute personne mordue au visage) ou môme contre la rage déjà déclarée.

La sérothérapie étant la méthode thérapeutique qui ait le mieux réussi contre toute maladie infectieuse en voie d’évolution, il était indiqué qu’on cherchât dans cette voie.

Finger. — Immunité et phagocytose dans la morve. Ziegler’s Bcitræge zur pathologischen Anatomie. 1889, t. VI.

2. Zakharoff. — Immunisation des chevaux contre la morve. Annales de l'Institut Pasteur, 1890.

3. Babès. — Deutsche mcd. Wochenschrift, 1891. Arch. de méd. expérimentale, 1889.

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