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PESTE

Traitement prophylactique; police sanitaire ; les mêmes aujourd'hui qu’autrefois. — Thérapeutique nouvelle, curative, spécifique, au lieu de symptomatique et palliative qu elle était anciennement : sérothérapie. — Découverte de l’élément pathogène de la peste : X'ersin. • — Peste expérimentale : sérothérapie expérimentale, curative et préventive. — Sérothérapie antipesteuse appliquée à l'homme : Yersin, Juin 189(5.

Vous savez, ^Messieurs, (|iie la peste bulionique règne aux Indes, à Bombay notamment, et y progresse depuis trois mois ; le Iléau est une menace directe pour l’Europe.

S’il appartient à l’hygiène d’organiser la protection des frontières de terre et de mer, d’instituer le traitement prophylacticpie métropolitain et international dont mon collègue le professeur Proust faisait hier connaître les visées, les obligations, les moyens, les effets et les desiderata il appartient à la Thérapeutique de fournir aux pestiférés d’aujourd’hui les moyens de guérir. Si je dis pestiférés d’aujourd’hui, c’est

1. Fin Décembre 189.5, j’avais traité de la sérothérapie antipesteuse ooinmc de la sérothérapie anticharbonneuse, antityphoïdique, anticholérique, d’après les prémisses expérimentales, d'après les suggestives recherches de laboratoire d’Yersin, qui venait de réaliser, sur l'animal, la sérothérapie préventive et curative de la peste. Je disais alors que quelque endémie pesteuse d’Orient permettrait, avant pevi, à Yersin d'appliquer victorieusement sa découverte à 1 homme. L'épidémie terrible que l'on sait ayant éclaté à Bombay et effrayé l'Europe, la sérothérapie antipesteuse étant devenue du jour au lendemain question d’actualité, j’ai dû, à la demande des élèves, exposer à nouveau, cette année, le traitement de la peste au point de vue prophylactique et curatil'. A la leçon du cours de 1895-1896 je substitue celle du cours de 1896-1897 avec tout ce qu elle comporte de faits expérimentaux et cliniques nouveaux. La leçon de 1895 présentait la sérothérapie antipesteuse humaine comme une promesse, celle de 1897 semble la montrer en voie de réalisation : cette leçon, faite le 8 Février 1897, a paru dans la Presse médieale à\i 10 Février 1897.

2. .'V. Proust. — La défense de l'Europe contre la peste. BuUetin de P Académie de médecine, p. 71, séance du 26 Janvier 1897.

SEROTHERAPIE DES MALADIES INFECTIEUSES

que la thérapeutique nouvelle sait réussir là oii elle échouait liier. Grâce à la sérothérapie, le médecin peut aujourd’hui réaliser ce qu’il ne savait pas faire hier, si bien que vos livres classiques de demain n’enseigneront plus ce qu’on écrivait tout récemment dans l’un deux, le Traité de médecine et de thérapeiiticiue : « Quant à la thérapeutique de la peste, elle n’existe pas; on se bornera à faire la médecine des symptômes'. » Cette médecine des symptômes, vous la savez. Messieurs, désolante, puisqu’elle donne 8o à 90 pour 100 de mortalité; puisque aux nouvelles de ces derniers jours, à Bombay (le sérum antipesteux n’y est point encore parvenu), sur 4 cas de peste, on signale 3 aya morts ; et à Kurrah, sur 694 cas, on accuse 644 décès !

Ces chilfres nous rappellent les plus terribles épidémies qui, du XIV® siècle au siècle dernier, ont « jeté la terreur par toute la terre », et, pour ne parler que de l’Europe, décimaient Londres au xvii® siècle, faisaient périr 100000 Moscovites au xviii® siècle, tuaient à la même époque le tiers de la population lyonnaise, et ravageaient toute la Provence, après avoir répandu, en 1720, la mort sur Marseille, qui voyait périr 40000 de ses habitants.

Puisque la peste bubonique est menaçante, son traitement devient pour nous tous une question du plus haut intérêt : envisageons donc ce que la prophylaxie est capable de faire pour arrêter, pour limiter le lléaii ; ce que la thérapeutique nouvelle, par la sérothérapie, sait réaliser pour guérir les pestiférés.

L’an dernier, [iresque à pareil jour, je vous ai dit tout ce que la sérothérajiie antipesteuse, réalisée préventivement et curativement chez l’animal, promettait chez l’homme, le jour oii les circonstances permettraient à son inventeur, iM. Yersin, de la pratiquer.

La sérothérapie antipesteuse devient aujourd’hui une question de première importance pratique et de palpitante actualité.

La sérothérapie antipesteuse, née des suggestions de médecine |)athogénique qui mènent la thérapeutique nouvelle, jirésente en ])lus un immense intérêt scientilique : non contente d’être question de thérapeutique appliquée, elle devient question doctrinale de premier ordre. Issue des mômes méthodes qui ont conduit à la découverte et à l’application des sérums antidiphtéritique, antivenimeux, antitétanique, elle donne les mêmes résultats : résultats d’autant plus merveilleux, qu’ils dépassent l’apjilication immédiate du sérum antipesteux à la peste bubonicpie.

1. E. Desciiami‘5. — Traite de médecine cl de thérapeutique de Biouardel et Gilbert, 1896. Tome II.

SÉROTHÉRAPIE . Ol-OTIIÉRAPIE.

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