Bono.vie et Vivaldi. — Riforma medica
.'j. Se.m.mf.r. — Arch. des sc. biologiques de Saint-Pétersbourg, I. n" S.
SKROTHKRAPIE DES MALADIES I^!FECTIEUSES
Dès 1889, Babès aidé de plusieurs collaborateurs, Lepp, Cerrchez, Talalescu, a l’ait des recherches sur la sérothérapie autirabique. Tizzoui et ses collaborateurs ^ étudièrent également cette question.
Babès et Lepp avaient constaté, dès le début de leurs expériences, qu’un chien auquel on injecte, pendant six jours de suite, 5 centimètres cubes du sang d’un chien vacciné, devient réfractaire au virus rabique ; ils avaient reconnu qu’il en est de môme pour le lapin.
D’autre part, ce sérum serait également curateur ; car, ayant soumis quatre chiens à des morsures rabiques, ils ont traité deux de ces chiens par les injections de sérum : les témoins sont morts en seize et vingt-huit jours, un des chiens traités a survécu, l’autre est mort tardivement.
Fait très intéressant, ce pouvoir peut être vérifié iu vilro^ car si l’on mélange du sang ou du sérum de chien vacciné à du virus rabique, au bout d’un contact de plusieurs heures, ce dernier a perdu son pouvoir pathogène.
Babès a déjà appliqué avec succès cette méthode à des hommes mordus par des loups enragés. Il fait remarquer que, dans les cas graves, il vaut mieux employer comme agent thérapeutique du sang d’homme immunisé; il semble, en effet, que le sang soit d’autant plus actif qu’il provient d’un animal de môme espèce : chien pour chien, lapin pour lapin, homme pour homme.
Vous voyez. Messieurs, que ces recherches ont conduit à des résultats très appréciables, ce qui permet d’espérer que la sérothérapie antirabique nous fournira un jour le moyen de remédier à ce que la méthode pastorienne peut avoir d’incomplet, et qu’en plus de la prévention de la rage, nous aurons sa curation.
Tizzoni et Centanni sont arrivés à préparer un sérum dont le pouvoir pi’éventif est de un vingt-cinq millième !
Pneumococeie. — Lajo/zezz/nococcfe sert en quelque sorte de transition entre les affections dont je viens de vous parler très brièvement (soit parce qu’elles relèvent presque exclusivement de la médecine expéri-
1. Babks et Lepp. — Recherches sur la vaccination antirabique. Annales de V Institut Pasteur, 1889, p. 384.
Babès et Cerrchez. — Expériences sur l'atténuation du virus rabique. Ibidem, 1891, p. Gâ.'i.
Babès et Talalescu. — Etudes sur la rage. Ibidem, 1894, p. 434.
Babès. — Sur la transmission des propriétés immunisantes par le sang des animaux immunisés. Arch. des sciences médicales, 1896, n“* 1 et 2.
2. Tizzoni et Schwartz. — Il siero di sangue di animali vaccinati contro la rabbianella immunita e nella cura di quella malattia. La Riforma medica, 1891. • — La prophylaxie et la guérison de la rage par le sang des animaux vaccinés. Annales de micrographie, 1892.
Tizzoni. — Modo di preparare il siero antirabico ad alto potere curativo o melodo di determinare la potonza. Atti délia Reali Acad, delle Scienze del Inslit. di Rologna, 189a. Février.
mX-SEPTIEME LEÇON
mentale, soit parce que les recherches dont elles ont été l’objet sont trop récentes ou ont été peu appliquées encore) et d’autres maladies plus importantes par la place qu’elles occupent dans la pathologie humaine, mais dont la sérothérapie n’est point sortie de la période d’essais.
Si on ne peut attribuer aux tentatives de sérothérapie antipneumococcique l’importance des études faites pour la tuberculose, la syphilis, la fièvre typhoïde, il faut reconnaître que, depuis assez longtemps déjà, de nombreux savants avaient (dierché le sérum antipneumococcique.
Mal gré ces travaux, malgré quelques résultats favorables en ap|)areiu'e, je tiens à vous dire dès maintenant que nous ue possédons pas encore, à l’heure actuelle, le traitement sérothérapique de la pneumococcie.
Tous ceux qui se sont occupés de cette question ont rencontré de grosses difficultés, dont la principale était celle de vacciner les animaux et d’obtenir du sérum en grande quantité.
C’est que la pneumococcie est bien plutôt une infection qu’une intoxication, comme le sont la diphtérie ou le tétanos, et que les toxines pneumococciques ne sont ni très abondantes ni très virulentes. Le pneumocoque est un microbe qui perd rapidement sa virulence, aussi bien dans l’organisme humain que dans les cultures, et je n’ai pas besoin de vous rappeler que, si les crachats d’un pneumonique, au deuxième jour de sa maladie, tuent la souris entre dix-huit à vingt-quatre heures, il n’en est plus de même lorsque la pneumopathie est au septième, huitième ou neuvième jour.
Toutefois, on peut vacciner le lapin, soit à l’aide de virus vivant, atténué ou non, soit à l’aide de cultures fdtrées, soit enfin de sang, d’exsudats ou de suc d’organes d’animaux morts d’infection pneumococcique. D’après Mosny*, ce dernier procédé serait le meilleur.
Foa et Carbone’, Emmerich et Fawitzky®, établirent les premiers que l’on pouvait, à l’aide du sérum d’animaux vaccinés, prémunir et môme guérir les animaux infectés par le pneumocoque. Deux à quatre gouttes de sérum de lapin vacciné, prélevé le vingt-quatrième jour de l’immunisation, suffisent à prémunir une souris contre l’infection mortelle L
1. Mosn'V. — Recherches expérimentales sur la vaccination contre l’infection pneumonique et sur sa g'uérison. Arch. tle méd. exper., tSOS, n° 2, p. lOo.
Vaccination et guérison de l'infection pneumonique expérimentale et de la pneumonie franche de l’homme. Arch. de méd. expérim., i893, p. 2S9.
2. Foa. et Carbone. — Immunité contre le pneumocoque. Gazetta mcdica de Ton'no. XLTI, fasc. 1.1.
3. Emmerich et Fawitzky. — Immunité contre le pneumocoque. Miinchener med. Wochenschrift, 1891, n”32.
i. .\ciiALME. — Immunité dans les maladies infectieuses, 1894. — La sérothérapie, 1893.
SKROTHKR\PIE DES MALADIES INFECTIEUSES
Tous les expérimentateurs qui se sont occupés de cette question, Krause et Pansini G. et F. Klemperer^, Janson, Arkliaroff iNIosny, IssaefT*, Bun/d-Federn Foa et Scabia sont arrivés au même résultat.
Bien que ces nombreux auteurs n’aient pu se mettre d’accord sur le mode d’action du sérum anti pneumococcique, son pouvoir préventif et curateur ainsi que sou innocuité absolue étant établis, on ne tarda pas à l’employer pour le traitement de la pneumonie chez l’homme.
G. et F. Klemperer dans une première série de six cas, injectèrent à chaque malade 6 centimètres cubes de sérum, et constatèrent, six à douze heures après l’injection, un abaissement notable de la température, le ralcutissemcnt du pouls, la diminution de la dyspnée. Deux fois, la température tomba rapidement à dy” et se maintint à ce niveau.
Douze autres malades reçurent de 5 à lo centimètres cubes de sérum de lapin vacciné. Dans cinq cas, la défervescence se produisit peu après ; les sept autres cas furent notablement améliorés.
Foa et Carbone citent un cas de pneumonie qu’ils arrêtèrent, au quatrième jour de son évolution, avec lo centimètres cubes de sérum, injectés en deux fois.
Foa et Scabia, ayant traité de cette façon dix malades, observèrent huit fois l’apparition de la défervescence, qui se serait produite le soir ou le lendemain d’une première injection de 5 à 7 centimètres cubes de sérum.
Janson * a également employé le sérum de lapin vacciné, à la dose de a à 27 centimètres cubes, chez dix pneumoniques. Dans neuf cas, l’injection fut suivie d’un abaissement de température, qui, chez cinq malades, précéda de peu la guérison.
1. Krausj: et Pansint. — Indnence bnctéricicle tin sérum tles animaux vaccinés. 7.eil!<chrift. f. Uyg. 1802, t. XI, p. 279.
2. G. et F. Klempiîrer. — Travaux sur l'immunisation et la guérison dans l’infection pncumococcique. Berliner k/in. Wochenschrift, 1891, n°* 12, 34 et 3.3.
3. Arkharoff. — Influence positive du sérum des animaux vaccinés contre le pneumocoque sur le développement et la virulence de ce inieroorganisme. Arr/i. de méd. expérim., 1892, n° 4, p. 498.
4. IssAEFF. — Immunité acquise contre 1c pneumocoque. Ann. de Vlnst. Pasteur, 1893, p. 2fiü.
.3. Buxzl-Federn. — Immunisation et guérison de la pneumonie. Zeitschrift f. Uyg-, t. XX, p. 132.
0. Foa et Scabia. — Sur la pneumoprotéinc. Communication à \' Académie de médecine de Turin, 1892. 27 Mai.
Sur 1 immunisation et la guérison de la pneumonie. Gazetta medica di Torino, 1892, n“* 13-13.
7. G. et F. Kle.mperer. — Sur 40 cas de pneumonie. Berliner klin. Wochenschrift, 1892. Mai.
8. Janson. — Quelques cas de pneumonie aiguë traités parle sérum immunisant. Communication a la Soc. de médecine suédoise, 1892. 13 Mars. Voir : Centralblatt f. Bakteriol, 1892, t. XII, n“ 1. p. 42.
DIX-SEPTIEME LEÇON
Audéoud ‘ a injecté à deux pneumoniques, non plus du sérum d’animal vacciné, mais du sérum de ]meumonique convalescent. Dans le premier cas, la première injeclion, laite le quatrième jour, lit baisser la température ; la seconde injection amena la défervescence complète au sixième jour. Dans le second cas, la défervescence complète se produisit au cinquième jour, quinze heures après l’injection.
De Renzi ^ a traité, en 189a, dix cas de pneumonie grave à l’aide de sérum d’animaux immunisés. Tous ont guéri : dans un cas, la température est tombée au troisième jour, bien que le malade présentât des symptômes d’hépatisation diffuse du poumon. Cet auteur ajoute que, la même année, il a observé cinq autres cas de pneumonie, qui ne furent pas traités par le sérum : un d’eux s’est terminé par la mort.
La pneumonie n’est pas, vous le savez, la seule affection que puisse engendrer le pneumocoque : il est d’autres manifestations pneumococciques, ordinairement très graves, et parmi lesquelles je vous citerai la méningite. Ces manifestations paraissent être justiciables du même traitement spécifique ; c’est ainsi que Righi ^ a observé un enfant de sept ans atteint de méningite aiguë : l’examen du sang y ayant révélé la présence du pneumocoque, on injecta à cet enfant i centimètre cube de sérum provenant d’un convalescent de méningite pneumococcique. L’injection fut faite au cinquième jour et fut suivie d’une telle amélioration, qu’au huitième jour l’enfant était guéri. L’expérimentation permit d’attribuer un rôle important au sérum employé dans la guérison ici obtenue, car elle démontra que ce sérum jouissait de propriétés préventives et curatrices sur la pneumococcie expérimentale du lapin et de la souris.
Plus récemment enfin. Menues ' serait arrivé à immuniser des chèvres et des chevaux avec un pneumocoque d’une virulence telle, qu’un cent millionnième de centimètre culie suflit à tuer un lapin, en vingt-quatre heures ! Le sérum des animaux ainsi immunisés jouit de propriétés préventives et curatrices : non seulement il prémunit un lapin contre cent mille fois la dose mortelle, mais il guérit, à la tlose de I centimètre cube, un lapin antérieurement infecté.
Menues n’a pas encore appliqué ce sérum au traitement de la pneumococcie humaine.
En présence de tous ces faits, vous comprendrez combien j’avais rai-
1. .Kvdf.OVV. — Sérothérapie dans la pneumonie. Hei’. /nétlicale <te la Suisse roinamle. I8t)d. Février
2. De Renzi. — Sérothérapie dans la pneumonie. La Ht forma medica. 1890. Février.
3. Riciil. — La sieroterapia nella méningite. La Riforma medica. 1894, t. III, p. tiOti.
4. Menne.s. — Comnuiniention faite par Denys (de Louvain) nu Coii!j;rés de Nancy, 1890. Août.
SKHOTHKRA.PIE DES MALADIES INFECTIEUSES
son quand j’écrivais *, il y a quelque temps, que « les curieux travaux sur riinmunisation contre le pneumocoque nous donnent l’espérance que, demain, nous aurons à opposer aux diverses diplococcies, non seulement une médication vraiment pathogénique, mais encore une thérapeutique spécifique, ahortive : demain peut-être, nous pourrons nous vanter, non plus de traiter des pneumoniques, mais de traiter et de guérir vraiment la pneumococcie, où que soit son siège, quelles que soient ses expressions symptomatiques. Ce jour-là, prochain peut-être, le médecin ne commandera à la pneumococcie qu’eu lui obéissant, suivant le mot de Bacon ; il arrêtera la pneumonie par les seuls procédés que lui auront suggérés les idées de pathogénie et d’étiologie spécifique dont la connaissance lui aura été donnée par la clinique aidée de la médecine expérimentale ».
Vous voyez, ^Messieurs, que les résultats obtenus sont encourageants et qu’ils méritaient que je m’y arrêtasse un moment, avant d’aborder l’étude du traitement sérothérapique de maladies plus graves : je veux dire le charbon, le choléra, la fièvre typhoïde, la peste, la syphilis, enfin et surtout la tuberculose.
\ . L. Landouzy. — La pneumococcie. Traité de médecine et de thérapeutique, t. I, p. G22, 1803. Avril.
DIX-HUITIÈME LEÇON
SÉROTHÉRAPIE DES MALADIES INFECTIEUSES
— SUITE
Maladies infectieuses de Thoinme : Charbon. — Fièvre Lyplioïde. — Choléra.
Charbon. — Xlessieurs, les recherches sur le traitement du charbon remontent déjà à quelques années. Behring à l'époque où il étudiait les propriétés bactéricides du sang de rat blanc, avait constaté que cet animal est réfractaire au charbon ; il injecta alors à des souris des spores charbonneuses mélangées à du sérum de rat, et vit que ces souris ne présentaient aucun accident.
Hankin Ogata et Josuhara® contrôlèrent ces expériences et arrivèrent aux mêmes résultats. Ils conclurent à la propriété bactéricide du sérum et entamèrent avec Behring une discussion au sujet de la nature du principe actif contenu dans le sérum.
C’est alors que Roux et jMetschnikoff'', rejirenant la question, démontrèrent que, si l’inoculation à la souris du mélange de bacille charbonneux et de sérum de rat blanc reste véritablement sans effet, on ne peut pas dire que ce soit en vertu de l’état naturellement réfractaire du rat vis-àvis de cette maladie : ils constatèrent en effet que des rats blancs de provenances diverses contractaient un charbon mortel, dans la proportion de i5 sur i^, alors même que leur sérum rendait inactives les spores ('barl)onneuses auxquelles on le mélangeait. On pouvait donc affirmer
1. Behring. — Propriétés bnctéricides du sang de rat. Centralblati f. kUn. Medicin., 1888, n” 38. p. Ü81. — Inmmnisation parle sérum du rat. Zeitschrift f. Uygiene, 1800, t. IX, p. 40.).
2. Hankin. — Immunité produite à l’aide d'une albumose isolée d'une culture de bacille du charbon. Itritish med. Journal, 1880. 12 Octobre.
3. .losuiiARA et Ogata. — Nature de la substance microbicide du sang. MittheU. der med. Faculi. der Kais. Japan. Univers., analysé par Locl'fler in Centralblatt f. Bacter., 1801, n” 1.
4. Mf.tschnikoff et Roux. — Propriétés bactéricides du sang de rat. .Ann. de l'Institut Pasteur, 1801, p. 470.
SICKOTHKHAIMK DES MALADIES INEECTIELSES
qu’il n’existe aucun rapport entre la propriété préservatrice du sang des rats et leur prétendue immunité contre le charbon.
D’ailleurs, le rat n’est pas le seul animal qu’on ait considéré comme réfractaire au charbon et dont on ait essayé d’employer le sérum comme agent préservatif contre cette maladie; il en a été de même du chien, de la poule et des animaux à sang froid.
Les recherches d’Enderlen ', de Petermann ^ de Roudenko *, de Enriquez et Serafini % de Terni % ont démontré ([ue, si ces animaux sont réfractaires dans une certaine mesure au charbon, en aucun cas leur sérum n’a présenté la moindre action protectrice pour les animaux sensibles, et qu’il est par suite impossible de l’employer comme agent préventif ou curateur.
Pendant ce temps, on cherchait de part et d’autre à guérir l’infection charbonneuse expérimentale, soit avec des produits de microbes étrangers, soit avec du sérum d’animaux immunisés contre le charbon.
C’est ainsi que ZacharolF ® expérimenta sur des moutons le li(|uide testiculaire qui, au dire de Brown-Séquard et de Uspensky, jouit de propriétés préventives contre le charbon. ZacharofF aurait réussi à immuniser 2 fois sur i5 des moutons contre le charbon, avec l’aide du liquide de Brown-Séquard ; mais cette immunité passagère ne durerait qu’environ un mois et demi.
D’autre part, Emmerich’’ aurait réussi à guérir l’infection charbonneuse du lapin, à l’aide du sérum sanguin obtenu en filtrant le sang d’animaux infectés par le streptococcus erysipelatis.
Je passe rapidement sur ces tentatives, pour arriver aux recherches faites avec du sérum d’animaux immunisés contre le charbon.
Sclavo *, le premier, essaya d’immuniser des animaux et de se servir
1. Enderlen. — Contrôle des expériences du prof. OgnVa.. Münckener mcd. Wochenschrift, 1891, n“ 18.
2. Petek.viann. — La substance bactéricide du sang du Prof. Ogata. Ann. de l'Institut Pasteur, 1891, p. 501). — L'immunité contre le charbon au moyen des albumoses des cultures. Ann. de l'Institut Pasteur, 1891, p. 32.
3. Roudenko. — Influence du sang de grenouille sur la résistance des souris au charbon. Ann. de l'Institut Pasteur, 1891, p. 513.
4. Enriquez et Serafini. — Sur l’action du sang des animaux réfractaires injecté aux animaux sensibles au charbon. Ann. de l'Institut d'hyg. expérimentale de l'Université de Posen, 1891, Vol. 1, fasc. 2.
5. Terni. — Le sérum des animaux à sang froid dans l’infection charbonneuse. Communication au XP Congrès internat, de médecine de Rome, 1894.
6. Zacharoi-f. — De 1 influence des injections de Brown-Séquard sur l’immunité contre le charbon et la morve. Wratsch. 1893, n°“ 23 et 2G.
7. Em.merich. — Le traitement du charbon par le sérum d'animaux érysipélateux. Münchener med, Wochenschrift, 1894.
8. Sclavo. — La sérothérapie de la pustule maligne. Communication au VP Congrès de la Société italienne de médecine interne à Rome, 1895. Octobre.
blX-HUITlEME LEÇON
de leur sérum comme agent préventif pour d’autres animaux. Ayant immunisé deux chèvres, il constata que leur sérum jouissait pour le lapin de propriétés non seulement préventives, mais curatrices, car une injection de 5 à lo centimètres cubes de ce sérum, faite douze heures après l’injection d’une dose de virus charbonneux capable de tuer les animaux témoins en quaranteduiit heures, a suffi pour empêcher les animaux infectés de mourir. Un lapin qui avait reçu du sérum, vingtquatre heures après l’inoculation du charbon, a vécu quatre jours de plus que les témoins.
Les recherches les plus complètes et les plus intéressantes sur ce sujet ont été faites à l’Institut Pasteur, dans le laboratoire de Roux, parE. Marchoux ’.
Cet auteur s’est servi des vaccins employés pour les moutons ; il les a cultivés dans du bouillon de veau peptonisé, et utilisés après vingt-quatre heures seulement de séjour à l’étuve à 35”, aloi's qu’ils contenaient encore peu de spores.
Il en a inoculé des doses progressivement croissantes à des lapins, en y associant des inoculations fréquentes de sang charbonneux et de cultures en bouillon de vingt-quatre heures. Il se servait d’un charbon virulent tuant un lapin de deux kilos en vingt-quatre heures, à la dose de un quart de centimètre cube. Or, grâce au procédé d’immunisation que je viens de vous décrire, des lapins ont ])u supporter impunément, soit des doses quotidiennes de i centimètre cube de ce charbon, soit tous les cinq jours des doses progressi ves, atteignant finalement 20 centimètres cubes.
Après un temps de repos, ces lapins étaient saignés et on recueillait leur sérum ; mais, la quantité ainsi obtenue étant trop faible, il fallut immuniser des moutons. Ceux-ci, d’abord vaccinés d’après la méthode pastoj'ienne, recevaient ensuite sous la peau des doses de charbon virulent de plus en plus fortes.
Il importe ici de faire une distinction entre la vaccination et l’immunisation, car, si un mouton vacciné à la façon ordinaire est tout à fait réfractaire au charbon inoculé, même à dose élevée, le sérum qu’il fournit n’a que des propriétés préventives peu marquées et aucun pouvoir curatif. Pour développer celui-ci, il faut amener rimmunité de l’animal à un degré véritablement excessif, jusqu’à ce qu’il supporte des doses énormes de charbon, qu’il faut renouveler de temps en temps. L’immunité acquise par la vaccination ne ressemble pas du tout à celle que
I. Makchoux. — Sérum anticharbonncux. Société rie biologie. 1805. - Novembre, .-i/i/i. (le l'Jnslilul Pasteur, 1805, p. 785.
SEROTHKRAPIE UES MALADIES INFECTIEUSES
procure le sérum anticharbonueux : elle est aussi profonde cpie celle-ci est superficielle, aussi durable que la seconde est fugace.
C’est au bout de quinze jours à trois semaines ([ue le pouvoii- curateur du sérum est le plus marqué.
Les deux sérums de lapin et de mouton jouissent d’un pouvoir préventif; c’est ainsi que 9 centimètres cubes protègent un lapin contre une dose de cbarbon mortelle pour un animal témoin, entre vingt-quatre et soixante-douze beures. Mais, le sérum du lapin ne possédant (ju’un pouvoir curateur insidfisant et difficile k olitenir, Marcboux a donné la préférence au sérum du mouton.
Un de ces animaux, qui avait reçu une dose totale 'de i 4oo centimètres cubes de cultures virulentes, lui a procuré un sérum dont le pouvoir préventif était de 1/2000", c’est-à-dire que i centimètre cube de sérum protégeait un lapin de 2 kilogrammes contre un quart de centimètre cube de cbarbon virulent.
Fait très intéressant, aucun des animaux traités par le sérum n’a été vacciné, car tous ont succombé à une inoculation ultérieure de cbarbon virulent.
En outre, l’inoculation étant plus ou moins grave suivant le point du corps où elle est faite, il faut varier la quantité de sérum nécessaire pour obtenir un résultat positif, suivant le siège de l’infection.
Ces sérums jouissent, en plus de leur pouvoir jiréventif, d’un pouvoir curateur, mais ce pouvoir est incertain, inégal et variable : il se manifeste chez certains animaux et pas chez d’autres ; tout ce que l’on peut dire, c’est que, s’il ne guérit pas tous les animaux infectés, il retarde sensiblement leur mort.
D’ailleurs, le résultat a été variable suivant le temps qui s’est écoulé entre l’infection et l’injection de sérum : lorsque l’injection d’une dose suffisante de sérum suit de près l’inoculation du virus, les lapins ne présentent aucun signe de maladie; mais ces animaux ne sont pas vaccinés, car, inoculés plus tard, ils meurent du cbarbon en même temps que les témoins. Lorsque l’intervention est plus tardive, de sept à vingt-([uatre beures après l’infection, les animaux ont un commencement de maladie, dont ils se remettent et (jui suffit pour leur donner une résistance solide au cbarbon. Quand enfin l’oedème est déjà développé au moment de l’intervention, celle-ci est presque toujours inutile ; c’est tout au plus si elle retarde un peu la mort de l’animal.
A une date plus récente. Pane et Trapani ‘ disent s’ètre servi avec
1. Pake et Thapa.m. — .Sulla sicrotcrapia ncll infczioiic carbonrhiosa <lei conigli. lUvista clinica e IcrapeiUica, 189ü, n" 3.
DIX-HUITIEME LEÇOX
quelque sueeès du sérum de lapins auxquels ils avaient inoculé des doses progressivement croissantes de charbon virulent, ou bien des cultures rendues inactives par le mélange avec le diplobacille salivaire.
Ces résultats, fruits de travaux considérables, pour médiocres qu’ils puissent vous sembler, ne sont point à dédaigner, et ils permettent d’espérer qu’ils portent en germe la sérothérapie de \di pustule maligne., cette localisation si redoutable de l’infection charbonneuse chez l’homme.
Je n’ai pas besoin de vous rapjieler que, si les mesures d’hygiène appliquées au commerce et à la manutention des peaux, et recommandées aux équarrisseurs, ont rendu le charbon humain plus rare qu’autrefois, celuici sévit encore trop sévèrement dans certains milieux professionnels, pour que les recherches de sérothérapie anticharbonneuse ne méritent |)as d’ôtre poursuivies.
Fièvre typhoïde. — 11 ne l'entre pas dans mes altributions. Messieurs, de vous parler des caractères morphologiques, microscopiques, biologiques du bacille d’Eberth-Galfky, de ses propriétés pathogènes, de ses rapports avec le bacterium coli.
Quant à la toxine typhique, elle offre jiour nous plus d’intérêt, car elle a joué, comme vous le verrez, un certain rôle dans les tentatives d’immunisation qui ont été faites contre la fièvre typhoïde.
Brieger, Frœnkel, et surtout Sanarelli *, se sont occupés des produits toxiques du bacille d’Eberth. Ce dernier auteur a constaté que, si la souris et le lapin sont de mauvais réactifs de la toxine typhique, celleci détermine au contraire chez le cobaye une affection analogue à la maladie qui résulte de l’inoculation du microbe lui-même : météorisme douloureux, desquamation de la muqueuse intestinale envahie par le bacterium coli, dont la virulence parait avoir été exaltée par la toxine typhique. De ces intéressantes expériences on peut conclure que la fièvre typhoïde n’est pas une maladie aussi simple qu’on le croyait, et de ces notions pathogéniques découlent des renseignements précieux j)our le traitement de la dothiénentérie.
En 1888, Chanteniesse et Widal parvinrent à vacciner des souris, en leur injectant de petites doses de bouillon de culture typhique stérilisée par filtration. Ce procédé paraît être préférable à celui de Brieger, Kitasato et Wassermann, qui concentraient des cultures chauffées à 80"
1. Sanakki.i.i. — La fièvre typhoïde cxpériinenlalc. Ann. Je l’InslUut Pasteur, 1892. p. 721. — 1891, p. 193. — 1894, p. 333.
2. CiiANTKMiîssK ct WiDAL. — Vticoi iiatiou contre lu fièvre typhoïde par les substances solubles. .inn. Je t'InsiUui Pasteur, 1888, p. 34.
et en extrayaient par l’alcool un principe soi-disant actif, ainsi qu’à celui de Sanarelli, qui stérilisait ses cultures par la chaleur à 120°.
Les travaux de Brieger, Kitasato et Wassermann de Bitter -, de Bruschettini % de Sanarelli, de Gliantemesse et Widal \ démontrèrent que le sérum des animaux vaccinés contre la fièvre typhoïde jouissait de propriétés préventives et curatrices contre cette maladie.
En injectant, soit avant le virus typhique, soit en même temps, un peu de sérum venant d’un animal vacciné, l’infection typhique ne se développe pas. La quantité de sérum nécessaire pour empêcher la maladie varie suivant la façon dont l’injection est faite : si on injecte le virus et le sérum au même point et en même temps, un demi-centimètre cube suffit; si le sérum est injecté avant le virus ou en un autre point, il en faudra davantage pour obtenir le même effet, 2 centimètres cubes environ.
De plus, on peut, à l’aide du sérum, empêcher chez le cobaye, animal très sensible, une infection typhique en voie d’évolution, car si, une heure , deux heures ou même cinq à six heures après l’infection, on injecte au cobaye une certaine quantité de sérum, l’animal survit ; ce sérum est donc un agent curateur.
Stern®, expérimentant avec du sérum sanguin d’hommes ayant eu antérieurement la fièvre typhoïde et pouvant, comme tels, être considérés dans une certaine mesure comme immunisés contre cette maladie, a constaté que ce sérum avait un pouvoir curateur très énergique. Ghantemesse et Widal, ayant repris ces expériences, arrivèrent aux mêmes résultats; ils constatèrent, comme Stern, que ce pouvoir diminue au fur et à mesure que l’on s’éloigne de l’infection primitive.
Enfin, fait assez remarquable, le sérum d’individus n’àyant jamais eu la fièvre typhoïde a présenté dans quelques cas un pouvoir antityphique des plus manifestes.
Beiimer et Peiper®, en employant un autre mode d’immunisation, ont également obtenu des résultats favorables. Ils ont immunisé des moutons
1. Brieger, Kitasato et Wassermakn. — Uebcr Immunitæt in Giflfestigiing. Zeitschrifl f. Ilygiene. 1891, Bd. Xll.
2. Bitter. — Ueber Festigung von Versuchstbioren gogon die Toxin dor Typhus BaciBen. Zeitschrift f. Ilygiene, 1892, T. XII, 3” liv.
3. Bruschettini. — Sulla immunita contre il tifo. La Riforma metlica, 1892, n» 18.
4. Chantemesse et Widal. — Etude expérimentale sur l'exaltation, rimniunisation et la thérapeutique de l’infection typhique. Ann. Je l'Institut Pasteur, 1892, p. 755.
5. Stern. — Recherches sur les propriétés du sérum sanguin pendant et après la fièvre lypho'ide. Deutsche med. Wochenschrift, 1892, p. 827.
6. Bevmer et Peiper. — Sur l’action antitoxique préventive et curative du sérum de mouton contre la toxine typhique. Zeitschrift f. klin. Medicin. Bd. XXVTII, n“‘ 3 et 4, 1895.
SÉROTHÉRAPIE. OPOTHÉRAPIE.
DIX-HUITIEME LEÇON
à l’aide de cultures typhiques stérilisées par la chaleur à 55-6o“ pendant une heure; ces moutons ont donné un sérum remarquablement actif ; une goutte et demie a suffi pour immuniser une souris contre la dose mortelle ; un cobaye de loo grammes a été prémuni contre 4 fois la dose mortelle avec o“,o7.
Quant à son action curatrice, elle n’a pas été moins nette, car le sérum a enrayé l’infection typhique du cobaye même au bout de quatre heures, résultat très remarquable, si l’on réfléchit que la fièvre typhoïde expérimentale est en pleine évolution au bout de une à deux heures, et se termine généralement par la mort en douze à vingt-quatre heures.
Enfin, Lœffler et Abel' ont immunisé des chèvres contre le bacille typhique et le colibacille, et se sont servis avec succès de leur sérum pour prévenir les infections typhique et colibacillaire expérimentales.
Vous voyez. Messieurs, que les résultats obtenus dans le laboratoire étaient assez remarquables pour qu’on eût envie d’appliquer cette nouvelle thérapeutique à la fièvre typhoïde de l’homme.
Cependant, les tentatives de Chantemesse et Widal en 1892 et 1898 furent infructueuses.
Tenant compte du rôle joué dans la fièvre typhoïde expérimentale par le bacterium coli, certains auteurs ont essayé d’employer comme agent thérapeutique ce microbe et ses produits, soit seul, soit associé h d’autres agents. C’est ainsi que Demel et Orlandi - auraient obtenu quelques résultats avec du sérum provenant d’animaux vaccinés contre le bacterium coli.
Presser® a traité deux séries de sept malades, l’une par des extraits de culture de bacille typhique sur bouillon de thymus, l’autre par des extraits de culture de bacille pyocyanique. La dose variait de un demicentimètre cube à 6 centimètres cubes. Les résultats obtenus furent médiocres. Dans la première série, la temjiérature parut quelquefois être influencée par les injections et la défervescence se fit assez rapidement ; mais, dans la plupart des cas, l’état des malades fut plutôt aggravé. Dans la seconde série, la fièvre continue se transforma quelquefois en fièvre rémittente, mais la marche de la maladie ne parut pas modifiée.
1. Lœi'Fi,er et Abel. — Immunisation contre le bacille typhique et le colibacille. Cerilralhl. f. Bacl. U. Parasitenknnde, 1896, p. 51.
2. Demel et Orlandi. — Sérothérapie dans la fièvre typhoïde à l'aide du sérum d’animaux immunisés contrôle bacterium coli. Congrès de médecine de Rome, 1894. Mars.
3. Presser. — Du traitement de la fièvre typho'ïde par les cultures de bacille typhique et de bacille pyocyanique. Zeitschrift f. Ileilkunde, 1895, vol. .XVI.
SEROTHERAPIE DES MALADIES INFECTIEUSES
Rumpf* s’est également servi de cultures stérilisées de liacille pyocyanique pour traiter 65 cas de fièvre typhoïde. Dans 20 p. 100 des cas l’influence du traitement fut nulle, chez les autres malades l’action spécifique se traduisit par une élévation de température, suivie, le deuxième ou le troisième jour, d’une petite défervescence ; à la suite d’un certain nombre de rémissions semblables, la température arrivait progressivement à la normale. Quand il se produisait une poussée fébrile subintrante, une nouvelle injection suffisait à la faire disparaître.
Gomme vous le voyez, ces procédés s’éloignent de la méthode sérothérapique. Dans les tentatives de Presser et de Rumpf, il ne s’agit plus de sérothérapie, mais de hactériothérapie et de toxinothérapie ; pourtant, le mécanisme par lequel ces injections de cultures agissent sur la fièvre typhoïde paraît être exactement le même que celui des injections de sérum typhique proprement dites. En effet, les recherches de Rumpf lui ont démontré que les cultures du bacille pyocyanique n’agissent pas en vertu d’un pouvoir spécifique antagoniste contre le bacille typhique, mais simplement en excitant les moyens naturels de défense de l’organisme.
Il semblerait que ces faits rentrent dans la catégorie de beaucoup d’analogues, sur lesquels j’appellerai votre attention quand je ferai l’histoire des sérums artificiels dans la thérapeutique des maladies infectieuses et toxiques ; je vous montrerai alors qu’une part de l’action thérapeutique des sérums artificiels est attribuable au rôle que ces sérums jouent comme excitants de la phagocytose.
Avec Klemperer et Lévy^, nous revenons à la sérothérapie éherthienne proprement dite, en ce sens que ces auteurs cherchèrent à fabriquer un véritable sérum antityphique. Pour cela, ils s’adressèrent au chien, dont l’immunité naturelle contre le bacille typhique paraît être très élevée, immunité qu’ils augmentèrent par des injections intrapéritonéales de cultures virulentes non modifiées. Les expériences qu’ils firent ensuite sur le cobaye et la souris leur démontrèrent c(ue le sérum de chien ainsi traité pouvait, non seulement inimnniser contre l’infection typhique, mais encore amener la guérison, quand. on l’injecte un certain temps a[)rès l’infection.
Forts de ces résultats, et ayant constaté sur eux-mêmes que leur sérum était parfaitement inoflfensif pour l’homme, ils traitèrent cinq typhiques par les injections de sérum de chien (tous ces malades se trouvaient dans le cours du premier septénaire) : dans les cinq cas, la dothiénenté-
1. Rumpf. — Sur le Iraitement de la fièvre typhoïde à l’aide de cultures stérilisées de bacille pyocyanique. Communication au XIII° Congrès de médecine int., Münich. 1893. Avril.
2. Klemperfk et Lévy. — Sur la sérothérapie de la fièvre typhoïde. Bcrliner kliii. Wochcnschnlï. 1893, p. (iül.
DIX-HUITIEME LEÇON
rie fut bénigne. Y eut-il là une simple coïncidence, ou peut-on alfirmer que le sérum y fut pour quelque chose ? Tout ce que l’on peut dire, c’est que le sérum n’a pas entraîné d’accidents, qu’il n’a pas arrêté la maladie, mais qu’il en a peut-être diminué la longueur et la gravité.
Funck* a fait des tentatives d’immunisation chez la chèvre et le cheval, en leur inoculant des doses graduellement plus fortes d’un liquide obtenu de la façon suivante : des ballons de 2 litres, contenant un litre de bouillon de bœuf peptonisé et exactement neutralisé, sont ensemencés avec une culture très virulente de bacille typhique ; après un séjour d’un mois ou de six semaines à l’étuve à 37°, le liquide obtenu est examiné au microscope pour vérifier sa pureté, et on l’additionne de o,5 p. 100 de phénol.
Par conséquent, Funck emploie des cultures tuées par l’acide phénique, à l’inverse de Pfeiffer et Kolle " qui recommandent l’emploi de cultures vivantes. Funck a, parce procédé, obtenu un sérum spécifique dont il a pu estimer le titre au millième (sérum de cheval). A l’aide de ce sérum il a pu prémunir des cobayes contre l’injection des doses mortelles de cultures typhiques tuées par l’addition, soit de chloroforme, soit de phénol.
D’autre part, il a constaté que son sérum jouit de propriétés curatives. En effet, si on l’injecte au cobaye une heure après l’infection typhique, il suffit de doses assez minimes de sérum pour préserver celui-ci de la mort. Deux heures après l’injection du sérum, l’examen microscopique démontre la disparition complète des bactéries du péritoine. Bien plus, le sérum est actif trois heures même après l’infection.
Malgré les résultats positifs qu’il a obtenus au laboratoire, Funck ne s’est pas encore cru autorisé à appliquer son sérum au traitement de la fièvre typhoïde humaine.
Gliantemesse ^ a réussi à immuniser des chevaux contre un virus typhique d’une puissance telle, qu’une culture de douze heures tue un cobaye en six heures, à une dose inférieure à i/ioo de centimètre cube. 11 a ainsi obtenu un sérum dont la puissance préventive est telle, qu’un cinquième de goutte, inoculé vingt-quatre heures d’avance à un cobaye, le protège efficacement contre la dose de virus typhique mortelle pour les animaux témoins.
Ce sérum ne déterminant aucun accident chez l’homme sain, Ghantemesse s’en est servi, à l’exclusion de toute autre thérapeutique, pour traiter trois cas de fièvre typhoïde confirmée par l’examen bactério-
1. l'uNCK. — La sài'olhérapin de la fièvre lyplioïdc. Elude cxpériinenlale. Bruxelles, 1811Ü.
2. Pi-Eii'FKii et W. Koi.m:. — Ueber die specif. Iimminitatüreaelion des Typhusbacillus. Zeitschrift f. Hijgiene, Bd. XXI, 2.
d. CiiAXTE.MKSsE. — • Diagnostic précoce de la fièvre typhoïde par l'cxaiucn bactériologique des garde-robes. Soc. de Uiologie, 18i)(i, 22 Février. Bulletin medical. 181)0. 28 Février.
SÉROTHÉRAPIE DES MALADIES INFECTIEI SES
logique des garde-robes. Les deux premiers cas étaient d’intensité moyenne, l’un au huitième jour, l’autre au douzième jour; le troisième cas était très grave ; il s’agissait d’une dothiénentérie à forme ataxique et délirante. Chez ce dernier malade le sérum a amené la disparition du délire, le jour même de l’injection.
Dans les trois cas, la température a baissé progressivement chaque jour : la maladie s’est comportée comme une fièvre ty[)hoïde abortive, et, sept jours après le début du traitement, les malades étaient rendus à l’apyrexie et à la santé.
Ces résultats sont très importants, très suggestifs, et méritent, comme vous le voyez, d’être signalés, bien qu’ils soient encore trop peu nombreux pour qu’on puisse allirmer que nous détenons la cure sérotliérapique de la fièvre typhoïde.
Choléra. — Vous avez dû remarquer. Messieurs, que, dans toutes les affections que je viens de passer en revue, les tentatives de sérothérapie étaient restées en quelque sorte à l’état embryonnaire, ayant donné encore plus d’espérances que de succès éprouvés.
Je serai obligé de vous en dire autant d’une affection qui, pour être rare dans nos régions, n’en sévit pas moins endémiquement avec violence dans certains pays, notamment dans Tlnde, son berceau, dont elle franchit trop souvent encore les frontières pour venir jusque chez nous exercer ses ravages, je veux dire le choléra, qui en ce moment même règne sévèrement en Egypte, particulièrement au Caire.
Si, grâce aux mesures prophylactiques, à la police sanitaire, au système des quarantaines (dont les pratiques de désinfection, faites à bord des navires venant des points contaminés, ont fort heureusement abrégé la durée), le choléra ne fait plus en Europe que de rares et courtes apparitions, il n’en reste pas moins à l’état endémique dans le bassin du Gange, berceau de toutes les épidémies dont les Annales de la médecine nous rapportent l’histoire. C’est là ce qui explique l’immense intérêt qui s’attache aux recherches dont le traitement du choléra a été l’objet jusqu’à ce jour.
Si, comme je vous le disais, ces recherches n’ont encore donné que des résultats fort incomplets, cela tient à différentes causes. Le choléra est une affection essentiellement polymorphe, si je puis m’exprimer ainsi, tantôt grave, tantôt bénigne, et dont la léthalité varie dans des proportions considérables.
Après la découverte de Koch, tout le monde s’accorda à en reconnaître le bacille virgule comme l’agent causal. Mais, les recherches bactériologiques faites au cours de différentes épidémies montrèrent que les carac-
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tères assignés par Koch à son liacille sont loin d’être constants : chaque épidémie, chaque foyer de choléra paraissait avoir son liacille virgule propre et distinct des autres par quelque caractère ; aussi, en vint-on à se demander si le bacille de Koch était bien l’agent spécifique du choléra?
En outre, quand on voulut reproduire expérimentalement le choléra chez l’animal par l’injection intrapéritonéale de cultures cholériques, on détermina une allection mortelle, décrite sous le nom de périlonüe cholérique^ ne ressemblant en rien au choléra humain. Tandis que, dans le choléra humain, il s’agit d’une véritalile intoxication, — le bacille restant exclusivement dans le tube intestinal où il sécrète ses produits toxiques qui diffusent ensuite dans l’organisme, semblant agir comme le bacille diphtéritique et le bacille tétanique qui restent, l’un sur l’amygdale, l’autre dans la plaie, — dans la péritonite cholérique du cobaye, le microbe pullule dans l’épaisseur des tissus et agit bien plus par lui-même que par ses produits solubles. Il se produit donc, chez le cobaye, non plus une intoxication, mais une maladie à la fois infectieuse, microbienne et toxique. Aussi, les tentatives d’immunisation des animaux, faites pour donner à leur sérum sanguin des propriétés thérapeutiques, ont-elles rencontré de grandes difficultés.
D’autre part, il faut remarquer que le choléra est une affection essentiellement épidémique, à l’inverse des maladies telles que la diphtérie, le tétanos, la streptococcie, qui, si elles affectent quelquefois le caractère épidémique, n’en sont pas moins le plus souvent sporadiques.
Dès lors, étant donné que, d’une part, la sérothérapie confère une immunité immédiate mais passagère ; que, d’autre part, le choléra est une infection dont l’évolution n’est pas limitée, et dont l’incubation dure un certain temps, il y a lieu de se demander si, dans la lutte contre le choléra, on ne devrait pas chercher à atteindre deux buts : conférer d’abord à l’individu une immunité solide et durable, analogue à celle que le vaccin confère contre la variole ; obtenir la guérison de ceux qui, n’ayant pas été vaccinés, ou ayant laissé passer le terme de leur immunité, auraient contracté le choléra ? Autrement dit, ne devrait-on pas tout d’abord vacciner tout individu susceptible par son habitat de contracter le choléra, quitte à traiter ensuite directement tout cas de choléra dont la vaccination n’aurait pu empêcher l’éclosion ? Par conséquent : recourir à la vaccination d’une part, à la sérothérapie d’autre part.
A ce sujet. Messieurs, je tiens à bien vous montrer la différence qu’il y a entre la vaccination et la sérothérapie, différence qui réside aussi bien dans le proi'édé mis en œuvre, (pie dans les résultats auxquels il conduit.
La vaccination consiste à jirémunir un individu ou un animal contre
SFhlOTHÉRAPIE DES MALADIES INFECTIEUSES
telle ou telle maladie infectieuse ; plusieurs moyens permettent il’atteindre ce but.
Un premier procédé se propose de conférer à l’individu cpi’on veut immuniser la maladie contre laquelle on cherche à le prémunir, mais à un degré très atténué, de telle sorte qu’il résistera à une atteinte grave de la même maladie. Il repose sur une observation très ancienne.
On avait remarqué que certains individus atteints, à un tlegré très léger, par la variole ou le choléra, étaient ensuite mis, pour un temps souvent très long, à l’abri de ces deux maladies, même au milieu des épidémies les jilus graves ; pareille constatation avait été faite par les meilleurs observateurs, pour la peste, lors des fameuses épidémies qui, au siècle dernier, ravagèrent le sud de la France et le midi de l’Europe. Partant alors de l’interprétation fausse d’un fait exact, on eut l’idée d’inoculer à des individus sains les éléments contagieux d’une variole bénigne par exemple, c’est le procédé tle la variolisation dont je vous ai parlé déjà ; de même, aux Indes, on vit des individus sains se mettre en contact avec des gens atteints d’un choléra bénin, pour contracter euxmêmes ce choléra bénin, et être immunisés plus tard contre les risques d’un choléra grave. C’est sur cette idée que reposait la méthode que Ferran essaya en Espagne, en i884-i885, dans le traiteinent du choléra '.
Ce procédé, qui se rapproche de la bactériothéra[)ie, donna des résultats le plus souvent si désastreux, que l’on fut obligé d’y renoncer, et que, dans quelques cas, les Gouvernements furent dans la nécessité d’intervenir pour interdire des pratiques, qui, outre qu’elles ne démontraient pas leurs avantages thérapeutiques, avaient l’inconvénient de faire naître et d’entretenir des foyers de choléra, là où peut-être il n’aurait point apparu spontanément. Ce fut le cas pour le Couvernement espagnol, lorsqu’il y a dix ans environ la péninsule eut à subir une épidémie sérieuse.
11 ne pouvait, d’ailleurs, en être autrement en matière de choléra qu’il en avait été autrefois en matière de variolisation, car, si le fait est exact qu’une atteinte légère de variole confère rimmunité contre une variole grave, il faut se rappeler (|uc la gravité de la variole varie, à égalité ib' graine, d’individu à individu, et qu’en empruntant à un malatle atteint d’une variole légère les éléments contagieux de sa maladie pour les inoculer à un autre individu, on risque de donner à ce dernier une variole très grave, mortelle même ; et c’est là ce qui est fréipiemment arrivé.
1. Ferran. — Lo choléra. La vaccination cholérique, les délégations scienlili([iies en Fspiigne Paris, 1883 (Georges Carré et C. Naiiii. étliteiirs).
DIX-HUIÏIEME LEÇON
comme je vous l’ai déjà dit quand, dans une de mes précédentes leçons, je me suis quelque peu étendu sur la question si intéressante de la variolisation.
Un autre procédé de vaccination est celui de Jenner, qui consiste à emprunter soit à la génisse, soit à l’homme, les éléments d’une maladie bénigne, le cow-pox, la vaccine, maladie différente de la variole, mais capable cependant d’immuniser pour un temps fort long contre cette dernière maladie. Vous savez les résultats que cette géniale découverte a donnés ; je n’insiste pas, d’autant qu’à propos de la variolisation je vous ai brièvement refait l’histoire de la vaccine jennérienne, celle-ci rentrant logiquement dans le cadre de ces leçons de thérapeutique doctrinale préventive et curatrice.
Enlin, un dernier procédé d’immunisation, de vaccination, est celui que l’on emploie actuellement dans les laboratoires pour immuniser des animaux au sérum sanguin desquels on veut donner des propriétés tbéra- ])eutiqucs contre telle ou telle maladie ; je vous en ai parlé longuement à propos du tétanos, de la diphtérie, de la streptococcie, je n’y reviens pas ; vous savez maintenant ce qu’est la vaccination.
Que si, Messieurs, vous envisagez au contraire, dans sa méthode et ses moyens, la nature de la sérothérapie, vous verrez qu’elle consiste à emprunter à un animal immunisé contre telle ou telle maladie son sérum sanguin, comme agent curateur ou préventif.
La vaccination est un procédé lent, dont les résultats ne sont pas immédiats, qui confère une immunité solide et durable, mais qui ne guérit ])as une maladie en voie d’évolution ; s’il me fallait vous en donner des preuves, je n’aurais qu’à évoquer les cas assez fréquents de variole qui, en temps d’épidémie, alors qu’on se remet à vacciner, se dévelopj)ent trois, quatre, six jours après la vaccination ; je n’aurais qu’à vous rappeler les cas de malades qui ont vu évoluer en même temps et leur vaccine et leur variole.
La sérothérapie est, au contraire, un procédé rapide, qui confère instantanément une immunité parfaite, mais d’ordinaire de courte durée, et qui permet en outre d’eni-ayer une maladie déjà déclarée et de la guéiâr.
Si je prends l’exemple du choléra, la vaccination anticholérique permettrait de conférer l’immunité à une grande masse d’indivitlus, que leur genre de vie, leur habitat, exposent constamment à contracter le choléra ; tels les Hindous; la sérothérapie, au contraire, permettrait de guérir un cholérique et de conférer une immunité passagèi-e aux personnes en contact immédiat avec ce malade, et exposées, comme telles, à contracter le choléra ])endant toute la durée de la maladie; dans l’espèce, elle agirait comme le fait la sérothérapie antidiphtéritique, le type du genre,
SEHOTHKH.U'IE DES MALADIES INE ECTIEUSES
puisque ses effets, je vous l’ai assez répété, sont aussi merveilleusement curatifs que préventifs.
J’espère que, grâce à cette parenthèse un peu longue, mais nécessaire à mon avis, vous comprendrez maintenant la différence qu’il y a entre la vaccination et la cure sérothérapique d’une maladie. Vous allez voir que cette distinction était importante à établir, pour saisir la valeur des recherches faites en vue de trouver le traitement du choléra.
Certains auteurs, partant de ce fait, sur lequel j’ai déjà insisté, que le choléra est une affection essentiellement épidémique, se sont dit (|u’il était préférable d’aller attaquer le choléra dans son berceau môme et d’y étouffer la maladie, en empêchant les haliitants de ces régions d’ètre atteints, c’est-à-dire en les vaccinant, et de faire pour le choléra dans les Indes ce que l’on fait en Europe pour la variole.
Je rappellerai pour mémoire les tentatives de Jaime Ferran en Espagne, en i885. A. une époque plus récente, Ilalfkine parait être arrivé à des résultats qui méritent d’être pris en considération*. Cet expérimentateur a réussi à obtenir deux virus cholériques, l’un très exalté, l’autre très atténué.
Pour jiréparer le virus exalté, il commence par inoculer dans la cavité péritonéale d’un cobaye un virus cholérique d’une certaine activité : l’animal meurt avec un épanchement riche en microbes. Cet épanchement est recueilli, exposé à l’air à la température ordinaire, pendant quelques heures, puis inoculé à d’autres animaux. Après une série de trente passages, la virulence de cette culture est devenue vingt fois plus forte qu’elle n’était au délnit, si bien qu’elle tue les cobayes et les lapins à des doses primitivement inoffensives.
Le virus atténué est obtenu en ajoutant de l’acide phénique aux cultures cholériques, ou en cultivant le vibrion à la température de Sp" dans un courant d’air continu. Ce virus atténué ne produit pas d’accidents quand on l’inocule sous la peau ; or, tout animal ([ui a reçu du virus atténué, devient insensible au virus exalté, qui ne produit môme plus de nécrose locale des tissus, si on l’introduit sous la peau. Bien jilus, tout animal qui a reçu successivement du sérum atténué et du virus exalté, est immunisé contre toute infection cholérique.
En présence de ces résultats, Haffkine, dont les recherches avaient été confirmées par celles d’autres auteurs, parmi lesquels je vous citerai
1. Hai’fkia'e. — \aceinatioii contre le choléra. Soclëlé de BiologiCf 189:2. 9 .Inillol. — Inoculations against choiera in India. British médical Jourjiah 1895. )21 Septembre, p. 727 et 735. — A lecture on vaccination against choiera. British medical Journal, 1895. 21 Décembre, p. 1541.
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Jawein *, TamaiiichefT se proposa d’appliquer sa méthode à la vaccination de riiomine.
Après une période d’hésitation pendant laquelle Haffkine eut de la peine à faire adopter la mise en pratique de sa méthode, il partit aux Indes anglaises, et, avec l’aide du Gouvernement britannique, il put se livrer à la vaccination en masse des habitants de ces contrées, indigènes et étrangers.
A Calcutta il avait, en Juillet iSqS, inoculé 4^97 personnes. Dans un grand nombre de maisons, certains habitants se laissèrent vacciner alors que d’autres s’y refusèrent énergiquement; on put ainsi, quand ces habitations devinrent le siège d’une épidémie, établir une comparaison entre les inoculés et les non inoculés : 36 maisons donnèrent un total de 5ai habitants, sur lesquels 181 furent vaccinés et 34o ne le furent pas. Parmi ces derniers, il y eut 45 cas de choléra avec 36 morts, soit 11,64 pour 100 ; parmi les inoculés, il y eut 4 <^as avec 4 morts, soit 2,2 pour 100. Ces quatre malades n’avaient subi qu’une inoculation, et trois contractèrent le choléra de un à quatre jours après la première inoculation, avant que l’action protectrice du vaccin ait eu le temps de se faire sentir.
Je vous ferai remarquer. Messieurs, que ce fait n’a rien qui doive vous étonner. Si vous vous rappelez ce que je vous ai dit tout à l’heure de la vaccination comparée à la sérothérapie, vous comprendrez que, de même qu’un individu que vous avez vacciné aujourd’hui peut demain contracter une variole grave, la vaccination jennérienne demandant une quinzaine de jours pour être parfaitement effective, de même un individu peut contracter le choléra pendant le temps nécessaire à sa parfaite vaccination contre cette maladie.
La vaccination anticholérique doit comporter en efl'et deux injections séparées par un intervalle de cinq jours : la jiremière est faite avec un vaccin faible, la seconde avec un vaccin plus fort; il faut alors cinq joui's encore pour que la vaccination soit réalisée.
Les résultats obtenus avant et après huit jours sont très ilifférents, comme l’indique le talileau suivant :
Pendant les hait premiers jours.
Nonibvo. Cliolrra. PDtivcontiig’n. Mnrls. Ponrcoiiliifri'.
Aon inoculés. . . 70 6 8.00 4 3.33
Inoculés .... 52 3 5.77 3 5. 77
1. .Iawf.i.N’. — Observations sur les eobuyes imimitiisés ])ar les vaeeiiis anliebolériqnes vivants. Ann. de. l'Inutiiiit Pasteur, 188:2, p. 700.
2. Tamamcheff. — Expérienees sur les vaeeins phéniqiiés de liatl'Uine. Ann. de t'Instilnt Pasteur. 1802, p. 7i:i.
SEROTHKHAPIE DES MALADIES INFECTIEUSES
;vii
Après huit jours.
Nombre. Choléra. Pourcentage. Morts. Pourcentage.
Non inoculés. . . a65 89 i4-72 35 i3.ai
Inoculés .... i4o I 0.71 I 0.71
Haükine, dans sa dernière coininunication de Déceinlire iSgS, dit avoir renoncé à l’emploi des vaccins phéniqtiés ; aux Indes, il ne s’est servi que de virus vivants. Il ajoute que, dti mois d’ Avril iSqd à Août iSqa, il a vacciné 4a 179 personnes, sans que la vaccination ait jamais déterminé aucun accident.
Vous voyez donc que la vaccination contre le choléra a donné des résultats appréciables ; elle présente néanmoins cet inconvénient inhérent à toute vaecination, qu’elle exige, pour être parfaite, un certain nombre de jours, pendant lesquels le vacciné reste exposé à contracter la maladie. Hafï’kine pense pouvoir remédier à cet inconvénient le jour où, en possession d’un sérum anticholérique, il pourra joindre la sérothérapie à la vaccination, et donner au vacciné, à l’aide du sérum, le moyen d’éviter l’infection cholérique pendant le temps nécessaire à la vaccination. Malheureusement, le sérum anticholérique n’est pas encore trouvé.
Je vous ai dit. Messieurs, que l’inoculation du choléra humain au cobaye détermine une maladie tout à fait différente, la péritonite cholérique ; le sérum des cobayes immunisés contre la péritonite cholérique a des propriétés préventives et curatrices contre cette maladie, mais n’en a pas contre le choléra intestinal. C’est là un fait que Pfeifl’er et Issaefi' ' avaient voulu à tort exploiter comme moyen de diagnostic bactériologique du vibrion cholérique. D’ailleurs, le sérum de certains animaux, la poule par exemple, le sérum de certaines personnes n’ayant jamais eu le choléra, jouissent naturellement de propriétés préventives contre la péritonite cholérique du cobaye. C’est à Klemperer que l’on doit d’avoir découvert que le sang de la moitié des hommes jouit de propriétés anticholériques ; MetschnikolT et Lazarus confirmèrent ce fait.
L’immunité naturelle de certains individus est assez difficile à expliquer, et l’on ne peut l’attribuer ni à une atteinte antérieure de l’infection cholérique, ni à ce fait que, buvant des eaux renfermant le germe du choléra, ces individus se sont lentement immunisés. C’est ainsi que, fait très
1. Pfeiffer et Issaeff, — Sur l’immunité cholérique par le sérum. Zeitschrift f. flygiene, 1804, t. LXVI, p. 283. Deutsche med. Wochenschrift. 1893, n“ 13.
2. Issaeff. — Etude sur le sérum préventif contre le choléra. Zeitschrift f. Hygiene, 1804, t. XVI II, p. 370.
DIX-HUITIEME LEÇON
(’UTÎoiix, les haliitants de ^Vrsailles et de Lyon seiiildeiit à l’aliri du elioléra ; cela ne tient pas à ce que l’eau de ces deux villes est plus pure qu’en d’autres lieux, car Sanarelli a trouvé dans les eaux de Versailles des vibrions typiques : d’autre part, on ne saurait dire que les habitants de ces deux villes se soient progressivement immunisés en buvant des eaux contaminées, car, en examinant le sang de sept Versai liais et de dix Lyonnais, Metschnikoir a constaté qu’il est moins souvent préservatif que le sang d’individus vivant en tl’autres contrées. Ce n’est là, d’ailleurs, qu’un exemple, en passant, des mille et une difficultés que l’on rencontre, quand on veut essayer de résoudre l’obscur problème de l’immunité.
Les quebpies tentatives de sérothérapie anticholérique faites jusqu’ici ne sont ([u’encourageantes, rien de jilus.
Je vous citerai celle de Freyniutli *, qui traita trois cholériques jiar des injections de sérum sanguin enqirunté à des malades convalescents du choléra : l’un des malades mourut; les deux autres guérirent, sans que l’on puisse attribuer leur guérison à l’action du sérum.
Pawlowsky et Buchstab % ayant immunisé des lapins et des cobayes et leur ayant pris du sérum, disent avoir, avec ce sérum, conféré rimniunité à des animaux de même espèce.
Ransom ® dit avoir isolé des cultures cholériques stérilisées une toxine solide, jouissant des mêmes jiropriétés pathogènes que le vibrion et ses cultures ; il aurait réussi à immuniser des cobayes, des moutons et des chèvres, contre le virus choléri([ue, à l’aide d’injections de vibrions cholériques, de cultures filtrées ou enfin de solutions de toxine. Il aurait enfin constaté expérimentalement ([ue le sérum de ces animaux immunisés jouit de jiropriétés préventives et curatrices contre l’infection cholérique, mais il n’a pas encore appli([ué ce sérum au traitement du choléra humain.
Toutes ces recheridies, et d’autres encore, sur lesquelles je ne m’arrête pas, n’auront pas seulement servi à fournir d’heureuses étapes sur la route de la sérothérapie anti-cholérique ; elles auront permis encore de fixer quelques points obscurs de l’histoire du choléra et d’éclairer sa pathogénie.
Le choléra est-il simplement un empoisonnement aigu, causé par l’ahsorption d’une sulistance spéciale, élaborée dans l’intestin par le bacille virgule de Koch ? Les choses se passent-elles là comme dans la diphtérie ou le tétanos? Le véritable poison cholérique adhère-t-il au corps des
FkkvmL!TH. — Trois cas de choléra traités par le sérum humain. Deutsche med. Woehenschrifl. 1893, n“ 43.